Texte extrait du Dictionnaire de toutes les communes de France - éd. 1851 - Augustin Girault de Saint Fargeau
(collection personnelle).
LANDERNEAU, petite ville maritime, vg. Finistère (Bretagne), arrondissement et à 25 km de Brest, chef-lieu de canton. Cure. Gîte d’étape. Bureau de poste. Relais de poste. À 577 km de Paris pour la taxe des lettres. Population 4,906 habitants. —Terrain cristallisé, gneiss. — Établissement de la marée, 4 heures 5 minutes.
Autrefois baronnie, diocèse et recette de St-Pol-de-Léon, parlement et intendance de Rennes.
Landerneau était autrefois fortifié. Jean IV, duc de Bretagne, s’en empara en 1374 et passa au fil de l’épée la garnison française qui la défendait. Guy-Eder dit Fontenelle la prit et la pilla en 1592.
Les armes de Landerneau sont : d’or au lion de sable.
Cette ville est située à l’embouchure de l’Elorn, qui y forme un joli port, entouré de collines fort hautes et fort escarpées sur la rive gauche de la rivière, mais qui s’abaissent graduellement sur la rive droite et forment une plaine assez étendue dans laquelle la partie la plus considérable de la ville est bâtie. La ville haute renferme beaucoup de maisons fort anciennes ; une des plus remarquables porte la date de 1518, et est bâtie sur le pont qui traverse l’Elorn. Trois fontaines fournissent de l’eau aux divers quartiers ; celle de Ploudiry est en forme d’obélisque et verse ses eaux dans une cuvette demi-circulaire d’un beau travail.

Centre de Landerneau vers 1900 gravure signée P. Blauchard
publiée dans Patrie - Boulanger - 1900
(collection personnelle)
L’aspect de Landerneau est extrêmement agréable. Des eaux claires et limpides descendent de tous côtés des montagnes et vont se perdre dans le port après avoir traversé les rues. Le port peut recevoir des bâtiments de 3 à 400 tonneaux. Les quais sont vastes, commodes, bien revêtus, bien pavés, et se prolongent au-delà d’une jolie promenade ; les cales sont larges et d’un abord facile. De belles maisons bordent le port et lui donnent un air de vie, de mouvement, qui se lie agréablement avec celui qu’offrent les bâtiments flottants dans le chenal. De la promenade, plantée de deux rangs d’arbres et bordée d’un parapet en granit, on jouit d’une vue étendue sur les sinuosités de la rivière, bornée d’un côté par les beaux coteaux de Kerlaran et par la forêt, et de l’autre par le couvent et l’allée du Calvaire. L’hôpital succursale de la marine est un grand et bel établissement qui occupe les bâtiments de l’ancien couvent des ursulines.
L’église principale est sous l’invocation de saint Houardon ; c’est un édifice gothique du XVIe siècle ; on admire l’élégance de son portique.
La marine possède une belle caserne qui peut contenir 1,500 hommes : elle est placée au milieu d’un enclos de 5 hectares cerné de murs de 5 m de hauteur.
A 1 km de Landerneau et sur la rive gauche de l’Elorn se trouve un vaste bâtiment occupé par des dames de la congrégation du Calvaire ; une promenade parfaitement plantée conduit de la ville à cette maison.
On doit visiter, à 1 km de Landerneau, la chapelle de Beuzit qui renferme le tombeau d’Olivier de la Pallue, décoré dans son contour d’arcades gothiques remplies d’écussons armoriés. Sur le dessus est la statue, soigneusement exécutée, d’Olivier de la Pallue, représenté couché, les mains jointes, les pieds posés sur un lion, et revêtu de l’armure du XVIe siècle ; son épée nue est posée à côté de lui.
Biographie.
- Patrie de l’abbé Legris-Duval, prédicateur.
- Du littérateur Ives de Querbeuf.
- Du conventionnel baron de Roujoux, préfet de Saône-et-Loire, du Pas-de-Calais et d’Eure-et-Loir.
Industrie. Manufactures importantes de cuirs et de toiles à carreaux. Fabriques de toiles et dé chapeaux vernis. Blanchisserie de toiles et de cire.
Commerce important de toiles de toutes sortes, toiles à carreaux, toiles à voiles, fils blancs et écrus, chemises, pantalons, guêtres pour fournitures militaires, cuirs tannés et corroyés, goudron, suif, graisse, miel, cire, chandelles estimées, fromages de Hollande, grains, chevaux, etc., etc.
Foires de 15 jours, le 2e dimanche de juillet et 24 novembre (2 jours), le samedi avant la St-Michel, avant Pentecôte, et 3ème samedi de janvier, mars, juillet, septembre, et novembre

L'église St Thomas à Landerneau, gravure de Rourgue frères
publiée dans La France ancienne et moderne - Mary-Lafon - 1865
(collection personnelle)

Calvaire de pierre près de Landerneau gravure de Gaucherel
publiée dans L'Univers - France - M. Lemaitre - 1845
(collection personnelle)

Porte du cimetière de l'église de la Martyre, près de Landerneau
gravure de Gaucherel publiée dans L'Univers - France - M. Lemaitre - 1845
(collection personnelle)

Landerneau depuis la rivière Elorn vers 1900, gravure signée A. De Bar
publiée dans Patrie - Boulanger - 1900
(collection personnelle)
Article extrait du Dictionnaire universel géographique et historique - Thomas Corneille - 1708
(collection personnelle)
LANDERNEAU. Petite ville de France dans la Bretagne, en Latin Landernacum.
Elle est éloignée de Brest de quatre lieues et divisée en deux parties par la rivière d’Elorn, où les barques peuvent remonter facilement, à cause du petit golfe où elle s’embouche, et où le reflux de mer est haut de plus de quatre pieds. Il y a un grand quai qui borde son petit port. Il est environné de maisons très bien bâties, et de quelques magasins remplis de diverses marchandises que l’on y apporte.
L’église principale ornée d’une haute tour, est dans une grande place de la plus petite partie de la ville. On passe de là sur un pont de pierre pour entrer dans la plus grande. De riches Marchands demeurent d’un côté et d’autre de ce pont.
Les rues de Landerneau, qui est sans murailles, sont étroites et fort longues, ce qui n’empêche pas qu’elles ne soient agréables par leur situation, à cause que l’on peut voir d’un côté toute l’étendue du golfe et de fort belles prairies de l’autre. * Jouvin de Rochefort : Voyage de France.

Landerneau, activités autour du port vers 1940, gravure par Jules Noël
publiée dans La Bretagne - Jules Janin - 1844
(collection personnelle)
Histoire de Landerneau
article de 1859 d'Auguste Billiard
in 'Histoire des villes de France'
d'Aristide Guilbert

Lorsque vous allez de Paris à Brest, arrêtez-vous au village de La Roche-Maurice, situé sur le versant des hautes collines qui s'élèvent en amphithéâtre au-dessus de Landerneau. Gravissez jusqu'aux ruines de cette forteresse qui apparaît comme un nid d'aigle à la cime d’un escarpement de deux cents pieds ; placez-vous au bord de ces débris, à l’embrasure d’une fenêtre, et contemplez le paysage qui se développe devant vous. Ce beau lac au fond de la vallée est l’immense rade de Brest, dont vous ne pouvez voir le port qui se cache dans les replis de la Penfeld. A droite vous découvrez les riches campagnes du pays de Léon et les hautes flèches de granit qui sont l’orgueil de ses moindres villages ; à gauche ce sont les montagnes grisâtres delà Cornouaille, au bas desquelles l’œil cherche d’autres ruines, celles de la célèbre abbaye de Landevenec. En avant, à l’extrémité d’un cap qui se perd dans la brume, sont encore des ruines, celles de l’abbaye de Saint-Mathieu ; puis les plaines sans bornes de l’Océan. En deçà de la rade, sur les dernières pentes des coteaux que vous dominez, au bord de cette rivière profonde dans laquelle vous plongez, ce groupe de clochers d’une architecture singulière, de cloîtres et de maisons de tous les âges, avec leurs toits en ardoise bleuâtre, c’est la jolie petite ville de Landerneau, entourée de bois, de prairies et de riches moissons. Tout cela forme le plus vaste, le plus magnifique jardin qu’on puisse imaginer. Le point de vue dont vous jouissez est, sans contredit, un des plus beaux, des plus saisissants de la Bretagne, soit par l’immensité qui s’ouvre devant vous, soit par cette variété d’aspects gracieux ou sévères dont se composent les premiers plans du tableau, soit enfin par les souvenirs qui viennent s’y rattacher.
L’antique château où nous sommes était la demeure habituelle des princes du Léonais, rois, comtes et vicomtes ; suivant le temps, suzerains ou vassaux. Du haut des tours qui s’élevaient à cent pieds au-dessus de ces débris, peu s’en fallait qu’ils n’embrassassent d’un seul regard toute l’étendue de leur empire. La Roche était le palais du prince, Landerneau la ville des gens de justice, des moines et des clercs, des marchands et des marins. Les antiquaires qui ont parlé de La Roche et de Landerneau ont tout dit quand ils ont rapporté que le vrai nom de la ville est Lan Ter- nok, de saint Terné ou Ternok qui y bâtit une chapelle ou un monastère, autour duquel des maisons vinrent se grouper ; que, dans les temps modernes, cette ville était le chef-lieu de la baronnie de Léon, appartenant à la maison de Rohan. Quant au château, il reçut son nom de Roch-Monan9 en français La Roche-Maurice. de Morvan, prince du Léonais. Suivant la légende de saint Riek, longtemps avant, il y avait à la même place un autre château, bâti sans doute par les Romains.
Lorsque le roi Bristok régnait à Brest, le prince Elhorn, d’après la môme légende, était seigneur de La Roche. Dans ce temps-là, un dragon désolait la contrée. Le roi avait ordonné de tirer au sort, tous les samedis, le nom de la personne que le dragon devait dévorer. Elhorn avait vu tous les siens enlevés l’un après l’autre ; il ne lui restait plus que sa femme et son fils Niok, dont le tour était arrivé. Dans son désespoir, le malheureux père se jeta d’une fenêtre de son château dans la rivière, qui s’appelait alors le Dourdoun ou le Dourdu, soit à cause de la profondeur de ses eaux, soit à raison de la couleur noire que leur donne le reflet des rochers ; mais il fut secouru à temps par deux pèlerins, Deventer et Derien, qui revenaient de la Terre Sainte et qui délivrèrent le pays de l’horrible dragon. Depuis, la rivière se nomma l’Elhorn.
Quelle que soit l’origine du nom que porte cette rivière, il n’en est pas en Bretagne dont les bords soient plus riants et les eaux plus limpides. Elle forme le joli port de Landerneau, qui n’a point reçu son nom d’un saint appelé Ternok, auquel il ne nous est pas plus possible de croire qu’à une foule d’autres saints de la Bretagne. Le nom de Lan'ternok, comme celui de Lanhuon et tous ceux qui commencent par la syllabe Lan', se rapporte à l’établissement politique des Kimris.
Du château de La Roche que nous n’avons pas quitté, vous apercevez un bois taillis que traverse la route de Landerneau à Brest. Ce bois est ce qui reste de l’ancienne forêt de Talamon, au bord de laquelle était une forteresse qui a existé jusqu’au xvii® siècle ; ce n’est plus aujourd’hui qu’une ruine. D’après certains antiquaires bretons, cette forteresse ne serait rien moins que le château de Joyeuse- Garde, si célèbre dans les romans du Cycle d’Arthur. C’est là, disent-ils, que demeurait Lancelot du Lac, l’amant de la reine Genièvre, que la chevalerie prit naissance, que l’ordre de la Table-Ronde fut institué ; ces vieux murs furent témoins des amours de la blanche Iseult et du beau Tristan de Léonais. N’en déplaise aux antiquaires, cette prétention n’est fondée sur aucun titre. Les romans du Cycle d’Arthur, qui sont la seule autorité sur laquelle on puisse s’appuyer, n’ont jamais rien dit de pareil.
Ce fut du XVe au XVIe siècle que, pour flatter la vanité des Rohan, on imagina de changer le nom de Castel gouelet forest (château vu de la forêt ou près de la forêt), ou de Goy-la-jorêt comme l’appelle Froissart, en celui de Joyeuse-Garde, qui n’appartient point à ce château. C’est dans la Grande-Bretagne que les romanciers ont placé le château de Joyeuse-Garde, qu’Arthur établit l’ordre de la Table- Ronde, et que Merlin vit enchanté dans la tombe où sa femme l’a enfermé. Mais ce qui est beaucoup plus vrai, c’est dans la petite Bretagne, dans le pays où nous sommes, que furent composés ces poèmes merveilleux, dont les héros, à la fois bardes et chevaliers, appartiennent presque tous au Léonais. Un prince de ce pays, le roi Méliadus (Meliau), « était l’homme du monde qui plus savoit de harpe à cettui temps et qui mieux trouvoit chants et notes. » Tristan, son fils, devint encore plus habile. Merlin l’avait prédit à Méliadus « qui se délectoit à le voir, car c’étoit la plus belle créature de son âge qui fût en tout le monde. » Qu’on se rappelle les charmants couplets que Tristan apprenait ou chantait à la blonde Iseult, en parcourant les campagnes d’Albion avec elle :
« Bons lais de harpe vous appris,
Lais Bretons de notre pays. »
Comme on l’a vu dans notre introduction, la contrée connue depuis sous le nom de Basse-Bretagne, était alors le pays de la poésie et de la liberté. L’une et l’autre périrent sous le fer des Carlovingiens. C’est dans le Léonais que l’indépendance bretonne trouva ses derniers défenseurs. Morvan, qui passe pour le fondateur du château de La Roche, où nous sommes encore, osa s’affranchir du tribut, et braver la puissance de l’Empereur. Louis-le-Débonnaire lui envoya d’abord Wit- chaire, qui lui fit les promesses les plus brillantes pour l’engager à se reconnaître le vassal des Franks ; mais la courageuse femme du prince breton lui conseilla de préférer la guerre à la honte. Il différa jusqu’au lendemain la réponse qu’attendait l’ambassadeur. Inspiré par sa noble femme, il dit alors à Witchaire : « Hâte-toi de porter ces paroles à ton roi : les champs que je cultive ne sont pas à lui ; je ne reconnais point son autorité. Qu’il gouverne les Franks ; Morvan veille à la fidèle observation des lois parmi les Bretons, en se refusant à payer aucune espèce de cens et de tribut. Que les Franks osent déclarer la guerre, et sur-le-champ je pousserai moi-même le cri du combat. » — « Il a suffi, » reprend Witchaire, « d’une femme pour tourner l’esprit d’un homme comme une cire molle, et pour renverser, par de vains propos, les conseils de la prudence. Ne t’abuse point : ni tes bois, ni le sol incertain de tes marais, ni cette demeure que défendent des forêts et des remparts, ne te sauveront. » Morvan, qui ne peut se contenir, se lève de son trône, et répond avec fierté : « Je méprise tes menaces ; je m’élancerai à la tête de dix mille chars au-devant de vos coups. Vos boucliers sont blancs, je n’en ai pas un moins grand nombre de noirs à leur opposer. Le bras de Morvan n’est pas encore si débile : je te le répète, je ne crains pas la guerre. »
Cette réponse est reportée à l’Empereur. Il fait venir d’au-delà du Rhin et les phalanges saxonnes, et des milliers de Suèves à la blonde chevelure, et les bataillons de la Thuringe, qui se joignent aux Bourguignons et aux Franks. Il se rend avec toutes ces forces à Nantes, où l’attend le comte Lambert, et de là à Vannes.
Morvan est tranquille, il dit à sa femme et à ses enfants : a Restez sans crainte dans vos demeures ombragées par les bois ; je reviendrai bientôt chargé de dépouilles et de trophées. » Quel que soit le poids de l’armure en fer qui couvre son corps tout entier, il s’élance légèrement sur son cheval ; au moment de franchir les portes, il fait apporter des coupes remplies de vin ; il en prend une, qu’il vide d’un seul trait. Au milieu de ses serviteurs qui l’entourent, il embrasse de nouveau sa femme et ses enfants ; puis il s’écrie, en brandissant les javelots dont ses mains sont armées : « Femme de Morvan, retiens ce que je vais te dire : tu vois ces traits que tient ton heureux époux ; si mes pressentiments ne me trompent pas, tu les reverras aujourd’hui même teints du sang des Franks. Le bras de Morvan n’en lancera aucun qui ne porte coup. Adieu, épouse chérie, adieu ! »
L’infortuné Morvan fut tué dans la première escarmouche contre les Franks. Sa mort jeta le découragement parmi les siens. Atteint par le comte Lambert, son fils, Wiomarc’h ou Guyomarc’h, qui avait tenté de relever la fortune des Bretons, périt aussi dans un dernier combat.
Soumis au régime féodal, le pays perdit jusqu’au souvenir de son histoire. Le Léonais ne fut plus qu’un comté qui continua d’appartenir à la famille royale de Morvan. Un de ses descendants, Éven, surnommé le Grand, se distingua par la résistance qu’il opposa aux Normands. Il fut fondateur de la ville de Lesneven qu’il fortifia, et dont le nom veut dire cour d’Éven. Landerneau n’avait pas de murailles ; mais il n’était qu’à une portée de canon des châteaux de La Roche et de La Forêt.
Les seigneurs de Léon répondirent avec empressement aux divers appels faits à la chrétienté pour délivrer la Palestine du joug des infidèles ; l’un d’eux y mourut prisonnier. D’origine royale, ils avaient l’humeur aventureuse et prodigue. Pour faire de l’argent, Hervé III céda au duc Jean-le-Roux le château de Brest, qui était la plus importante place de son comté. Hervé IV vendit, un à un, au même prince, tous les domaines que son père lui avait laissés ; quand il partit pour la croisade, il n’avait pour tout bien que son armure et son cheval. Sa fille, Anne de Léon, se trouva fort heureuse de recevoir l’hospitalité et la main de Prigent de Coetmen, vicomte de Tonquédec, dont elle n’eut pas d’enfants. En elle finit la branche aînée des princes de Léonais, qui s’éteignit dans les dernières années du XIIIe siècle.
Ni Landerneau ni La Forêt ne furent vendus ; ils appartenaient à une branche cadette de Léon, dont le chef joua un rôle fort équivoque dans la lutte de Penthièvre et de Montfort. La ville de Landerneau n’y gagna autre chose que d’être tour à tour pillée par l’un et l’autre parti. Au milieu du xive siècle, Jeanne de Léon, seul rejeton de la branche cadette, fut mariée au vicomte de Rohan, auquel elle porta la seigneurie de Landerneau et ce qui restait de biens à sa maison. C’est à cette alliance que les Rohan durent le titre de princes et de barons de Léon.
Le sort de Landerneau pendant la Ligue fut d’être, comme au temps de Montfort et de Charles de Blois, pillée par les deux partis ; on a surtout gardé le souvenir d’une expédition de Fontenelle, en 1592 : telle était la condition des villes qui n’avaient point de murs. Les habitants de Landerneau ne demandaient qu’à vivre en paix ; les guerres de succession et de religion jetaient le trouble dans les opérations de leur commerce, qui était considérable. Leur principale industrie consistait dans la fabrication des toiles et des cuirs. Ils recevaient du dehors les articles nécessaires à la consommation du pays ; particulièrement les vins, que leur fournissait l’Espagne, à laquelle ils vendaient leurs tissus.
Landerneau avait une communauté de ville dont l’origine était fort ancienne, et qui nommait un député aux états ; les prétentions des Rohan en rendaient les droits fort précaires. Lorsque les seigneurs de cette maison arrivaient dans un de leurs châteaux de Bretagne, à Josselin ou à Pontivy, la communauté de Landerneau était tenue d’envoyer deux de ses officiers pour les complimenter et les assurer de leur obéissance et de leur respect. En définitive, Landerneau ne demandait qu’à s’affranchir du joug de ses seigneurs, ou à n’avoir qu’un seul maître, au lieu de deux qu’elle avait à supporter. Comme la plupart des villes de Bretagne, elle accueillit la révolution avec enthousiasme. Devenue chef-lieu de district, l’union et l’excellent esprit de ses habitants la préservèrent de tout excès. Après la mise en accusation des administrateurs du Finistère, un décret de la Convention y transféra le siège de l’administration départementale ; une commission temporaire, composée d’autant de membres qu’il y avait de districts, fut revêtue des pouvoirs attribués aux directoires de département. L’ancien couvent des Ursulines servit provisoirement de prison aux malheureux administrateurs, ou du moins au plus grand nombre d’entre eux.
Le commerce de Landerneau est aujourd’hui moins considérable qu’il ne l’était autrefois. La fabrication des toiles est plus restreinte, celle des cuirs n’existe plus. Le port s’était ressenti de la décadence de l’industrie locale ; il exigeait de nombreuses améliorations qu’on s’est enfin décidé à entreprendre. Du reste, cette ville acquerrait une haute importance, si le gouvernement comprenait le besoin d’avoir une marine égale à celle de l’Angleterre ; c’est à Landerneau que se trouveraient les réserves en troupes et en approvisionnements nécessaires au port de Brest ; on y établirait aussi des succursales pour les hôpitaux ; un grand nombre d’ateliers y seraient avantageusement placés.
Les quais de Landerneau sont spacieux et commodes ; ils forment le plus beau quartier de la ville ; on y jouit de la vue des collines que surmontent les ruines si pittoresques du château de La Roche-Morvan. Le monument le plus remarquable ou le plus singulier est l’église consacrée à saint Houardon, patron de la cité ; elle est de l’époque de la renaissance et présente de curieux détails. La légende rapporte que saint Houardon, parti d’Hybernie, arriva à Landerneau dans une auge de pierre.
Landerneau et Lesneven, où la révolution avait aussi établi un district, ne sont plus que des chefs-lieux de canton de l’arrondissement de Brest. On donne à l’une 4,963 habitants, à l’autre 2,664. Si nous n’avons parlé de Lesneven que pour faire connaître son origine, c’est que son histoire n’offre rien de bien intéressant. Pendant les guerres du moyen âge, elle fut prise par Henri II, roi d’Angleterre, et par le duc Jean IV (1163 et 1374). Les paysans des environs, au temps de la Ligue, se soulevèrent contre les partisans de Mercœur ; ils en tuèrent trois ou quatre cents sous les murs de la ville. La communauté de Lesneven députait aux états.
Landerneau est la patrie de Le Laë, poète qui a écrit en breton avec l’esprit des collèges, et dont les productions nous paraissent de beaucoup inférieures aux chants des bardes incultes de la campagne. Elle a aussi donné le jour aux frères Mazéas, tous les deux savants d’un grand mérite, à MM. F. et P. de Courcy, l’un critique spirituel, l’autre historien instruit et consciencieux, et à M. Foullioy, inspecteur général du service de santé de la marine. Nous ne pouvons oublier la famille de Boujoux. qui compte des administrateurs et des hommes de lettres fort distingués. Nous devons aussi un hommage à l’abbé Duval Le Gris, qu’on vit sortir de la retraite où il était caché pour offrir son ministère à Louis XVI, au moment où ce prince allait monter sur l’échafaud. Quant à Lesneven, elle a vu naître Hugues de Kéroulai, célèbre jurisconsulte du XIVe siècle, et le savant antiquaire contemporain, M. Miorcec de Kerdanet. *
Bibbliographie : Poèmes de la Table-Ronde. — Ermold Lenoir, Gestes de Louis-le-Débonnaire. — Albert-le- Grand, Vies des saints de Bretagne. — Dom Morice, Histoire de Bretagne. — Notice sur la ville de Landerneau, par M. P. de Courcy.
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