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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de L'Univers de Jules Janin - reproduction © Norbert Pousseur

Les ruines de Jerash en Jordanie vers 1840

 

Les ruines de Jerash - reproduction © Norbert Pousseur
Les ruines de Djerash, dessin de Stranfield vers 1840

 

Texte et gravure
extraits de l'ouvrage "L'Univers - collection des vues les plus pittoresques du globe" de Jules Janin - édition ~1840

Voici d’abord une vaste plaine qui mène à cette ville anéantie. Nous nous sommes placés entre deux légères ondulations de terre, à peine dignes du nom de collines ; le lit qu’elles suivent entre elles, en se creusant devant nous, forme le sentier où nous marchons. Le sentier est tracé par le pas des chameaux qui en a broyé la poussière depuis quatre mille ans, ou par les trous larges et profonds que le poids de leurs pieds, souvent posés au même endroit, a creusé dans une roche blanche et friable. A droite et à gauche les flancs arrondis des deux collines sont ombragés çà et là, de vingt pas en vingt pas, par des touffes d’arbustes variés qui ne perdent jamais leurs feuilles ; à une distance un peu plus grande, s’élèvent des arbres au tronc noueux, aux rameaux nerveux et entrelacés, au feuillage immobile et sombre; la plupart sont des chênes-verts d’une espèce particulière dont la tige est plus légère et plus élancée que celle des chênes d Europe et dont la feuille veloutée et arrondie n’a pas la dentelure du chêne commun ; le caroubier, le térébinthe, et plus rarement le platane et le sycomore, complètent le vêtement de ces collines; je ne connais pas les autres arbres par leurs noms ; quelques uns ont le feuillage des sapins et des cèdres ; d’autres, et ce sont les plus beaux, ressemblent à d’immenses saules par la couleur de leur écorce, la grâce et la nuance tendre et jaunâtre de leur feuillage, mais ils les surpassent et de beaucoup en élévation, en étendue, en grandeur. — Les caravanes les plus nombreuses peuvent se rencontrer autour de leur tronc colossal et camper ensemble avec leurs bagages et leurs chevaux sous leur ombre, dans les espaces larges et fréquents que ces arbres divers laissent à nu sur les collines.

Des bancs de roches blanchâtres et plus souvent d’un gris-bleu percent la terre et se montrent au soleil, comme les muscles vigoureux d’une forte charpente humaine qui semblent prêts à percer la peau qui les enveloppe. — Mais entre les blocs de rochers, une terre noire, légère et profonde, végète sans culture, et produirait incessamment le blé, l’orge, le maïs, pour peu qu’on la remuât. Une fois ces collines ainsi décrites, vous les voyez toutes à leurs formes près, et l’imagination peut se représenter leur effet à mesure qu’elle les voit citées dans les paysages.

Nous arrivâmes ainsi dans une admiration muette jusqu’à ce paysage chargé de ruines que la parole humaine ne saurait décrire. Rien en effet ne peut égaler la suavité grandiose de cet horizon. D’abord, au pied des montagnes, et à environ une demi-lieue dans la plaine, un mamelon entièrement détaché de toutes les collines environnantes sortait pour ainsi dire de terre comme un piédestal naturel, destiné uniquement par la nature à porter une ville forte. Ses flancs s’élevaient presque perpendiculairement depuis le niveau de la plaine jusqu’au sommet de cette espèce d’autel de terre; ils ressemblaient exactement aux remparts d’une place de guerre, tracés et élevés de main d’homme.
Un grand nombre de blocs de pierre, creusés pour des tombeaux, nous traçaient la route jusqu’au sommet du mamelon où la ville était assise. Arrivés à la dernière hauteur, nous vîmes une colonne de granit isolée, encore debout et marquant la place d’un temple; de beaux chapiteaux sculptés gisaient à terre au pied de la colonne, et d’immenses débris de pierres taillées, enlevées de quelques grands monuments, étaient épars partout et servaient de limites aux champs des Arabes. Une fontaine d’eau excellente coule au milieu; elle est entourée de quelques vergers de figuiers et de grenadiers; nous nous assîmes sous leur ombre et nous attendîmes plus d’une heure avant de pouvoir abreuver notre caravane; tant était grand le nombre de troupeaux de vaches et de chameaux que les pasteurs arabes y menaient de tous les côtés de la vallée.

Je me couchai enveloppé de mon manteau à l’ombre d’un figuier, à peu de distance de la fontaine, et je contemplai cette scène des anciens jours. Nos chevaux étaient épars autour de nous, les pieds attachés par des entraves, leurs selles turques sur le dos, la crinière pendante, la tête basse et cherchant l’ombre de leur propre crinière. Des Arabes Bédouins couverts d’une seule pièce d’étoffe rayée noir et blanc en poil de chèvre, étaient assis en cercle non loin de nous et nous contemplaient avec un regard de vautour. Ajoutez à ce spectacle la voûte sereine et chaude du firmament, la couleur limpide de la lumière et la fermeté des ombres qui caractérise une atmosphère d’Asie, semez dans la plaine un kan en ruines, ou d’immenses files de vaches rousses, de chameaux blancs, de chèvres noires venant à pas lents chercher une eau limpide et savoureuse ; représentez-vous quelques cavaliers arabes montés sur leurs légers coursiers et sillonnant la plaine tout étincelants de leurs armes argentées et de leurs vêtements écarlates, et vous aurez la peinture la plus exacte de ce noble pays.




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