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Article sur Lausanne du Dictionnaire géographique et statistique de la Suisse - Marc Lutz - 1859 LAUSANNE, Lausodunum, Lausonium, Losene, Loseney, en 1293 et 1331, chef-lieu du district, du cercle et capitale du canton de Vaud ; siège d’une direction fédérale, des postes et des télégraphes. 4°, 17’ 54” de longitude orientale et 46°, 31’ 25” de latitude Nord. C’est la plus grande ville du canton ; elle est construite sur trois collines, dont l’une est une ancienne moraine, et dans les petites vallées qu’elles forment, au confluent du Flon et de la Louve. L’ancien Lausodunum des Celtes et des Romains était à Vidy et au Bois-de-Vaud ; ce fut l’évêque Marius qui plus tard jeta les premiers fondements de la ville actuelle. Depuis une cinquantaine d’années, on a fait de notables améliorations et embellissements, et s’il reste encore beaucoup de rues escarpées, on a facilité l’abord en plusieurs endroits et les beaux bâtiments s’y sont bien multipliés. La ville doit surtout beaucoup au plan proposé par feu M. l’ingénieur Pichard et qui fut adopté par le Grand Conseil en 1836. Il consistait essentiellement à réunir les deux collines de St. François et de St. Laurent par un grand pont à deux rangs d’arches superposées, tandis qu’une belle route avec un tunnel les mettrait en communication par leurs deux autres extrémités. Malheureusement on a dérogé à ce beau plan dans la partie qui devait relier le tunnel aux abords occidentaux du grand pont. Au lieu de faire passer la route entre les Écoles de charité et le temple catholique, on la conduit sur St. Laurent à travers la Riponne et par une rue nouvelle qui portera le nom de rue Haldimand. Parmi les bâtiments publics le premier rang appartient à la cathédrale gothique, la plus belle église de la Suisse. Commencée vers l’an 1000 par l’évêque Henri, elle fut trois fois ravagée par l’incendie, toujours reconstruite, et consacrée en 1275 par le pape Grégoire X. Elle a une longueur de 333 pieds sur une largeur de 143 pieds. La nef, de 75 pieds de longueur sur 61 de hauteur, s’appuie sur 20 groupes de colonnes, dont le nombre dans toute l’église s’élève à 1000. Elles sont pour la plupart en une molasse dure, tirée des environs de la Borde. Leurs masses se réunissent en voûtes hardies, mais d’une manière très harmonique. Le chœur représente la tête du Sauveur penchée sur la croix et les ailes ses deux bras. Les reflets des vitraux, particulièrement ceux de la rose, qui a 30 pieds de diamètre, font le plus gracieux effet sur le sol et les parvis ; ils représentent plusieurs faits de l’Histoire Sainte.
Près de l’église se trouve l’Évêché, qui fut la demeure des évêques jusqu’en 1431, et qui sert aujourd’hui de prison préventive et de lieu de réunion pour le tribunal ; il est situé sur la terrasse où l’on a une magnifique vue sur le lac et ses environs. La jolie petite vallée du Flon, par laquelle on rentre en ville, renferme plusieurs fabriques de diverses espèces.
Dans le quartier dé St. Laurent, on admire la façade de l’église et les nombreuses campagnes qui peuplent ses abords et dont les noms déjà semblent inviter à les visiter : le Belvédère, avec une vue magnifique ; Beausoleil, jadis habitée par Benjamin Constant, la Chablière, la Valombreuse, la Violette où vivait Noverraz, l’ancien valet de chambre de Napoléon, Malley, etc. C’est de ce côté aussi que se trouve l’Asile des aveugles, élevé par la libéralité de M. Haldimand et de Mlle de Cerjat.
Le grand pont réunit le quartier de St. Laurent à celui de St. François et s’étend au-dessus de la petite vallée du Flon. Il a 79 pieds de hauteur, 33 de largeur, 582 pieds de longueur, et débouche sur la place de St. François, où s’élève l’ancienne église de ce nom, où le concile de Bâle vint tenir ses dernières séances. Sur la place se trouvent la Porte, le Bazar vaudois ou exposition permanente des produits de l’industrie ; le cercle littéraire, où tout étranger peut être introduit. Les environs de ce quartier sont également garnis de nombreux jardins et maisons de campagnes, ainsi que le jardin de l’abbaye de l’Arc, Ste Luce, Montrion, où ont demeuré Voltaire et l’illustre médecin Tissot ; la Grotte, ancienne maison de campagne de Gibbon, etc. Le quartier de Bourg avec les faubourgs de Martheray et d’Etraz, et de nombreuses maisons de campagne, renferme le Casino, la Banque cantonale, le manège, le théâtre, le .nouvel entrepôt, l'hospice des aliénés, la maison pénitentiaire, bâtie en 1822, par l’ingénieur Pichard, d’après le système américain ; le cimetière de Pierre-Plan avec plusieurs monuments intéressants ; le château de Venner, où a été fondé en 1855 un institut pour les enfants débiles et retardés. Le quartier de la Palud, bâti sur un ancien marais, est celui où se trouve la maison de ville, belle construction de l’an 1454. Le territoire de la commune est assez étendu, aussi contient-il un grand nombre de hameaux plus ou moins éloignés : Cour, Ouchy, Chailly, Mont-Blesson, Vers-chez-les-Blanc, la Sallaz, Venues, Montheron, etc. Les revenus de Lausanne, administrés par un Conseil communal de 100 membres et une Municipalité, se montent à environ 280,000 à 300.000 francs. La ville est riche en établissements de bienfaisance : ainsi les écoles de charité qui possèdent un capital de 290,000 francs ; il y a un magasin de bois pour les pauvres, une société pour le soin des malades incurables, une société pour réprimer les abus de la mendicité, une société pour assister les pauvres habitants, un bureau central de bienfaisance ou patronage, deux caisses d’épargne, une société de consommation, deux sociétés mutuelles. L’industrie a pris depuis quelques années un certain développement : citons seulement la tannerie, l’imprimerie, la menuiserie, la scierie, la broderie, la teinturerie, l’horlogerie, les fabriques d’habillements, les fabriques de chocolat. Auberges : Faucon, hôtel Gibbon, Bellevue, Richemont, hôtel de la Poste, Grand-Pont, hôtel d’Angleterre, hôtel de France, Trois-Suisses, etc.
Il y a de beaux points de vue : la terrasse de la cathédrale, ou mieux encore, la galerie de la tour ; Monlbenon, qui sert de promenade et de place d’exercice ; le Signal, d’où l’on voit tout le lac et ses bords ; la promenade du Casino, le Languedoc, les Grandes-Roches. Excursions plus lointaines : la Tour de Gourz, le lac de Bret, Vevey, le Valais, etc. Au nombre des personnes célèbres qui sont originaires de Lausanne ou qui y ont demeuré, on cite Théodore de Bèze, P. Viret, Conrad Gesner, Hotmann, Barbeyrac, de Crousaz, Ruchat, Voltaire, Gibbon, Tissot, Mme Necker-Curchod, Mme de Montolieu, Benjamin Constant, Loys de Cheseaux, Amédée Delaharpe, Develey, F.-G. Delaharpe, Reynier, Vinet, etc. 17,108 habitants en 1850 ; mais en janvier 1859, il y avait dans la ville 15,025 habitants, et dans la banlieue, 3658 ; total : 18,683. Altitude de la terrasse de la cathédrale, 1764 pieds, soit 514 pieds au-dessus du lac Léman. — Altitude de la halle aux blés, 1681 pieds — du Signal, 2149 pieds — des Grandes-Roches, 1971 pieds — de l’Ermitage, 1967 pieds
Article sur Lausanne du Dictionnaire géographique, historique et politique de la Suisse - Nouffer & Bassompierre 1777 - Collection pesrsonnelle LAUSANNE, ville du canton de Berne en Suisse et à une demi-lieue du lac de Geneve. Elle est la plus grande dans le pays de Vaud, et assez bien bâtie sur un terrain inégal, et trois petites montagnes. On la connaissait déjà sous les Romains. Antonin en fait mention dans son Itinéraire, et l’inscription trouvée à Vidy, en fait preuve aussi. Elle portait déjà alors le nom de Lausanna. Cette ville, quoique sujette en partie à l’évêque du même nom, jouissait cependant de privilèges très considérables que les empereurs lui avaient accordés. Ses lois ont été rédigées en code en 1368 sous le nom de placitum generale, plaid général. En elle conclut une alliance avec Berne et Fribourg. En 1536 elle se soumit au canton de Berne. Celui-ci non content de lui confirmer ses anciens privilèges, lui en accorda encore de nouveaux, la haute, moyenne et basse juridiction, et lui céda une partie très considérable des biens ecclésiastiques, surtout des monastères de S. Sulpy, Montheron et Bellevaux. Ces privilèges ont encore été augmentés de temps en temps, et le canton de Berne n’y exerce presque de droit que la souveraineté, le militaire, le droit de faire grâce, celui de battre monnaie, plusieurs revenus de l’évêché, etc. Pierre Viret y introduisit la réforme en 1536 laquelle s’étendit sur tout le pays de Vaud, après la dispute tenue à Lausanne la même année. Viret y fut assisté de Farel et de Jean le Comte. Cette ville est célèbre par l’évêché qui y était établi, et par le concile qui y a été tenu en 1448 dans lequel Félix V résigna le pontificat pour donner la paix à l’Église. Elle établit son propre magistrat qui consiste dans le bourgue-maitre, les cinq bannerets, le petit conseil, le conseil des soixante et le Grand Conseil, outre plusieurs autres charges et commissions. Elle établit des châtelains à S. Sulpy et à Montheron. L’académie y a été établie en 1537. Il n’y eut d’abord qu’un professeur en hébreu et en grec. Actuellement il y a deux pasteurs, deux professeurs en théologie, un en hébreu et un catéchèse, un en grec et en morale, un en éloquence et en belles lettres, un en, philosophie et en mathématiques, un en droit, outre deux places honoraires. Et depuis peu leurs Excellences de Berne ont érigé une chaire de médecine, pour le célèbre Mr. Tissot, si connu dans toute l’Europe par ses talents et par ses ouvrages, qui ne tendent qu’au plus grand avantage de l’humanité, L’académie est sous la juridiction du bailli. À Berne, il y a quatre curateurs établis, qui sont tous tirés du Petit Conseil. Il est singulier qu’avec la modicité extraordinaire des revenus attachés à ces chaires, elles aient cependant été remplies par des savants très célèbres, tels que Farel, Viret, Hotmann, Conrad Gesner, de Bese, de Chandieu, Scapula, Bertram, Steck, Ott, Polier, Constant, Jean-Pierre de Crousaz, Roy, Jean Barbeyraç, Loys de Bochat, Ruchat, etc. Le collège a été établi en 1540 : actuellement il y a six précepteurs, et on distribue de la part du souverain des pensions annuelles à 45 pauvres écoliers et étudiants. L’origine de l’évêché de Lausanne, son premier siège, son premier évêque, sont également inconnus ; on croit cependant assez généralement, qu’il a été transféré d’Avenche à Lausanne vers la fin du VI siècle. Il relevait du diocèse de l’évêché de Besançon. La juridiction ecclésiastique s’étendait ci-devant sur une très grande partie de la Suisse. Il comprenait une partie considérable des cantons de Berne et de Soleure. L’Aar en formait les limites. Il comprenait encore tout le canton de Fribourg, presque tout le pays de Vaud, la souveraineté de Neuchâtel et de Valangin, à l’exception de la mairie des Brenets ; il comprenait encore l’État de Bienne et ses environs, et l’Erguel, et il s’étendit même en Franche-Comté. Il était borné par les évêchés de Constance, de Bâle, de Sion, de Genève, et par l’archevêché de Besançon. Cette grande juridiction a été extrêmement resserrée du temps de la réforme et de la conquête du pays de Vaud. Il ne lui reste que le canton de Fribourg, une partie de celui de Soleure, le bailliage d’Echallens, Gressier et Landeronrière, Neuchâtel, Jogne et Longueville en Franche-Comté. Ces restes sont, divisés en quinze doyennés ou décanats. L’évêque avait la juridiction civile sur une partie de la ville de Lausanne, les quatre paroisses de la Vaud et quelques autres endroits : mais il ne lui reste plus rien, Berne et Fribourg s’étant emparés de tout.
De toute cette ancienne gloire, il ne reste à l’évêque que le titre de prince du S. Empire, qui lui fut accordé par l’empereur Rodolphe en 1254. Il avait aussi droit de séance à la diète de l’Empire, entre les États du cercle du Rhin. Sa taxe matriculaire était de 60 hommes à pied et 14 à cheval. On croit assez généralement que S. Protaise a été le premier évêque à Avenche, et S. Maire le premier évêque de Lausanne. La cour de Rome les établit maintenant. Son siège actuel est à Fribourg. La monnaie des évêques de Lausanne était très connue dans tout le pays de Vaud, on ne comptait qu’après elle. Sébastien de Montfaucon est le dernier qui a exercé, le droit d’en battre. Ce droit est très ancien ; dans un acte de 1144 il en est fait mention. Le bailliage de Lausanne est un des plus étendus, et des plus remarquables du canton. Le bailli a succédé à l’évêque. Il habite son château, et exerce la juridiction sur les mêmes endroits que l’évêque, à quelques changements près faits depuis lors. Il est tenu au même serment que l’évêque prêtait à la ville ; sa préfecture dure six ans. Il se fait quelques commerces à Lausanne, l’art de l’imprimerie y fleurit, il est sorti des presses de cette ville des ouvrages qui ne le cèdent en beauté et en excellence typographique à aucuns de ceux de Paris ou de la Hollande. Un homme actif a été, pour ainsi dire, le restaurateur de cet art si utile au genre humain, en l’année 1763, et cela a donné de l’émulation à d’autres imprimeurs, en sorte qu’il se fait à Lausanne un assez grand commerce en livres, destinés non-seulement pour la Suisse, mais pour l’étranger. Ce commerce pourrait être poussé plus loin, par quelques encouragements, soit de la part du souverain, soit de celui du magistrat municipal. L’orfèvrerie et la Joaillerie y fleurissent, et depuis quelques années on a fait beaucoup d’apprentis de ces professions. Lausanne est très bien située pour l’établissement des fabriques, et cependant les habitants voient passer devant leurs portes les soies, laines et cotons, que l’on va mettre en œuvre dans les cantons de Zurich, de Bâle et dans d’autres contrées de la Suisse ; un vain préjugé fait croire à ses habitants, qu’ils ne sauraient y réussir : mais avec l’amour du travail, aidé de la constance, de quoi ne vient-on pas à bout ? La manie des titres que donne de petits-fiefs et de petits emplois civils et de judicature, est le véritable obstacle à de tels établissements. Cette ville jouit d’un air pur et très salubre et les eaux sont excellentes et abondantes, en un mot tout ce qui est nécessaire à la vie y est délicieux. Il y a un grand nombre de personnes instruites et qui ont du goût dans cette ville, et elles ont surtout beaucoup d’affabilité envers les étrangers, qui ne sont nulle part mieux accueillis. S’il n’y a pas des familles riches dans cette ville, il n’y a, pour ainsi dire, point de pauvres, mais un des établissements qui fait le plus d’honneur aux personnes charitables qui l’ont formé et au souverain qui le soutient, c’est sans contredit une École de charité, où on élève gratuitement les enfants de l’un et de l’autre sexe, on les instruit dans leur religion, à lire et à écrire, et enfin on leur fait apprendre une profession. Les environs de Lausanne sont beaux et les points de vues y sont très pittoresques.
Article extrait du Dictionnaire universel géographique et historique - Thomas Corneille - 1708 LAUSANE (sic). Ville de Suisse, du Canton de Berne vers le Lac de Geneve. La situation en est fort bizarre. Elle est bâtie sur trois coteaux de manière qu'on n’y peut guère marcher sans monter ou sans descendre, ce qui est un défaut dont on s’aperçoit partout, et qui se fait sentir principalement du côté qu’est bâtie l’église, parce que le penchant est fort rude en cet endroit-là. Cette église est d'une structure magnifique. Le S. Burnet en son voyage de Suisse dit qu'il y a environ 50 ans qu’un tremblement de terre fendit une de ses murailles du côté du Midi, en sorte qu’il s’y fit une ouverture à peu près d’un pied de large, et qu'un autre tremblement qui arriva dix années après, la remit si bien en son premier état qu’à peine y peut-on remarquer présentement les traces de cette ouverture. Cette ville, dont la partie qu'on nomme la vieille ville, jouît des principaux privilèges, entre-autres de celui de vie et de mort, est nommée par les Latins Lusannium et Lausanna. Elle est assez agréable, à huit lieues de Fribourg et à dix de Geneve et située proprement dans le Pays de Vaud. C’était autrefois une ville Impériale. On rapporte qu'Hercule passant d’Espagne en Italie, en trouva les environs si charmants, qu’il y laissa quelques troupes sous les ordres d’Arpentinus, qu’on prétend avoir été le Fondateur d'Arpentina, sur les ruines de laquelle, Spon rapporte que Lausanne a été bâtie.
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