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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de La Bretagne de JJ Potel - reproduction © Norbert Pousseur

Le calvaire de Saint-Yvi vers 1840

 

Cimetière de St Ivy - reproduction © Norbert Pousseur
Le calvaire de Saint-Yvi, gravure vers 1840 de Jérôme Jean Potel

 

Texte et gravure du calvaire de St Yvi, orthographié Ivy dans quelques anciens textes, tels celui-ci,
extraits de l'ouvrage "La Bretagne de Jérôme Jean Potel - édition 1844

Un calvaire plus ou moins en ruine, une chapelle surmontée d’un élégant clocher, des plantes rampantes et surtout des ronces dans les vieux murs et sur les marches du calvaire, un ossuaire en forme de chapelle, quelques têtes de morts dans des niches et souvent des parents agenouillés sur les tombes de ceux qui leur étaient chers; voilà tous les cimetières de Bretagne : celui de Saint-Ivy, que l’on trouve sur la route de Rosporden à Quimper, n’a rien de plus. Si nous l’avons choisi pour ce recueil, de préférence à bien d’autres, c’est uniquement à cause de l’harmonie de son ensemble.
Il y a vingt ans, personne ne mettait le pied dans les cimetières de notre province : ni leurs ifs verdoyants, ni leur silence si plein de recueillement, ni la poésie qu’on y respire, n’attiraient les étrangers. Quelques fois un jeune écolier, à l’âme exubérante, venait s’asseoir sous l’ombrage funéraire de leurs grands arbres, pour lire Baour-Lormian, les nuits d’Young, Bernardin de Saint-Pierre, ou la Nouvelle-Héloïse ; quelquefois encore, l’un des professeurs de nos collèges venait y chercher des inspirations et méditer sur la ballade ou le chant d’amour qui, plus tard, devait faire les délices de sa société. Les enfants du village y venaient aussi, les uns, pour jouer plus tranquillement aux osselets ; les autres, plus âgés, pour se promettre une éternelle affection. Mais alors point de visiteurs bruyants, point d’archéologues, de phrénologues ou d’artistes qui parussent y prendre garde.

Les tombes extérieures de nos cimetières sont en général moins curieuses, moins bien conservées que les tombes de l’intérieur des chapelles : leurs pierres sont usées, le temps a effacé souvent bien des inscriptions que l’on croyait avoir gravées pour l’éternité. Cependant elles renferment de précieux renseignements : quelques champs privés de signes religieux et n’ayant d'autre caractère historique que les noms qu’ils portent, racontent aussi ça et là les malheurs des guerres de religion. L’on se demande avec inquiétude en écoutant les traditions qui les concernent, combien de victimes ont été entassées dans ces charniers humains.

Le caractère anatomique des crânes mérite d’être étudié dans les cinq départements de la Bretagne, mais il ne suffirait pas seul pour distinguer les diverses races qui se sont superposées les unes aux autres dans l’ancienne Armorique. Il y a cependant, entre les facultés qui leur sont spéciales, des différences bien tranchées. Dans toute la partie que les Bretonnants appellent Gauloise et qui parle ce qu’ils nomment le gallec ou gaëlic, c’est-à-dire le français, les têtes sont rondes, les fronts larges et droits, l’angle facial est très développé, on trouve beaucoup de métaphysiciens, de philosophes, de grammairiens, d’érudits. Les Bretons-Bretonnants sont mieux partagés sous le rapport de l’imagination et des facultés qui permettent de cultiver avec succès les beaux-arts. La partie inférieure du frontal est aussi plus développée; les faits, du reste, confirment cet aperçu. L’une et l’autre race ont produit de vaillants guerriers, mais comment s’en étonner, lorsque l’on a étudié notre presqu’île, et, par suite, les rudes initiations qui précèdent la virilité dans cette partie âpre et sauvage de la France ?

Rien n’égale le respect des Bretons pour les cimetières et les reliquaires, ils ont une foule de ballades, dans lesquelles il est question de punitions exemplaires, qui ont vengé les morts outragés par la profanation des tombeaux. L’on nous permettra d’en citer une, conservée à Rosporden, gros bourg, dont Saint-Ivy est peu éloigné. Nous l’avons empruntée à l’intéressant ouvrage de M. Th. de la Villemarqué.

LE CARNAVAL DE ROSPORDEN.
« Le vingt-septième jour du mois de février de l'année mil quatre cent quatre-vingt-six, pendant les jours gras, est arrivé un grand malheur dans la ville de Rosporden. — Ecoutez chrétiens !
» Trois jeunes débauchés étaient en une hôtellerie ; le vin qu'ils buvaient à plein pot faisait bouillir leur sang ; quand ils eurent assez bu et assez rempli leur panse : — Habillons-nous de peaux de bâte et allons courir !
» L'un de ces trois garçons, le plus chétif, voyant ses camarades s'éloigner, s'en alla droit au cimetière, et plaça sur sa tête,  sur sa tête, une tâte de mort ! C'était horrible à voir !
» Et dans les trous des dent yeux, il mit deux lumières et s'élança comme on démon à travers les rues ; les enfants tout effrayés fuyaient devant lui, et les hommes raisonnables eux-mêmes, s'éloignaient à son approche.
» Ils avaient fait leur tour sans se rencontrer, quand ils arrivèrent tous trois ensemble, dans un coin de cette ville.
» Et eux, alors de hurler, et de bondir, et de railler tous trois. — Seigneur Dieu ! où es-tu ? Viens t'ébattre avec nous !
» Dieu,» fatigué de les voir, frappa un grand coup qui fît trembler toutes les maisons de la ville ; tous les habitants se recueillirent dans leur cœur, croyant que la fin du monde était venue.
» Le plus jeune, avant de regagner sa demeure, revint porter la tête de mort au cimetière, et lui dit en s’en allant :
» — Viens donc chez moi, tête de mort ; viens-t'en demain souper.
» Alors il prit le chemin de sa maison ; il se jeta sur son lit pour se reposer, et dormit toute la nuit ; le lendemain matin en se levant, il s'en alla travailler, sans plus songer à la veille et à la fête.
» Il saisit sa fourche, et s’en alla travailler en chantant à tue-tête, en chantant sans souci.
» Comme tout le monde soupait, vers l’heure où la nuit s'ouvre, on entendit quelqu'un qui frappait  à la porte. Le valet se leva aussitôt pour ouvrir ; il fut si épouvanté, qu’il tomba à la renverse.
» Deux autres personnes s'élancèrent à l’instant pour le relever ; elles furent si troublées, qu’elles moururent subitement.
» Le mort s’avançait lentement jusqu’au milieu de la maison. — Me voici venu souper, souper avec toi. Allons donc, cher ami, ce n’est pas loin d’ici ; allons nous asseoir ensemble à ma table, elle est dressée dans ma tombe.
» Hélas ! il n’avait pas fini de parler, que le jeune homme éperdu jetait un cri épouvantable ; il n’avait pas achevé, pas achevé, que la tête du malheureux frappait violemment à terre et s’y brisait. »

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