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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de L'Univers de Jules Janin - reproduction © Norbert Pousseur

Le Kremlin à Moscou vers 1840

 

Le Kremlin de Moscou - reproduction © Norbert Pousseur
Le Kremlin depuis la Moskova, gravure de H. Herzer vers 1840

 

Texte et gravure
extraits de l'ouvrage "L'Univers - collection des vues les plus pittoresques du globe" de Jules Janin - édition ~1840

Le Kremlin est un polygone régulier, entouré de hautes et formidables murailles crénelées et flanquées de tours. Cette masse imposante rappelle toute la sévérité du style gothique. Derrière ses remparts est retranché le palais des tzars, demeure à la fois antique et moderne des Romanoff et des Rurik. Là aussi a passé Pierre-le-Grand ; mais quand il eut quitté le vieux palais pour la ville qu’il avait créée, le palais tomba en ruines. Paul Ier le fit rebâtir.
Le Kremlin renferme plusieurs demeures impériales : le palais impérial, plus vaste que le palais des tzars, construit sous le règne de l’impératrice Élisabeth ; le palais des Menus-Plaisirs, élevé par le tzar Alexis Mikhaïlowitch ; le palais d'hiver, construit sous le règne de Catherine ; l’arsenal, construction de Pierre-le-Grand, dans lequel est renfermé le trésor du Kremlin ; le palais du Patriarche, qui contient la bibliothèque. Le Kremlin renferme en outre trois basiliques : l'église de l’Assomption, où sont couronnés les souverains de la Russie ; l’église de l'archange Michel, qui leur servait autrefois de sépulture ; l’église du Sauveur, fondée en 1330, sans compter plusieurs chapelles au dôme doré. Au milieu de ces trois cathédrales s’élève seul le clocher d’Iwan Vélikoï, dominant la ville de toute sa hauteur. Autrefois le Kremlin était entouré de vastes fossés ; ces fossés sont maintenant d’élégants jardins anglais sur lesquels ces vastes tours jettent leur ombre protectrice et pittoresque.

On entre dans le Kremlin par cinq portes. En passant par la porte Ipashoï, tout homme se découvre et s'incline : ces lieux sont tout remplis de souvenirs historiques. Derrière ces remparts les Moscovites ont bravé plus d’une fois les Tatares vainqueurs; derrière ces murailles la Russie bouleversée rêva enfin un temps meilleur. C’est au Kremlin que Dmitri Donskoï déploya son drapeau noir eu marchant contre Mamaï, et qu’lwan Vassiliéwitch foula aux pieds l’image du khan à laquelle il devait hommage ; c’est au Kremlin qu’Ivan-le-Terrible aperçut les ombres de ses ancêtres, qui désormais lui défendaient l’entrée des remparts ; c’est par la porte vénérée d'Ipaskoï que Vassali Schoniski arriva jusqu’au faux Dmitri ; sur le parvis de l’église de l’Assomption au Kremlin, le jeune tzar Michel, courbant la tête sous le poids de la couronne, se prit à pleurer sur cette nouvelle grandeur qui faisait l’espoir et la joie de la Russie.

Quand l’empereur Napoléon fut entré à Moscou, son premier soin fut de s’emparer du Kremlin, comme s’il eût touché au cœur l’empire russe. C’est de là que le vainqueur de Moscou vit arriver peu à peu l’incendie qui devait le chasser de sa conquête, comme le vent chasse la paille ; et quand enfin les flammes l’eurent atteint dans cette vaste demeure impériale, forcé de redescendre le grand escalier taché encore du sang des strélitz, il comprit qu’il descendait en même temps du haut de sa grandeur.
Bien plus, l’empereur tenait si fort à sa conquête, qu’à peine sorti du Kremlin une première fois, il y voulut rentrer ; il ne pouvait se résoudre à abandonner ainsi cette citadelle royale qu’il était venu chercher de si loin et qui lui servit à donner une date aux règlements du Théâtre-Français : — Donné à Moscou, de notre château impérial du Kremlin, etc. Vanité de la gloire humaine ! Et quand enfin il comprit que sa victoire lui échappait et qu’il fallait renoncer à cette fatale victoire où son aigle était blessé à mort, il demanda encore au Kremlin un monument authentique de sa conquête : il fit déraciner, au sommet de cette voûte en pierre, la croix du grand Iwan, dont il voulait charger le dôme impérial des Invalides à Paris.
Mais la croix du grand lwan , fidèle à la Russie qui la regarde comme une sauvegarde, ne voulut pas suivre l’empereur Napoléon, et elle remonta bientôt sur son dôme de pierre, d’où elle protège encore la ville de Moscou, le tombeau de la grande armée.

Avant de quitter à jamais cette ville fatale, le maréchal Mortier, comme pour lutter d’énergie avec les Russes, fit sauter le Kremlin. Quand le Kremlin sauta, ce fut à dix lieues de distance comme un tremblement de terre. L'empereur écrivit à la ville de Paris : « Le Kremlin, arsenal, magasins, tout est détruit ; cette ancienne citadelle, qui datait des commencements de la monarchie, ce premier palais des tzars, ont été ; désormais Moscou n’est plus qu’un amas de décombres. »

— Mais Moscou devait renaître de ses cendres, mais le Kremlin devait sortir de sa ruine ; seul l’empereur Napoléon, le maître éphémère de Moscou, ne devait se relever que plus tard, après sa mort.

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