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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de L'Univers de Jules Janin - reproduction © Norbert Pousseur

Thun et son lac vers 1840

 

Thun et on lac, en Suisse - reproduction © Norbert Pousseur
Thun et son lac avec l'Aar en premier plan - gravure signée Martini Riedolstadt (?) 1836

 

Texte et gravure
extraits de l'ouvrage "L'Univers - collection des vues les plus pittoresques du globe" de Jules Janin - édition ~1840

Figurez-vous le lac de Thun comme un miroir d’argent de quatre lieues de longueur sur une lieue de large. Ce n’est pas le lac immense de Genève, le vieux Léman, ce n’est même pas le lac de Neuchâtel, qui a huit lieues de long; mais c’est la plus belle pièce d’eau dans laquelle la Suisse puisse refléter sa beauté calme et transparente. Sur les bords de ce beau lac est doucement inclinée la ville de Thun (prononcez Thoun).
La route de Berne à Thun se prolonge sous de frais ombrages tout le long de l’Aar, ce modeste fleuve qui serpente entre toutes sortes de prairies, de jardins, de vergers, de villages pittoresques, de modestes chalets. A proprement dire, ce n’est pas une route, c’est un grand parc dans lequel seraient prodigués tous les caprices variés du jardin anglais le mieux disposé. La jolie ville est assise sur un des fleuves de l’Aar qui en cet endroit se partage en deux branches à peu de distance du lac qui emprunte à la ville son nom et son ombre. Thun est tout à fait une ville calme et revenue des affaires. Point de bruit, point de cris, peu ou point de travail. Quinze cents âmes heureuses habitent ces tranquilles demeures. Tout le travail de cette heureuse ville consiste à ceci — tourner le bois, façonner le hêtre, sculpter, dans le buis, les coupes si frêles et si élégantes que se donnent entre eux les bergers de Virgile. A Thun, celui qui n’est pas sculpteur est peintre : c'est à Thun que se sont réfugiés tous les Van-Dick et tous les Watteau de ces heureuses montagnes. Ils ne vont pas chercher bien loin les sujets de leurs compositions favorites, ces faciles artistes. Tout leur est bon : la jolie fille qui passe, son pot au lait sur la tête, le berger qui ramène son troupeau, le vieillard assis sur le devant de sa porte, l’église du village, le chalet du pasteur, la chèvre qui grimpe, la génisse au repos, le cheval à la charrue: — et voilà ce qui a suffi, pendant mille ans et au-delà, à l’imagination de ces bergers.

Cependant, toute petite qu’elle est, et avec ce petit commerce fondé sur le caprice du voyageur qui passe, la jolie ville s’est trouvée, sinon assez riche, du moins assez intelligente et assez charitable, pour fonder de bonnes écoles, une maison pour les orphelins, un hospice pour les pauvres, un hôpital pour les malades ; elle possède même des bibliothèques publiques et une école d'écriture ; — tout cela fondé pourtant avec du bois sculpté, des tabatières peintes, toutes sortes de frivolités faciles, exécutées avec plus d’imagination et de grâce que d’érudition et de talent ! — Même la ville a ses monuments tout en pierres — un château fort et un temple. Le château est flanqué de tourelles, le temple domine la ville ; le château est plus vieux et mieux bâti que le temple, et le temple est situé d’une façon plus pittoresque que le château; il domine la ville de ses ailes absorbées volontiers par l’ombre du clocher qui est un peu plus ancien que le reste de l’église. — La ville de Thun a des murs, sans doute pour faire comme les autres villes ; ces murs abritent les tombes les plus humbles ; quelques grands de la ville — inconnus deux lieues plus loin. — Raphaëls des bords du lac, Titiens de l’Oberland, Murillos de Brientz ou du Valais, ceux-là reposent dans l’église sous des tombes plus ornées. — De cette plate-forme où l’église est bâtie, le regard domine la ville et ses maisons, et c’est un beau spectacle ; l’Aar qui se précipite dans le lac et dont vous distinguez le cours impétueux au milieu de ses eaux tranquilles, pendant qu’au loin, et comme emporté sur les hautes montagnes qui vous entourent, vous distinguez la Jungfrau. Le fleuve est bordé de maisonnettes charmantes, de jolies promenades, de beaux arbres. — Le lac n’est pas moins beau que la ville dont il porte le nom.

Un bateau à vapeur fait le service du lac de Thun. Il ne faut guère qu’une heure et demie pour traverser ce lac en entier. Mais quel pittoresque paysage ! A chaque mouvement du bateau, c’est un nouveau site triste ou riant, sévère ou gracieux, tendre ou terrible. C’est un mouvant panorama qui passe sous vos yeux éblouis, sans que vous puissiez dire à quel instant, à quel rocher, à quel mouvement des eaux, des arbres ou du ciel, à quel mouvement de la nature ou des hommes, à quelles ruines, à quelles maisons nouvelles, vous donneriez la préférence ! Ici s’élève le Viezen, cinq mille cinq cent soixante-quatre pieds de la base au sommet ! Plus loin, au pied de la montagne, la main d’un Génois a jeté un pont d’une seule arche ; au-dessus du nouveau canal, s’élève encore l’antique tour de Strœtiligen et le château de Spies, qu’on appelait la cour dorée; le château est le centre d’une vaste forêt d’arbres verts. Cependant entre deux montagnes s’élève le château de Wimmis. Sur la rive opposée se présente Hilter-Fryen, un beau village, dont le roi Rodolphe de Strœttligen a bâti l’église en 933. Mais comment compter les cascades qui tombent des rochers et jettent au loin leurs flocons d’écume ? Comment dire les ruines, les cavernes, les eaux bondissantes ? Arrivé au bout du lac, vous retrouvez l’Aar qui redevient un fleuve impétueux.

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