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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de La Bretagne de JJ Potel - reproduction © Norbert Pousseur

Bourg de Batz en Loire inférieure

 

L'église du Bourg de Batz - reproduction © Norbert Pousseur
Léglise du Bourg de Batz, gravure vers 1840 de Jérôme Jean Potel

 

Texte et gravure
extraits de l'ouvrage "La Bretagne de Jérôme Jean Potel - édition 1844

Édouard Richer, dont les lettres et l’amitié déplorent encore la perte, s’exprimait ainsi sur le bourg de Batz dans son Voyage pittoresque dans la Loire-Inférieure :

« Après les dunes d’Escoublac, nous n’avons rien à voir dans celles qui séparent le Croisic de Batz : les sommets moins prononcés de ces collines ne décrivent, autour de l’horizon, que des lignes à peu près droites, au-delà desquelles s’étend la surface plane de la mer. Le clocher de Batz est le seul point qui repose l’œil sur cet espace désert. Quelquefois, par le vent du sud-ouest, les premières vapeurs qui s’élèvent de l’Océan, viennent se grouper devant vous sur cette aiguille, et l’on dirait un rocher couronné d’un chapiteau de nuages. De la brume et des sables, tel est le tableau qu’on découvre. Les rayons du jour tremblent encore sur l’onde à demi-éclairée, tandis que le brouillard, qui se replie le long de la côte, cache en tournant la pointe du Croisic. On arrive enfin au bourg de Batz, qu’on peut appeler la capitale des salines, comme Saint-Joachim celle de la Bryère.
» L’objet le plus curieux du bourg de Batz est, sans contredit, l’église, toute construite en pierres de taille, et dont le clocher carré, haut de 57 mètres et terminé par une coupole élégante, sert, comme celui du Croisic, de point de remarque aux marins. Cette église est ornée aussi d’un buffet d’orgues. Depuis Montoire, les églises de ces cantons sont beaucoup mieux bâties, plus ornées que toutes celles des rives de la Loire et de l’Erdre. On doit en attribuer la cause à ce que ces communes étaient peuplées autrefois de marins. Des vœux, formés à l'instant du danger et qu’il fallait acquitter au retour, la reconnaissance si naturelle après un heureux voyage, le désir de laisser un souvenir de soi dans sa patrie, mille sentiments qui prennent leur source dans le cœur humain, et dont l’exil ou le péril nous découvre l’existence, tournaient au profit de l’église paroissiale, qui s’enrichissait ainsi de ce que la crainte avait conseillé, ou de ce que le regret avait promis.
» A côté, on voit les murs de Notre-Dame, dont les ogives sont conservées entières. Je ne sais de quelle année date ce monument, à moins que ce ne soit les restes de l’ancien prieuré de Batz, fondé en 945 par Alain Barbe-Torte, alors duc de Bretagne. Ce prince avait donné le prieuré de Notre-Dame à l’abbaye de Landevenec, dans le diocèse de Quimper. L’église actuelle fut construite dans l’année 1656. Elle coûta, dit-on, douze mille francs à bâtir. Voilà tout ce que dit la tradition de ce bourg, plus intéressant à considérer dans son actuel qu’à étudier sous le rapport historique. Ogée, cependant, rapporte qu’en 1739 on trouva dans une carrière voisine les ossements d’un homme de 2 mètres 67 centimètres de haut. Ce fait aurait besoin d’être étayé de preuves.
» Avant la Révolution, le Croisic n’était qu’une trêve de Batz : le roi était seul seigneur de cette paroisse, qui ressortissait au siège royal de Guérande. Le nom de Batz, qui signifie en celtique lieu submergé, vient, sans doute, de l’époque où la mer a commencé à abandonner les alluvions voisines converties aujourd’hui en salines.
» Nous voici au milieu de celte population de paludiers qui, tous les jours, exposés à l’ardeur du soleil dans un pays sans ombre, ne dément cependant point, par la beauté de sa carnation, l’origine saxonne. Les femmes surtout y sont remarquables par. la blancheur de leur teint et des formes qui annoncent la constitution la plus robuste.
« Leurs maisons ne sont plus, comme à la Turbale et quelques villages voisins de la côte septentrionale, couvertes de ce chaume qui annonce toujours un peu l’indigence. Ce ne sont point non plus ces cahutes obscures des communes septentrionales du département; les maisons sont ici bâties en granit, couvertes en ardoises et toujours garnies de fenêtres hautes. L’intérieur en est décoré avec soin : les lits sont formés d’abord de quelques fagots de sarments, sur lesquels on étend de la paille; quand l’échafaudage a atteint une élévation de 1 mètre et demi à 2 mètres, on y ajoute une ample paillasse, puis un épais lit de plumes; le chevet est garni d’un traversin et de deux ou trois oreillers; chez les riches, ces oreillers sont couverts de velours.
» Le costume est plus remarquable encore que l'ameublement : il est même tellement particulier aux habitants de Batz, qu’il ne se retrouve sur aucun point de la France. Ce costume se transmet de père en fils, sans se permettre d’y rien innover. Ce n’est pas ici comme dans la plupart des bourgs du continent, où un léger changement de forme ou de couleur suffit pour opérer dans ce genre une mode nouvelle.
» Les hommes portent des culottes courtes, larges et plissées; ils ont plusieurs gilets disposés par étages, en sorte que le bord de chacun d'eux, d’une couleur différente des autres, tranche sur ceux-là. Ils y ajoutent une chemise à rabat, un chapeau à l’espagnol. Dans les grandes cérémonies, ils se couvrent d’un petit manteau brun ou noir.
» Les femmes cachent les tresses de leurs cheveux sous une coiffe à fond étroit et plissé, dont les pans, attachés sous le menton, flottent sur les épaules ou retombent sur la poitrine. Un cordon plat, appelé séraut, sépare et tresse les cheveux sur le front. Un corset, qui s’élève jusqu’au menton, leur sert la poitrine : ce corset se lace avec un ruban broché d’or ou des galons croisés à quatre ou cinq rangs. Les enfants, qui ne peuvent atteindre ce luxe, réservent pour le corset la partie des pièces de drap où se trouve le nom de fabrique. Les manches, ordinairement amples, sont rouges ou violettes. Le jupon, violet ou noir, est bordé de velours ; la taille est serrée avec une ceinture de trois ou quatre doigts de largeur, qui se nomme la livrée, et qui, comme le lacet, est un ruban de soie à fleur d’or ou d'argent. Enfin, un collet à dentelle, un fichu plissé, des bas rouges à fourchettes de couleur, complètent cet habillement. »

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