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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de L'Univers de Jules Janin - reproduction © Norbert Pousseur

La Valette à Malte vers 1840

 

La Valette à Malte - reproduction © Norbert Pousseur
La Valette à Malte, gravure gravée par E. Grünewald vers 1840

 

Texte et gravure
extraits de l'ouvrage "L'Univers - collection des vues les plus pittoresques du globe" de Jules Janin - édition ~1840

A mesure que nous approchons de Malte, le cap s’élève et s’articule ; mais l’aspect est mone et stérile. Bientôt nous apercevons les fortifications et les golfes formés par le port, une nuée de petites barques, montées chacune par deux rameurs. Un de ces golfes est ouvert à la proue de notre navire ; la mer est grosse, et la vague se précipite quelquefois dans le profond sillon que nous creusons dans la mer. Les pêcheurs qui nous suivent semblent près d’être engloutis, le flot les relève ; ils courent sur nos traces ; ils dansent sur les flancs du brick; ils nous jettent de petites cordes pour nous remorquer dans la rade.
Ces pilotes nous annoncent une quarantaine de dix jours, et nous conduisent au port réservé sous les hautes fortifications de la cité Valette. Nous obtenons la faveur de monter une barque et de nous promener le soir, le long des canaux qui prolongent le port de quarantaine. C’est un dimanche. Le soleil brillant du jour s’est couché au fond d’une anse paisible et étroite du golfe qui est derrière la proue de notre navire. La mer est là, plane et brillante, légèrement plombée, absolument semblable à de l'étain fraîchement étamé. — Le ciel au-dessus est d’une teinte creuse, légèrement rosée. — Il se décolore à mesure qu’il s’élève sur nos têtes et s’éloigne de l’occident. A l'orient, il est d’un bleu gris et pâle, et ne rappelle plus l’azur éclatant du golfe de Naples. — Nos rameurs nous mènent seulement à quelques toises du rivage. — Ce rivage bas et uni d’une grève qui vient mourir à quelques pouces au-dessus de la mer, est couvert, pendant un demi-mille, d’une rangée de maisons qui se touchent les unes les autres, et semblent s’être approchées le plus près possible des flots pour en respirer la fraîcheur, pour en écouter le murmure.

Or, voici le paysage que j’ai sous les yeux :

Lumière dorée, douce et sereine , comme celle qui sort des yeux d’une jeune fille avant que l’amour ait gravé un trait sur son front, jeté une ombre sur ses yeux. — Cette lumière, répandue également sur l’eau, sur la terre, dans le ciel, frappe la pierre blanche et jaune des maisons, éclaire tous les dessins des corniches, toutes les arêtes des angles, toutes les balustrades des terrasses, toutes les ciselures des balcons, vides et nets sous l’horizon bleu, sous ce tremblement aérien, sous ce vague incertain et brumeux dont notre occident a fait une beauté pour les arts, ne pouvant corriger ce vice de son climat. Cette qualité de l’air, cette couleur jaune, blanche, dorée de la pierre, cette vigueur des couleurs, donnent aux moindres édifices du midi une netteté et une fermeté qui remuent et frappent l’œil agréablement. — Chaque maison a l’air, non pas d’avoir été bâtie pierre à pierre, avec du ciment et du sable, mais d’avoir été sculptée vivante et debout dans le rocher vif, et d’être assise sur la terre comme un bloc sorti de son sein.

Nous entrons en libre pratique dans le fort de la cité Valette. Le gouverneur nous reçoit au palais du grand maître à deux heures. — Nous admirons ce palais, magnifique et digne simplicité, — beauté dans la nudité même de vaines décorations au dehors et au dedans, — vastes salles, — longues galeries, — peintures vives, — escalier large et doux, — salle d’armes de deux cents pieds de long, renfermant les armures de toutes les époques de l’histoire de l’ordre et guerrier et chrétien de Saint-Jean-de-Jérusalem.
L’église de Saint-Jean, cathédrale de l’île, a tout le caractère, toute la gravité qu’on peut attendre d’un pareil monument dans un pareil lieu : — grandeur, noblesse, richesse; les clés de Rhodes, emportées après leur défaite par les chevaliers, sont suspendues aux deux côtés de l’autel, symboles de regrets éternels ou d’espérances à jamais trompées. — Voûte peinte en entier par le Calabrèse, — œuvre digne de Rome moderne dans les plus beaux temps de la peinture.

Au sommet de l’observatoire qui domine le palais du grand-maître, — vue d’ensemble des villes, des ports et des campagnes de Malte, — campagnes nues, sans formes, sans couleurs, arides comme le désert; — villes semblables à une écaille de tortue échouée sur le rocher. — Les femmes sont assises respirant le frais du soir. — Rien de plus gracieux et de plus séduisant que ces figures blanches et noires, semblables à des ombres apparaissant ainsi aux rayons de la lune sur les toits de cette multitude de maisons. — Un long drame se noue ainsi et se dénoue sans paroles. — Ce silence, ces apparitions à certaines heures, ces rencontres aux mêmes lieux, ces intimités de distances, ces expressions muettes sont peut-être le premier et le plus divin langage de l’amour, ce sentiment au-dessus des paroles, et qui, comme la musique, exprime dans une langue à part ce que nulle langue ne peut exprimer.

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