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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de L'Univers de Jules Janin - reproduction © Norbert Pousseur

Marrakech vers 1840

 

Marrakech vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Marrakech, gravure non signée

 

Texte et gravure
extraits de l'ouvrage "L'Univers - collection des vues les plus pittoresques du globe" de Jules Janin - édition ~1840

L'empire de Maroc est encore à l'heure qu’il est le plus puissant empire de l’Afrique : empire bien déchu cependant, car depuis 1785 il a perdu toute sa prépondérance sur le royaume de Tombouctou, autrefois son tributaire. Cet empire, dans ses limites naturelles, se compose du royaume de Fez, au nord de la Morbega; du royaume de Maroc avec une partie du royaume de Sous, au sud de ce fleuve; du royaume de Tàfililt, au midi de l’Atlas; sans compter le pays de Zara au sud de l’Atlas. Les deux royaumes de Fez et de Maroc se divisent en trente provinces d’une importance très-inégale. Parmi ces tribus, quelques-unes choisissent leurs chefs, d’autres obéissent à des chefs nommés par le sultan.
La capitale de ce vaste empire s'appela Marrenkeh, Mirachach, Maracoucha; de ces noms-là nous avons fait Maroc. C’était autrefois la résidence du sultan. La ville occupe deux lieues de circonférence; elle ne renferme pas moins de trois cent mille âmes ; elle est entourée et défendue par une muraille de trente pieds de hauteur, flanquée de tours. Hors des murs s’élève fièrement le palais impérial, vaste édifice, composé d’un grand nombre de pavillons, situés au milieu de jardins admirables. Chacun de ces pavillons habités par l’empereur porte le nom d’une ville de l'empire. La ville a tout à fait l’aspect oriental, elle renferme dix-neuf mosquées ; l’une de ces mosquées, dont la tour semble dominer la ville, n’est rien moins que la contrefaçon exacte de la Giralda de Séville, cette merveille fameuse dans toute l’Espagne. C’est là en effet le véritable style mauresque ; la cour est carrée, les murs sont pleins et ornés au dehors en briques jusqu’à une grande élévation. A cette hauteur la tour se divise en petits arceaux, dont les piliers se réunissent plus haut ; la pente en est si douce qu’un homme à cheval y pourrait marcher. Pour bien voir cette singulière ville, placez-vous au sommet de cette tour ; dans cette revue rapide votre regard incertain ne saura sur quel point s’arrêter de préférence. Voici la mosquée appelée El Moazin, la plus vaste de toutes; remarquez parmi ces fontaines murmurantes et intarissables, la plus belle de toutes, Schouroub-ou-schouf. Cet immense édifice, le Bel-Abbas, renferme dans son enceinte un sanctuaire, un mausolée , une mosquée et un hôpital pour quinze cents malades. Le bazar El Kaineria est vaste et entouré de boutiques. L'Emdrasa ou Emshia, dans la partie méridionale de la ville, est à la fois une mosquée et un collège ; vous y entrez par une belle porte romaine, car les Romains ont aussi laissé de fréquentes traces de leur passage, même dans ces lieux reculés.
En ce lieu ont été ensevelis plusieurs sultans dont on voit encore les tombeaux; mais leurs bustes ont été renversés, les inscriptions qui disaient leurs noms ont été effacées ; ces sultans ont été traités tout à fait comme des rois de l’Europe, sans nul respect.

On entre à Maroc par sept portes bien gardées. La ville est encombrée des ruines de plusieurs aqueducs ; les rues sont étroites et irrégulières ; on y marche au milieu d’une poussière éternelle. Les juifs sont parqués pour ainsi dire dans un quartier à part, beaucoup plus infect que tous les autres et plus malsain ; chacun d’eux paie une capitation à l’empereur.

Voilà pour les monuments publics ; du reste tout le mouvement d’une grande et laborieuse cité se fait sentir dans ces murs. De nombreuses manufactures de soieries, de papiers et de maroquins, occupent incessamment cette active population. De vastes magasins de blé sont remplis en tout temps. Cette ville date de 1052; Abou-al-Frie, premier prince de la dynastie des Almoravides, est son fondateur; elle contenait huit cent mille âmes au temps de sa prospérité.

« Les peuples de l’empire marocain, dit un voyageur, qui a vécu longtemps dans ces contrées, esclaves d’un despote absolu, ne connaissent, pour ainsi dire, aucune espèce de loi primitive. Ils n’ont pour règle que le bon plaisir de leur prince. Partout ou il établit sa résidence, l’empereur rend la justice en personne ; il siège, à cette fin, ordinairement deux fois par semaine, quelquefois quatre, dans une place d'audience nommée Michouân; c’est là que toutes les plaintes lui sont adressées : la justice y trouve accès; l’empereur écoute chaque individu, étranger ou indigène, homme ou femme, riche ou pauvre. Toute distinction de rang cesse, et chacun a le droit d’approcher du maître commun sans la moindre gêne. La sentence est prononcée sur-le-champ, elle est toujours décisive et le plus souvent juste.
« Mais, à l’exception des audiences impériales, l’administration marocaine est un tissu de désordres, de rapines et de troubles. Les gouverneurs réunissent dans leurs mains le pouvoir administratif et le pouvoir judiciaire; opprimés par le souverain, ces gouverneurs oppriment le peuple à leur tour. Le plus simple officier parle légalement au nom de son maître. Mais ces licences ainsi acquises finissent par retomber dans les mains du sultan, qui peut prendre à ces sujets, quels qu’ils soient, tout ce qui n’est pas leur dernier manteau ou leur dernier morceau de pain. De là un peuple avide, soupçonneux, menteur, égoïste, divisé à l’infini ; digne résultat d’un pouvoir sans lois, sans mœurs et sans frein.»
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Nota : les propos ci-dessous reflètent les idées de l'époque.
Il s'agit bien d'une notice historique à replacer dans le contexte de 1840.
Ce texte ne correspond en aucun cas à la position de l'auteur de ce site,
qui a, par ailleurs, un grand respect pour le peuple marocain.

 

 

 

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