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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de L'Univers de Jules Janin - reproduction © Norbert Pousseur

Le fanal de Liverpool vers 1840

 

Le phare de Liverpool - reproduction © Norbert Pousseur
La navigation de Liverpool devant le fanal de Black-Rock, gravure non signée vers 1840

 

Texte et gravure
extraits de l'ouvrage "L'Univers
collection des vues les plus pittoresques du globe" de Jules Janin - édition ~1840

Si la ville de Londres n’existait pas, Liverpool serait sans contredit la ville la plus commerçante de l’Angleterre et du monde. On dirait que le commerce en personne a choisi l'emplacement de cette opulente cité, à l’embouchure de la Mercey, sur la mer d’Irlande (canal Saint-Georges). Cette ville, ou plutôt cette vaste fourmilière, est remplie d’une population qui, depuis le matin jusqu’à la nuit, va sans cesse vendant, achetant, échangeant, fabriquant, marchant, naviguant, faisant de l’or. Vous pensez bien que les principaux monuments d’une ville ainsi faite se peuvent résumer ainsi: une bourse, une halle, un port. La bourse est immense et magnifique, elle est bâtie par des marchands plus riches que des rois; la halle, entourée de hautes murailles, couvre une superficie de 50,000 pieds carrés; le port, vaste et sûr, est rempli de vaisseaux sans nombre et de toutes grandeurs; Liverpool possède encore un hôtel-de-ville, quatorze églises et six musées, bien étonnés de se rencontrer dans ce mouvement commercial.
Liverpool, qui appartient en général à quiconque est un travailleur, appartient surtout aux fabricants de tabac et aux filateurs de coton. La ville se compose de vingt-trois mille maisons, qui renferment cent cinquante-cinq mille habitants; ce commerce immense fut d’abord desservi par mille vaisseaux seulement ; ces vaisseaux unissaient Liverpool à l'Irlande, à l’Inde occidentale et à l’Espagne. En 1823, ces mille vaisseaux s’en étaient adjoint huit mille; l'impôt du port rapportait 1,898,400 livres sterling. En 1824, on comptait onze mille vaisseaux dans le port de Liverpool. En 1836, Liverpool a exporté pour 450 millions de ses produits et pour 40,500,00 francs de produits étrangers. On dirait l’entrepôt général de l’univers.
Le fanal de Eddystone, sur la côte méridionale de la Grande-Bretagne, est un des chefs-d’œuvre de l’architecture moderne. Mais si une ville en ce monde avait le droit d’avoir un fanal qui pût lutter avec le fanal d'Eddystone, certes c’est la ville de Liverpool. Donc, sur la côte nord-ouest, la ville a élevé, pour guider sa flotte marchande, tout en face du port, dans une île pittoresque et dominant les vagues sans cesse agitées, un gigantesque fanal. Ce fanal se tient fièrement debout, sur un formidable rocher qui se dresse verticalement du fond de la mer, et qui n’a pas moins de cent pieds de hauteur, sur cinquante pieds de largeur. Quand arrive le flux de la mer, la vague envahit à plusieurs pieds cette roche inaccessible. Si jamais fanal fut bien posé, c’est le fanal de Liverpool. Sa clarté salutaire se prolonge sur un banc de rochers longtemps funestes aux navigateurs. Cet écueil qui avait un renom terrible, s’appelait la Roche Noire ; c’était un des plus dangereux de la côte ; roche noire féconde en naufrages ! Nulle indication n’était suffisante pour guider le pilote imprudent. Comment donc aller poser un signal permanent sur un rocher aigu incessamment battu par la mer ?
Ce chef-d’œuvre de l’art, de la science et de la richesse était réservé à notre siècle. Un grand architecte anglais, nommé Forster, entreprit de placer dans les ondes quelque chose qui les rendît moins dangereuses. Ce fut un horrible duel entre l’homme et la mer. L’œuvre fut commencée en 1807. D’abord il fallut aplanir le rocher, puis il fallut creuser trente-sept pieds de diamètre sur huit pieds de profondeur, puis dans les fondations il s’agit d’ensevelir des blocs de granit, de quatre mille quintaux chaque bloc; ainsi, peu à peu, et malgré la mer en fureur, s’éleva cette merveille herculéenne. Là, une culée large à sa base, va sans cesse en s’effilant, si bien qu’au sommet elle n’a plus que dix-neuf pieds de tour. Jusqu’à la hauteur de trente-deux pieds au-dessus du niveau de la mer, le fanal est massif, c’est, à proprement dire, une roche superposée sur une autre roche. A partir de cette élévation, la roche se trouve creusée comme une tour. Pendant la haute mer, l’entrée du fanal est fermée comme une soupape; une échelle de cordes conduit dans la tour; s’il fait beau, l’échelle est en dehors, on la met en dedans par le mauvais temps. Un fauteuil reçoit les visiteurs timides, et les conduit, à l’aide d’une poulie, jusqu’au plateau, que défend une balustrade. La partie supérieure du fanal est partagée en six compartiments, l’habitation ou le magasin des vivres des gardiens, qui veillent chacun à leur tour, quelquefois isolés dans cette mer bruyante pendant plusieurs jours.

La lanterne du fanal n’est pas moins extraordinaire que la base qui la porte. Elle est tout en fer de fonte, et recouverte d’épais vitraux, comme une vaste serre; les vitraux sont retenus eux-mêmes par d’épaisses lames de verre superposées l’une sur l’autre. Quand vient la vague et qu’elle monte jusqu’à la lanterne, alors d’immenses volets se referment sur tous ces vitraux. La lanterne n’a pas moins de quinze pieds de hauteur, elle est surmontée d’un toit en cuivre doré : de loin on prendrait ce toit pour une flèche perdue dans l’air.
Ce phare éclaire dans la nuit avec la violence magique d’un météore : Cette lumière resplendissante, qui se répand à dix lieues de distance, est produite par une double rangée de lampes d’argent; chacune de ces lampes est placée au foyer d’un grand réflecteur, argent et platine, d’un diamètre de deux pieds; toutes ces lampes sont fixées à une charpente de fer, cette pesante charpente est mise en mouvement par un violent mouvement d’horlogerie. Plusieurs de ces lampes jettent leurs rayons sur d’épais verres rouges, fabriqués à Newcastle, cette variété de couleur rouge et blanche, double l’effet tout puissant du fanal.
Le vaste banc de rochers sur lequel le phare est construit est couvert, depuis quelques années, d’une fortification destinée à la défense de la ville et du fort de Liverpool. Les murailles de ces travaux sont en granit; elles sont garnies de canons du plus gros calibre. Dans des casemates, à l’abri de la bombe, six cents hommes se peuvent loger facilement.

Pour voir les détails du chargement de l'embarcation avec son cheval,
devant le phare érigé sur le rocher de Black-Rock,
utilisez la fonction zoom

 

 

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