Texte extrait du Dictionnaire de toutes les communes de France - éd. 1851 - Augustin Girault de Saint Fargeau
(collection personnelle).
LO (St-), Briovera, Sanctus Laudi, ville ancienne, chef-lieu du département de la Manche (Normandie), du 2e arrondissement et d’un canton Tribunal de 1ère instance et de commerce. Chambre consultative des manufactures, arts et métiers. Collège communal. 2 cures. Gîte d’étape. Bureau de poste. Relais de poste. 8,951 habitants.
Terrain de transition inférieur.
Situation : La partie centrale de la ville est bâtie sur un roc qui domine la rivière de Vire, et jette sept ou huit rues en tous sens, comme les longues pattes d’une araignée faucheuse. Ces rues n’ont rien de régulier, et presque toutes ont une pente plus ou moins rapide. Peu de maisons sont bien bâties. Celles que l’on construit depuis quelques années ne manquent pas d’élégance.
La place du Champ-de-Mars est belle et bien plantée. Les environs de la ville sont très pittoresques et offrent de délicieuses promenades.
Industrie. Avant la révolution, on faisait à St-Lô beaucoup de gros draps pour les congrégations religieuses. On n’a conservé que la fabrique des droguets, sorte d’étoffe de fil et de laine dont s’habillent les paysans et le bas peuple. 2,400 ouvriers s’en occupent à St-Lô et dans les campagnes. Quelques mécaniques filent de la laine. Les droguets s’exportent en partie à la foire de Guibray. Fabriques de rubans de fil, de dentelle, de toile. Tanneries, blanchisseries, teintureries.
Commerce de chevaux propres à la remonte de la cavalerie, dont il y a un dépôt depuis quelques années dans le chef-lieu ; de bestiaux de toute espèce, grains, mercerie, taillanderie, draps, toiles, arbres, etc.
Marché le mardi, le jeudi et le samedi.
Foires les 25 janvier, 28 avril, 22 juillet et septembre, 29 novembre, 3e jeudi de carême et 1er jeudi de septembre (3 jours).
A 62 km Ouest de Caen, 285 km Ouest de Paris. Longitude occidentale, 3° 25' 53" ; latitude, 49" 6' 57".
L’arrondissement de St-Lô est composé de 9 cantons : Canisy, Carentan, Marigny, Percy, St-Clair, St-Jean-de-Daye, St-Lô, Tessy, Thorigny.
Brève histoire de St-Lô
St-Lô n’existait pas au temps des Romains. La route de Bayeux à Coutances en était éloignée d’une lieue. Son ancien nom de Briovère ne signifie pas, comme on l’a dit, pont sur Vire, mais pointe de terre, ou élévation sur une rivière. Ce nom fut changé après la mort de saint Lô, évêque de Coutances, qui en était seigneur. Charlemagne y fit construire une forteresse quand il visita les côtes septentrionales de la France, et fortifia les embouchures des rivières pour garantir le pays contre les incursions des Normands.
A la fin du IX* siècle, les Normands firent le siège de St-Lô. Les retranchements élevés par Charlemagne leur opposèrent une résistance invincible ; mais Rollon, chef des Normands, fit couper un aqueduc qui portait l’eau dans la forteresse, et dans peu de jours la soif fit ce que la force n’avait pu faire ; la garnison capitula, et les ennemis, maîtres de la place, violèrent la capitulation ; ils égorgèrent ceux auxquels ils avaient promis la vie. Les fortifications furent démolies.
Pendant deux siècles après ce désastre, l’histoire ne parle plus de St-Lô. Son château est cité parmi ceux que Henri, comte du Cotentin, fils de Guillaume le Conquérant, fit fortifier en 1090. Geoffroy Plantagenet, comte d’Anjou, l’enleva, en 1141, aux partisans d’Etienne de Blois. En 1203, Philippe Auguste s’en empara. En 1346, St-Lô fut pris par Edouard III. Froissart parle beaucoup de la richesse de la ville à cette époque. Il y avait huit à neuf mille habitants que le commerce avait beaucoup enrichis, et que les Anglais ruinèrent en un instant.
En 1377 et les années suivantes, il se fit dans le Cotentin un grand rassemblement de troupes françaises destinées à réduire les forteresses que le roi de Navarre occupait dans ce pays. St-Lô fut le rendez-vous de ces troupes, et le quartier général de sire Bureau de la Rivière, premier chambellan de Charles V. Le 28 mars 1417, Jean Tesson et Guillaume Carbonnel, capitaine de St-Lô, rendirent le château au duc de Gloucester. Les Anglais conservèrent cette place jusqu’en 1449 ; elle leur fut reprise au mois de septembre par les troupes du connétable de Richemont.
St-Lô jouit alors de la tranquillité ; mais en 1550 les calvinistes y ramenèrent tous les malheurs de la guerre. En 1562, ils s’en emparèrent : et, après avoir pillé et brûlé les églises, les établissements publics et les maisons des particuliers, ils en firent le boulevard de leur parti dans le Cotentin, et commencèrent à en rétablir les fortifications. Les Bretons, sous les ordres du comte d’Etampes, les en chassèrent à la fin de 1562 ; mais, sous prétexte de représailles contre les huguenots, ils firent aussi beaucoup de mal à la ville. Le comte de Montmorency les força à l’abandonner l’année suivante. Peu de temps après, elle fut rendue au roi en conséquence d’un édit de pacification, mais reprise et rendue de nouveau en 1570.
Ie comte de Montgomery, échappé au massacre de la St-Barthélémy, alla en Angleterre solliciter des secours pour les protestants, tandis que le seigneur de Colombière préparait son parti en Normandie. Au commencement de 1574, Montgomery vint descendre dans la presqu’île du Cotentin avec une petite armée, à laquelle se joignirent les protestants du pays. Il se saisit de St-Lô et de Carentan, dont il fit rétablir les fortifications avec beaucoup d’activité et de travail. Le comte de Matignon, chef des catholiques et de la basse Normandie, vint investir St-Lô ; Montgomery en sortit furtivement, et laissa le commandement à Colombière, qui mourut héroïquement sur la brèche. La ville fut prise d’assaut le 10 juin 1574, après un siège de six semaines. Le maréchal de Matignon, peu d’années après, acheta de l’évêque de Coutances la baronnie de St-Lô, qui avait toujours fait partie du revenu de l’évéché. C’est lui qui fit par prévoyance augmenter les fortifications de la ville : la tour que l’on voit dans le jardin de la préfecture, et où sont les archives du département, est le dernier reste des constructions du maréchal.
La ville de St-Lô a changé son nom à l’époque de la révolution pour celui de Rocher de la Liberté.
Les armes de St-Lô sont : de gueules à une licorne passante d’argent ; au chef d’azur chargé de trois fleurs de lis d’or.

La cathédrale de Saint-Lô vers 1860, gravure de L Robock
extraite de La Normandie - William Duckett - 1866
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(collection personnelle).
Les monuments de St-Lô
Les monuments antiques ne sont pas nombreux à St-Lô ; plusieurs cependant sont dignes d’attirer l’attention des voyageurs.
L’église Notre-Dame est une basilique remarquable, surmontée de deux tours d’une grande hauteur. Au côté gauche extérieur on voit une espèce de chaire saillante en pierre d’une assez jolie forme, construite au XVIe siècle. On prétend que cette chaire servait à faire une double prédication aux catholiques et aux protestants, qui se réunissaient autrefois en ce lieu alors planté en jardin, et tout récemment converti en rue, les uns à droite, les autres à gauche. Les vitraux de cette église sont remarquables par la vivacité de leurs couleurs ; ils représentent des figures de saints, d’anges, de patriarches, de rois, etc. Ce fut le roi Louis XI qui les fit peindre et les donna à l’église pour récompenser les habitants de la belle conduite qu’ils avaient tenue en repoussant les Bretons qui ; avaient fait une irruption en Normandie. Le portrait en pied de Louis XI existe encore bien conservé et parfaitement ressemblant sur les | vitraux du nord ; sa physionomie est expressive et caractéristique. Il est vêtu d’une simple robe ; une escarcelle verte pend à sa ceinture ; et la petite calotte violette qu’il portait sous son chaperon couvre entièrement sa tête.
L’église de Ste-Croix est une des plus anciennes du royaume ; elle est de 803. La façade romane de cette église offre une décoration très singulière au-dessus du portail plein cintre à deux archivoltes, la première à zigzag simple avec feuille d’ornement à trois lobes onguiculés dans le triangle externe, l’archivolte rentrante à bâton rompu ou grecque.
L’archivolte supérieure est couronnée d’un gros tore composé de six serpents rampants, trois de chaque côté, la queue de l’un nouée avec la tête du suivant. La queue des deux plus élevés s’entortille en formant une espèce de T sur le sommet de l’arc. Au-dessus, à distance, est le corps d’un gros quadrupède assez informe qu’on peut prendre pour un ours, couché verticalement à plat ventre la tête en bas, lié par le cou d’une chaîne qui descend de chaque côté dans la main d’un homme vêtu d’une sorte de jaquette. Dans la partie supérieure du triangle décrit par les deux chaînes est un chien à courte queue, courant et aboyant après l’ours.
Pendant longtemps l’église Ste-Croix a servi l en commun à l’usage de la paroisse et à celui de l’abbaye qui était contiguë. Cette abbaye de St-Lô eut, au commencement du XIIIe siècle, une église qui a été détruite pendant notre première révolution.
L’église St-Thomas, bâtie de 1624 à 1630, sert aujourd’hui de halle aux grains.
Le musée de la société d’agriculture, d’archéologie et d’histoire naturelle de St-Lô, renferme plusieurs tapisseries en laine représentant des scènes pastorales ; elles proviennent, nous a-t-on dit, du château de l’Aune, appartenant à M. de Plaisance, qui en a fait don à cette société. À l’aide d’un mécanisme ingénieux qui empêche tout frottement nuisible, on les expose et on les dérobe à volonté aux regards des visiteurs.
Biographie.
Patrie du cardinal du Perron.
De l’évêque d’Avranches Boucard.
Du général Houel.
Bibliographie.
La Prinze de la ville de St-Lô, le 10 juin 1574, par M. de Matignon, in-8, 1574.
Prise de la ville de St-Lô, en 1574, sur les huguenots.

La cathédrale de St Lô vers 1850, gravure de F Benoist
gravure extraite de La Normandie Illustrée - F Benoist - 1852
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Collection personnelle
Article extrait du Dictionnaire universel géographique et historique - Thomas Corneille - 1708
(collection personnelle)
SAINT LÔ. Ville de la Basse Normandie dans le Cotentin. Elle est située sur la rivière de Vire, à trois lieues de Thorigny, à six de Coûtantes, et à sept ou huit de Bayeux.
Cette ville bâtie sur une montagne de roche escarpée en précipice, avec un fort Château et des murailles flanquées de bonnes tours, n’a que deux portes, et qu’une avenue plaine, qui est du côté du faubourg l’Abbé. Elle est un titre de Baronnie considérable à Messire Goïon de Matignon, Comte de Thorigny, qui en est Gouverneur particulier, et Lieutenant Généeral de la Basse Normandie.
Il y a à Saint Lô Bailliage, Vicomté, Élection, Maîtrise des Eaux et Forêts, et l’on y bat monnaie marquée de la lettre C. Son Élection comprend cent soixante Paroisses. Il y a aussi un Maire, trois Échevins, une Maison de Ville, quatre Compagnies Bourgeoises, quatre grands faubourgs, un clergé de trente-cinq Prêtres dans ses trois Paroisses, et l’on y compte environ neuf mille personnes, sans y comprendre la garnison du Château.
C’est un lieu franc de Taille et de Gabelle.
Dans le Bourg l’Abbé est une Abbaye de Chanoines Réguliers de Saint Augustin de la Congrégation de Sainte Geneviève, dont trois religieux desservent les trois cures de la ville. Le chœur de l’Abaye est grand, le Réfectoire est orné de belle menuiserie, et la Salle des Hôtes est vaste et propre. Notre-Dame est dans l’enceinte de la ville. Saint Thomas est au pied d’une de ses portes, et la Paroisse de Sainte Croix est la Nef de l’église de l’Abbaye. La Paroisse de Saint Georges est à l’extrémité d’un faubourg où l’on trouve un joli Couvent de Pénitents, et des Sœurs-Grises, dites de la Propagation de la Foi, comme à Bayeux.
L’église Paroissiale de Notre-Dame est très bien bâtie, belle et ornée. Elle a douze piliers de chaque côté dans sa longueur. Un rang de Chapelles et un corridor règnent tout autour du Chœur et de la Nef. Les trois portes de son grand Portail sont embellies de figures, accompagnées de deux tours, qui portent deux belles et hautes pyramides de pierres ouvragées et à jour, et ouvertes en forme de roses.
L’on fait à Saint Lô un grand commerce de serges à deux envers. Son Marché du Jeudi, et ses Foires à la Saint Gilles, à la Magdelaine et à la Saint Mathieu, font fort valoir ce commerce. Il y a aux environs des terres de labour et des carrières d’ardoises. * Mémoires dressées sur les lieux en 1702.
Cette ville de Saint Loa pris son nom de S. Lo, cinquième évêque de Coutances, qui fut sacré en 524 par Saint Godard, Archevêque de Rouen. Ce n’était anciennement qu’un Château appartenant au père de ce saint Prélat, qui le donna à l’église de Coutances, dont son fils avait la conduite, avec les Terres qui en dépendaient. Comme ce château était dans l’étendue de l’évêché de Bayeux, on voulut le mettre de la dépendance de celui de Coutances, et il y eut pour cela un échange fait avec l’évêque de Bayeux, à qui l’on donna plusieurs paroisses dans le Cotentin. Les Successeurs de ce Saint à l’évêché de Coutances ont bien fait fortifier Saint Lô, dont ils se sont qualifiés fort longtemps évêques.
Cette ville est encore remarquable par l’Abbaye de Saint Lô, que Charlemagne y fonda en Collégiale l’an 805. Le relâchement des ecclésiastiques fut causé qu’en 1142. Algar, évêque de Coutances, y établit des Chanoines Réguliers de Saint Augustin. L’an 889 les Normands prirent la ville et la ruinèrent, et Algeronde, évêque de Coutances, fut tué. Un furieux tremblement de terre l’ébranla toute en 1161 et Edouard, Roy d’Angleterre, conduit par Geosfroy de Harcourt, l’ayant prise en 1346 l’abandonna au pillage. Le Maréchal de Matignon la reprit sur les Religionnaires en l’an 1574.
Son nom Latin est présentement Sanctus Laudus, anciennement Brioveris ou Brovera. M. le Valois dans son Livre intitulé Notitia Galliariun en parle en ces termes.
Briovera dicta est quasi Bria Verae, hoc est Pons Verae, quia Pontem hababiat Verae slumini (Briovera était appelée
« quasi Bria Verae », c'est-à-dire « le pont de Vera », car on y trouvait le pont qui enjambait le ruisseau de Vera.)
Vandome, conseiller au présidial de Coutances.
Manuscrits géographiques

St Lô et son pont vers 1830, gravure de Buttura
Extraite de La France pittoresque - Abel Hugo - 1835 - Zoomable en fin de page
Collection personnelle
Extraits de l'article sur St Lô du Dictionnaire universel de la France - Claude Marin Saugrain - 1726
Ccollection personnelle.
S. LO, Sanctus Laudus, ou San-Laudum, Ville Baronnie, dans la Normandie, Diocèse de Coutances, Parlement de Rouen, Intendance de Caen, Chef-Lieu d’une Élection, a 5828 habitants. Cette ville est située sur la rivière de Vire, à cinq lieues de Coutances, et à quatre du grand Vé, sur les limites du Diocèse de Bayeux
.../...
Un Couvent de Nouvelles Catholiques, nommé de la Propagation ; l’église et la maison sont assez belles. Ce Couvent est de fondation Royale ; les Religieuses prennent des Pensionnaires leur établissement a été causé par le grand nombre de familles de la Religion Prétendue Réformée qu’il y avait autrefois. Outre ces Maisons Religieuses, il y a encore une petite Communauté de Filles, régie par une Damoiselle ; On l’appelle le petit Couvent ; elles prennent des Pensionnaires, et instruisent les jeunes filles ; elles ont une Chapelle assez propre, qui leur sert d’église. Il y a un Hôtel-Dieu dirigé par des Prêtres pour le spirituel, et par des Dames de Charité pour le temporel ; on y a fondé douze lits : et dans la même maison un Hôpital général pour les enfants des pauvres, qu’on fait instruire et travailler.
.../...
S. Lo a un assez beau pont à l’entrée du faubourg, sur la Vire ; l’on y pêche de très bons Saumons. Il y a dans cette ville un College où l’on enseigne les Humanités et la Philosophie. L’on trouve assez de Noblesse, dont plusieurs sont riches et possèdent de belles Terres aux environs.
Le terrain de ce pays est bon, et consiste en belles prairies, terres labourables, bois taillis, jardins à pommiers, dont le cidre est excellent ; le bois y est à bon marché à cause du voisinage de la Forêt de Cerisi, qui n’en est qu’à deux lieues.
L’on fait dans cette ville et aux environs, une grande quantité de serges et de raz, qui en prennent le nom ; l’on en fourni les foires de Caen et de Guibray, et on en porte une grande quantité à Paris, ou elles sont fort estimées. Cette ville n’est pas moins connue aussi pour la grande quantité d’empeignes (pièce de cuir) de souliers que l’on y fait ; elles sont connues sous le nom de Vaches de S. Lo.
On y engraisse aussi beaucoup de volaille, particulièrement dans la campagne. Il y a trois jours de marché et plusieurs belles foires.
Cette ville est encore Chef-lieu d’un Doyenné, qui est le second de l’Archidiaconé du Val de Vire ; il comprend vingt-sept Paroisses, dont quatre sont dans la ville, les autres sont, S. Ouen de Baudre, Mesnil Rousselin, Agneaux, Mesnil Durand, S. Gille, Canisi, Quilbou, Gourfaleur, S. Ebremond, S. Martin de Bonsoffé, Soulle Archiprêtrise, la Marcelière, S. Rompsure, S. Sanson, le Mesnil-Herman, le Mesnil-Roux, le Mesnil-au-Parc, Tregost, Festruche, Moion et Tessy.
Extraits de l'article sur St Lô du Dictionnaire universel de la France - Robert de Hesseln - 1771
Ccollection personnelle.
SAINT-LO, petite ville et baronnie du Cotentin, dans la basse Normandie, près de la rive droite de la Vire, à 5 lieues au levant de Coutances, et à 4 du grand Vé, sur les limites du diocèse de Bayeux ; diocèse de Coutances, parlement de Rouen, intendance de Caen, chef-lieu d’une élection, siège d’un bailliage et d’une vicomté qui ressortissent au bailliage de Coutances, et chef-lieu d’un doyenné, qui est le second de l’archidiaconé du val de Vire, et qui renferme 17 paroisses. C’est aussi un gouvernement de place, dépendant du gouvernement général de Normandie : on, y compte environ 5800 habitants. Il y a dans cette ville une abbaye de chanoines réguliers de l'ordre de Saint Augustin. Elle vaut 10.000 livres à son abbé, qui présente à toutes les cures de la ville, et un grand nombre de prieurés et de cures des environs ; la taxe en cours de Rome est de 300 florins
..../...
Il y a des manufactures de draps et d’autres étoffes, et ses fabriques de serrures ; ce qui procure un assez grand commerce à la ville. L’on y engraisse aussi beaucoup de volaille, particulièrement dans la campagne.

St Lô : sa cathédrale, l'Hôtel de Ville, le pont, vers 1880
gravures extraite de la France illustrée - Malte Brun - 1883
Collection personnelle
Histoire de St-Lô
article de 1859 d'Augustin Chevalier
in 'Histoire des villes de France'
d'Aristide Guilbert

La ville de Saint-Lô a eu pour origine, s’il faut en croire la tradition, un château situé sur la rive droite de la Vire et appartenant à Laudus ou Lauto ou Lô, cinquième évêque de Coutances (525-565). Ce château, très ancien, était connu dans le diocèse sous la dénomination de Briovera ou Briaverœ, c’est-à-dire éminence sur une rivière, d’après quelques-uns, ou, selon d’autres, Pont-sur-Vire, du mot celte Brivas, pont, et de Vera qui est le nom latin de la rivière de Vire. Lauto le donna à l’église de Coutances : de nombreuses habitations ne tardèrent point à se grouper autour de ses murailles, et la cité naissante devint même assez considérable pour que le prélat s’intitulât indifféremment évêque de Coutances ou de Briovère, comme en fait foi sa souscription au cinquième concile d’Orléans tenu en 549 : Lauto, in Christi nomine, episcopus ecclesiæ Constantinœ vel Brioverensis. Il paraît qu’à la mort du prélat la ville dont il était seigneur, et dans laquelle, dit-on, il fut enseveli, portait encore son ancien nom, qu’elle garda même pendant longtemps. Charlemagne parcourant les côtes septentrionales de la France, y lit construire une forteresse, afin de la protéger contre les incursions des pirates danois ; peu d’années après, il y fonda une collégiale sous l’invocation de saint étienne, desservie par des chanoines séculiers de l’ordre de saint Augustin, et c’est alors, suivant toute probabilité, que l’antique appellation de Briovère fut abandonnée pour celle de Saint-Lô (800-808).
Vers la fin du IXe siècle, les Normands s’étant établis dans la presqu’île du Cotentin, essayèrent d’abord de s’avancer vers le sud jusqu’à la forteresse qui défendait la rive droite de la Vire. C’est à cette époque que la légende place la translation à Rouen, par Théodorik ou Thierry, évêque de Coutances, d’une grande partie des reliques de saint Lô, qui reposaient en Cotentin dans une chapelle de ce nom. Repoussés une première fois, les Normands, conduits par Rollon, revinrent investir Saint-Lô, en 890; ils contraignirent la garnison du château à capituler en détournant les eaux d’un aqueduc, saccagèrent la ville et massacrèrent, au sortir des portes, l’évêque et les habitants, auxquels ils avaient promis la vie sauve. Cette conquête leur fut un moment enlevée par Salomon III, roi de Bretagne, tandis qu’ils ravageaient l’Angleterre; mais ils se présentèrent bientôt sous les murs de la ville, chassèrent les Bretons et rasèrent la forteresse : Castrum solo coœquatum est (891). Saint-Lô sans doute sortit peu à peu de ses ruines et acquit l’importance que lui assurait sa position, puisqu’en 942, Louis d’Outre-mer ayant envahi la Normandie, pendant la minorité du duc Richard Ier, céda cette place, puis la reprit au comte de Paris, Hugues le Grand, qu’il avait engagé à l’aider dans son expédition, en promettant de lui abandonner les principales villes du pays d’Auge, du Bessin et du Cotentin. Dans le XIe siècle, Saint-Lô fut entouré de murailles par l’évêque de Coutances, Robert Ier (1026), et son château figura au nombre de ceux dont Henri Beauclerc, troisième fils de Guillaume le Conquérant, fit réparer ou compléter les fortifications, en 1090, avant que son frère Robert Courte-Heuse lui eût repris le Cotentin. La ville cependant, vers la fin du xe siècle, avait été comprise dans le comté de Mortain par le duc Richard Ier : aussi se rangea-t-elle, en 1136, sous la bannière d’étienne de Blois, titulaire de ce comté, et Geoffroi Plantagenêt, comte d’Anjou, son compétiteur, ne put s’en emparer qu’après deux jours de siège, en 1141. Dans le cours du même siècle, Saint-Lô souffrit beaucoup d’un grand tremblement de terre qui ébranla tout le diocèse (1159). On n’en continua pas moins la construction de l’église de son abbaye, où l’évêque de Coutances, Algare, avait introduit la vie régulière (1150); mais les travaux purent seulement être achevés en 1202, et Vautier, archevêque de Rouen, vint alors faire la dédicace de l’édifice. L’année suivante, les habitants, dévoués déjà de cœur à la France, n’attendirent que la reddition de Caen pour se soumettre à Philippe-Auguste, auquel le château ouvrit ses portes sans sommation, sponte suâ (1203).
Saint-Lô jouit de plus d’un siècle de tranquillité sous la dynastie capétienne. La ville prospéra rapidement : ce fut bientôt une des meilleures cités de la province, d’après Froissart, qui, soit dit en passant, ne parle point du château : le commerce et l’industrie aidant, sa population monta presque à neuf mille âmes, et l’on y put compter quantité de bourgeois enrichis par une grosse manufacture de draperie, En 1346, édouard III d’Angleterre, débarqué à la Hougue, ne manqua point, après avoir pris Barfleur et brûlé Carentan, de marcher sur Saint-Lô, qui, n’étant point alors fortifié, ne put. lui opposer aucune résistance. Il le pilla de fond en comble et fit un énorme butin consistant surtout en pièces de drap. Saint-Lô commençait à peine à se relever de ce désastre, quand les bandes de Geoffroi d’Harcourt, répandues aux environs, vinrent y jeter la désolation et l’épouvante (1356). Les malheurs de la France durent empêcher pendant longtemps l’industrie de se ranimer dans celte ville. Ses habitants étaient sans cesse sur le qui-vive. En 1364, ils repoussèrent l’attaque d’un parti de Bretons, que Jean de Montfort avait chargé de les surprendre, et le taillèrent en pièces dans un de leurs faubourgs. Charles V s’attacha bientôt à relever l’importance militaire de leur cité : vers la fin de son règne, il y assigna rendez-vous aux troupes qu’il destinait à réduire successivement toutes les forteresses du pays possédées par Charles le Mauvais, roi de Navarre (1377). Nous voyons ensuite que Du Guesclin ayant échoué devant Cherbourg, en 1378, et voulant surveiller de près les Anglais, maîtres d’une aussi forte position, mit garnison dans toutes les places sûres du Cotentin, entre autres Saint-Lô. Enfin quand, la même année, Charles V eut résolu d’évacuer la presqu’île, afin de pouvoir diriger une plus grande masse de troupes vers le Languedoc, cette ville et celle de Carentan furent les seules qu’il ordonna de ne point abandonner à la discrétion de l’ennemi.
Dès le commencement des guerres anglaises du XVe siècle, le château de Saint-Lô, suivant Rymer, fut rendu au duc de Gloucester par Guillaume Carbonnel et Jean Tesson, qui en étaient capitaines (1417). Nous lisons ailleurs que Thomas, duc de Clarence, s’empara de la place en 1418. Les Anglais s’y maintinrent jusque sous Charles VII et n’en sortirent même que par capitulation, le 29 septembre 1449. Louis XI, en 1470, assigna Saint-Lô pour résidence, avec Valognes, au comte de Warwick et au duc Georges de Clarence, fugitifs d’Angleterre, d’où les obligeait de s’expatrier le roi édouard IV, de la maison d’York. Charles VIII, au retour de son expédition de Bretagne, étant venu passer une partie de l’hiver en Normandie, se rendit dans ses murs, après avoir accompli un pèlerinage au Mont-Saint-Michel (1487). Tels sont les seuls faits que nous fournissent les annales de Saint-Lô, durant tout le cours du XVe siècle. La vieille cité avait évidemment reconquis le premier rang parmi celles du Cotentin, et c’est en considération de son accroissement et de ses richesses que Henri II y créa un siège présidial, en 1551. Les doctrines de la réforme religieuse séduisirent de bonne heure ses habitants, malgré la surveillance des évêques de Coutances qui avaient conservé la seigneurie temporelle de la ville. Nous savons qu’à la fin du règne de François II, les calvinistes, encouragés par l’amiral de Coligny, sur lequel la reine mère se reposait du soin d’apaiser les troubles de la province, y étaient assez nombreux et se croyaient assez puissants pour faire le prêche en public (1560). Ils s’en saisirent ouvertement, au mois de mai 1562, mirent à feu et à sac les églises, ainsi que les maisons de leurs principaux adversaires, et travaillèrent activement à restaurer ses fortifications, pour en faire un des boulevards du protestantisme dans le Cotentin. Mais le comte de Matignon, l’un des chefs catholiques de la Normandie, la leur enleva quelques mois après, avec l'aide du comte d’étampes et des Bretons, et y exerça de cruelles représailles. L’année suivante, La Bretonnière, à qui Matignon en avait confié la garde, prenant l’alarme, s’enfuit avec la garnison, sur un faux bruit que toute l’armée des protestants était en marche pour en faire le siège. Montgomery courut sur-le-champ à Saint-Lô, et comme les forces des religionnaires n’avaient guère diminué, il put y entrer sans coup férir. Les vengeances qu’il tira des catholiques furent sanglantes.
Deux édits de pacification replacèrent tour à tour Saint-Lô sous l’obéissance du roi (1563-1570). Matignon qui commandait dans la basse Normandie sut y prévenir, comme dans tous les autres lieux de son gouvernement, par la promptitude et l’énergie de ses mesures, le contre-coup des massacres de la Saint- Barthélemy (1572). Il ne put, deux années après, faute de soldats, défendre cette ville, non plus que celles de Carentan, de Domfront et de Valognes, contre Montgomery, descendu à la Hougue, avec six mille hommes de troupes anglaises et françaises; tandis qu’un autre corps de protestants, débarqué non loin de Coutances, y faisait prisonnier l’évêque Arthur de Cossé et le conduisait à Saint-Lô, où le prélat fut accablé, lui et le clergé de son église, des plus vils outrages par la canaille huguenote. La prudence conseillait à Matignon de protéger d’abord Granville et Cherbourg. Bientôt cependant, ayant réuni quelques troupes, il ordonna à Villiers, l’un de ses maréchaux de camp, de se porter sur Isigny, comme si son projet était d’investir lui-même Carentan. Montgomery détacha aussitôt cinq cents hommes de la garnison de Saint-Lô, qui en comptait deux mille, afin de couvrir la place menacée; pendant que Villiers, dans la prévision de ce mouvement, rétrogradant en toute hâte, allait camper près de la Vire, et que Fervaques, un autre maréchal de camp de Matignon, averti également des intentions du gouverneur, arrivait au pas de course et prenait position près de l’abbaye. Matignon, ralenti dans sa marche par l’artillerie, se présenta le dernier devant Saint-Lô. Montgomery avait compris que le gros de l’armée catholique ne se ferait pas attendre : dans la crainte d’un échec décisif pour son parti, s’il se laissait enfermer ainsi, au début de la campagne, il s’était échappé de nuit, après avoir remis le commandement à son lieutenant Bricqueville-Colombières. Sans balancer, Matignon prenant avec lui six cents chevaux, trois régiments d'infanterie et six canons, se jeta sur la route de Domfront, où Montgomery venait de se retirer. Fervaques l’accompagnait : Villiers devait presser vigoureusement Colombières dans Saint-Lô.
Le siège de cette place traînait en longueur, quand Matignon, après avoir forcé Montgomery de capituler à Domfront, rejoignit Villiers sur les bords de la Vire, emmenant son prisonnier, qui, sur ses instances, et persuadé d’ailleurs que la cour lui tiendrait compte de ses efforts, en cas de succès, exhorta plusieurs fois Colombières à se rendre. Mais celui-ci l’accablant de reproches et d’injures, jura de vaincre à son poste ou de mourir. Matignon, perdant alors tout espoir de recouvrer Saint-Lô par composition, fit partir Montgomery pour Paris, afin qu’on y instruisît son procès. Il ouvrit en même temps un feu terrible sur la place. La bravoure enthousiaste de Colombières avait gagné jusqu’aux femmes.
On les voyait, le jour, mêlées aux soldats de la garnison, les accompagner dans leurs fréquentes sorties, ou combattre et secourir les blessés sur les remparts. La nuit était employée à réparer les brèches faites par l’artillerie des catholiques, qui n’avaient pas moins de vingt-deux pièces de canon. Dans les premiers jours de juin, le feu des assiégeants poussé avec furie réussit à faire aux murs une large brèche, entre les tours de la Rose et de Beauregard. Les troupes tentèrent l’assaut et furent neuf fois repoussées. Colombières, informé que tout se préparait pour une attaque générale, s’élança bravement au milieu de la brèche, ayant à ses côtés ses deux enfants, tous deux encore en bas âge, armés chacun d’un javelot. « J’aime mieux, s’écria-t-il, qu’ils meurent impolus et pleins d'honneur, que de les abandonner aux mains des infidèles et des apostats. » L’assaut commença. Les assiégés déployèrent un courage indomptable. Mais enfin le îlot des assaillants montant toujours, « par l’endroit le plus escarpé en face de l’hôpital, » la brèche fut emportée de vive force. Les vainqueurs se répandirent dans la ville, qu’ils livrèrent à toutes les horreurs du pillage et noyèrent dans le sang. Colombières était mort en héros : on raconte qu’il fut frappé à la tête d’un coup d’arquebuse à croc, au moment où, du haut d’une tour, il provoquait l’ennemi en buvant à sa santé. Le soldat, contenu par Matignon, eut pitié de ses deux enfants et les épargna. Le siège avait duré six semaines (juin 1574).
Tombé au pouvoir des catholiques, Saint-Lô, dont cette prodigieuse défense avait épuisé le sang et les ressources, n’essaya pas même, plus tard, de se soustraire à leur domination. Ce n’est qu’en 1589, après le meurtre de Henri III, que ses habitants mandèrent au nouveau roi de France qu’ils étaient prêts à l’accueillir dans leurs murs. A cette époque, Matignon, créé maréchal depuis 1578, avait acquis de l’évêque de Coutances, Arthur de Cossé, la baronnie de Saint-Lô, où son premier soin fut de construire une citadelle, afin de tenir en respect la turbulente bourgeoisie de la cité. Louis XIII, en plusieurs occasions, permit pourtant aux ministres des réformés de convoquer des assemblées et des synodes à Saint-Lô (1623-1627-1634). Les catholiques, de leur côté, luttèrent par des fondations religieuses, contre l’esprit protestant de la population. En 1630, le sieur Du Bois, procureur du roi de la ville, y bâtit le monastère et l’église des Pénitents du Tiers-Ordre. L’énormité des impôts sous lesquels gémissaient les habitants les entraîna, en 1635, à une violente sédition, si grave même qu’elle motiva des lettres d’abolition, comme celle qui avait eu lieu à Rouen, l’année précédente. Vint ensuite l’insurrection des Nu-Pieds, dont l’étincelle, partie d’Avranches, parcourut rapidement le Cotentin et toute la basse Normandie (1639). Le chef de ces malheureux paysans, Jean Nu-Pieds, osa même un jour faire afficher aux portes de Saint-Lô, un placard rempli de menaces pour les échevins. Quand les Nu-Pieds eurent été vaincus par Gassion, les insurgés de cette ville, épouvantés de ses sanglantes exécutions à Avranches, lui demandèrent grâce à deux genoux.
Le prosélytisme catholique, favorisé par la cour, qui croyait étouffer ainsi l’esprit de révolte, continuait de se développer à Saint-Lô. En 1659 ou 1660, on y établit une communauté de l’institut des Nouvelles Catholiques. En 1685, on démolit le temple protestant, et ses matériaux furent adjugés à l’hôpital général, fondation du moins utile et généreuse, due au zèle éclairé du père Chaudran, jésuite (1682). De cruelles persécutions ne tardèrent point à décimer la population calviniste de Saint-Lô. Les routes se couvraient d’émigrants frappés dans leur honneur, leurs biens ou leur croyance par la révocation de ledit de Nantes. On eut à déplorer surtout l’indigne traitement infligé aux deux sœurs Louise et Madeleine Pesé, qui, « arrêtées en chemin et menées aux juges de Saint-Lô, s’y virent condamnées à faire amende honorable, en chemise, à genoux, la torche au poing, conduites par le bourreau; à demander pardon à Dieu, au roi, à la justice, disant que, par opiniâtreté, elles avaient voulu professer une prétendue religion défendue par les déclarations de S. M. » Après quoi, «elles furent rasées et enfermées pour toujours, chacune dans une prison séparée, sans espérance de se jamais revoir» (1688). Les mêmes horreurs, chose inouïe!, souillèrent encore les premières années du règne plus doux de Louis XV. Sous le ministère du duc de La Vrillière, on enlevait encore à Saint-Lô et dans toute la basse Normandie les enfants des religionnaires; on incarcérait les pères et mères coupables de résistance à des ordres iniques (1715-1718). La dépopulation et la ruine furent la triste conséquence de ces absurdes barbaries. Saint-Lô pourtant, grâce à ses manufactures de drap, réussit à se soutenir encore un peu, et le commerce empêcha que l’intolérance religieuse n’y tarit complètement les sources de l’aisance. Son abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin subsistait encore en 1789 ; la baronnie appartenait toujours à la famille du maréchal de Matignon. C’était un gouvernement de place, le siège d’un bailliage, d’une vicomté ressortissant au bailliage de Coutances, et le chef-lieu d’une élection, ainsi que d'un doyenné, le second de l’archidiaconé du Val de Vire. On comptait soit dans la ville même, soit dans les faubourgs, quatre paroisses qui étaient : Notre-Dame, Sainte-Croix, Saint-Thomas et Saint-Georges. A part la communauté des Nouvelles Catholiques et le monastère des Pénitents que nous avons mentionnés, il y avait à Saint-Lô un petit couvent de filles où l’on admettait de jeunes pensionnaires, et un collège qui renfermait une classe d’humanités et une classe de philosophie.
L’Assemblée Constituante érigea Saint-Lô en chef-lieu de district du département de la Manche; la Convention Nationale l’appela Rocher de la liberté, et Bonaparte y transféra le chef-lieu de la Manche, établi d’abord à Coutances. Le dernier événement qui se rattache à l’histoire de Saint-Lô est le passage dans ses murs de Charles X fuyant de Saint-Cloud, après les trois journées de juillet 1830, et se dirigeant vers Cherbourg où les commissaires du nouveau gouvernement devaient présider à l’embarquement du monarque détrôné. Le cortège royal se composait de mille à douze cents hommes. Le maréchal Marmont ouvrait la marche; venait ensuite le Dauphin « s’avançant d’un air impassible, au petit pas de son cheval; » puis la voiture du roi et de la Dauphine, et celle de la duchesse de Berry, dont les deux enfants saluaient innocemment la foule à travers la portière. C’était le 12 août, à trois heures de l’après-midi. Charles X descendit avec sa famille à l’hôtel de la préfecture, et quitta Saint-Lô, le lendemain 13, dès cinq heures du matin. Le 16, ce fut le tour du prince de Polignac que l’on avait reconnu et arrêté la veille, à Granville. L’autorité eut beaucoup de peine à le soustraire à la fureur du peuple, ameuté sur le chemin de la prison. Le séjour du prince de Polignac se prolongea jusqu’à la nuit du 25 au 26 août : il partit alors en poste, sous la protection de deux aides de camp, l’un du ministre de la guerre et l’autre du général Lafayette, pour être conduit au château de Vincennes.
Le département de la Manche constitue à lui seul le diocèse de l’évêché de Coutances, auquel celui d’Avranches a été réuni par le concordat de 1801 ; il ne renferme pas moins de 598,000 habitants : sur ce chiffre le chef-lieu figure pour près de 8,500, et l’arrondissement pour plus de 100,000. Saint-Lô a un tribunal de première instance, un tribunal de commerce, un collège, une chambre consultative des manufactures, arts et métiers, une société d’agriculture, un musée d’archéologie et d’histoire naturelle. Ses industriels, à la place de celte sorte de gros draps qui jadis étaient consommés par les corporations religieuses, fabriquent actuellement des droguets dont s’habillent les paysans. Ils font aussi beaucoup de toiles et de rubans de fil, et le surplus du commerce est alimenté par la vente des chevaux propres aux remontes de cavalerie. Les seuls monuments de Saint-Lô sont l’église de Sainte-Croix qui date du IXe siècle ; la magnifique basilique de Notre-Dame, au côté gauche de laquelle on remarque extérieurement une chaire en pierre assez élégante, érigée là, dit-on, au XVIe siècle, pour qu’elle servît tour à tour aux prédicateurs catholiques et protestants ; et l’hôtel de ville, situé sur une éminence qui domine la vallée, bel édifice moderne, en pierre, construit dans le goût de la Renaissance. On peut voir, en outre, dans les jardins de l'hôtel de la préfecture une tour, dernier vestige des fortifications du maréchal de Matignon, dans laquelle ont été déposées les archives départementales. La partie centrale de Saint-Lô s’élève sur la rive droite de la Vire, au sommet d’un roc qui commande la rivière; sept à huit rues tortueuses, bordées de maisons de pauvre apparence, y serpentent çà et là sur une pente rapide. Cependant l’aspect de la ville, vue de loin sur la haute esplanade où se groupent la préfecture, le nouvel Hôtel de ville et la cathédrale, est d’une pittoresque originalité. Une bordure de fraîches et verdoyantes collines encadre ce tableau d’un caractère tout normand. On trouve aux environs de superbes promenades, et le Champ-de-Mars est lui-même une place assez belle et bien plantée. S’il faut en croire Davila, Saint-Lô, vers la fin du XVIe siècle, était encore un port de mer, car la rivière de Vire, « s’engolphant dans l’Océan par le moyen de son flux, » se rendait « navigable jusqu’à ses portes » et recevait, « comme en un havre assuré, les vaisseaux » qu’elle mettait « à couvert des vents de la côte. » On doit remarquer, en effet, qu’un des points de la rivière, non loin de la ville, a conservé le nom de port Cave-lande. Davila affirme que Montgomery, en 1574, y fit mouiller la flotte sur laquelle étaient les six mille hommes qu’il amenait d’Angleterre, et s’y tint à l’ancre, « tout prêt à en sortir quand l’occasion s’en présenterait. » Ce n’est donc point à la Hougue qu’il aurait débarqué, comme le racontent les autres historiens, ou bien, dans tous les cas, il n’y aurait laissé que quelques vaisseaux. Une société industrielle travaille depuis plusieurs années à la canalisation de la Vire.
Nous terminerons celte notice par quelques lignes de biographie. Saint-Lô a donné le jour au célèbre cardinal Du Perron, ambassadeur de Henri IV à la cour de Home ; au père Chrisostome, de l’ordre des Pénitents, auteur de Méditations chrétiennes ; et à l’astronome moderne, M. Leverrier.
Les armes de Saint-Lô étaient de gueules à une licorne passante d’argent, à l’écusson cantonné d'azur, chargé d’une N majuscule d’or surmontée d'une étoile d'or.
Bibliographie : Masseville, Histoire sommaire de Normandie. — Mémoires pour servir à l’histoire de Granville (dans les Archives de Normandie, de Louis Du Bois). — Le Marchant, Topographie physique de Granville. — Dictionnaire de Hesseln. — Notes particulières de l’auteur. — Gallia Christiana, t. XI. — Rymer, Act. Public. — Monstrelet. — Neustria Pia. — Duchesne. — Froissart. — D’Avila. — D’Aubigné. — L’abbé de Billy. — La prise de la ville de Saint-Lô, en 1574, sur les huguenots. — Floquet, Histoire du parlement de Normandie. — Lemontey, Histoire de la Régence. — Annuaires de la Manche.

Costume d'une jeune fille de St Lô vers 1820,
gravure et texte de Louis-Marie Lanté
provenant de l'ouvrage
Cent cinq costumes de la Seine Inférieure, du Calvados, de la Manche et de l'Orne - Louis-Marie Lanté - 1827
Collection personnelle
Ce bonnet s’appelle bonnet rond.
A la foire de la Madeleine, à Saint-Lô, figurent des hommes et des femmes qui veulent se gager. Le charretier porte un fouet en bandoulière; le berger joue de la flûte à côté de sa houlette et de son chien. Dans le rang des femmes, on distingue celles qui cherchent une condition pour la première fois; elles portent un gros bouquet; celles d’un âge mûr vantent leur habileté à élever les enfants, ou leurs talents pour la cuisine.
Vue d’une des terrasses qui bordent le Champ-de-Mars. |

Costume d'une jeune bourgeoise de St Lô
vers 1820,
gravure et texte de Louis-Marie Lanté
provenant de l'ouvrage
Cent cinq costumes de la Seine Inférieure, du Calvados, de la Manche et de l'Orne - Louis-Marie Lanté - 1827
Collection personnelle
Voici une jeune personne d’une classe plus élevée que la femme gravée sur l'autre planche.
On note la présence de boucles d'oreille et d'un ruban de tour de cou, et bien sûr son foulard vert, brodé.
Son bonnet est légèrement différent.
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