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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de La Normandie de William Duckett - reproduction © Norbert Pousseur

Sées en Normandie vers 1860

 

Sées vers 1860 par Ludwig Robock - reproduction © Norbert Pousseur
Sées et sa cathédrale vers 1860, par Ludwig Robock - voir ci-dessous la même gravure, zoomable

 

Dans les 2 articles qui suivent, des années 1800, Sées est orthographiée Séez, nom à présent réservé à une commune de Savoie (73700). Pour la clarté, sur cette page l' ancienne orthographe a été remplacée par la nouvelle : Sées - Cependant le diocèse actuel a conservé son ancien nom : Diocèse de Séez, ce qui peut entraîner quelques confusion.

Gravure extraite de l'ouvrage "La Normandie" de William Duckett - édition 1866 - ainsi que le texte ci-dessous

Séez ou Sées est une localité de moins de 5000 habitants, dans le département de l’Orne chef-lieu de canton, arrondissement d’Alençon, à 25 kilomètres Nord-Nord-Est de celle-ci; petite ville exclusivement épiscopale, qui, sans son évêché suffragant de Rouen, sans son grand et son petit séminaires, sans son collège catholique, n’existerait probablement pas. C’était bien pis autrefois: on n’y pouvait faire un pas, sans rencontrer un couvent : on citait, parmi les plus remarquables, l’abbaye de Saint-Martin et les Cordeliers.
Aussi l’histoire de la ville fut-elle longtemps celle de ses évêques, qui, par suite de leur plus ou moins d’influence, augmentèrent ou laissèrent diminuer le territoire soumis à leur puissance spirituelle. Ce territoire, avant 1789, se divisait en 5 archidiaconnés: ceux de Séez, d’Exmes, d’Houlme, du Corbonnais et de Bellême, lesquels se subdivisaient en doyennés, savoir: ceux de Sées, d’Alençon, de Moulins-la-Marche, de Falaise, de Saint-Pierre-sur-Dive, de Trun, d’Exmes, d’Houlme, d’Argentan, d’Aubigny, de Briouze, d’Asnebecq, d’Ecouché, de Macé, du Corbonnais, de Mortagne, de Bellême et de la Perrière. Les doyennés de Falaise, d’Aubigny et de Saint-Pierre-sur-Dive ne dépendent plus aujourd’hui du département; en revanche, celui de Domfront, qui appartenait à l’évêché du Mans, a été placé, comme tout le département de l’Orne, sous la juridiction spirituelle de l’évêque de Sées.

Quant à Sées lui-même, agréablement situé sur l’Orne, au milieu d’une campagne fertile, proche de la forêt d’Ecouves, il fut construit, dit l'histoire, par les Saxons, lorsqu’ils pénétrèrent dans l’intérieur des terres, peu après 286, et s’appela d’abord Saxia Sagium, Civitas Sagioruni. Cette ancienne cité des Gaules eut beaucoup à souffrir des ravages des Normands et des guerres des Anglais.

Pour ce qui regarde son commerce actuel, il y a peu à en dire, malgré ses deux marchés du mercredi et du samedi, malgré ses foires des 12 février, 27 mars, 20 mai, 20 juin, 5 et 26 juillet, 24 août, 12 novembre et 13 décembre. M. Odolant-Desnos, écrivain de la localité, dans un livre qui a paru sous les auspices du duc d’Orléans, dit positivement: "Séez n’a point de commerce; il y avait une fabrique de tissus de coton, elle ne marche plus.“

L’église Notre-Dame, cathédrale de Sées, est assez jolie, quoique petite. Quelques antiquaires ont prétendu qu’elle remontait aux premières années du XIe siècle; mais les caractères architectoniques du monument permettent d’affirmer que le corps en est de la fin du XIIe et du commencement du XIIIe. On sait, d’ailleurs, qu’une église antérieure fut brûlée en 1048, et qu’une autre, pour laquelle on voulut employer les anciennes fondations, s’écroula en 1114. Une consécration nouvelle eut lieu en 1126, et les travaux duraient encore 80 ans plus tard. Elle subit ensuite des retouches nombreuses; ainsi la nef, bâtie au commencement du XIIIe siècle, fut remaniée dans sa partie supérieure un demi-siècle après; le chœur, presque entièrement détruit par un incendie, dut être rebâti de fond en comble vers 1260; sur la fin du XIVe siècle, les contre-forts extérieurs en furent repris à leur tour. Toute la construction de l’édifice a donc subi de sérieux changements; et, malgré ses fréquentes réparations, c’est, en définitive, un monument très compromis. A l’entrecroisement des nefs et du transept, s’élevait une pyramide, à laquelle on substitua, au XVIIe siècle, un dôme quadrangulaire, qui lui-même a fait placé à une flèche aiguë en forme d’obélisque.
L’extérieur du bâtiment n’a rien de remarquable, sauf le grand portail, qui est d’une sévérité imposante, et offre, au dessus de la porte d’entrée, deux étages d’arcades, disposition à-peu-près unique en France. Les statues et les autres sculptures ont été mutilées. Les deux tours, surmontées de flèches inégales, dont la plus élevée atteint 75 mètres, produisent un bel effet. L’intérieur de l’église se distingue par la légèreté de l'ensemble et l’harmonie des détails; les voûtes sont largement exécutées; les piliers, d’un profil élégant et hardi, ont des chapiteaux formés de riches feuillages. Les arcades et les fenêtres passent de l'ogive très obtuse à l'ogive aiguë, en descendant vers l’entrée. La portion la plus belle est le chevet, avec ses 5 chapelles profondes; malheureusement la voûte du chœur, primitivement en pierre, s’est écroulée au commencement de notre siècle, et n’a été reconstruite qu’en bois : Le chœur contient quatre bas-reliefs d'un bon style, dont les sujets sont tirés de la vie de la Sainte Vierge. A l’autel, il y eu a un autre très beau, représentant l’extraction des reliques de Saint-Gervais et Saint-Protais. Les deux extrémités du transept ont été décorées de deux magnifiques roses, au XVIe siècle.

Le palais épiscopal moderne mérite une visite.
Il ne faut pas oublier, non plus, une belle statue en bronze, dont la ville s’honore ; c’est celle de Conté, peintre, chimiste, mécanicien, homme de génie, né à Saint-Céneri près de Sées en 1755, mort à Paris en 1805. A l’âge de 8 ou 9 ans, sans avoir reçu de leçons de personne, il construisait un excellent violon au moyen d’un seul outil, un couteau; il peignait, à 14 ans, d’estimables tableaux qui ornent l’Hôtel-Dieu de Sées, inventait ensuite un instrument très-simple pour mesurer les distances, une machine hydraulique, approuvée par l’Académie, et venait plus tard à Paris. Quand il fut question d’appliquer les ballons à la guerre, Conté reçut la direction de l’école des aérostiers à Meudon, et fit décréter ensuite le Conservatoire des Arts et métiers. Chargé d’inventer une substance qui remplaçât la plombagine pour les crayons dont l’Angleterre avait le monopole, il fonda la manufacture de crayons de mine de plomb qui portent son nom. Lors de l’expédition d’Egypte, il construisit en deux jours, pour défendre Alexandrie contre les Anglais, des fourneaux à boulets rouges ; et, après la révolte du Caire, répara le tort fait à notre armée par la perte des instruments et machines apportés de France pour son service, en établissant des moulins à vent, des fabriques de poudre, des ateliers de monnayage, des fonderies de canons, une imprimerie orientale, des ateliers, où l’on travaillait l’acier et les instruments de chirurgie, de mathématiques et d’optique, des filatures de laine, des fabriques de draps ; dotant ainsi, dans moins d’un an, l’Afrique de tous les arts de l’Europe, ce qui ne l’empêchait pas de visiter les manufactures du pays, de perfectionner leurs procédés par ses conseils, et de recueillir un nombre infini de dessins qui sont entrés dans le grand ouvrage de la Description d’Egypte.




 

Sées et Exmes
article de 1859 d'Edmond de Manne
in 'Histoire des villes de France' d'Aristide Guilbert

Page de garde de l'Histoire des villes de France - reproduction © Norbert Pousseur

Une grande obscurité enveloppe l’origine de Sées que l’on prononce comme si l’on écrivait Sais, orthographe plus correcte d'ailleurs et plus conforme à l’étymologie. Sais, en effet, représente les Saii ou Sagii, peuple dont on soupçonne, comme le remarque d’Anville, « que le nom se trouve dans César sous une forme différente » (Essui), mais qui sans aucun doute occupaient le territoire affecté plus tard au diocèse de Séez. Quant à la capitale des Saii, l’on ignore absolument sous quel vocable elle était désignée à l’époque de la conquête romaine. Après la chute de l’Empire, il est question d’une ville appelée Saïtus civitas Salarum, ou Saïorum. Sagius est le nom qui prévaut au moyen âge : Orderic Vital écrit Salarium. Enfin, sur quelques cartes, Sées est marqué sous le nom de Saxia, et plusieurs auteurs prétendent que les dénominations de Saii et Sagii n’étaient qu’une corruption de Saxones ou Sassones. L’abbé Béziers rapporte la fondation de Sées à l’an 226 de notre ère et l’attribue aux Saxons ; peut-être ne firent-ils que rebâtir celte ville, après l’avoir détruite, comme c’était leur coutume, lorsque ayant jeté les fondements de Caen, ils pénétrèrent dans le pays des Essui : cette opinion concorderait alors avec celle qui donne à Sées une origine toute romaine. Le savant Huet pense que le siège de l’évêché de Séez fut d’abord à Oximutn, Iesme (aujourd’hui Exmes), autre ville d’une haute antiquité, mais dont les commencements nous sont tout à fait inconnus, et qu’on divisa dans la suite le diocèse en trois archidiaconnés, qui eurent pour sièges, le premier, Sées; le deuxième, Lisieux, et le troisième, Bayeux. Sées, en effet, n’était point assez considérable, dans le temps que l’Évangile fut prêché dans cette partie de la Normandie, pour qu’on y établît un évêque, tandis que la ville d’Exmes avait déjà beaucoup d’importance.

Un des premiers évêques du diocèse dont fassent mention les chroniqueurs est Litarède qu’ils qualifient d’Oximevsis episcupus, et qui siégeait dès l’an 536. Suivant Esnault, le premier prélat du diocèse fut saint Lain ou Latuin, mort vers 440, et auquel succédèrent saint Sigibolde et saint Landry. Il parait que deux forteresses existaient à Sées, au commencement du IXe siècle : l’une du côté d’Exmes, l’autre du côté d’Alençon. Un titre postérieur nous apprend que son territoire très-étendu, d’abord, avait été singulièrement restreint : ce n'était plus qu’une centénie, centena Saginsis, c’est-à-dire le chef-lieu d’une juridiction qui n’embrassait que cent paroisses. Dès la première année du siècle suivant (900), les Normands prirent et brûlèrent Sées, et c’est avec les pierres des remparts détruits que le vénérable évêque Azon bâtit, en 986, l’église cathédrale reconstruite deux fois dans le siècle suivant (1049-1053), par l’évêque Yves de Bellesrne, qui avait été obligé, en 1045, d’employer le feu pour chasser de ce saint lieu une troupe de malfaiteurs retranchée dans ses murs. La cathédrale fut consacrée plus tard aux saints martyrs Gervais et Protais, par l’évêque Jean de Neuville; dédicace à laquelle assista le roi d’Angleterre, Henri Ier (19 mars 1126). En 1050, Roger de Montgommery, allié à la famille d’Yves de Bellesrne, fonda à Sées les abbayes de Saint-Martin et de Troarn. Nous lisons dans un vieux document que la cure de l’église Saint-Pierre de cette ville était à la présentation des moines de Saint-Martin, auxquels elle avait été donnée, en 1089, par Gauthier de Clin- champs. La date de la fondation de Saint-Pierre est inconnue; quant à l’église Notre-Dame-de-la-Place, contiguë à l’abbaye de Saint-Martin, elle existait déjà dans le XIIe siècle : on n’y voit rien de remarquable, à l’exception d’une galerie de petits bas-reliefs.
En 1060, les troupes de Henri Ier, roi de France, et de Geoffroi-Martel, comte d’Anjou, attaquèrent la ville d’Exmes : elle opposa aux assiégeants une si vigoureuse résistance, qu’ils furent contraints de lever le siège. Dix ans après, Serlon, de la maison d’Orgères, abbé de Saint-Evroult, fut nommé à l’évêché de Sées par l’archevêque de Rouen et les autres prélats de Normandie assemblés dans la capitale du duché (1070). Cette même année, les Bénédictins de Sées manquant de tout dans leur couvent, passèrent en Angleterre où Roger de Montgommery leur fit présent d’une vaste habitation en leur allouant pour leur table le dixième de tout le gibier pris dans la province de Shrop. A peine Robert Courte- Heuse eut-il accordé l’investiture à Serlon, que Robert de Bellesrne, fils de Roger de Montgommery, arguant d’une donation faite à son aïeul par le duc Richard Ier, réclama, quoique laïque, les revenus de l’évêché avec la forêt de Goffern. Ses prétentions allaient, en outre, jusqu’à exiger le service militaire des hommes de l’abbaye de Saint-Martin, dont son père avait été le bienfaiteur, tant lorsque le duc de Normandie mettait ses vassaux en campagne, que lorsqu’un Montgommery était forcé de se défendre contre quelque ennemi personnel. Ces mêmes hommes enfin, suivant la charte alléguée par lui, étaient sujets à la taille, quand il s’agissait de payer la rançon d’un membre de la famille. Robert Courte-Heuse, contre lequel Robert de Bellesrne avait osé entrer en lutte ouverte, confirma pourtant la donation où étaient relatés tous ces droits qui constituaient une véritable autorité sur le diocèse.
L’évêque Serlon et Raoul, abbé de Saint-Martin, sommés par le comte d’Alençon de lui fournir dans cette guerre tous les hommes d’armes de l’église de Sées, refusèrent le service. Robert de Bellesme alors eut recours à la violence pour les y contraindre. Serlon jeta l’interdit sur ses terres, et se réfugia avec Raoul à la cour du roi d’Angleterre (1090-1101), Henri Ier, déterminé par leurs plaintes, résolut de passer en Normandie afin de prendre l’administration du duché que la faiblesse de son frère laissait exposé à tous les désordres. Débarqué à Barfleur, dans la dernière semaine du carême de 1105, le roi se rendit à Carentan où il célébra la fête de Pâques. On raconte que, scandalisé depuis longtemps des modes étranges qu’il avait remarquées parmi les jeunes seigneurs anglais, qui laissaient pousser outre mesure leurs cheveux et leur barbe et se chaussaient de souliers à longues pointes, qualifiés par Orderic Vital de queues de scorpion, l’évêque Serlon tonna dans l’église même, en présence du roi, contre ces habitudes efféminées. L’émotion fut grande, comme on le pense bien, dans ce noble auditoire, et nul ne parut plus touché que Henri. Serlon, habile à saisir l’occasion, se lit apporter des ciseaux, s’approcha du roi et le tondit de ses propres mains. Les courtisans de Henri s’empressèrent de présenter leurs têtes pour qu’elles fussent aussi dépouillées; enfin, tous les hommes servant dans l’armée anglo-normande reçurent l’ordre de couper leurs cheveux. Ce fut là, dit M. Depping, « une sorte d’initiation pour la conquête de la Normandie. »
Vainqueur à Tinchebray, le roi d’Angleterre enleva le comté de Sées au seigneur d’Alençon (1106). Robert de Bellesmes fut assez heureux pour en obtenir la restitution ; mais accusé bientôt après de s’être emparé des revenus du roi, notamment à Exmes et à Argentan, il perdit sans retour ses domaines (1112). Guillaume 111, son fils, mit probablement des garnisons à Sées et à Exmes, lorsqu’il tenta de défendre les biens de sa famille contre les troupes du roi Henri, et ces deux places succombèrent ou se rendirent, comme celles d’Alençon et de Bellesmes qui étaient beaucoup plus fortes (1113). Suivant Orderic Vital, le roi d’Angleterre fut un des bienfaiteurs de l’ancienne capitale de l’Hiémois: il ajouta au vieux bourg d’Exmes, un nouveau bourg avec une église dédiée à la sainte Vierge. En 1117, Henri 1er donna la ville et le comté de Sées à son neveu, Thibault, comte de Blois, qui en lit aussitôt l’abandon à son livre Étienne, comte de Mortain; deux années après, ce comté changea encore de maître : Henri ler le retira à Étienne pour le rendre à Guillaume III de Bellesme. Talvas le garda jusqu’en 1134. Alors le roi d’Angleterre déclara de nouveau la guerre au comte d Alençon et se saisit du comté de Sées, dont Guillaume de Bellesme ne reprit possession qu’a la mort de ce prince (1135). La ville de Sées se composait, en ce temps-là, de deux parties bien distinctes : c’était, d’abord, l’ancienne ville ou Bourg -l'Evêque ; ensuite le Boury-Neuf ou Bourg-le-Comte, quartier formé peu à peu dans I enceinte du château que Guillaume Talvas avait bâti vers le midi, de l’autre côté de la rivière d'Orne, et où se trouvait la paroisse de Saint-Pierre, qu’on appela pour cette raison Saint-Pierre-du-Château.
A peine le comte d'Anjou, Geoffroi Plantagenet, et sa femme Mathilde, eurent- ils appris qu Étienne, leur cousin, s’emparait de la succession de Henri Ier, qu’ils mirent sur pied des troupes, qui prirent d’abord Sées et Exmes, dont le nouveau
bourg et l’église de la Vierge Marie furent entièrement consumés par le feu (1136). La ville et le comté de Sées étaient toujours censés appartenir aux comtes d’Alençon. Guillaume III de Bellesme en était encore seigneur, quand le roi de France, Louis le Jeune, ayant envahi le duché de Normandie, à l’occasion de ses démêlés avec le jeune due Geoffroi, fils de Henri II, marcha de Dieppe vers le centre de la province, assiégea et brûla le château du Bourg-le-Comte (1150). Vingt-quatre années plus tard, Henri au Court Mantel, révolté contre Henri II, entreprit le siège de Sées, dont il voulait faire une place de communication entre la haute et la basse Normandie (1174);mais les bourgeois lui opposèrent une si vigoureuse résistance, qu’il fut obligé de lever le siège. En 1189, ils reçurent dans leurs murs Richard Cœur-de-Lion, qui avait aussi porté les armes contre son père; mais ce fut pour le voir s’humilier devant les archevêques de Rouen et de Cantorbery et en obtenir l’absolution de la mort de Henri II, à laquelle il avait contribué par sa dernière rébellion. Richard leur promit, comme expiation, de partir pour la terre sainte.
Au commencement du XIIIe siècle, la soumission de Sées qui se rendit à Philippe-Auguste (1203), détermina la restitution des autres places du comté. Une paix longue et solide permit à cette ville de respirer après tant de secousses. En 1208, un riche bourgeois nommé Guillaume Bérard, et Macée, sa femme, y fondèrent l’hôpital général, qui existe encore de nos jours. Louis VIII, en 1*223, y fit bâtir un couvent de Cordeliers. Philippe-Auguste avait établi un vicomte à Sées, qui était, en outre le siège du bailliage. Pierre, cinquième fils de saint Louis, voulut, plus tard, en sa qualité de comte d'Alençon, s’immiscer dans le temporel de l’évêché (1266); mais un arrêt du conseil le débouta de ses prétentions : il fut convenu que tout ce qui était enclavé dans le Bourg-l’Évêque ressortirait au siège d’Exmes compris dans le domaine du roi, tandis que le Bourg- le-Comte ressortirait a la vicomté d’Essey dans la dépendance du comte d’Alençon. Cet arrêt fut suivi jusqu’en 1370 : Charles V alors céda la châtellenie d’Exmes au comte d’Alençon, et en démembra l’église de Sées pour la soumettre à la châtellenie de Falaise. Cependant, à la mort de Robert IV, comte d’Alençon (1222), ses héritiers ayant partagé ses domaines, Sées était échu à Robert Mallet, seigneur de Grasville. Le roi Jean, en 1356, confisqua les biens de Jean Mallet, descendant de Robert, et donna Sées à Charles III, quatrième comte d’Alençon de la maison de France. La même année, Philippe de Navarre déclara la guerre au roi Jean, pour venger son frère Charles le  Mauvais, prisonnier au château d’Andely, et il enleva Sées au comte d’Alençon. Celui-ci ne fut pas longtemps à reconquérir celte ville; mais elle lui fut reprise en 1363, et mise à sac par Charles d’Artois, comte de Longueville, dont les troupes s’étaient, retranchées dans l’abbaye de Saint-Martin. Sées, pendant les guerres du XVe siècle, tomba au pouvoir des Anglais, dès leur entrée en Normandie (1417); les Français les en chassèrent, l’année suivante, mais ils ne purent s’y maintenir, et les Anglais s’en étant saisis encore une fois (1433), conservèrent la place jusqu’à leur expulsion définitive de la province. La ville d’Exmes eut le même sort. Elle avait été prise par les troupes de Henri V, en 1418: les comtes de Dunois, de Clermont et de Nevers l’assiégèrent, en 1449 ; et sa reddition la lit rentrer sous la domination de la France. Le dernier épisode qui se rattache à cette époque, est le voyage de l’évêque de Sées
à la cour de Louis XI mourant, auquel il apporta des reliques de diverses provinces (1483).
Les troubles occasionnés par la réforme religieuse éclatèrent à Sées, en 1562. Matignon s’en assura, d’abord, pour le compte des catholiques; mais, en l’absence de l’évêque Pierre Duval, qui s’était rendu au concile de Trente, l’amiral Coligny entra tout à coup dans la ville avec les bandes de calvinistes qu’il commandait, pilla la cathédrale et maltraita fort l’abbaye de Saint-Martin, qu’il eut même incendiée sans l’intervention d’un de ses lieutenants, Jacques Clarai-Bachaumont (1563). Cinq années après, Sées fut pris une seconde fois par les religionnaires sous les ordres de Montgommery, malgré la défense désespérée des habitants. La ville fut mise à feu et à sang, le trésor de la cathédrale pillé, et l’édifice eut lui-même beaucoup à souffrir de la rage du vainqueur (1568). Ces excès poussèrent, plus tard, les Sagiens dans le parti de la Ligue (1589), ce qui ne les empêcha point de se rendre spontanément à Henri IV, lorsque ce prince se présenta devant leurs murs, en 1590.
L’histoire de Sées, aux XVIIe et XVIIIe siècles, est remplie par quelques faits ou épisodes d’un intérêt secondaire, savoir: l’introduction de la réforme de la congrégation de Saint-Maur dans son abbaye de Saint-Martin (1636); la scandaleuse opposition du chapitre de la cathédrale à un arrêt du parlement de Rouen qui enjoignait la résidence aux curés, et l'option entre la cure ou le canonicat aux titulaires de bénéfices (1645); la fondation de son séminaire, dont les deux principaux auteurs furent Pierre Davy, curé de Macé, et Enguerrand Le Chevalier, grand vicaire du diocèse (1653) ; la présence de son évêque François Rouxel de Médavy aux conférences ouvertes dans l’île de la Bidassoa, pour le traité de paix des Pyrénées et le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche (1659) ; enfin la construction du nouveau palais épiscopal sur les ruines de l’ancien (1778), bel édifice d’une architecture noble et grande, dû à l’évêque d’Argentré, et qu’une galerie, bâtie en 1783, fait communiquer avec la cathédrale. Sées était encore un gouvernement de place, quand vint la Révolution; ses habitants relevaient du bailliage de Falaise et d’Alençon, et de la vicomté d'Essey et Meheudin. Les officiers de la vicomté d’Essey tenaient audience à l’hôtel de ville même de Sées, qui n’avait d’ailleurs dans ses murs d’autre juridiction royale qu’un grenier à sel. Le corps municipal se composait d’un maire, quatre échevins, six conseillers de ville, un syndic-receveur, un secrétaire-greffier, et quatorze notables. Le chapitre de la cathédrale, d’abord séculier, puis soumis, en 1178, par l’évêque Jean Ier, à la règle de saint Augustin, avait été sécularisé de nouveau, en 1547, par le pape Paul III. Outre la cathédrale, dédiée, comme nous l’avons dit, aux saints martyrs Gervais et Protais, on comptait à Sées quatre églises paroissiales : Saint- Pierre-du-Château, Saint-Germain, Notre-Dame-de-la-Place et Saint-Ouen. L’évêque et le doyen du chapitre, ainsi que l’abbé de Saint-Martin, avaient eu jadis séance à l’Échiquier. La direction du séminaire était confiée à des Eudistes; quant au couvent des Cordeliers, il passait pour le premier que ces religieux eussent possédé en France. L’hôpital général, dont nous avons marqué la fondation, et l’hôtel-Dieu renfermaient chacun une fabrique considérable : le premier de point de France et le second de dentelles.
Sées est un des chefs-lieux de canton de l’arrondissement d’Alençon : sa population s’élève à peine à 4.509 âmes; son évêché toutefois a été conservé, et on y trouve un collège, un séminaire diocésain, une école secondaire ecclésiastique et une Société d’agriculture. Sées n’a jamais été une place de commerce, quoique ses tanneries fussent renommées autrefois; quelques habitants essayèrent même, à la tin du XVIIIe siècle, de confectionner des étamines et autres étoffes de laine; mais celte industrie ne prospéra point La ville, située sur l’Orne, a un assez bon nombre de jolies rues et d’élégantes maisons; la route d’Alençon à Caen la traverse dans toute sa longueur. On regarde, en général, la cathédrale comme l’un des plus beaux monuments religieux du département de l’Orne, et l’un des plus remarquables de l’architecture gothique en France; elle offre une grande analogie avec celles de Lisieux et de Coutances, participant à la fois de la sévère simplicité de l’une et de l’élégance de l’autre. Nous en avons attribué, dans le cours de notre notice, la reconstruction à l'évêque Yves de Bellesme, au milieu du XIe siècle; mais M. l’abbé Vallet, directeur du séminaire, a découvert tout récemment, dans un manuscrit authentique, une inscription tumulaire qui l’autorise, dit-il, à en faire honneur à Jean Bernière, évêque de Sées, en 1278. Nous croyons devoir attendre un débat contradictoire pour nous prononcer A cet égard. Citons aussi, outre le palais épiscopal, les bâtiments du séminaire diocésain, et l'hôtel de la Crosse, vaste maison affectée dans l’origine par son fondateur, l’évêque Jacques de Silly, à une généreuse hospitalité pour tous les curés de son diocèse (1512-1524). Sées n’a, du reste, rien conservé de son ancienne physionomie ni de l’aspect guerrier qu’il eut au moyen âge : la porte Sagory, sur la route d’Alençon, qui était flanquée de quatre grosses tours, dernier vestige des temps féodaux, a été démolie en 1724. Les armes de Sées étaient d'azur à la foy en fasce sur laquelle repose un cœur en flammes, le tout surmonté d'une fleur de lys d'or en chef.
Quelques hommes célèbres ou recommandables à divers titres sont nés dans cette ville : nous nommerons Osmond, fils du comte de Sées, lequel suivit Guillaume le Bâtard dans son expédition d’Angleterre et devint évêque de Salisbury; Chéradame, professeur de grec au collège de France, sous François Ier; Dom Simon Bougis, général de l’ordre de la congrégation de Saint-Maur; Jean Baratte, chanoine, auteur d’une histoire de l’église de Sées; Claude du Moulinet, savant, plus connu sous le nom de l'abbé des Thuileries; et F.-R. Curaudau, chimiste, auquel l’industrie est redevable de plusieurs perfectionnements. Hugues Guérin, dit Fléchelles, que le sobriquet de Gautier Garguille a rendu fameux au théâtre, naquit également à Sées, au commencement du XVIIe siècle (1618). Ajoutons que l’un des savants les plus distingués qui accompagnèrent Bonaparte en Égypte, Conté, vit le jour au village de Saint-Lénery, près Sées ; et que le compositeur de musique Lesueur fut, dès l’âge de seize ans, attaché comme maître de chapelle à la cathédrale de cette ville.
Quant à la ville d’Exmes, elle est agréablement bâtie sur la rive droite et à peu de dislance des sources de la Dive. Cette ancienne capitale de l’Hiémois fut administrée au moyen âge par des vicomtes dont les noms ont peu marqué dans l’histoire du duché. Avant la Révolution, c’était le chef-lieu d’un archidiaconné,
d’une sergenterie, d’un bailliage particulier, et d’un grenier à sel. De nos jours, elle a été classée au nombre des chefs-lieux de canton de l’arrondissement d'Argentan  ; on y compte de 750 à 800 habitants. La décadence de la ville d’Exmes paraît dater de l’incendie qui la détruisit en grande partie, lorsqu’elle fut prise par les Angevins, après la mort de son bienfaiteur Henri Ier. Dès le règne de Philippe-Auguste, ses habitants s'affligeaient de la voir déchue de son importance
Oximiique sitos sterili se colle gementes,
dit Guillaume le Breton dans sa Philippide. Quelle ne serait pas leur affliction s’ils la voyaient aujourd’hui, simple bourgade ouverte à tout venant, sans fortifications et sans château, comme sans importance civile et militaire ? Exmes peut se consoler en montrant aux étrangers d’antiques vestiges de sa première existence. M. A. Le Prévost nous apprend que, près des ruines romaines fort étendues, qu’on distingue au bas du coteau sur lequel cette petite ville est bâtie, on a découvert une voie romaine très-caractérisée, qui, d’un côté, conduisait au chef- lieu des Viducasses, et de l’autre côté, se prolongeait probablement vers Lorient.

Bibliographie : Chroniques de Fontenelle. — Roman du Rou. — Orderic Vital. — Froissart. — Chronique de la Pucelle. — L'Antiquaire et Alençon. — Histoire du maréchal de Matignon, par Caillière. — Histoire de la ville et des seigneurs d’Alençon, par Odolant Desnos. — Floquet, Histoire du Parlement de Normandie. — Notes et manuscrits de l’auteur. César. — D’Anville. — Guillaume de Jumièges. — Gallia Christiana. — L'abbé Béziers. — Masseville. — L'abbé Trigan, Histoire ecclésiastique de la province de Normandie. — L’abbé Esnault, Dissertations préliminaires sur l’histoire civile et ecclésiastique de Sais ( Séez). — Nouvelles recherches de la France, t. II — La Martinière, Dictionnaire géographique. — Du Carel, Norman antiquities. — Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, t. IV.  — A. Le Prévost, Anciennes divisions territoriales de la Normandie.





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