POPULATION 136,166
hab. SUPERFICIE 695,419
hec.
Chef-lieu : DIGNE, à 755 k. S.-E. de Paris.
DIVISION ADMINISTRATIVE.
Avant 1790, ce dép. faisait partie du Bourbonnais. — Cour
d'appel de Riom. — Académie de Clermont. — 13e Corps
d'armée (Clermont). — 23e Arr. forestier. — Diocèse
de l'Évêché de Moulins
5 ARRONDISS |
|
30 CANTONS. |
251 COMM. |
POPUL.
de l'arrondt. |
DIGNE
7,222 h |
9 |
Barrême, Digne, La Javie, Les Mées, Mezel, Moustiers,
Riez, Seyne, Valensolle |
84 |
46,940 |
BARCELONNETTE
2,082 h. |
4 |
Allos, Barcelonnette, Le Lauzet, Saint-Paul |
20 |
14,704 |
CASTELLANE
1,904 h. |
6 |
Annot, Castellane, Colmars, Entrevaux, Saint-André, Senez. |
48 |
19,335 |
FORCALQUIER
2,717 h. |
6 |
Banon, Forcalquier, Manosque, Peyruis, Reillane,
Saint-Etienne-les-Orgues. |
50 |
33,633 |
SISTERON
4,280 h. |
5 |
La Motte-du-Caire, Noyers, Sisteron, Turriers, Volonne. |
49 |
21,554 |
ABRÉGÉ HISTORIQUE.
Le territoire des Basses-Alpes appartient à des peuples d'origine
celto-lygiène, les Suetri, les Memini, les Vocontii, les Bondiontici, etc.
Leurs villes étaient Forcalquier, Secustero (Sisteron)
et Dinia (Digne). La conquête romaine les rangea dans les
Alpes-Maritimes, puis dans la 2e Narbonnaise. — Les invasions successives
des Barbares qui désolèrent la Provence, à la chute
de l'Empire, portèrent un coup mortel à la prospérité naissante
des cités des Alpes. Plusieurs furent détruites, entre
autres Digne et Sisteron; les Sarrasins traitèrent de même
Castellane, et ses habitants furent obligés de chercher un refuge
sur leur imprenable rocher. Au milieu du IVe s., l'Évangile fut
prêché dans la haute Provence, par Marcellin et ses deux
disciples Domnin et Vincent. Après avoir appartenu aux Bourguignons
et aux Wisigoths, elle fut conquise par les Franks (536).
Au moyen âge, l'histoire nous montre ce pays divisé en plusieurs
fiefs relevant, les uns du royaume d'Arles, comme les comtés de
Castellane et de Sisteron, ou indépendants comme l'évêché de
Digne et le comté de Forcalquier ; cette dernière seigneurie,
la plus importante, se composait (1054) des villes d'Apt, Riez, Sisteron,
Gap, Embrun et Manosque. Guillaume de Sabran en fut le dernier maître
(1220). Vers cette époque, cette partie des Alpes était
entièrement annexée aux domaines des comtes de Provence;
ceux-ci laissèrent à leurs nouveaux vassaux l'indépendance
communale et les franchises, bienfaits de la domination romaine. — Pendant
les guerres de religion, la haute Provence fut tour à tour livrée
aux calvinistes et aux catholiques. Le duc de Savoie profita de l'anarchie
pour tenter un coup de main sur Digne; il s'en empara deux fois (1562-1591),
et deux fois fut obligé de la rendre au connétable de Les
diguières. — Cette ville, qui ne comptait pas moins de dix
mille habitants, fut décimée en 1629 par un horrible fléau,
la peste noire, qui venait de ravager la Provence. « II vint un
moment, dit un historien, où, pour détruire ce foyer pestilentiel,
on résolut, dans le conseil des villes voisines, d'anéantir
par le feu Digne et toute sa population. » A peine put-on trouver
quinze cents personnes après cette épouvantable catastrophe. — Quant à la
vallée de Barcelonnette, sa position limitrophe de la Savoie la
fît tomber, dès le XIe s., au pouvoir de ce dernier pays.
Aussi François Ier dut-il la traiter en ennemie. En 1556, il y
envoya un corps de lansquenets qui en fît un véritable désert.
Cette barbare expédition fut renouvelée par le maréchal
d'Uxelles (1628); Barcelonnette revint un moment à la France,
fut reprise par la Savoie et définitivement cédée à Louis
XIV par le traité d'Utrecht.
BIOGRAPHIE.
Parmi les hommes célèbres de ce département, on
remarque : Gassendi, philosophe qui tint une belle place à côté de
son contemporain Descartes; Laugier, qui a laissé une bonne Histoire
de Venise; l'amiral de Villeneuve, vaincu par Nelson à Trafalgar;
Deleuze, un des plus ardents propagateurs du magnétisme; Manuel,
le champion des idées libérales sous la Restauration
STATISTIQUE.
TOPOGRAPHIE. — Le dép. des Basses-Alpes
est frontière : il est
situé au S.-E., entre 43° 35' et 44° 40' de lat. N. Il
tire son nom de sa position sur le versant méridional des Alpes.
Bornes :
Hautes-Alpes, Drôme, Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-Marit.
et roy. d'Italie. — Pays très-élevé et couvert de
montagnes dans presque toute son étendue. Points culminants: le Grand-Rubren,
3,342 m.; le Grand-Bérard, 3,047 m., et le M. Pousenc, 2,900 m. — Bassins
du Var et du Rhône. Rivières principales : la Durance, l'Ubaye,
la Bléone, l'Asse, le Verdon, le Mardaric, le Var, etc. Aucun de ces
cours d'eau n'est navigable. — Climat sain, mais rigoureux, surtout à Barcelonnette.
Air vif et pur. Température rendue très-variable à cause
du voisinage des Alpes. — 7 routes nat., 16 départ., 944 chemins
vicinaux. Transport à dos de mulet dans les parties montagneuses
PRODUCTIONS. —— Sols dominants : calcaire, gravier,
pierreux, bon terreau (36,000 h.), sablonneux. Les montagnes et les
bruyères occupent une surface de 1,012,179 h. — Pays agricole
et pasteur. Quantité suffisante de céréales et
de vins; les crus les plus estimés sont ceux de Mées,
bons vins rouges d'ordinaire. Fourrages, lin, chanvre, truffes, arbres à fruits,
récolte de plantes aromatiques et médicinales. Beaux
pâturages recevant en été d'immenses troupeaux
transhumants des dép. voisins. Elève consid. de moutons, ânes
et mulets, d'abeilles, de vers à soie. — Bois, 59,794
h. ; vignes, 13,959 h. — Exploitation minérale
: fer, plomb, alun, lignite, gîtes d'anthracite, de bitume ou
d'asphalte, argile à potier, ardoises, marbre vert des Alpes,
pierres de taille, etc. Mines de sel gemme non exploitées; eaux
minérales à Digne, Gréoux, Dauphin et Manosque.
INDUSTRIE ET COMMERCE. —L'industrie manufacturière
est arriérée dans ce dép. : elle fabrique toiles,
draps, cadis, gasquets, quelques soieries, laine commune, papiers,
cuirs, faïence blanche, bouteilles, briques, tuiles, plâtre,
fruits confits, eaux-de-vie et eaux distillées aromatisées. — Le
commerce consiste en vins, fruits secs et confits, bestiaux, cire,
miel, draps et toiles, plantes aromatiques et eaux distillées. — 140
Foires.
INSTRUCTION PUBLIQUE. —5 Coll. — 3
Etabl. secondaires libres. — 1 Ecole normale d'instituteurs. — 1
Cours normal d'institutrices. — 2 Pensionnats primaires. — Ecoles
primaires : 122 de garçons, 109 de filles, 258 mixtes. — 2
Séminaires. — 1 Biblioth. publique
VILLES PRINCIPALES.
DIGNE, ch.-l, très-anc. v. s. la Bléone, au pied des Alpes.
Le boulev. Gassendi et le cours des Arêts, décorés
de belles fontaines jaillissantes. La nouvelle cité, bâtie
autour du Mont-S.-Charles, est plus remarquable que l'ancienne. — Digne,
qui comptait jadis 10,000 h., fut dépeuplée entièrement
par la peste de 1629. — A 2 k., un établ. d'eaux thermales,
cité par Pline et très-fréquenté.
BARCELONNETTE, p. v. au centre de la vallée qui porte son nom.
La plus jolie ville des Alpes françaises, formée princip,
de deux rues rectilignes, autrefois bordées d'arcades, dont l'une
aboutit à une grande place carrée où se trouvent
le palais de justice, la prison et la tour de l'Horloge. Le centre de
cette place est décoré d'un monument élevé à Manuel,
le courageux député de la Restauration. — Incendiée
sept fois en deux siècles.
CASTELLANE, p. v. s. le Verdon. Deux fontaines renommées : celle
des Moulins, qui est salée, et celle de la Foire, qui est intermittente. — Les
montagnes des environs offrent une gr. quantité de fossiles et
de pétrifications : poissons, crustacés, coquilles, etc.
FORCALQUIER, v. très-anc. — Ruines de la ville romaine Forum
Neronis, fondée par Tib. Nero, lieutenant de César.
SISTERON, au confl. du Buech et de la Durance, au pied d'un rocher que
surmonte la citadelle. A 479 m. au-dess. du niveau de la mer. Le maître-autel
de la cathédrale est orné d'un beau tableau de Vanloo. Une
jolie promenade conduit à la porte d'Aix.
VARIÉTÉS
Les montagnes pastorales nourrissent annuellement 400,000
moutons transhumants, qui,
pendant l'été abandonnent les vastes plaines de la Crau
ou de la Camargue. Ces moutons, divisés par troupeaux de 2,000
têtes, font 12 à 16 k. par jour. Leur marche s'annonce par
le bruit d'énormes sonnettes suspendues au cou des boucs qui les
précèdent. Les bergers, vêtus d'une large casaque,
d'un chapeau rabattu, et armés d'un long bâton ferré,
stimulent les traîneurs. Ils emmènent avec eux leurs fils,
qui font la route à pied dès qu'ils ont 5 ou 6 ans. La
marche se termine par les mères, les jeunes filles et les petits
enfants; elles conduisent un troupeau d'ânes qui portent les nourrissons,
les agneaux qui naissent en route, les bagages, les vases pour traire
le lait et tous les ustensiles nécessaires pour faire le beurre
et le fromage. Sur les montagnes, les bergers se partagent les pâturages
; ils se nourrissent de pain et de lait, quelquefois d'un peu de lard,
et veillent nuit et jour pour écarter les loups, qui sont très-communs.
Cette espèce d'hommes, d'une probité sévère
et d'une certaine intelligence, vivent ainsi l'hiver dans les plaines
désertes l'été sur les plus hauts sommets, sans
aucune communication avec le reste de la société; et pourtant
cette vie a pour eux tant de charmes qu'il est infiniment rare de la
leur voir abandonner.
Ce département est riche en monuments celtiques : près de
Sisteron, on lit sur un rocher une inscription portant que Dardanus et
Neva Gallia, sa femme, ont établi à Theopolis, aujourd'hui
le village de Theoux, l'usage des voûtes. Au village de Céreste, à 20
kilom, de Forcalquier on voit un porche et une tour qu'on attribue à César
: on croit qu'il occupe l'emplacement de l'ancienne Caluiaca. Près
de la petite ville de Riez, on remarque plusieurs restes de temples
antiques.
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