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Les villes à travers les documents anciens

 

Gand et son histoire jusqu'en 1780 et son Hôtel de Ville vers 1830

 

Gravure couleur de l'Hôtel de ville de Gand - reproduction © Norbert Pousseur
L'Hôtel de ville de Gand en Flandre vers 1830, gravure aquarellée de Rouargue.
Voir ci-après l'autre façade et un détail de celle-ci.

 

Extrait de l'ouvrage "Mélanges d'une très grande bibliothèque
De la lecture de livres françois, ... imprimés au seizième siècle"
d'Antoine-René de Voyer, marquis de Paulmy, édition 1786, (collection personnelle)

Texte en vieux françois retranscrit en français moderne avec correction de certains noms propres
Il s'agit donc d'analyse, transcription, résumés... de livres imprimés entre 1500 et 1600, (mais avec des commentaires allant jusqu'en 1780....
)

Je passe enfin à la capitale de la Flandre Autrichienne, c’est-à-dire, à Gand et à son territoire. Cette belle et grande ville est située sur l’Escaut au confluent de la Lys, de quelques autres petites rivières et de plusieurs canaux. Elle a la prétention d’avoir été bâtie du temps de Jules César, et rendue capitale des Nerviens. D’autres disent que son nom de Gandavurn ou Wandavurn vient des Vandales, qui, ayant fait une irruption dans les Pays-Bas, se fixèrent quelque temps dans ce lieu, et le fortifièrent ; mais on ne sait véritablement rien de certain sur Gand avant le neuvième siècle. Alors Odoacre, petit-fils de Lideric, premier Forestier de Flandre, la fit entourer de murailles et de remparts. De siècle en siècle, cette ville s’agrandit tellement, qu’à la fin du quatorzième elle était également vaste et peuplée, et qu’au commencement du seizième, Charles-Quint disait qu’il ferait tenir Paris dans son Gand, voulant désigner par là que la capitale de la Flandre avait plus d’étendue que la capitale de la France. Les Gantois ont été de tout temps fort belliqueux, se font fort adonnés au commerce, et ont établi des Manufactures avec succès ; mais depuis, ce commerce et cette industrie ont infiniment baissé. Au reste, le peuple de Gand a toujours été inquiet, remuant, et porté à la sédition. Il en donna de grandes preuves au quatorzième siècle, lorsque soixante-mille Gantois, ayant à leur tête un brasseur nommé Artevel, osèrent déclarer la guerre au Comte Louis de Male leur souverain. Le Comte demanda du secours au Roi de France Charles VI, qui, s'étant mis à la tête de son armée, défit les Rebelles a la bataille de Rosebecque en 1382. Plus de quarante mille Flamands restèrent sur la place avec leur chef Artevel. A la fin du quinzième siècle, ils se conduisirent aussi mal envers Marie de Bourgogne, qu’ils retinrent prisonnière, et firent décapiter ses Ministres presque en sa présence. Enfin au seizième siècle ils se révoltèrent encore contre l’Empereur Charles-Quint, qui fut obligé de partir d’Espagne et de traverser la France pour les soumettre.

Les Gantois reconnaissent pour leurs Apôtres et leurs Patrons, saint Amand, Évêque de Tongres, saint Bavon, grand seigneur du pays, qui seconda St. Amand dans ses missions, et fonda avec lui plusieurs églises et abbayes, dans le détail desquelles j’entrerai tout à l’heure ; et enfin saint Livin, Évêque régionnaire, qui, avec la permission de l'évêque de Tournai diocésain, y prêcha aussi en 653.
La ville de Gand et son territoire ont continué de dépendre du diocèse de Tournai jusqu'en 1559, que le Pape Paul IV, sur les instances de Philippe II, érigea Gand en évêché, dont le premier Évêque s’appela Corneille Jansénius (différent de l’Évêque d’Ypres), Docteur de Louvain. Depuis ce premier Évêque, il y en a eu seize jusqu'à présent. Le diocèse est totalement compris dans la Flandre Autrichienne et Hollandaise. La cathédrale était autrefois une abbaye fondée par saint Bavon, et dédiée à saint Jean-Baptiste ; elle a été occupée par des Religieux de l’Ordre de saint Benoît jusqu'en 1537, qu’elle fut sécularisée, et on établit vingt-huit Chanoines, dont huit en dignités. Leur église fut détruite en 1540 par ordre de Charles-Quint., pour faire place à la citadelle, et le Chapitre fut transféré dans l'église actuelle, déjà ancienne, grande et belle, qu’on dédia à Saint Bavon ; on en a fort embelli les dedans, et on y a élevé une haute et belle tour. En 1641, le tonnerre étant tombé sur cette église, elle souffrit beaucoup ; mais les dommages ont été depuis réparés. II reste encore de l’ancien bâtiment une belle crypte ou église souterraine. On voit dans l’intérieur de l'église plusieurs tombeaux assez magnifiques, entre autres celui d’un Évêque de Gand, nommé Antoine Triest, mort en 1657, âgé de plus de quatre-vingts ans.
Il s’est tenu dans cette église deux Chapitres de l'Ordre de la Toison d’or, l'un en 1445, du temps du Duc Philippe le Bon, et l’autre en 1559, sous le règne de Philippe II Roi d’Espagne. C'est le dernier de cet Ordre qu’on ait tenu en règle, et dans lequel on nomma des Chevaliers, les Rois d’Espagne s’étant, dans la suite, mis sur le pied de faire des nominations sans cérémonie. Dans le premier de ces Chapitres, le Duc Philippe le Bon nomma Chevaliers le Roi d’Aragon et de Naples, Alphonse, cinquième du nom, qui mourut en 1458 ; trois seigneurs Flamands, dont deux de la Maison de Borsele, et un de celle de Bréderode, Jean d’Auxi, et le sire d’Humières en Picardie. Les Chevaliers nommés dans le dernier de ces Chapitres furent le Roi de France François II, Guidobaldo, Duc d’Urbin, Marc-Antoine Colonne, Philippe de Montmorency, Comte de Horne, et Floris de Montmorency-Montigny son frère, Baudouin de Lanoy, et Charles de Lanoy son cousin, Guillaume de Croy, et Antoine de Lalain.


Égise Saint Nicholas de Gand -  reproduction © Norbert Pousseur
L'égise Saint Nicholas à Gand, par William Henry Barlett
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
De St Nikolaas kerk te Gent.

Indépendamment de la cathédrale, il y a dans la ville six paroisses, donc une est collégiale, dédiée à saint Nicolas ; deux belles et grandes abbayes ; la première est celle de saint-Pierre, fondée vers l’an 610 par Sigebert Roi d’Austrasie, à la prière du grand Saint Amand. Elle fut brûlée par les Normands, et rétablie, en 946, par Arnoud Comte de Flandre. C'est le plus beau et le plus illustre monastère des Pays-Bas. L’Abbé a le titre de Prince, et prend celui de Primat de la Flandre. Il est toujours régulier, exerce la juridiction temporelle sur une bonne partie de la ville, et la spirituelle, non seulement sur ceux de ses Religieux qui résident dans son monastère, mais la conserve sur plusieurs d’entre eux, auxquels il conféré des cures, tant au dedans qu’au dehors de la ville. L'église abbatiale a toujours été très magnifique ; étant fort ancienne, elle a été rebâtie il y a environ soixante ans, et postérieurement encore on a rétabli le logement de l’Abbé. Les jours de fêtes, l’église est ornée de magnifiques tapisseries, chef d'œuvres des temps les plus brillants des Manufactures de Gand. C’est dans cette abbaye que de temps presque immémorial se fait l’inauguration des Comtes de Flandre. Les nouveaux souverains offrent trois pièces d’or, et une pièce de drap d’or sur l’autel, et l’Abbé lui ceint l'épée, marque de la souveraineté, et ensuite le Comte jure sur les saints Evangiles de conserver les droits et les privilèges du monastère. Il va de là à la cathédrale de saint-Bavon, ou il fait un pareil serment. II passe ensuite à l'hôtel de ville, ou il fait un troisième serment de maintenir les privilèges de la ville et des Bourgeois. Ce n’est qu’après tout cela que les trois Etats de Flandre lui prêtent serment de fidélité.
La seconde abbaye de Gand est celle de Baudeloo, fondée dans le pays de Was, en 1197, par le Comte Baudouin IX, qui mourut Empereur de Constantinople. On y suivit d’abord la règle de saint Benoît. En 1225, les Religieux embrassèrent celle de Cîteaux. En 1585, l’ancienne abbaye ayant été ruinée, ils se retirèrent à Gand, ou ils ont à présent une belle église et un beau monastère.
L’abbaye de Tronchise, de l’Ordre de Prémontré, est presque à la porte de la ville ; elle fut fondée par St. Amand dès l’an 640. Outre ces trois abbayes, il y a dans Gand des couvents de Franciscains qui ont embrassé la réforme des Récollets, de Dominicains, de Carmes, d’Augustins, tous fondés au treizième siècle. Les Capucins n’y sont que de la fin du seizième. Les jésuites y avaient un beau collège, et la direction du séminaire : les Chartreux sont entrés dans la ville en 1584, et étaient établis au dehors dès l’an 1520. Depuis le dix-septième siècle, il y a un prieuré de Bernardins, des Alexiens qui portaient ci-devant un uniforme fort bizarre, qu’ils ont abandonné depuis peu : leur église est fort belle. Enfin, les Carmes déchaussés établis depuis ce siècle-ci, y ont aussi une très-belle église. II y a dans Gand jusqu'à dix abbayes de filles, donc cinq de l’Ordre de Cîteaux, deux de l’Ordre de Saint Augustin, deux de Bénédictines, dont une d'Anglaises, et une de Cordelières Urbanistes, et treize autres couvents de filles. Depuis peu d’années on en a détruit quelques-uns, entre autres celui des Claristes, de la réforme de Sainte Colette. Elles conservaient précieusement le corps de leur Réformatrice, qui était venue de Bourgogne jusque en Flandre, et était morte en 1447. Lors de leur destruction, elles ont transporté ces précieuses reliques de Gand à Poligny en Franche-Comté, où elles sont à présent.


Le canal de Gand et l'église St Michel - reproduction © Norbert Pousseur
Le canal gelé de Gand et l'église St Michel, par William Henry Barlett
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
Het kanaal en de Michels, kerk te Gent.

On remarque dans Gand plusieurs beaux hôpitaux, deux grands béguinages, et différentes places publiques ; la plus belle est celle que l’on appelle le Marché du vendredi, au milieu de laquelle on voit la statue de Charles-Quint ; celle de Kauder est ornée d’arbres, et fait la promenade de la ville.
On passe les différents bras de rivières, ruisseaux et canaux qui traversent la ville, sur plus de trois cents ponts. On voit sur l’un d’eux la statue d’un jeune homme que l’on prétend que l’on voulut forcer à couper la tête de son père. Au moment qu’il allait exécuter cet ordre barbare, la lame de son sabre sauta en l’air, et la poignée lui resta dans la main.

Hôtel-de-Ville de Gand - reproduction © Norbert Pousseur


Coin de l'Hôtel-de-Ville de Gand - reproduction © Norbert Pousseur
L'Hôtel-de-Ville de Gand, par William Henry Barlett
et le coin de la façade de droite de la gravure ci-dessus
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
Stadhuis te Gent.
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L’hôtel de ville et le beffroi sont deux bâtiments très remarquables ; le dernier est  une tour très élevée, à laquelle on monte par plus de trois cents marches. La grosse cloche, que l’on a nommée Roland, pèse onze mille livres. Au dessus de la tour, est un dragon de cuivre doré, que l'on dit avoir été envoyé de Constantinople par le Comte Baudouin IX. L’hôtel de ville actuel a été commencé en 1600, au lieu d’un ancien bâtiment construit en 1481 ; il n’a été achevé qu'assez longtemps après ; il est beau et vaste. C’est là que s’assemblent non seulement le Magistrat de l’hôtel de ville, mais encore les Etats du pays, qui .sont divisés en trois Ordres. Celui du Clergé est composé des Évêques de Gand, de Bruges et d’Ypres, douze Abbés, à la tête desquels est celui de saint-Pierre de Gand, et d’un grand nombre de Prieurs, Prévôts et Doyens de Chapitres. La Noblesse a à sa tête le Prince d’Epinay, Vicomte de Gand et Connétable de Flandre. Cette dignité est actuellement possédée par M. le Maréchal Prince de Soubise, le Comte de Cruychenbourg Maréchal de Flandre, et quatre Bers ( Pairs ) ou Barons, dont le premier est celui de Cysoing. Le Tiers-État est composé des Bourgmestres et Députés des villes de Gand et de Bruges, et autres villes de la Flandre. Les États s'assemblent tous les trois ans, et choisissent des Commissaires, qui règlent les affaires pendant l’intervalle d’une tenue d’États à l’autre. Ils accordent des subsides au souverain, et veillent a ce que la répartition des impôts soit égale.

Le Conseil provincial de Flandre réside à Gand ; il fut établi à Lille par Philippe le Hardi, en 1385, transféré à Gand en 1409, renvoyé à Courtrai en 1456, rétabli à Gand en 1503. Lors des troubles en 1579, ce Conseil se retira à Douai, revint enfin à Gand en 1584, passa à Bruges quand les Français s’emparèrent de Gand, et y est revenu, du moins pour la Flandre Autrichienne. Enfin c’est dans l'Hôtel de ville que s'assemble le Magistrat ou Corps Municipal, composé d’un Grand-Bailli, de treize Echevins, de trois Conseillers Pensionnaires, etc.

La citadelle de Gand est petite, mais régulière, à quatre bastions : elle fut commencée en 1540, par ordre de Charles-Quint. Les rebelles Flamands la rasèrent en 1573, sous Philippe II, et Alexandre Farnèse, Prince de Parme, la rétablit en 1584. On y entretient toujours un Gouverneur, un État-Major et une petite garnison.

Il y a deux grands canaux qui partent de Gand, et facilitent le commerce de cette ville ; l’un conduit à Bruges, l’autre au Sas de Gand, et de là à la mer.


Marché du vendredi à Gand - reproduction © Norbert Pousseur
Le marché du vendredi à Gand, par William Henry Barlett
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
De vrijdagsmarkt te Gent.

Ce qu’on appelle la Cour du Prince, est un ancien bâtiment commencé par le Comte Louis de Male, en 1368 ; c’est là que naquit, l'an 1500, l'Empereur Charles-Quint, qui, quarante ans après, traita sévèrement sa propre patrie ; car les Gantois s’étant révoltés, il revint exprès d’Espagne pour les châtier, et fit pendre vingt-six des principaux habitants de la ville, en bannit un grand nombre, confisqua leurs biens, ôta à la ville son artillerie, ses armes et ses privilèges, la condamna à douze cent mille écus d’amende, et fit bâtir la citadelle dont je viens de parler. En 1576, il se fit à Gand une pacification entre les Ministres et les Généraux du Roi Philippe II et les rebelles des Pays-Bas ; mais elle ne tint pas longtemps. Le Duc d'Arscor ayant été nommé Gouverneur de Flandre, fit une entrée magnifique à Gand ; mais peu de temps après, les Gantois le retinrent prisonnier avec plusieurs autres seigneurs, et redemandèrent avec hauteur leurs privilèges : enfin, en 1584, ils se soumirent, et le premier Bourgmestre, chef de la révolte, fut décapité en 1585. En 1678, Louis XlV s’empara de Gand après un siège de six jours, et le rendit à la paix de Nimègue. Les Français l'occupèrent de nouveau au nom du Roi d’Espagne Philippe V, en 1700, le perdirent en 1706, le reprirent en 1708, et enfin le Prince Eugène et le Duc de Marlborough l’assiégèrent et s’en rendirent maîtres en 1709 ; il n’est point sorti depuis de la domination Autrichienne.

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Gravure couleur de l'Hôtel de ville de Gand - reproduction © Norbert Pousseur Coin de l'Hôtel-de-Ville de Gand - reproduction © Norbert PousseurHôtel-de-Ville de Gand - reproduction © Norbert Pousseur

Le canal de Gand et l'église St Michel - reproduction © Norbert PousseurÉgise Saint Nicholas de Gand -  reproduction © Norbert PousseurMarché du vendredi à Gand - reproduction © Norbert Pousseur

 

 

 

 

Les textes ont été transcrits du vieux françois en français courant,
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