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Les villes à travers les documents anciens

 

Malines, son histoire jusqu'en 1780

 

Entrée de Maliners vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Entrée de Malines sur la route de Bruxelles, gravure de William Henry Barlett
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
Mechelen, van den kant van Brussel te zien

 

Extrait de l'ouvrage "Mélanges d'une très grande bibliothèque
De la lecture de livres françois, ... imprimés au seizième siècle"
d'Antoine-René de Voyer, marquis de Paulmy, édition 1786, (collection personnelle)

Texte en vieux françois retranscrit en français moderne avec correction de certains noms propres
Il s'agit donc d'analyse, transcription, résumés... de livres imprimés entre 1500 et 1600, (mais avec des commentaires allant jusqu'en 1780....
)


La  seigneurie de Malines est une des dix-sept Provinces des Pays-Bas ; mais c’est certainement la plus petite, car elle n’a que trois lieues de long, autant de large, et ne comprend que la ville de Malines et une demi-douzaine de villages : elle a commencé à être connue au  huitième siècle. On voit qu'alors Adon en était Comte, sous le règne du Roi Pépin ; il n’avait point d'enfants désirait beaucoup d’en avoir : il eut recours a Saint Rombaut, fameux Missionnaire Irlandais, qui était venu avec le caractère d’Évêque, prêcher la Foi Chrétienne dans ces cantons. Rombaut obtint du Ciel la grâce que désirait Adon ; il eut un fils que l’on nomma Libert ; mais ce jeune Seigneur ayant voulu se baigner dans la Dyle, se noya. Par bonheur Saint Rombaut vivait encore, et le ressuscita. Libert sentit toute l’obligation qu’il avait à Dieu et au Saint ; il embrassa l’état écclésiastique, et de Seigneur de Malines, il devint d’abord Chanoine, et ensuite Doyen et Prévôt du Chapitre que Saint Rombaut avait établi dans la ville, qui s’était formée autour du château d’Adon et de l’église de Rombaut.
Au bout de quelques années, les Normands firent une irruption, pillèrent et saccagèrent l’église et la ville. Libert, qui depuis a été canonisé, fut obligé de s’enfuir dans l’abbaye de Saint-Tron, ou il fut massacré, et est honoré comme Martyr. Le torrent des Normands étant passé, et Malines s’étant un peu rétablie, on plaça d’autres Comtes à la tête de cette ville, jusqu’à ce que le Roi Charles V, selon les uns, et selon d’autres l’Empereur Saint Henri, donna ce Comté à l’évêque de Liège. Saint Notger, l’un de ces Prélats, y rétablit le Chapitre fondé autrefois par Saint Rombaut.

Dans le siècle suivant, les évêques choisirent pour leurs Avoués dans Malines, les Seigneurs de Berthout, qui possédaient le château de Grimbergue, ceux d’Hoogsrate, de Westerloo, etc. dans le Brabant et aux environs de Malines. Ces Avoués furent bientôt si puissants, qu'ils firent la guerre non seulement aux Ducs de Brabant, mais même aux Prélats de Liège, dont ils devaient être les  défenseurs. Ceux-ci impatientés de cette conduite, vendirent la terre  de Malines à Louis de Nevers, Comte de Flandres. Celui-ci acheta peu après les droits de l’héritière des Berthout, qui avait épousé un Comte de Gueldres, et de sa fille mariée à un Comte de Juliers. Le Comte de Flandres se crut alors tout-puissant dans Malines ; mais le Duc de Brabant prétendit y avoir des droits, indépendamment des évêques de Liège et de leurs Avoués.  Il en résulta une guerre qui se termina par un partage ; mais le partage souffrait encore des difficultés, lorsqu’un mariage accommoda tout. Marguerite de Flandres épousa Philippe le Hardi, Duc de Bourgogne, et un second mariage fit passer le Brabant dans la même Maison de Bourgogne.

En 1430, la Flandre et le Brabant furent, possédés à la fois par Philippe le Bon, et la seigneurie de Malines appartint, sans contestation, au même Souverain. Cependant Philippe le Bon déclara qu'il possédait Malines à un titre particulier, et que c’était une province à part ; c’est sur ce pied là qu’elle a continué d’appartenir aux Ducs de Bourgogne, à leurs héritiers les Archiducs d’Autriche, aux Rois d’Espagne, et quelle appartient encore à l’Empereur. En 1473, Charles le Téméraire, dernier Duc de Bourgogne, établit à Malines un Grand-Conseil Souverain ou Parlement, composé de trente-quatre Membres. Après la mort de ce Duc, ce Tribunal suprême fut partagé en deux ; une partie sous le titre de Conseil privé, fut ambulatoire, et destiné à suivre partout le  Souverain. Il s’est encore divisé, lorsque ces Princes sont sortis des Pays-Bas. Une partie les a suivis en Espagne et en Allemagne ; le reste est demeuré à Bruxelles, sous le titre de Conseil privé. La portion qui n’est point sortie de Malines, y forme encore un Tribunal souverain, sous le titre de Grand-Conseil ou Parlement. Il a tenu ses séances dans un Palais qu’avait occupé Marguerite d’Autriche, Duchesse Douairière de Savoie, Gouvernante des  Pays-Bas, tante de Charles-Quint ; mais depuis quelque temps il s'est transporté dans l’hôtel qui a appartenu au Cardinal de Granvelle. Il est à présent composé d’un Président, de seize Conseillers, dont deux Ecclésiastiques, d’un Procureur-Général, etc. Il avait dans son ressort presque toutes les provinces des Pays-Bas, excepté le Brabant qui a son Conseil souverain à part. Il est réduit aujourd’hui à la Flandre et au Hainaut Autrichiens, au Comté de Namur et au pays de Luxembourg. Le Parlement de Malines reçoit les appels de ces provinces, et juge en dernier ressort, sauf les cas de révision. Les Chevaliers de la Toison d’or y ont leurs causes commises en première instance. Depuis son institution, on a toujours plaidé en français au Conseil  de Malines.

Il y a différentes opinions sur l’étymologie du nom de Malines ; la discussion en serait ennuyeuse, et est assez indifférente : elle est à une égale distance d’environ quatre lieues d’Anvers et de Louvain, et traversée par la rivière de Dyle qui se jette dans l’Escaut, à peu près à une lieue de là : le flux et reflux se fait sentir jusqu’à Malines. J’ai dit qu’elle avait été autrefois soumise aux évêques de Liège pour le temporel ; elle n’a cessé de l’être pour le spirituel qu’en 1559 ; le Pape Paul IV, et le Roi d’Espagne Philippe II, y érigèrent alors un archevêché, auquel ils attribuèrent le titre de Primat des Pays-Bas. On lui donna pour suffragants les évêchés d’Anvers, Gand, Bruges, Ypres, Ruremonde, et Bosleduc.

Le Diocèse particulier de Malines contient dix-sept villes et quatre cent quatre-vingts villages. Le premier Archevêque fut Antoine Pérenot de Granvelle, auparavant évêque d’Arras : il fut fait Cardinal en 1560,  et mourut en 1586, nommé Archevêque de Besançon, sa patrie. L’Archevêque d’à présent n’est que son dixième successeur. La ville est partagée en six paroisses, dont la métropolitaine est la première ; elle est dédiée à Saint Rombaut. On a déjà vu que son Chapitre fait remonter son institution jusqu’à ce Saint, qui fut assassiné en 775, par deux coquins qui comptaient trouver beaucoup d’argent chez lui, parce qu’il en distribuait beaucoup aux pauvres. Il se fit de grands miracles à son tombeau. Sa fête a été fixée au premier Juillet. Ses reliques sont honorées dans la cathédrale, et conservées dans une chasse magnifique d’argent doré, enrichie de pierreries ; mais elle n’a été faite qu’au commencement du dix-septième siècle, les Hérétiques en ayant brûlé, en 1578, une autre faite dès 1369, et qui pesait trois mille six cent marcs.

Le Chapitre métropolitain de Malines, dans l'état actuel, est composé de dix-sept grands Chanoines, dont dix Dignitaires  et douze-semi-Prébendes. Philippe le beau-père de Charles-Quint, tint en 1491 dans l’église de Malines, un Chapitre de l’Ordre de la Toison d’or, dans, lequel il créa quatorze  Chevaliers à la tête desquels furent L'empereur Frédéric III son grand père, et le Roi d’Angleterre Henri VII.

St Rombaulkt à Maliners vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Église de Saint Rombault à Malines, gravure de William Henry Barlett
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
St Romboots kerk te Mechelen

La tour de la cathédrale est  d’une extrême élévation ayant trois cent quarante-huit pieds de haut : on y peut monter aisément, et on  découvre de là la mer, trois grandes villes, et un nombre infini  de bourgs, et de châteaux. Cette  tour, devait être encore d’un tiers plus  élevée, et on y voit bien qu’elle n’est  pas   achevée. L’église fut commencée en 1250, mais ne fut finie que deux ans après.
La seconde  paroisse est dédiée à Notre-Dame ; on y a joint depuis 1643, une collégiale, composée de dix Chanoines, avec un Prévôt et un Doyen Curé. Les autres paroisses de la ville n’ont rien de remarquable ; si ce n’est celle de Notre-Dame d’Hanwick, dans laquelle on révère, depuis huit cents ans, une image miraculeuse de la Sainte Vierge. Elle est desservie par des Chanoines Réguliers de la Congrégation du Val-des-Écoliers, que nous appelons en France les Génovésains.
Il n’y avait que cinq ou six couvents à Malines avant les troubles ; mais il s’y en est réfugié un grand nombre à la fin du seizième siècle et au dix-septième. Les Franciscains (dont le couvent était très beau au seizième siècle), les Augustins et les Carmes y sont dès le treizième. Les Jésuites y   avaient, en dernier lieu, une magnifique église et un beau collège. Ils occupaient un Palais qu'avait autrefois habité l’Empereur Charles-Quint ; mais il y a d’ailleurs un autre collège et un séminaire, tous deux établis au seizième siècle. Les couvents de Religieuses sont plus beaux et plus riches que les couvents d'hommes ; la plupart étaient fondés depuis longtemps aux environs, et s'y sont réfugiés dans le temps des troubles. Il est inutile d’entrer ici dans le détail de tous ces monastères ; il suffit de citer, 1° celui des Clarisses, que Guichardin dit être très beau, 2° le couvent de Lilienthal ou Val-des-Lis, occupé par des Chanoinesses Régulières de l’Ordre de Prémontré : l’origine de ce couvent est remarquable. Un Curé d’Hombeke, village dans le territoire de Malines, déclara, en 1231, que depuis longtemps il entendait dix-huit oiseaux, ( qu’il ne voyait point ), chanter sept fois par jour mélodieusement. Le Seigneur d’Hombeke en conclut qu’il fallait établir dans sa Terre un couvent, où dix-huit Religieuses feraient régulièrement l’office. Effectivement le couvent fut fondé, et enrichi par les Ducs de Brabant, qui lui donnèrent de grandes terres. Les Religieuses restèrent à Hombeke jusqu’en 1180, que leur couvent ayant été ruiné par les rebelles, elles se réfugièrent à Malines, où elles ont une superbe église et une belle maison, dans laquelle il n’y a jamais que dix-huit Professes, en mémoire des dix-huit oiseaux. On voit à Malines un grand et nombreux béguinage, dont l’église est riche et fort ornée en dedans ; et même un second que l’on appelle le petit béguinage, de sorte que l’on compte plus de mille Béguines. Il y a aussi une riche Commanderie de l’Ordre Teutonique, que l’on appelle Pitzembourg ; les bâtiments en sont magnifiques.

Le Magistrat de Malines est composé d’un Escoutot (Auditeur), deux Bourgmestres, douze Échevins, dont six Nobles et  six Bourgeois, etc. Il y a encore quelque commerce dans cette ville : mais il a été autrefois beaucoup plus considérable car il y avait, du temps de Guichardin, un grand nombre de Corroyeurs, de Drapiers et de Tisserands. On y fait encore des cuirs dorés, inventés dans le pays, et qui servent de tapisserie ; des couvertures de lits, et principalement des dentelles, connues et répandues par toute l’Europe. Malines était aussi autrefois en réputation pour sa fabrique d’armes, et le Roi Philippe II y avait établi un bel arsenal ; et en 1566 il y avait fondé un hôpital ou maison pour les Soldats invalides : mais il n’existe plus.

Cette ville a produit plusieurs hommes savants, dont le plus singulier a été Nicaise de Voorden, qui, étant devenu aveugle à l’âge de trois ans, ne laissa pas de le rendre très savant ; il a composé des Ouvrages qui ont été fort recherchés dans leur temps.

Malines a essuyé de grands malheurs. En 1546, le tonnerre tomba sur une tour nommée le Santport, qui renfermait plus de deux mille quintaux de poudre ; elle bouleversa presque tous les quartiers de la ville ; la plupart des églises et des bâtiments furent endommagés ; plus de cinq cents personnes y périrent, et six cents furent estropiées.
D’autres accidents accablèrent Malines. En 1572, le Duc d’Albe traita les habitants avec autant d’injustice que de cruauté, sous prétexte qu’ils avaient refusé l’entrée de leur ville aux troupes du Roi d’Espagne, quoiqu’ils n’en eussent pas été les maîtres avant que celles du Prince d’Orange se fussent retirées : il abandonna pendant trois jours la ville au pillage ; les Soldats Espagnols y commirent les plus grandes horreurs. On n’épargna que les églises et les couvents ; mais en 1578, les Soldats du Prince d’Orange s’étant rendus de nouveau maîtres de la ville, toutes les églises et les couvents furent pillés à leur tour, et les cloches emportées pour fondre des canons. En 1580, les Anglais la prirent à leur tour, pillèrent et ravagèrent indistinctement tout ce qui appartenait aux Catholiques et aux Protestants ; enfin, en 1585, elle rentra sous la domination du Roi d’Espagne, et n’a plus éprouvé de malheurs. Elle s’est soumise sans coup férir aux différents Souverains qu’ont eus les Pays-Bas Catholiques, et les troupes françaises l’ont occupée depuis 1746 jusqu’en 1749, sans y avoir causé aucun dommage.

À une lieue de Malines, on voit la belle abbaye de Roosendael, occupée par des Religieuses de l’Ordre de Cîteaux ; elle est située sur la rivière de Nethe, et a été fondée dès l’an 1138 par les Seigneurs de Berthout : les premières Abbesses ont été de cette famille. Pendant les troubles des Pays-Bas, ces religieuses se réfugièrent dans la ville, y ont demeuré environ quatre-vingts ans, et sont ensuite retournées dans leur ancien monastère.


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Entrée de Maliners vers 1840 - reproduction © Norbert PousseurSt Rombaulkt à Maliners vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Les textes ont été transcrits du vieux françois en français courant,
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