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Les villes à travers les documents anciens

Périgueux et son histoire

 

Couvent de la Foi à Périgueux, vers 1855 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Couvent de la Foi à Périgueux, vers 1855, gravure de Rouargue frères
extraite de l'Histoire des villes de France - Aristide Guilbert - 1859
(collection personnelle).

 

Voir aussi la page sur la présentation de Périgueux vers 1840

et aussi la département de la Dordogne en 1883

Article de M. Léon Desselles, du Bugue, extrait de l'Histoire des villes de France d'Aristide Guilbert - 1859. Collection personnelle

 

Périgueux, sur la rive droite de l’Isle, est une des plus anciennes villes des Gaules. Son origine se perd dans la nuit des siècles. Au temps de César, elle portait le nom de Vesunna, et le peuple qui habitait la contrée, celui de Petrocorii. Sous le Bas-Empire, les géographes écrivaient indistinctement Vesonne ou ville des Pétrocoriens ; mais cette dernière dénomination ayant prévalu, on en forma par la suite le nom de Périgueux, comme on finit par appeler Périgord le pays habité par les Pétrocoriens. Du reste, à part la certitude de son existence, nous ne savons rien de précis sur Vesonne. Le savant antiquaire Wulgrin de Taillefer a essayé, il est vrai, d'en déterminer l’origine et d’en constater l’importance ; mais ses longs et pénibles travaux sont loin d’avoir dissipé tous les doutes ’. Les détails historiques sur le Périgord manquent également pour les temps antérieurs à l’occupation romaine, quoique les monuments celtiques, civils, religieux et militaires, y soient tout aussi nombreux, tout aussi remarquables que dans la plupart des autres parties de l’ancienne Gaule.

Au moment de la conquête par les Romains, ce pays faisait partie de la Celtique. Auguste l’incorpora à l’Aquitaine, sous le nom de cité des Pétrocoriens. Postérieurement, il fut compris dans la deuxième province de ce nom, et il continua d’en faire partie, lorsque, par une dernière modification, on eut créé une troisième Aquitaine.

Au Ve siècle, le Périgord passa de la domination des Romains sous celle des Visigoths. Au VIe, les Franks s’en emparèrent à la suite de la bataille de Vouglé. Après la mort de Chlodwig, il appartint successivement à Clotaire Ier, Gontran, Childebert II, Clotaire II et Dagobert Ier ; c’est du moins ce que nos recherches historiques nous portent à supposer, car il n’y a rien de bien positif à cet égard. En 581, la discorde ayant éclaté entre les rois franks, Chilpéric déclara la guerre à Gontran, et, par son ordre, Didier, duc de Toulouse, s’empara du Périgord. Deux ans après, Chilpéric ayant été vaincu et dépossédé, cette province fut de nouveau soumise à Gontran. En 584, l’aventurier Gondoald y commit beaucoup de désordres. En 630, elle fut nominativement comprise dans le traité qui fonda le royaume de Toulouse.

Sous la deuxième race, Vaïfar fut assassiné dans la forêt de la Double, sur les confins du Périgord et de la Saintonge. En 778, Charlemagne donna le gouvernement du Périgord à Widbode, dont les successeurs sont restés inconnus jusqu’à Wulgrin, le premier des comtes héréditaires de la province (866). Ce seigneur était aussi comte d’Angoulême. Par un mariage, en 970, le comté passa sous l’autorité de la maison de la Marche, qui avait alors pour chef Hélie Ier, homme turbulent et cruel, dont la fin fut misérable. Son successeur, Adalbert Ier, conduit par son humeur guerroyante jusque sous les murs de Tours à la poursuite du comte de Blois, s’y trouva face à face avec Hugues-Capet. Ce prince, trop faible pour repousser l’agresseur, lui adressa cette demande : Qui t'a fait comte ? — Sans daigner lui répondre, Adalbert lui fît à son tour cette question : Qui t'a fait roi ? mot fameux, et dans lequel la position féodale des deux interlocuteurs se révèle avec énergie. En effet, le comte de Périgord était souverain au même titre que le comte de Paris, la royauté de Hugues-Capet n’étant pas reconnue dans le midi. Au XIIe siècle, le mariage d’Éléonore d’Aquitaine avec Henri Plantagenet donna le Périgord aux Anglais. Il revint à la France, en 1224, fut rendu à l’Angleterre en 1258 ; puis confisqué en 1294, par Philippe-le-Bel, restitué de nouveau à l’Angleterre en 1303, conquis par Philippe de Valois, cédé aux Anglais par le traité de Brétigny, reconquis par Charles V, remis sous l’autorité anglaise vers la fin du règne de Charles VI, il fut définitivement et pour toujours acquis à la couronne de France en 1454.

Pour compléter cette esquisse de l’histoire générale du Périgord, rappelons rapidement quelles ont été ses diverses révolutions administratives. Comme nous l’avons déjà dit, durant l’occupation romaine, le territoire des Pétrocoriens formait une cité. Lorsque, dans le Bas-Empire, à côté de l’administration civile et politique, se constitua l’organisation religieuse, la cité des Pétrocoriens devint un diocèse, borné au nord par l’Angoumois et le Limousin, à l’est par le Bas-Limousin et le Quercy, au sud par le Quercy et l’Agenais, à l’ouest par le Bordelais et la Saintonge. Plus tard, tandis que le diocèse ne subissait aucune modification dans sa dénomination ni dans son étendue, la qualification de cité s’effaçait peu à peu pour faire place au mot pagus qui finit par prévaloir. Sous la deuxième race, le pays fut administré par des comtes comme l’avait été la cité sous le Bas-Empire. Le Périgord, pourtant, ne forma pour ainsi dire jamais un comté bien distinct. L’insubordination des vavasseurs se manifesta, dès l’origine, avec tant de hardiesse et de force, que, dans le XIIe siècle, ils traitèrent plus d’une fois d’égal à égal avec le comte, dont l’autorité réelle ne s’étendait pas à plus d’un tiers de la province. Au XIIIe siècle, l’administration civile et politique fut confiée à un sénéchal qui avait sous son autorité le Quercy et une partie du Limousin. Dans le XIVe, pendant que l’évêché était divisé en deux et qu’un siège était érigé à Sarlat, la sénéchaussée du Périgord se constituait dégagée du Quercy et du Limousin. A la fin du XVe siècle, elle fut divisée à son tour en trois sièges : l’un, le principal, établi à Périgueux, et les deux autres à Sarlat et à Bergerac. Lors de la création des gouvernements et des intendances, le Périgord fut l’une des six grandes sénéchaussées dépendantes du gouvernement et de l’intendance de Guienne ; elle était en outre divisée en deux élections, celle de Périgueux et celle de Sarlat ; ces élections comprenaient dans le principe six cents paroisses ; mais, pour former la sénéchaussée de Libourne, il avait fallu en distraire un certain nombre.

Périgueux et les bords de l'Isle vers 1880,  - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Périgueux et les bords de l'Isle vers 1880
gravure extraite de La France illustrée - V.A. Malte-Brun - 1855 / 1885
(collection personnelle).

Vesonne, dès les premiers temps de l’occupation romaine, avait été érigée en municipe. Plusieurs inscriptions constatent ce fait de la manière la plus positive. L’une d’elles a même fait connaître le nom de l’un de ses duumvirs, Lucius Marulius, qui fit construire à ses frais un aqueduc pour conduire dans la ville les eaux d’une source éloignée de plus d’une demi-lieue. L’histoire, du reste, n’a conservé le souvenir d’aucun des événements qui durent s’accomplir à Vesonne dans le cours des trois premiers siècles de l’ère vulgaire. Elle se tait même sur l’introduction du christianisme dans le Périgord, car la saine critique ne saurait admettre les faits consignés dans les légendes de saint Front, que quelques écrivains persistent à regarder comme le patron et le premier évêque du pays, quoique les plus savants auteurs ecclésiastiques et les bénédictins eux-mêmes aient rejeté ces légendes comme apocryphes et inadmissibles. Sans doute le christianisme avait acquis un certain développement dans ce pays dès le IIIe siècle, mais il est impossible de préciser rien de certain à cet égard, surtout en ce qui concerne Périgueux. Antérieurement au VIe siècle, nous ne savons rien de positif sur les fondations religieuses de cette ville. L’érection d’un oratoire, en l’honneur de saint Front, attribuée à l’évêque Chronope, qui vivait au commencement de ce siècle, ne se trouve consignée que dans un document écrit quatre cents ans plus tard.

La capitale du Périgord eut beaucoup à souffrir pendant les luttes des rois de la première race. La guerre de Pépin contre Vaïfar lui fut également très fatale. En 848 ou 849, elle fut brûlée par les Normands. Vers la fin du Xe siècle, l’évêque Frotier, surnommé de Gourdon, érigea, tout près de là, le monastère de Saint-Front, qui fut consumé par les flammes en 1120 et reconstruit immédiatement après.

A travers ces révolutions Vesonne avait conservé religieusement ses institutions municipales. Périgueux ne s’en montra pas moins jaloux. Ni les invasions des Barbares, ni l’occupation des Goths, ni la domination des Franks, ni les courses des Sarrasins, ni les ravages des Normands, ni même les usurpations de la féodalité, ne purent les lui arracher. Tant que les provinces de la Marche et du Périgord restèrent réunies sous l’autorité d'un seul comte, Périgueux n’eut pas trop à se plaindre de ses seigneurs. Presque toujours en guerre, les comtes passaient leur vie hors du pays au milieu des camps et loin de la ville, dont la prudente neutralité se tenait en dehors de ces luttes sanglantes. Une fois pourtant elle s’était vue forcée de prendre part à une querelle qui s’éleva vers 1040 entre Aldebert II, dit Cadoirac, et l’évêque Giraud (de Salagnac), au sujet du droit de battre monnaie, que ce dernier prétendait se réserver exclusivement ; mais ce débat, tout animé qu’il fut, n’eut aucune suite fâcheuse pour la ville. Il en fut autrement quand les deux provinces, jusqu’alors réunies, cessèrent d’appartenir au même titulaire et eurent chacune leurs comtes particuliers. Dès le moment où les comtes de Périgord eurent fixé leur résidence au château des Rolphies, dans le voisinage de Périgueux, une lutte terrible s’engagea entre eux et la ville, et l’on put juger à la haine implacable des deux parties opposées, qu’il ne faudrait rien moins que l’extermination de l’une d’elles pour rendre la paix au pays.

Autour du monastère bâti par Frotier, en l’honneur de saint Front, sur une colline appelée le Puy-Saint-Front, et non loin de l’ancienne ville nommée la Cité, il s’était formé un groupe d’habitations auquel on avait donné la dénomination de Bourg du Puy-Saint-Front. Ce bourg, détruit par un incendie vers 1120, fut reconstruit assez rapidement, et forma bientôt une enceinte d’autant plus importante qu’elle dominait la cité. Les comtes cherchèrent tout d’abord à se rendre maîtres de cette enceinte. Vers 1158, au moment où la guerre semblait près d’éclater entre Louis-le-Jeune et Henri II d’Angleterre, Boson III, profitant des circonstances, construisit une grande et forte tour, destinée à commander la ville naissante. Cette tour ne fut détruite que plus de vingt ans après, par ordre du roi d’Angleterre, contre lequel le comte de Périgord s’était révolté. Durant le cours de ces vingt années il n’est pas question de la cité ; elle dut cependant prendre parti contre le bourg et le comte qui s’en était emparé. Quoi qu’il en soit, on ne peut douter qu'elle ne fût parfaitement libre à cette époque. Son hommage à Philippe-Auguste, en 1204, suffirait pour le prouver. Rendu au même endroit, durant le même mois, probablement le même jour, et dans les mêmes termes que celui du comte de Périgord, il démontre en effet que l’indépendance de la cité était pleinement reconnue. Il n’en était pas de même pour le bourg du Puy-Saint-Front, dont le premier hommage date seulement de 1223 et qui fut exprimé en d’autres termes. Le comte de Périgord, d’une part, et l’abbé de Saint-Front, de l’autre, prétendaient exercer dans le bourg certains droits seigneuriaux. Cependant, malgré le désavantage apparent dans lequel ce lieu se trouvait placé, la cité avait vu chaque jour ses habitants la quitter pour aller s’établir sur le Puy- Saint-Front. Cette sourde rivalité avait fini même par dégénérer en lutte ouverte, et il fallut qu’en 1217 une transaction intervînt entre les deux villes ; mais leur alliance ne fut malheureusement pas de longue durée. La mésintelligence étant survenue de nouveau, l’émigration recommença, et lorsque vingt-trois ans plus tard (1240) on voulut renouer une paix qui n’aurait jamais dû être interrompue, les deux rivales se trouvèrent dans une position respective telle, que sur huit consuls à nommer, six durent être du Puy-Saint-Front, et deux seulement de la cité. Du reste, le traité de pacification détermina parfaitement l’état des choses. Il y est dit, d’une part, que la cité est libre et n'est sujette à la juridiction de personne ; de l’autre, que les vingt livres dues au comte par le bourg, qui alors avait pris le titre de ville du Puy-Saint-Front, seront payées par l'universalité des citoyens sans que ledit comte acquière par là aucune juridiction sur la cité ni sur ses habitants. Ainsi, en 1240, la cité libre s’unit à la ville, également dégagé de toute obligation envers le comte. Mais cette union était trop contraire aux projets et aux prétentions de ce seigneur pour qu’il ne cherchât pas à la détruire par tous les moyens possibles. Il fomenta la discorde, souffla la guerre, et prit le parti de la cité contre la ville qu’il voulait asservir. De grands malheurs signalèrent ces nouvelles divisions, qui se prolongèrent jusqu’en 1269 époque où la ville et la cité furent enfin réunies par un traité solennel.

Cependant saint Louis, par le traité de 1259, avait investi le roi d’Angleterre du duché d’Aquitaine, en ayant soin de ne pas se dessaisir des choses que le roi de France ne pouvait mettre hors de sa main. Le roi d’Angleterre ayant prétendu avoir des droits à la possession de Périgueux, il fut reconnu que cette capitale devait rester sous la main de Louis IX. D’un autre côté, le comte de Périgord n’avait point renoncé à l’espoir de triompher de l’opposition de la ville. Plusieurs fois, de 1269 à 1292, il tenta de déposséder ses habitants de quelques-unes de leurs immunités, jusqu’à ce qu’enfin un traité entre les consuls et lui vint fixer leurs droits respectifs (1296). Mais à peine les tracasseries du comte avaient-elles cessé ou du moins semblaient-elles toucher à leur terme, qu’un nouvel adversaire entra dans la lice. L’abbé et le chapitre du Puy-Saint-Front, qui avaient cédé en pariage au roi de France leur juridiction, prétendirent lui donner une extension qu’elle n’avait jamais eue, et il fallut qu’un arrêt du parlement, rendu en septembre 1290, reconnût explicitement les droits du maire et des consuls.

Tranquilles sur la jouissance de leurs droits, désormais parfaitement établis, le maire et les consuls ne tardèrent pas à leur tour à se jeter dans la voie des empiétements et des usurpations. Un arrêt du parlement, rendu en 1309, constate que neuf ans auparavant, ils avaient déjà cherché à fausser les élections municipales, afin de perpétuer dans leurs familles les charges dont ils étaient revêtus. Cette atteinte aux règlements avait amené des violences telles que la justice royale fut obligée de se saisir de l’affaire. Cependant elle ne procéda pas envers la ville de Périgueux comme elle avait coutume de procéder envers les villes de commune. Les seuls coupables furent recherchés et punis avec une sévérité exemplaire : on les déclara, eux et leurs enfants jusqu’à la troisième génération, incapables d’exercer les fonctions de maire et de consul ; quant aux habitants ils conservèrent, comme par le passé, le droit d’élire tous les ans., selon le mode anciennement usité, un maire et des consuls, ou seulement des consuls. Cette leçon ne fut pas perdue, car il ne paraît pas que depuis on ait cherché à altérer les règlements.

Les attaques diverses dont elle avait été l’objet pendant de longues années, les agitations auxquelles elle s’était vue en proie, les haines, les jalousies qu’elle avait soulevées, habituèrent la ville de Périgueux à se tenir continuellement en garde contre les surprises de ses ennemis, et à avoir toujours sous la main d’énergiques moyens de résistance. Ces discussions lui furent de la plus grande utilité, et servirent puissamment le roi de France lorsque, sous Charles-le-Bel, recommencèrent les guerres avec l’Angleterre. Depuis 1326 jusqu’en 1347, les citoyens de Périgueux, sans aucun secours étranger, repoussèrent trois fois les Anglais, qui par trois fois vinrent, à grans chevauchées, par devant ladite ville faisant leur pouvoir de l'acquérir ou détruire par force ; et ce ne fut qu’en 1355, lorsque quatorze châteaux forts des environs, tombés entre les mains des ennemis, bloquaient Périgueux de toutes parts, que ses habitants se décidèrent à demander du secours au roi de France. L’année d’après, la cité proprement dite fut prise par les Anglais, et resta en leur pouvoir environ douze mois. Le cardinal de Périgord, oncle du comte Roger Bernard, fut un de ceux qui contribuèrent le plus à expulser ces étrangers. D’accord avec son neveu, il essaya de profiter de la circonstance pour assurer à sa famille la suprématie qu’elle avait en vain tenté jusqu’alors d’établir sur Périgueux. Ses efforts furent d’abord infructueux, mais au milieu des troubles civils, que la captivité du roi Jean et la lenteur des négociations pour la paix avaient engendrés, il put croire un moment à la réussite de ses projets. Malheureusement pour le comte, le traité de Brétigny vint changer la face des choses, au moment où il s’y attendait le moins ; car, par suite de ce traité, Périgueux ayant été remis aux Anglais, l’affaire fut soumise à Jean Chandos, commissaire du roi d’Angleterre, qui débouta le comte et son oncle de toutes leurs prétentions (1361).

En l'année 1368, lorsque les grands vassaux de la Guienne interjetèrent appel au roi de France au sujet des vexations exercées sur eux par le roi d’Angleterre, ou plutôt par le prince de Galles, Périgueux adhéra à cet appel, et se mit en mesure de soutenir énergiquement la guerre contre les Anglais. Tant que vécut Charles V, cette ville n’eut pas d’autres ennemis à combattre que les adversaires de la couronne de France, mais après la mort du roi et durant la minorité de Charles VI, tout en résistant aux ennemis du royaume, elle dut aussi se tenir en garde contre les attaques multipliées du comte Archambaud V. Ce seigneur pensa que le moment était arrivé d’accomplir l’œuvre si inutilement tentée par ses prédécesseurs. La lutte dura longtemps, mais elle finit par lui être funeste, ainsi qu’à son fils le comte Archambaud VI. Sur les plaintes réitérées des habitants de Périgueux, ce dernier fut déclaré rebelle et coupable de lèse-majesté par Charles VI, assiégé dans son château de Montignac par le maréchal de Boucicaut, fait prisonnier, conduit à Paris, et banni de France à perpétuité par arrêt du parlement (1398). A partir de ce moment, la ville de Périgueux n’eut plus à s’inquiéter pour son indépendance ; les nouveaux comtes de Périgord n’essayèrent jamais de la lui contester.

Au milieu des entreprises incessantes du comte contre ses libertés et des ennuis d’une existence toujours troublée, Périgueux n’avait pas cessé un seul instant de témoigner un dévouement sans bornes aux intérêts nationaux, et constamment il s’était montré l’adversaire intraitable de la domination anglaise. L’heureuse issue de sa lutte contre le comte ne fit que l’attacher encore plus fortement à la cause de la France, et pendant les cinquante dernières années que les Anglais passèrent en Guienne, il sut résister avec énergie à tous leurs efforts.

Au XVIe siècle, la réforme religieuse pénétra dans cette ville sans trop de difficultés et s’y forma de bonne heure un assez bon nombre de partisans ; mais quand les idées nouvelles eurent soulevé des haines et des antipathies telles qu’il fallut recourir aux armes des deux côtés, Périgueux se souvint que les rois de France l’avaient en tout temps traité avec bienveillance et affection. Il combattit donc pour la défense du trône et de la foi de ses pères. Cependant, en 1575, la ville ayant été surprise par Langoiran et Vivans, les calvinistes s’y établirent ; en vertu de l’édit de 1576, elle devint une de leurs places de sûreté, et ils la gardèrent jusqu’en 1581, époque où elle retomba au pouvoir des catholiques. En 1592, Périgueux subit un moment l'influence de la Ligue, mais à l’avènement de Henri IV il rentra franchement sous l’autorité royale, et s’y maintint jusqu’au temps de la Fronde. En 1651, pendant les guerres de la minorité de Louis XIV, le prince de Condé s’étant rendu maître de la capitale du Périgord, y mit pour garnison trois régiments d’infanterie, un de cavalerie, et une compagnie de dragons commandés par le marquis de Chanlost. Cet officier général, homme de talent, mais naturellement cruel, conserva la ville au prince de Condé jusqu’en 1653. Le 16 septembre de cette année, elle fut remise sous l’autorité du roi par les soins et l’énergie de Joseph Bodin, aidé de quelques citoyens intrépides. Voici comment eut lieu cet événement qui fit le plus grand honneur aux habitants de Périgueux.

 

Périgueux et les bords de l'Isle vers 1870 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Périgueux et les bords de l'Isle vers 1870
gravure extraite de la Géographie illustrée de la France - Jules Verne - Hetzel - 1876
(collection personnelle).

Plusieurs tentatives, découvertes au moment où l’on pouvait croire au succès, avaient porté le découragement chez les royalistes. Cependant, soutenu par une volonté inébranlable, Bodin, loin de se rebuter, employa tous ses efforts à préparer un dernier coup de main, et ménagea si bien les esprits que les projets, tant de fois déjoués, furent repris avec la ferme résolution de ne reculer devant aucun sacrifice. Dans la nuit du 15 au 16 septembre, il rassembla chez lui les chefs de la conjuration, et tous décidèrent que le lendemain, à midi, on tâcherait de se saisir de la personne du marquis de Chanlost, en même temps qu’on ferait deux attaques sur deux points opposés de la ville. Le but qu’on se proposait était de fournir aux troupes royales, campées dans les environs, une occasion favorable de pénétrer dans l’intérieur, afin d’achever ce que les bourgeois auraient commencé. Par malheur, le lendemain dès dix heures, Chanlost fut mis au courant de tous les détails de l’entreprise. Irrité de cette découverte, et entraîné par la violence de son caractère, il commanda qu’on fît prendre les armes aux trois régiments d’infanterie placés sous ses ordres, et se porta rapidement sur la maison d’un des confédérés. L’ayant trouvée fermée, il se dirigea vers celle de Bodin qu’il trouva également close. Au moment où il se disposait à tourner cette dernière pour y pénétrer par le jardin, la porte s’ouvrit tout à coup, et il s’engagea sans réflexion, avec trente hommes qui l’accompagnaient, dans un corridor sombre et étroit. Il y fut reçu par Bodin et par ses amis, résolus à vendre chèrement leur vie. Dès le premier choc, le marquis de Chanlost, blessé mortellement, alla tomber dans la rue ; cette perte démoralisa ses soldats, dont plusieurs avaient été atteints ; ils reculèrent en désordre, et bientôt prirent la fuite. Alors Bodin, suivi de sa petite troupe, parut au dehors en criant : vive le roi! le tyran est mort! A ce signal, les habitants accourent en foule et grossissent les rangs des insurgés ; l’élan devient général, on triomphe de tous les obstacles avec un bonheur toujours croissant, et en moins de quelques heures la ville est libre, et libre par elle seule, sans avoir eu besoin d’aucun secours extérieur. Nous apprenons, en effet, par les registres de l’hôtel-de-ville de Périgueux, que Bodin, au milieu de son triomphe, loin d’oublier le respect dû aux privilèges dont ses concitoyens avaient joui de toute ancienneté, se fit une arme de ces droits révérés ; lorsque les troupes royales accoururent pour soutenir les habitants contre la garnison, il ne souffrit pas qu'elles entrassent dans la ville, leur disant que tout estoit faict, et qu'il falloit attendre l'arrivée de monseigneur le duc de Candalle.

La ville de Périgueux, désormais exempte de troubles, traversa paisiblement le XVIIIe siècle. La révolution de 1789 y fut accueillie avec joie, et, à part quelques agitations devenues inévitables, il ne s’y passa rien de grave, même durant les plus mauvais jours de la terreur. Avant comme durant le séjour, dans le pays, des représentants du peuple Romme et Lakanal, Périgueux resta pur de tout excès. Sous la première restauration, le maintien des droits réunis faillit amener des troubles sérieux ; mais la tranquillité publique fut promptement rétablie. En 1830, les événements de juillet y furent accueillis avec une unanimité de sentiments qui, malheureusement, n’existe plus aujourd’hui.

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Périgueux le long de l'Isle vers 1850,  - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Périgueux le long de l'Isle, vers 1850
gravure extraite de la carte de la Creuse dans l'Atlas de Vuillemin - 1851
(collection personnelle).

Bibliographie

  • Antiquités de Vesonne, cité gauloise remplacée par la ville actuelle de Périgueux, S vol. in-4. Périgueux, F. Dupont, 1821-36.
  • Recueil des Historiens de France.
  • Labbei Bibliotheca nova manuscript., Mémoires et preuves pour la ville de Périgueux.
  • Dupuy, Histoire de l'Eglise de Périgord.
  • Recueil des ordonnances des rois de France.
  • Archives de l’Hôtel-de-Ville de Périgueux.
  • Archives du royaume.
  • Archives de Pau.
  • Bibliothèque du roi, dépôt des manuscrits.

 

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