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Les villes à travers les documents anciens

 

Namur et son histoire jusque vers 1780

 

Pont sur la Meuse à Namur par William Barlett - reproduction © Norbert Pousseur
Le pont sur la Meuse à Namur, par William Henry Barlett
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
Brug of de Maas digt bij Namen

 

Extrait de l'ouvrage "Mélanges d'une très grande bibliothèque
De la lecture de livres françois, ... imprimés au seizième siècle"
d'Antoine-René de Voyer, marquis de Paulmy, édition 1786, (collection personnelle)

Texte en vieux françois retranscrit en français moderne avec correction de certains noms propres
Il s'agit donc d'analyse, transcription, résumés... de livres imprimés entre 1500 et 1600, (mais avec des commentaires allant jusqu'en 1780....
)

Le Namurois, Comté ou Marquisat de Namur, a environ douze lieues de longueur et dix de largeur ; il a le Brabant au septentrion, à l’orient et au midi le pays de Liège et le Duché de Luxembourg, à l’occident le Hainaut. La plus grande partie de son territoire est montagneuse, le reste assez fertile ; mais les Namurois tirent même du tout un assez grand parti pour le commerce de leur pays.
Les forêts abondent en gibier, et leur bois sert à entretenir des forges où l’on travaille le fer et le plomb, dont les mines y sont en abondance. On y trouve des carrières de toutes sortes de marbre et de  pierre blanche et bleue très propres aux bâtiments ; enfin les mines de houille ou charbon de terre sont pour cette province d’une ressource infinie.
Les habitants sont naturellement industrieux, et ont souvent inventé des machines utiles pour l’exploitation de leurs mines, de leurs forges et de leurs verreries. La Sambre et la Meuse, qui coupent et traversent tout le Comté, et se joignent au centre dans la ville même de Namur, apportent de grandes facilités au débit et au transport de toutes ces productions.  

La ville et le Comté de Namur ont leur fable, comme toutes les autres provinces des Pays-Bas. On prétend que le nom de Namur vient d’un Dieu Nam, que l’on y adorait autrefois, et dont Saint Materne, que l’on suppose disciple de Saint Pierre, détruisit le culte ; mais écartons  toutes ces opinions mal fondées.
Il est assez naturel de croire que dans la position où est Namur, au confluent de la Sambre et de la Meuse, il y a eu presque de tout temps un château que nos Rois de la première et  de la seconde Race, dont la domination s’étendait sur tout ce qui composait autrefois la Belgique, et qui s’est depuis appelée l'Austrasie, y placèrent des Comtes, d’abord amovibles, puis héréditaires ; mais on ne connaît la suite de ces. derniers, que depuis la fin du dixième siècle. On voit qu’alors Albert eut le Comté de Namur  en épousant Ermengarde, fille de Charles ; Duc de Lorraine, de la Race de Charlemagne, et sœur d’Othon, le dernier mâle  descendant de cette auguste Maison.  La  postérité d’Albert subsista pendant tout le cours du onzième siècle. Au douzième, Godefroi, Comte de Namur, mourut Moine dans l’abbaye de Floreffe qu’il avait fondée ; et  sa femme  Ermesinde, héritière de Luxembourg, se fit Religieuse dans la même abbaye, qui était double. Ils eurent deux fils et trois filles ; Adélaïde était la dernière ; elle ne succéda à son frère qu’après de grandes querelles. Henri fut surnommé l'Aveugle, ayant perdu de bonne heure la vue : cependant il fit la guerre toute sa vie avec valeur, même avec cruauté. Avant que d’avoir des enfants, il avait cédé le Comté de Namur à son beau-frère Baudouin, Comte de Hainaut : à la naissance de sa fille, il voulut le reprendre ; mais ni lui pendant sa vie, ni sa fille après sa mort, ne purent y réussir ; et Baudouin II, fils de Baudouin I et d’Adélaïde, eut le Comté de Namur. Ayant épousé l’héritière de Flandres, il réunit les Comtés de Flandres, de Hainaut et: de Namur, et laissa celui-ci à son fils cadet, nommé Philippe, qui n’eut point d’enfants, et  céda Namur à sa sœur Yolande, femme de Pierre de Courtenai, Empereur de Constantinople. Tandis qu’Yolande et son mari étaient éloignés, Valéran, Comte de Limbourg, et Duc de Luxembourg par sa femme, s’empara du Comté de Namur. Philippe, fils de Pierre et d’Yolande sa femme, vint le réclamer et le défendre, et par accommodement il en resta en possession, aussi bien que son frère Henri et Yolande leur sœur, et enfin Baudouin leur frère, Empereur titulaire de Constantinople : mais celui-ci, quoiqu’il eût des enfants, fut obligé de céder ses droits à Gui de Dampierre, Comte de Flandres. Le Comte Gui le laissa à son fils Jean, aîné du second lit, dont la postérité la possédé jusqu’à ce que Jean III, ayant succédé à son frère mort sans enfants, mourut en 1429. De son vivant, il avait vendu le Comté de Namur au Duc de Bourgogne Philippe le Bon, moyennant cent trente-deux mille écus d’or. Depuis cette époque, les Ducs de Bourgogne et leurs héritiers ont possédé et possèdent encore le Comté de Namur, qui jouit de la gloire de ne s’être jamais révolté contre ses légitimes Souverains.

Ce pays a des États dans lesquels l’Ordre du Clergé est composé de l’évêque de Namur, de sept Abbés, et des Prévôts de deux Chapitres. L’Ordre de la Noblesse est formé de tous les Seigneurs possédants fiefs ; le Gouverneur de la province, qui est toujours un grand Seigneur des Pays-Bas, en est regardé comme le Chef. Le Tiers-État consiste dans le Magistrat de Namur, et les Députés de trois petites villes. Il y a dans le Namurois douze Baronnies ou Pairies, dont les possesseurs étaient autrefois, conjointement avec le Comte, les Juges de toutes les causes, principalement des féodales ; mais depuis le seizième siècle, il y a été établi un Conseil, composé d’un Président et de six Conseillers choisis par le Souverain ; ils jugent en première instance, et on appelle de leur jugement au Grand Conseil ou Parlement de Malines.

Ciitadelle de Namur par William Barlett - reproduction © Norbert Pousseur
La citadelle de Namur, par William Henry Barlett
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
Kasteel van Namen

On voit encore à Namur l'ancien château, demeure des premiers Comtes, à l’abri duquel s’est formée la ville, et qui l’a toujours contenue et dominée. Il est très fort par sa situation sur un roc escarpé, qui s’avance en pointe entre la Meuse et la Sambre, et n’est abordable que par un front très bien fortifié. On a depuis ajouté à la ville tous les ouvrages qui peuvent en rendre la conquête difficile. L’ancien château de Namur contient une vieille église dédiée à Saint Pierre, dans laquelle était établie une collégiale composée de douze Chanoines et d’un Prévôt. Depuis l’érection de l’évêché, les prébendes ont été réunies à celles de la cathédrale. Il serait inutile que j’entrasse dans le détail actuel des fortifications de Namur ; elles n’existaient point dans le temps que Guichardin écrivait. Elles ont été faites, pour la plupart, par ordre de Louis XIV, après qu’il s'en fut emparé en personne en 1678. Ayant été rendue à la paix de Nimègue, le Roi la reprit encore en 1692, et en resta maître pendant trois ans ; mais elle fut reprise en 1695, après un long siège, par le Roi Guillaume d’Angleterre ; elle avait été défendue par le Maréchal de Boufflers. En 1701, les Français y rentrèrent au nom de Philippe V, et la conservèrent jusqu’à la paix d’Utrecht. Cette place a encore été prise dans la guerre de 1740, et rendue par le Traité d’Aix-la-Chapelle en 1748.

La principale église, dédiée à Saint Aubin Martyr, dont on y conserve les reliques, était collégiale depuis l’an 1046. Il y avait dix Chanoines, dont les prébendes avaient été fondées par Albert II, Comte de Namur, qui avait obtenu de grands privilèges du Pape Etienne X, beau-frère du Comte Albert, et qui avait été lui-même Doyen de ce Chapitre. En 1559, en érigeant un évêché à Namur, on joignit à cette collégiale de la ville celle du vieux château ; et le Chapitre cathédral est actuellement composé de vingt Chanoines, dont sept Dignitaires. L’évêque est suffragant de l'Archevêque de Cambrai. Son diocèse a été presque tout entier démembré de celui de Liège.  Il contient huit villes, et environ deux cent cinquante villages, dont une partie sont du Comté de Namur, et le reste dans le Brabant Wallon. Le revenu de l’évêque est composé de ceux de deux abbayes de Bénédictins, celle de Floreffe, et celle de Saint-Gérard ; et de deux prieurés de l’Ordre de Cluny, qui sont réunis à l’évêché. L’évêque actuel est le quatorzième ou le quinzième depuis l’institution.
Il y a dans la ville quatre paroisses, indépendamment de la cathédrale, cinq couvents d’hommes, et un collège, qui était ci-devant tenu par les Jésuites. L’église qui y est jointe est magnifique, tant par son architecture, que parce qu’elle est en dedans toute incrustée de marbre. Il y a sept couvents de filles, dont le principal est une belle abbaye de Religieuses Bénédictines, que l’on nomme Notre-Dame de la paix. La cour du Prince est un beau palais, habité par le Gouverneur général du Comté.

Les Namurois, obligés à marcher dans les marais de tourbe et de houille, sont habitués à se tenir sur des échasses ; et un divertissement assez ordinaire dans la ville, est de former de petites troupes de gens ainsi équipés, qui se pouffent et tâchent de se culbuter les uns les autres.

 

La Meuse et Namur par William Barlett - reproduction © Norbert Pousseur
Namur depuis la Meuse, par William Henry Barlett
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
Namaen en de vallei der Maas

A une lieue de Namur, est l’abbaye de Malogne, de Chanoines réguliers. On prétend qu’elle a été fondée dès le septième siècle, par un Saint nommé Berthuin, qui vint d’Irlande dans les Pays-Bas pour y prêcher l’Évangile. Dans les environs, sont aussi deux abbayes de filles de l’Ordre de Cîteaux, celle de Salcines et celle de Marche-les-Dames ; la première fondée, au treizième siècle, par Philippe, Comte de Namur ; la seconde, à la fin du quatorzième. Celle de Géronsard, de Chanoines réguliers, fut fondée en 1138 ; elle n’est qu’à une demi-lieue de Namur. Celle de Saint-Gérard, de Bénédictins réformés, reconnaît pour son Fondateur un saint Bénédictin, donc elle porte le nom, et qui vivait au commencement du dixième siècle. Celle de Floreffe, qui appartient à l’Ordre de Prémontré, fut fondée, en 1121, par Godefroi, Comte de Namur ; c’est la troisième de tout l’Ordre de Prémontré. Enfin celle de Boneffe, sur la petite rivière de Mehagne, fut fondée, au treizième siècle, pour des Bernardines, et est à présent occupée par des Bernardins.
On trouve encore dans le Comté de Namur, deux Chapitres de Chanoinesses ; celui d'Andenne, dans un bourg, près de la Meuse. On y fait les mêmes preuves qu’à Mons, Maubeuge et  Nivelle, Le Chapitre est composé d’une Prévôte, d’une Doyenne, et  de trente Chanoinesses ; elles ont à leur nomination à leurs ordres dix Chanoines qui les aident à célébrer le Service divin. Ce Chapitre reconnaît pour sa Fondatrice Sainte Bègue, sœur de Sainte Gertrude, fille, comme elle, de Pépin de Landen. Cette Princesse étant veuve d’Anségise, un des premiers Princes ou Comtes de Brabant, Marquis du Saint Empire, fit un pèlerinage à Rome. Ayant visité les sept églises de cette capitale du Monde Chrétien, et  étant revenue dans ses Terres, elle fit bâtir à Andenne sept chapelles, et y fonda un monastère de Religieuses nobles, dont elle fut la première Abbesse ; ces Religieuses sont devenues par la suite Chanoinesses. Le Chapitre des Dames de Moutier sur la Sambre, prétend avoir encore une origine plus ancienne que celle d’Andenne, leur église ayant été, dit-on, consacrée, en 661, par Saint Amand, un des principaux Apôtres des Pays-Bas ; il est composé de dix-huit Chanoinesses, et de dix Chanoines.

 

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Pont sur la Meuse à Namur par William Barlett - reproduction © Norbert Pousseur Ciitadelle de Namur par William Barlett - reproduction © Norbert PousseurLa Meuse et Namur par William Barlett - reproduction © Norbert Pousseur

 

 

 

 

 

Les textes ont été transcrits du vieux françois en français courant,
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