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Les villes à travers les documents anciens

Châlons sur Marne au 18 et 19ème siècle
(Châlons en Champage)

Châlons en Champagne depuis ses environs vers 1830 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Châlons depuis ses environs vers 1830, gravure de Rauch
extraite du Guide pittoresque du voyageur en France - 1838 - Zoomable en fin de page
(collection personnelle).

Voici aussi Le département de la Marne en 1883

Texte extrait du Dictionnaire de toutes les communes de France - éd. 1851 - Augustin Girault de Saint Fargeau
(collection personnelle).

CHALONS-SUR-MARNE, Calalaurum, Durocatalonum, grande et très ancienne ville, chef-lieu du département de la Marne (Champagne), du 4e arrondissement et d’un canton. Chef-lieu de la 2e division militaire. Tribunal de 1ère instance et de commerce. Chambre consultative des manufactures. Conseil de prud’hommes. Société d’agriculture, sciences et arts. Collège communal. École royale des arts et métiers. Évêché. Grand et petit séminaire. Cure. Gîte d’étape. Relais de poste. Bureau de Poste. Population 14,683 habitants.
Terrain crétacé supérieur, craie blanche.

Autrefois évêché, parlement de Paris, chef-lieu de généralité et élection, bureau des finances, bailliage, présidial, justice consulaire, grenier à sel, deux collégiales, séminaire, collège, onze abbayes ou couvents. — L’évêché de Châlons a été fondé dans le IIème siècle. Revenu, 25,000 livres ; taxe, 3,000 florins.

À 43 km de Reims, 170 km de Paris. Longitude, orientale 2° 1' 46", latitude 48° 57' 16".

L’arrondissement de Châlons est composé de 5 cantons : Châlons, Écury-sur-Coole, Marson, Suippes, Vertus.

Châlons depuis les bords de Marne vers 1870 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Châlons depuis les bords de Marne vers 1870, gravure signée Félix Thorigny
extraite de la Géographie pittoresque des cinq parties du Monde - Eugène Domergue - 1874
(collection personnelle) - Zoomable en fin de page

Brêve Histoire de Châlons en Champagne

Châlons est une ancienne cité dont la position est prouvée par trois routes qui parlent de Durocortorum, Reims, Augustabona, Troyes, et Andomatunum, Langres. Les plus célèbres historiens, entre autres Vopiscus, Eutrope et Ammien Marcellin en font mention.
Ce dernier, qui suivait à la guerre des Gaules l’empereur Julien, nomme Chalons Catalauni, et la place entre les belles villes de la seconde Belgique, même avant Reims, sa métropole.
Antonin la nomme dans son Itinéraire ; les anciennes Notices des cités et provinces des Gaules lui donnent le troisième rang parmi celles de la Gaule Belgique.

Les Romains embellirent cette ville et la fortifièrent. Saint Memmie y prêcha le christianisme vers 250, et en fut le premier évêque. En 273, une bataille sanglante eut lieu près de Châlons entre Aurélien et Tétricus. En 450, saint Alpin arrêta sous ses murs Attila, qui allait s’en rendre maître. L’évêque se présente devant le farouche conquérant, le supplie d’épargner les habitants qui ne peuvent s’opposer à sa marche, et parvient à décider Attila à s’éloigner. En 963, Herbert et Robert de Vermandois l’assiégèrent et la brûlèrent avec la tour qui en faisait la principale défende. Au Xe siècle, Châlons, qui avait depuis longtemps titre de comté, forma une espèce d’Etat libre et absolu sous le gouvernement de ses évêques, investis du titre de grands vassaux de la couronne, gouvernement qui dura jusqu’en 1360, époque où le roi Jean réunit le comté de Châlons à la couronne.
En 1147, le pape Eugène III, Louis VII et saint Bernard se réunissent à Châlons avec une foule innombrable de croisés ; saint Bernard monte au milieu du Jard, dans une chaire de pierre de taille qui a subsisté en ce lieu jusqu’en 1681, époque où l’intendant de Champagne la fit abattre à l’insu du conseil de ville, et du haut de cette tribune il promet aux croisés, de la part du ciel, la réussite de celte entreprise qui fut si malheureuse.

C’est à Châlons que Charles VII, accompagné de Jeanne d’Arc, reçut les députés de Reims. Les Anglais tentèrent sans succès de s’emparer de cette ville en 1430 et en 1434.
Sous la Ligue, Châlons resta fidèle à Henri III, et garda la même fidélité à Henri IV ; le 15 juin 1591, le parlement de cette ville eut le courage de faire brûler publiquement, par la main dû bourreau, la bulle d’excommunication du roi de France, lancée par Clément VIII.
Les rois de France y avaient un palais au XVIe siècle.

Les armes de Châlons sont : d’azur à une croix d’or cantonnée de quatre fleurs de lis de même. Abas : d’azur à la croix de gueules cantonnée de quatre fleurs de lis d’or.

 

Situation et édifices de Châlons en Champagne

Cette ville est située entre deux belles prairies, entourée de fossés et traversée par deux bras de la Marne, qui la baigne à l’ouest, et que l’on passe sur un beau pont de pierre formé de trois arches très hardies, de 26 m d’ouverture. Elle était autrefois entourée de remparts, aujourd’hui presque entièrement détruits, et fermée de murs peu élevés, percés de six portes auxquelles aboutissent six grandes routes : l’une de ces portes, celle de Ste-Croix, sur la route de Vitry, a la forme d’un arc de triomphe.
Châlons est une ville en général assez mal bâtie, où l’on voit cependant d’assez belles constructions, et dont l’ensemble est agréable.

 

La cathédrale, de Châlons en Champagne, vers 1845 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
La cathédrale, de Châlons en Champagne, vers 1845
gravures de D. Lancelor extraite du Magasin pittoresque - 1850
Collection personnelle

Les édifices et établissements les plus remarquables sont :

La cathédrale, dédiée à saint Etienne. Commencée vers l’an 450, sur l’emplacement d’un temple antique, elle fut d’abord dédiée à saint Alpin. Deux incendies la détruisirent en 1138 et en 1238. Un troisième incendie consuma entièrement le chœur et la belle flèche qui le surmontait, en 1668 ; désastre qui fut réparé en 1672, par la munificence de Louis XIV. On doit à M. Vialart les deux belles flèches de pierres taillées à jour dans toute leur longueur, qui s’élèvent à 36 m de haut, avec autant de hardiesse que de majesté. Le corps de l’édifice a 100 m de longueur, sur 22 de largeur ; prise aux bras de la croix, sa hauteur est d’environ 60 m.
L’église a trois nefs, dont la plus grande est majestueuse ; les voûtes sont soutenues par dix piliers de 4 m 5 cm de circonférence. Le sanctuaire est d’une beauté remarquable ; le maître-autel, surmonté d’un baldaquin que supportent six colonnes de marbre, passe pour un des plus beaux que l’on connaisse en France. Huit piliers ou arcs-boutants, terminés par autant de pyramides sculptées, soutiennent le corps du vaisseau. Le portail, d’architecture grecque et d’ordre corinthien, est majestueux. Les vitraux, quoique ayant beaucoup souffert, offrent encore des parties bien conservées, où l’on remarque, à droite, l’histoire de Jésus-Christ, et à gauche, la création du monde. Sous l’édifice est une crypte que l’on croit antérieure à sa construction.

L’église Notre-Dame, située presque au centre de la ville, fut commencée vers 1157 et achevée seulement en 1322. Elle est d’architecture gothique assez riche, et en partie couverte en plomb. L’intérieur offre des vitraux précieux du XVIème siècle, et un pavé en mosaïque chargé d’une foule d’inscriptions. Avant la révolution, elle était surmontée de quatre clochers semblables au seul que l’on admire encore aujourd’hui. Cette église a été classée au nombre des monuments historiques.

L’église St-Alpin est un ancien édifice où l’on remarque d'anciens vitraux, où, entre autres sujets, est représenté Attila, que saint Alpin détermine à éloigner son armée des murs de Châlons. On y voit aussi une chaire à prêcher en menuiserie, qui n’est pas sans mérite.

L’église St-Jean, située à l’extrémité sud-ouest de la ville, se présente sous un extérieur simple et modeste ; c’est la plus ancienne église de Châlons ; elle date de l’apostolat de saint Memmie, vers l’an 324, et n’était alors qu’un baptistère où cet évêque administrait le baptême aux païens qui embrassaient le christianisme.

L’église St-Loup parait également fort ancienne ; mais rien n’atteste son origine ; elle était autrefois dédiée à saint Jacques, et ne prit le nom de St-Loup qu’en 1380.

L’Hôtel de ville, situé sur la place d'armes, au centre de la ville. C’est un édifice construit en 1772, dont la façade est ornée de huit colonnes, de balustres et chapiteaux d’ordre ionique ; le fronton est décoré de bas-reliefs représentant la Ville exploitant les productions de la Champagne. Le péristyle est formé de colonnes d’ordre toscan. Le vestibule, de style ionique, offre les portraits des plus illustres Châlonnais. Aux quatre angles du perron sont quatre lions en pierre, d’une assez mauvaise exécution.

L’hôtel de la préfecture, autrefois hôtel de l’Intendance, bâti en 1764. Cet édifice, l’un des plus beaux en son genre qui existent en France, forme une cour carrée dont l’entrée offre une colonnade d’ordre dorique, surmontée de deux groupes de trophées militaires. Le corps principal est d’ordre ionique, et se termine par des balustrades qui masquent une partie des combles ; il est situé entre cour et jardin, et a vue sur ce dernier, dont la beauté a d’autant plus de charmes que le cours d’Ormesson, la grande allée de la belle promenade du Jard et les plantations qui se prolongent au delà de la Marne semblent en être une continuation.

La caserne St-Pierre, ancienne abbaye de bénédictins. C’est un vaste et bel édifice orné de corniches, de pilastres et de sculptures d’un fort bon goût. Les deux escaliers eu pierre de taille et leurs rampes en fer sont d’une belle exécution ; le grand corridor du premier étage a 96 m de longueur. Les cours sont vastes et peuvent servir de manège découvert.

On remarque encore à Châlons : le manège ; les bâtiments des approvisionnements militaires ; la salle de spectacle ; l’école royale des arts et métiers, où l’on voit une élégante chapelle d’ordre corinthien ; le collège, dont on admire l’église surmontée d’un dôme que termine un campanile en forme de beffroi ; la bibliothèque publique, renfermant 20,000 volumes ; le cabinet d’histoire naturelle ; l'Hôtel-Dieu ; le dépôt de mendicité ; la magnifique promenade du Jard, qui occupe une surface de 7 hectares 69 ares, que sillonnent trente-six allées plantées de 1,788 ormes de la plus belle venue, entre lesquels règnent de belles pelouses de gazon, etc., etc.

Châlons en Champagne et sa cathédrale vers 1825 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Vue d'une partie de la ville de Châlons en Champagne et sa cathédrale vers 1825, gravure de Leblanc
Extraite du Nouveau voyage pittoresque de la France - Osterwald - 1827 - Zoomable en fin de page
Collection personnelle

 

Industrie et commerce

Fabriques d’espagnolettes, bonneterie en coton, sangles, surfaix, cardes, blanc d'Espagne. Filatures de coton, tanneries et chamoiseries. — École royale des arts et métiers, où trois cent cinquante élèves sont entretenus aux frais du gouvernement. Ces jeunes gens, destinés à former des chefs d’atelier, sont instruits dans plusieurs arts et professions mécaniques.
Commerce de grains, avoine, chanvre, laine, huile de navette, osiers, vins de Champagne mousseux en pièces et en bouteilles.
Foires considérables de 8 jours, 1er samedi de carême, 15e jour après le mardi de Pâques, dite les Sannes, veille de la Pentecôte, 1er samedi après la St-Denis, 1er samedi après la St- Martin, et le samedi après le 15 juin ; cette dernière est spécialement pour les laines ; samedi qui suit le 1er septembre.
Marchés très forts, principalement pour les grains, tous les samedis.

 

Biographie.
Châlons est le lieu de naissance :

  • De Cl. Molinet, antiquaire et bibliographe, auteur de l'Histoire des papes par médailles.
  • Du célèbre chimiste Raven.
  • Du littérateur Sabbathier, fondateur de l’académie de Chàlons.
  • De Perrot d’Arlancourt, traducteur de plusieurs ouvrages anciens, mort en 1664.
  • Du graveur en médailles Varin.
  • Du lieutenant général Ste-Susanne.
  • Du lieutenant général Poinsot.
  • De M. Delalot, membre de la chambre des députés sous la restauration.
  • De l’inspecteur général des ponts et chaussées Gàuthey.
  • De M. Jules Gàrinet, historien et littérateur.
  • De la célèbre courtisane Marion Delorme.

 

Bibliographie.

  • Catalogue alphabétique des lieux dépendants du bailliage de Chaalons (imprimé à la fin de la Coutume de Cbaalons, in-12, 1777).
  • Burette de Verrières. Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne, 2 vol. grand in-8, 1788.
  • Rapine (Ch.). Annales ecclésiastiques de Châlons en Champagne, pour la succession des évêques de cette église, etc., in 8, 1636.
  • Extrayez Cabassollr (l’abbé). Notice et Description sur la cathédrale de Châlons-sur-Marne, in-8,1843.
  • Buirette de Verrières. Ode sur les embellissements de Châluns-sur-Marne, suivie d’un éloge historique de cette ville, in-8, 1773.
  • Jolly (P.). Essai sur la statistique et la topographie médicale de Chàlons-sur-Marne, in-8, 1820 (ouvrage couronné par la société. d’agriculture, etc. de la Marne).

 

 

Le centre de Châlons en Champagne vers 1880 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Le centre de Châlons en Champagne vers 1880
Gravure extraite de La France illusteée - Malte Brun - 1855 / 1883
(collection personnelle) - Zoomable en fin de page

Article extrait du Dictionnaire universel géographique et historique - Thomas Corneille - 1708
(collection personnelle
)

CHALONS. Ville de France dans la Champagne, avec évêché suffragant de Reims. Elle est située dans une plaine fertile sur la rivière de Marne, dont une partie entre dans la ville, où elle forme une île, et apporte de grandes commodités aux habitants.

La cathédrale, dédiée à Saint Etienne, est dans cette île, et renommée par ses évêques. Saint Memie, nommé Menge par le vulgaire, en a été le premier. Il a eu de célèbres successeurs, dont plusieurs sont reconnus pour Saints, et entre autres, Donatien, Domitien, Leudomir, Alpin et Elaise.
Le Chapitre de cette cathédrale est composé d’un Doyen, d’un Chantre, d’un Grand Archidiacre, de ceux de Joinville, d’Astenay et de Vertu, d’un trésorier, d'un sous-chantre, et de trente-deux chanoines.

Le diocèse est divisé en neufs Doyennés Ruraux, qui contiennent trois cents Paroisses et quatorze abbayes. Douze paroisses, dont plusieurs sont collégiales ; les abbayes de Saint Pierre-és Monts ; de Saint Menge-les-Châlons, et de Toussaints ; et diverses Maisons ecclésiastiques et religieuses, font connaitre combien il y a toujours eu de piété dans cette ville. Les jésuites y ont aussi un college.

Ses avenues sont fort agréables, et entre plusieurs lieux de promenade qui sont autour de Châlons, celui du Jar tient le premier rang. François Ier ayant reconnu l’importance de cette Place, y fit faire d'assez bonnes fortifications du côté de la rivière, et elle est entourée de murailles, avec des fossés presque toujours remplis d'eau. Ses rues sont belles, et ses maisons assez bien bâties, avec de grandes Places, et entre autres celle où l'on voit la Maison de Ville, et celle où est l’église collégiale de Notre-Dame.
Comme la rivière de Marne la rend une ville de négoce, plusieurs riches Marchands y demeurent, et même dans le faubourg de Marne, qui est très considérable, ce qui est cause que plusieurs divisent Châlons en Ville, en Île et en Bourg. On y passe la rivière sur divers Ponts.

Il y a un Siégé de Justice et Généralité ; et le Parlement de Paris y ayant été transféré en 1592 à cause des troubles, y prononça ce célébré Arrêt, qui a été publié par tout contre le Légat du Pape, et l'Assemblée des États de la Ligue dans Paris, qui sous prétexte de religion, voulait ôter la Couronne à celui qui en était le vrai et légitime héritier.
Châlons était autrefois un Comté particulier, que l'on a depuis uni au Comté de Champagne, et qui a été enfin donné à l'évêque. Il est encore aujourd’hui l'un des Pairs ecclésiastiques qui ont le titre de Comtes.

Cette ville, qu’on prétend tirer des Champs longs et des grandes Plaines dont elle est environnée, s’appelle en Latin Catalaunum. On ne peut douter de son ancienneté, après le témoignage d’Ammien Marcellin, qui dit, livre 15, Huic annexa est secunda Belgica, qua Ambiant sunt, et Catalauni et Remi - (à celle-ci s'ajoute la deuxième « Belgica », qui regroupe les Ambiens, les Catalaunes et les Rèmes) - ce qui fait voir que dès le temps de Julien l’Apostat, elle tenait rang entre les premières villes de la Gaule Belgique. Aussi avait-elle déjà longtemps auparavant été instruite de la religion chrétienne par Memie, disciple de Saint Pierre, et trouvée assez grande pour avoir des évêques particuliers.
Ce fut prés de cette ville, dans la Plaine appelée Catalaunique par les Anciens, que Mérovée, Théodoric, roi des Visigots, et Ætius, général des Romains, donnèrent contre Attila Roi des Huns, cette sanglante et furieuse bataille, qui dura depuis le soleil levé jusqu’à la nuit, et dans laquelle Théodoric fut tué, avec perte du côté d’Attila de plus de deux cents mille hommes. Il y a diversité d'opinions sur le lieu de ce combat. Les uns veulent qu’il se soit donné dans l’Aquitaine ; les autres auprès de Toulouse ; et quelques-uns en Auvergne, proche d'un village que l’on nommait anciennement Catalacus ; selon Mezeray, il fut donné dans la Sologne proche d’Orléans. Les Historiens ne s’accordent pas même sur le temps. Les uns mettent ce combat en l'an de salut 452 et les autres dans la vingt-septième année de l'Empire de Valentinien III.
* André du Chêne Antiquité des Villes de France.

 

Châlons en Champagne depuis la Marne vers 1830 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Châlons en Champagne depuis la Marne vers 1830, gravure de Bullura
Extraite de La France pittoresque - Abel Hugo - 1835 - Zoomable en fin de page
Collection personnelle


Extraits de l'article sur St Lô du Dictionnaire universel de la France - Hesseln - 1726
Ccollection personnelle.

CHALONS-SUR-MARNE, ville, avec titre de comté-pairie, et gouvernement de place du gouvernement général de la Champagne, évêché suffragant de Reims, parlement de Paris, chef-lieu d’une généralité, d’une intendance et d’une élection.

Cette ville est située sur la rive droite de la Marne, dans la Champagne proprement dite, dans cette partie que l’on nomme Champagne pouilleuse, à 12 lieues au levant d’hiver de Reims, à environ 18 au nord de Troyes, et à 38 au levant de Paris. La route de Paris à Châlons est belle. Elle va par Meaux, la Ferté-sous-Jouarre, Château-Thierry, Dormons et Épernay.
La forme de cette ville est presque ronde ; elle est grande et assez belle, entourée de fossés en assez bon état en quelques endroits, et que la Marne remplit d’eau : elle n’a de fortification qu’une simple courtine et trois boulevards revêtus de pierres de taille, attachés au corps de la place. Ses remparts, qui sont assez larges, sont presque partout plantés de grands arbres, qui en font une agréable promenade.
Il passe au travers de la ville, deux ruisseaux appelés, l’un Mau, et l’autre Nau, qui se jettent dans la Marne à quelque distance de la ville. Les rues de cette ville sont propres, et bien pavées. Les maisons sont presque toutes bâties en bois. Son Hôtel-de-ville, quoique petit, est cependant d’une architecture fort bien entendue ; il fut commencé sous le règne de François Ier, et achevé sous celui de Henri IV.
On compte à Châlons 12600 habitants. C’est la résidence de l’intendant et du prévôt général de la maréchaussée de la province ; cette ville est aussi pourvue du siège d’un bailliage présidial, créé par édit du mois d’Octobre 1163, d’un tribunal de juges-consuls, d’un grenier à sel, d’un bureau des finances, d’un bureau de tabac, d’une lieutenance de la maréchaussée, composée de deux lieutenants, d’un assesseur, d’un procureur du roi, d’un exempt, d'un brigadier, d’un sous-brigadier avec trois brigades.

Le présidial de Châlons a sa coutume particulière, et il n’y a aucune justice royale subalterne qui ressortisse à ce tribunal.

Le diocèse de Châlons comprend trois cents soixante-six paroisses et quatre-vingt-trois annexes. Son revenu est d’environ 20000 livres. L'évêque est le second comte et pair ecclésiastique ; il est seigneur de l’ancienne cité ; il porte l'anneau royal au sacre du roi.

L’église cathédrale de Châlons, dédiée à saint Etienne, est grande, claire et bien bâtie. Le grand autel est tout de marbre de différentes couleurs. Il est un des plus beaux du royaume. C’est le cardinal de Noailles qui l’a fait construire, dans le temps qu'il était encore évêque de cette ville. Le trône épiscopal, qui est de pareil marbre, est aussi de lui. Le chapitre de cette métropole est composé de huit dignitaires, d’un grand archidiacre, trois archidiacres, d’un doyen, d’un trésorier, d’un chantre, d’un sous-chantre et de vingt-neuf canonicats. Il a encore quarante-neuf chapelains, deux semi-prébendes, deux vicaires perpétuels, et onze musiciens.

Le doyenné et la chantrerie sont à la nomination du chapitre en corps. Les quatre archidiacres et la trésorerie à celle de l’évêque : la sous-chantrerie à celle du chantre ; et les canonicats à celle du chapitre en corps. De ce chapitre dépendent deux collégiales, dont les canonicats sont à la nomination et à la présentation du chanoine de la cathédrale qui est à son tour en semaine pour nommer aux bénéfices et à la collation du chapitre.
Ces deux collégiales sont dans la ville, et n’ont point de dignitaires. La première est l’église de la Trinité, qui est aussi paroissiale : elle a dix chanoines, dont l’un est curé. La seconde, dédiée à Notre-Dame, a onze chanoines, l’un desquels est aussi curé. Cette dernière, grande et belle, est située au milieu de la ville. Elle est ornée de quatre grands clochers, et d’un cinquième au milieu, qui est petit. Elle est toute couverte de plomb, aussi-bien que ses clochers, et l’on peut dire, avec raison, qu’elle l’emporte sur plusieurs cathédrales. Outre ces deux collégiales, on compte encore dix paroisses dans cette ville. Il y a deux abbayes d’hommes ; celle de saint Pierre, et celle de Toussaint. La première est de l’ordre de saint Benoît, congrégation de saint Vannes : son église a été nouvellement rebâtie. L’abbaye de Toussaint est de l’ordre des chanoines réguliers de saint Augustin, de la congrégation de sainte Geneviève. Outre ces deux abbayes, il y a à Châlons quatre couvents de religieux mendiants : un de dominicains, bâti dès le temps de saint Dominique ; un de cordeliers, bâti dès le temps de saint François, un d’augustins et un de récollets, bâti en 1613. Il y a aussi des mathurins dans le faubourg de saint Sulpice.

Les monastères de filles de cette ville, sont : un couvent de bénédictines, dites de Vinets ; un autre de bénédictines, dites de saint Joseph ; un troisième de religieuses de la congrégation de sainte Marie, établi en 1614 : c’est le chef-lieu de cet ordre des ursulines, établies en 1660 ; et un quatrième enfin de dames régentes, aujourd’hui appelées les nouvelles catholiques.

Hors et proche de la porte de la ville, dite de saint Jean, est l’abbaye de saint Mémie, premier évêque de Châlons, possédée par des chanoines réguliers de la congrégation de sainte Geneviève, bâtie au lieu même, où ce saint prélat se retirait avant et après la conversion des habitants de Châlons, à la religion Chrétienne, et où il mourut l’an de Notre Seigneur 116. Les reliques de ce Saint y sont conservées avec celles de quelques autres Saints.

Châlons a un séminaire dirigé par les pères de la Mission, un collège où des prêtres séculiers enseignent les humanités et la philosophie ; de deux hôpitaux.

En 1753, on a établi dans cette ville une académie, sous la procédions de M. le comte de Clermont, gouverneur de la province. Elle a pour objet les belles-lettres, l’histoire et la littérature de la province, la physique, l’anatomie, la chimie et les mathématiques. Elle est composée de 120 membres résidents, et d’autant d’associés externes. Elle tient ses assemblées à l’hôtel de ville. Il y a aussi une compagnie de chevaliers de l’arquebuse.

On fabrique dans cette ville quantité de toiles de lin de trois quarts de large, et des toiles de chanvre de toutes largeurs, des étamines, des serges rases et drapées, des pinchinats, des étamines façon de Reims. Il y a aussi quantité de tanneries considérables. Les principales foires de cette ville sont, le vendredi de la Passion, le vendredi devant la Pentecôte, le vendredi après la saint Denys, le vendredi après la saint Martin.

L’électon de Châlons comprend 82 paroisses : elle a 22 lieues du levant au couchant, et 9 du midi au septentrion.

Elle produit beaucoup d’avoine, dont on fait un commerce considérable à Châlons, d'où elle est transportée à Vitry, et de Vitry à Paris.

Cette ville a toujours été féconde en grands hommes. Elle est la patrie du célèbre d’Espence, doreur de Sorbonne, mort en 1771 ; du P. du Moulinet, chanoine régulier de sainte Geneviève ; des fameux ministres Aubertin et Blondel ; de Perrot d'Ablancourt, connu par ses graduations ; de Martin Akakia, docteur en médecine, et célèbre professeur de chirurgie au collège royal, mort en 1588. Parmi ses évêques, Félix Vialart s’est rendu illustre dans le dernier siècle, par son grand zèle et sa rare piété.

Cette ville a, vers son midi, une très belle promenade, appelée le Jard. C’est une des plus grandes et des plus agréables promenades du royaume, tant par l’avantage de sa situation, que par la quantité d’allées accessoires ou quinconces, le tout accompagné du cours du Nau et de la Marne. Les quinconces et autres allées se nomment le petit Jard. Ce sont des plantations d’ormes et de tilleuls, faites dans une belle prairie, arrosée du Nau et de la Marne.

(Expilly.)

 

 

 

Châlons en Champgne vers 1850 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Châlons en Champgne, détail du plan du département de la Marne de 1851
Extraite de La France et ses colonies - Vuillemin - 1851 - Zoomable en fin de page
Collection personnelle

 

Histoire de Châlons en Champagne
article de 1859 d'Augustin Chevalier
in 'Histoire des villes de France' d'Aristide Guilbert

Page de garde de l'Histoire des villes de France - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

L’origine de Châlons est incertaine, son fondateur inconnu. L’on ne trouve dans les commentaires de César aucune désignation précise pour cette ville, pas plus que pour le pays d’alentour. César ne parle presque point de la Marne ; mais comme d’ailleurs il ne dit pas un mot de Rouen, l’on augure de son silence que Châlons existait alors aussi bien que cette dernière ville. Pline et Ptolomée ne font également aucune mention de Châlons-sur-Marne. Adrien de Valois propose de donner au mot Vadicassium, qu’on trouve dans ces deux auteurs, la même signification que Cathalauni. Cette opinion ne souffre pas l’examen. On pourrait conjecturer qu’au temps de César, Châlons et Reims ne faisaient, dans l’ancienne acception la plus étendue de ce mot, qu’une seule et même cité (Durocortore). En effet, sous l’empereur Auguste, qui avait partagé la Gaule en dix - sept provinces, Châlons dépendait de Reims, métropole de la seconde Belgique ; et l’an de J.-C. 122, l’empereur Adrien ayant fait une nouvelle division de la Gaule, maintint le pays Châlonnais dans cette même province, dont Reims resta la capitale. Si Châlons n’était point encore, à cette époque, une cité proprement dite, on ne saurait nier du moins qu’il n’y eût un vaste territoire, auquel s’appliquait le nom donné depuis à la ville ; ou plutôt, affirmons-le hardiment, c'était déjà une véritable cité, c’est-à-dire le chef-lieu d’un diocèse considérable.

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  Zoom sur Châlons depuis les bords de Marne vers 1870 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Zoom sur Châlons en Champgne vers 1850 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Zoom sur La cathédrale, de Châlons en Champagne, vers 1845 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

 

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