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Gravure ancienne ajoutée à l'iconographie de l'histoire des villes

Calcutta au 19ème siècle, sous la domination anglaise
কলকাতা

 

Calcutta vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
L'esplanade de Calcutta, gravure dessinée vers 1830 par Thomas Allom
extrait de The history of England de E. H. Nolan  


 

Article, et gravure ci-dessous, tiré de l'ouvrage Voyage dans l'Inde et au Bengale,
par l'officier français Louis de Granpré, éd. 1801
.
Texte, avec ses considérations sur Calcutta à lire dans son contexte historique.

Le gouverneur général de tous les établissements anglais à l’est du cap de Bonne-Espérance, réside à Calcutta. Son palais n’est point encore bâti, il loge dans un fort bel hôtel situé sur l’esplanade vis-à-vis de la citadelle. Quelque belle que soit cette maison, cependant elle est au-dessous de ce que devrait être la résidence d’un gouverneur de cette importance. Il y a des particuliers dans la ville aussi bien logés que lui. S’il voulait y déployer un grand luxe, le local s’y refuserait. Il s’en faut beaucoup que cet édifice soit aussi somptueux que le palais du gouverneur de Pondichéry.

Le Black-Hole de Calcutta vers 1780 - reproduction © Norbert Pousseur
Le Black-Hole, logement des officers anglais à Calcutta, gravure vers 1790 avec sa légende

1 - le monument commémoratif
2 - Le vieux fort
3 - Le logement des officiers civils
4 - Claire-voie de l'étang du milieu de la ville
5 - Palanquin du pays

En entrant dans la ville, on arrive une immense place carrée dont le milieu renferme une grande pièce d’eau, à l’usage du public. Cet étang est entouré d’une pelouse renfermée dans un mur à hauteur d’appui, surmonté d’une claire-voie, dont chaque face a bien à-peu-près deux cent cinquante toises de longueur. Le tour de ce carré est décoré de maisons magnifiques  qui rendent Calcutta non-seulement la plus belle ville de l’Asie, mais même une des plus belles du monde. L’une des faces de cette place est remplie par un long bâtiment destiné à loger les officiers civils de la Compagnie, c’est-à-dire ceux qu’elle emploie dans ses bureaux en qualité d'écrivains. La face qui regarde la rivière, est remplie en partie par le vieux fort ; c’est la première citadelle que les Anglais bâtirent au Bengale lorsqu’ils s’y établirent. C’est un mauvais  carré, dont les bastions sont extrêmement petits, et dont les flancs percés pour deux petits canons, n’en pourraient monter qu’un tout au plus. Ce petit fort sans fossé, ne sert plus comme fortification, les remparts sont convertis en jardins. On a bâti des maisons sur les bastions et dans l’intérieur, pour les employés du gouvernement. Les douanes surtout y ont leurs bureaux. L’échelle sur laquelle cette pièce fut bâtie, est tellement réduite, que la ligne de défense n’a pas plus de soixante-dix à soixante-quinze toises, et le front tout au plus cent. Quoique ce petit fort fût de beaucoup supérieur à celui que les Anglais avaient construit d’abord à Madras, il ne put cependant les mettre à l’abri de la colère du nabab N.... auquel ils faisaient la guerre : le fort fut pris, les débris de leurs forces se réfugièrent à Cadjery, où on les assiégea encore. Cependant, le vainqueur en s’emparant de leur fort à Calcutta, y fit quelques prisonniers, et les fit amonceler dans un trou hors du fort. Ceux qui étaient au-dessus des autres en réchappèrent les autres y furent étouffés. Pour conserver le souvenir d’une telle inhumanité, les Anglais vainqueurs à leur tour, firent élever un monument que l’on voit aujourd’hui, entre le vieux fort et l’aile droite de la maison des employés de la Compagnie, précisément à l’endroit où se commit cette barbarie. C’est une pyramide tronquée vers le sommet, posée sur un piédestal, représentant sur les quatre faces un petit frontispice recouvrant un tableau sur lequel on a gravé, dans les langues anglaise et maure, une inscription  relative au sujet.
Ce petit édifice est environné, d’une grille pour en défendre l’approche ; l’intérieur est planté de quelques arbustes : le tout ensemble n’a pas mal l’air triste et lugubre, convenable au souvenir que cela rappelle. Tout auprès du vieux fort, se voit l’hôtel des spectacles, édifice qui ne répond pas à la beauté de la ville, et dans lequel on joue rarement, faute de sujets.

On compte à Calcutta deux paroisses anglicanes, l’une desquelles est un superbe bâtiment d’architecture régulière, précédé d’un péristyle dorique d’une belle proportion : la corniche et l’architrave simple décorée de ses tri-glyphes, sont d’un très bon goût. En un mot, l’édifice est dans sa totalité un modèle de grâces et d’élégance.
En outre de ces deux églises, on en compte une catholique, de la mission portugaise, une du rite grec, desservie par des religieux de l’ordre de Saint-Basile, une arménienne, une synagogue, plusieurs mosquées, et une multitude de pagodes ; ainsi presque tous les cultes de la terre se trouvent rassemblés dans cette capitale.

La ville Noire est contiguë et au nord de Calcutta : elle est immense, et renferme une population que l’on évaluait, lors de mon dernier voyage, à six cent mille Indiens de tout âge et de tout sexe.
Une aussi grande ville devrait avoir une police vigilante ; cependant elle y est assez mauvaise, on y arrête bien ceux qui veulent troubler l’ordre public, mais la ville est d’une malpropreté révoltante  : les rues ont pour la plupart un petit canal de chaque côté, tant pour leur égout que pour celui des maisons, sans cela elles seraient d’une humidité qui les rendrait inhabitables ; car dans les grandes crues, le Gange s’élève à la hauteur de beaucoup de rues, et l’on ne saurait creuser sans trouver l’eau. Ces petits canaux, profonds d'à peu près trois pieds au plus, larges de dix-huit pouces et dans quelques endroits deux pieds, sont des réservoirs d’immondices, qui exhalent des miasmes putrides. Tous les animaux qui meurent dans les rues ou dans les maisons, y sont jetés et y pourrissent ; plusieurs malheureux expirent au milieu des rues, de besoin ou de maladies, ou par accident : j’en ai vu un y rester deux jours, sans que la police le fît enlever. Lorsque pareille chose arrive, les débris de ces cadavres sont jetés dans les canaux, dont ils augmentent l’infection. Les Indiens sont assez propres sur eux et chez eux ; mais en purgeant leurs maisons de ce qui peut y engendrer de la malpropreté, ils croient avoir tout fait. Ils laissent leurs ordures à la porte ou dans la rue sans s’en inquiéter, trouvant bien à redire à l’odeur qui en résulte, mais ne faisant pas un mouvement pour les écarter.
Tous ces restes d’hommes et d’animaux pourrissant au milieu des vivants, finiraient par produire la peste si les chacals n’y mettaient bon ordre : ils parcourent quelquefois les rues par troupes pendant la nuit, hurlant effroyablement et dévorant tout ce qu’ils, rencontrent. J’ai vu le cadavre d’un malheureux mort à ma porte ( le même dont je viens de parler), servir pendant deux nuits de pâture à ces animaux affamés. Dès la première ils emportèrent la tête. Le tronc sans membres roulant dans la poussière fut toute la journée suivante foulé aux pieds des hommes et des bêtes, sans que personne se mît en devoir de le mettre de côté. Enfin la seconde nuit, il fut dévoré ou emporté, et je fus délivré de ce spectacle dégoûtant. Ce que les chacals n’emportent pas reste pour les corbeaux et les aigles dont la ville est remplie. On les voit sur les maisons guetter tout ce qui tombe dans les rues, et se jeter sans crainte au milieu de la foule pour saisir leur proie. On se donne bien de garde de les détruire. Ils contribuent à nettoyer la ville, et sous ce rapport, sont fort utiles. Ils sont d’ordinaire très voraces ; j’ai vu dans le bazar nommé territa, un corbeau saisir un poisson dans la main d’une vieille négresse qui venait de l’acheter, je demeurais en face de ce bazar : ce voisinage était le séjour d’une immense quantité d’aigles attirés par l’odeur qu’il exhalait. Un jour mon cuisinier traversant la cour avec une volaille rôtie, n’apporta sur la table que le plat, la volaille était dans les serres d’un aigle qui la lui déroba et l’emporta sur l’argamasse de la maison, où il la mangea à nos yeux.


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Vue de Damas par Rouargue - reproduction © Norbert Pousseur Vue de Damas vers 1860 - reproduction © Norbert Pousseur 

 

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