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Les villes à travers les documents anciens

Saint Geoire dans l'Isère au 19ème siècle

 

Saint Geoire dans l'Isère vers 1830 - gravure de Victor Cassien, reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Saint Geoire dans l'Isère vers 1830, gravure de Victor Cassien
in l'Album du Dauphiné - Cassien et Debelle - 1835
collection personnelle

Voir aussi la page sur le département de l'Isère en 1880

Album du Dauphiné par Cassien et Debelle - 1835, Collection personnelle

St Geoire

Entre Voiron et le Pont-de-Beauvoisin, et au centre de la jolie vallée de Peynans, se trouve situé le bourg de Saint-Geoire.
Il faisait autrefois partie de la baronnie de Clermont, qui fut érigée en comté en 1547, et dont le seigneur prenait les titres de premier baron, connétable et grand-maître héréditaire de Dauphiné. Saint-Geoire est aujourd’hui chef-lieu de canton, et appartient à l’arrondissement de la Tour-du-Pin.

Vu des coteaux qui bornent la vallée au midi, il offre l’aspect le plus riant et le plus pittoresque. Il se présente encore très bien au voyageur, qui, arrivant du coté de Voiron, le voit tout-à-coup apparaître de l’autre côté d'une verte prairie arrosée par un ruisseau qui s’y précipite en cascade, et dont le cours, devenu plus tranquille, est ombragé par des noyers et des peupliers d’Italie.

Le château et l’église attirent aussitôt les regards ; l’un avec ses gothiques croisées et son toit démesuré, l’autre avec son clocher dont le fer blanc étincelle aux rayons du soleil.
Dans le fond, les montagnes de la Savoie présentent leurs noires couronnes de sapins et leurs blanches crêtes de rochers qui se perdent parfois dans les vapeurs bleuâtres du matin, mais qui se rapprochent ensuite dans la journée et surtout le soir, quand elles se colorent des dernières teintes du crépuscule.

On trouve en Dauphiné grand nombre de sites qui étonnent par le grandiose ou la singularité de leur aspect, mais on ne voit rien de plus simple, de plus tranquille et de plus gracieux à la fois, que ce frais paysage.
Malheureusement, la première et favorable impression ne tarde pas à se dissiper, car on arrive dans une rue étroite, fort inclinée, bordée de maisons mal alignées et couverte de cailloux amenés par les pluies, qui, jusqu’à présent, ont pourvu seules au pavage de Saint-Geoire, et qui paraissent devoir en conserver longtemps le privilège. Le bourg est d’ailleurs peu considérable ; les quatre cinquièmes de la population de la commune habitent des hameaux éparpillés tout autour, sur le flanc des coteaux ou dans les petits vallons qu’on rencontre à chaque pas sur ce sol doucement accidenté.

Sous le rapport historique, Saint-Geoire n’a jamais occupé l’attention publique ; il n’en est même pas question aux temps des guerres de religion. Humble bourgade oubliée au milieu des bois et des marais, elle échappa vraisemblablement aux dévastations que catholiques et protestants promenèrent tour à tour dans la province.

Cependant, l’existence de ce pays n’aurait pas toujours été aussi paisible, s’il fallait en croire une tradition qui a conservé le vague souvenir d’une ancienne catastrophe dont elle ne rappelle au reste aucune circonstance. Elle se borne à dire qu’à côté du bourg actuel, il y en avait un autre plus considérable, sans donner la moindre indication sur l’époque et les causes de sa destruction.
Toute tradition à part, ce pays est habité depuis fort longtemps ; il en existe d’irrécusables témoins. Dans les environs, on a trouvé une quantité considérable de médailles romaines. A l’endroit appelé Cabarot, on a vu et on voit encore des restes de fort anciennes constructions.

Plusieurs monastères s’élevaient autrefois autour de Saint-Geoire, mais leurs derniers vestiges sont effacés.
Le propriétaire d’un champ sur lequel était jadis l’une de ces retraites religieuses voulut, il y a vingt-cinq ou trente ans, en faire miner quelques parties qu’il croyait rocailleuses, et sans s’en douter il rencontra la sépulture des moines. C’étaient des cellules en maçonnerie contenant des squelettes entiers.
Maintenant, ce champ, que la charrue et la herse parcourent sans obstacles, s’appelle encore l’Abbaye ; ce nom, qui n’a pas une pierre où se poser, pas un débris qui en révèle l’origine, est la seule chose qu’on n’ait pas eu intérêt à détruire, et c’est tout ce qu’on a laissé subsister.

Non loin de là, et à une époque antérieure, on avait découvert plusieurs cercueils assez remarquables. L’un d’eux a été conservé par un des principaux habitants de Saint-Geoire, qui lui a donné asile dans son jardin.
C'est un bloc de tuf, long de sept pieds environ, dans lequel est ménagé un vide de six pieds en longueur, sur une largeur et une profondeur proportionnées. La largeur, moins grande à l’une des extrémités, indique la position du corps dans cette dernière et étroite demeure. Le couvercle, qui n’existe plus, était formé de sept ou huit pièces de la même pierre ; mais il pouvait avoir été brisé, car, au lieu des restes d’un seul individu, on a trouvé dans ce cercueil un amas confus d’ossements de toute taille, ayant appartenu à plusieurs êtres humains : ce qui prouve que le sol où se trouvaient ces tombes avait déjà été fouillé, et que déjà une fois on avait violé ces sépulcres.

Mais c’est assez s’occuper de ce qui n’existe plus ; il faut parler de ce qui est encore debout, et d’abord du château, sous la protection duquel le bourg est placé.
Il est situé sur un plateau assez élevé et environné de murs, qui le mettaient peut-être à l'abri d'un coup de main, mais qui ne l'auraient jamais protégé contre une attaque un peu sérieuse.
Ce château, à en juger par les ornements assez rares qui s'y rencontrent, Il ne paraît pas remonter au-delà du XVe siècle ; encore paraît-il moins ancien, grâce à l'ignoble badigeon à l'aide duquel on a voulu rajeunir ses murailles lézardées.

L'église de Saint-Geoire, plus belle que ne le sont ordinairement chez nous les églises de village, est vraisemblablement l'œuvre de la famille de Clermont.
Dans un mémoire fait en 1737 par les fabriciens de l'église de Saint-Geoire, on lit un acte de 1650, où il est dit qu’à une époque fort ancienne, et dont la date était déjà oubliée, un Clermont, archevêque de Vienne, avait acheté des dîmes qui étaient dues au chapitre de Saint-Maurice et en avait fait don à la fabrique de Saint-Geoire, pour être employées aux réparations de l’église et à l’entretien d’un prédicateur et d’un maître d’école.
Ces dîmes, depuis la donation de l’archevêque, étaient mises en ferme, et dans le mémoire on fait mention d’un bail de 1372 et d’un compte rendu en 1377 par les ouvriers de la fabrique, de l’emploi de 252 florins d’or reçus par eux des fermiers des dîmes.
Le seul Clermont qui ait occupé avant ce temps le siège de Vienne est Guillaume, lequel vivait en 1116. C'est donc ce prélat qui a fait la fondation dont il a été parlé, et il en résulte qu’au XIIe siècle l’église de Saint-Geoire était déjà debout.

Le chœur seul appartient à ces temps reculés ; la nef et les bas-côtés sont d’une époque postérieure. Le portail, d’un travail gothique remarquable, est aussi plus ancien que les murs au milieu desquels il est enchâssé, sauf l'ornement triangulaire du sommet qui est un appendice plus récent ; c’est une espèce de petit fronton où l’on a représenté la résurrection. Le style de ce bas-relief, et surtout des ornements qui l’entourent, indique la transition du gothique à la renaissance. Ce portail a éprouvé de nombreuses mutilations. La statue du prélat bienfaiteur de l’église existait autrefois au-dessus de la petite rosace du milieu, car on voit aujourd’hui encore une tête mitrée qui est restée comme suspendue au sommet du grand triangle.
L’intérieur a eu aussi beaucoup à souffrir. Un mausolée gothique a fait place, dans le chœur, à une fenêtre, sur l’ordre d’un curé qui ne comprenait pas la religieuse poésie qui réside sous de sombres arceaux ; peu d’années après, la révolution fit abattre les clés armoriées de la voûte, et avec elles tombèrent de gracieux ornements ; il y a vingt ans, l’église, frappée de la foudre, perdit ses vitraux, dont il ne reste plus que d’insignifiants débris.
Les stalles méritent d’être remarquées pour leurs sculptures faciles et pleines d’une verve bouffonne. Ce sont des médaillons bizarres, de grotesques mascarons, dont l’ensemble forme une collection de grimaces dignes du joyeux conclave décrit par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris.
Comme dans la plupart des édifices du moyen âge, on peut reconnaître que ce n’est pas toujours une inspiration simplement burlesque qui a conduit le ciseau de l’artiste. L’épigramme mordante et l’idée philosophique apparaissent parfois au milieu de ces fantasques créations. Ici, c’est un grotesque, à l’expression stupide, et affublé d’un capuchon au travers duquel percent des oreilles d’âne ; là, c’est un ange tenant un écusson, mais en face de cet emblème de grandeur,

On distingue encore au milieu du bourg de Saint-Geoire de vastes bâtiments disposés en fer à cheval et flanqués de tours. C’était un monastère de femmes qui prenait le titre d’abbaye royale de Saint-André, et qu’une ordonnance royale de 1730 réunit à l'abbaye de Notre-Dame des Colonnes de Vienne.

Anciennement, Saint-Geoire n’a pas produit d’illustrations ; cependant, les historiens dauphinois citent deux de ses habitants, Pierre èt Claude Pascal, qui tous les deux s’étaient voués au culte des lettres. Le premier a laissé des harangues, des épîtres latines, un discours au sénat de Venise, un éloge de Henri II et un commencement d’histoire de France. Le second a fait des vers français, et ses rondeaux, dit Guy-Allard, ont été trouvés admirables. Il est vraisemblable qu’aujourd’hui les poésies de Claude Pascal n’auraient pas le même succès.

Depuis la révolution, il est sorti de ce pays sept ou huit officiers généraux ou supérieurs, qui se sont associés à la gloire militaire de la république ou de l’empire.

 

Geoire (St-) Bourg d'Isère (Dauphiné), arrondissement et à 525 km de la Tour du Pin et à 30 km Bourgoin, chef-lieu de canton. Cure. Bureau de poste de Voiron. Population 4.383 habitants. Terrain tertiaire supéreiur. Forges. Foires mardi après Pâques, et lundi après le 29 août. Marchés tous les mardis. Dictionnaire de toutes les communes de France - 1851 - Augustin Girault de Saint Fargeau - collection personnelle.

Geoire (Saint-) ... Fabrique de sucre indigène. 4.640 habitants (Dictionnaire général de Géographie universelle ancienne et moderne - 1840 - Enery et Hirth - collection personnelle.

... 3723 habitans en 1880 (Nouveau dictionnaire des communes de France - 1882 - collection personnelle.)



 

 

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