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Les villes à travers les documents anciens

Montferrand in Clermont-Ferrand selon l'armorial d'Auvergne du 15ème siècle


Montferrand au 15ème siècle - reproduction BNF-Gallica - trairements  Norbert Pousseur
La ville et le château de Montferrand, gravure extraite de l'Armorial d'Auvergne du 15ème siècle, source Gallica-BNF

Articles (non signés) extraits de l'ouvrage 'Guide pittoresque du voyageur en France' - édition de 1838

MONTFERRAND. Ville ancienne, formant aujourd’hui un des faubourgs de la ville de Clermont, à laquelle elle a été réunie en 1731.
Montferrand était autrefois une des plus fortes places de l'Auvergne. Vers la fin du siècle dernier, elle était encore entourée de murs épais flanqués de hautes et solides tours, et environnée d’un large et profond fossé ; il ne reste plus que quelques parties de murs, et le fossé a été en partie comblé.
Louis le Gros campa devant cette ville en 1131, avec une armée formidable, ce qui détermina les habitants à incendier leurs maisons et à se retirer dans la citadelle, d’où ils incommodaient beaucoup les troupes qui assiégeaient Clermont. Le roi chargea Amauri de Montfort de les surprendre, et quelques-uns d’entre eux étant tombés dans une embuscade, Louis le Gros, pour épouvanter les autres, leur fit couper à tous une main, et les renvoya ainsi mutilés ; exploit sanguinaire, qui fut à peu près le seul de cette armée, à laquelle se soumit le comte d’Auvergne.
Le 13 février 1388, Montferrand fut pris par les Anglais. Froissart fait, dans ses chroniques, une longue relation de cette guerre.
Une route magnifique, tirée au cordeau, parfaitement entretenue, bordée de saules et de superbes noyers, joint Montferrand à Clermont, et forme pour l’une et l’autre ville, une belle avenue qui traverse la plus riche partie de la Limagne. L’église, de construction gothique, fut fondée dans le Xe siècle, par un comte de Montferrand.

Clermont-Ferrand vers 1850, dessiné par Joseph Skelton - reproduction © Norbert Pousseur
Clermont-Ferrand dessiné par Joseph Skelton, 'Vue prise de la route de Montferrand'
illustration in 'les Beautés de la France' de Girault de Saint-Fargeau - 1855

CLERMONT. Grande et très ancienne ville. Chef-lieu du département. Tribunaux de première instance et de commerce. Académie universitaire. Académie des sciences, belles-lettres et arts. Collège royal. École secondaire de médecine. École départementale d’accouchements. Chambre consultative des manufactures. Bourse de commerce. Bureau de poste, relais postal. Population, y compris Montferrand, 28,257 habitants.

On a beaucoup écrit sur l’origine de Clermont. Les uns ont prétendu que cette ville était l’ancien Gergovia assiégé par Jules César, et qui était regardé comme une des plus fortes places des Gaules. D’autres, avec plus de raison, croient que Gergovia existait du temps des Gaulois sur la montagne appelée encore aujourd’hui Gergovia, située à deux lieues de Clermont. On ne sait à quelle époque cette forteresse fut détruite : Sidoine Apollinaire, qui habitait l’Auvergne et qui écrivait au Ve siècle, n’en parle point, et l’on peut conjecturer que les Romains, enfin maîtres des Gaules, firent ruiner une ville où leur courage avait échoué, et qui devenait un monument de honte pour eux et de gloire pour les Auvergnats.
Sous la domination d’Auguste, les habitants de Gergovia abandonnèrent ce lieu escarpé, peu propre aux nécessités de la vie, et se transportèrent à Nemetum ou Nemosus, lieu plus commode, qui fut embelli par les bienfaits de cet empereur. Pour en conserver le souvenir, on joignit à son nom celui d’Auguste ; la ville fut appelée Augusto-Nemetum, devint la capitale des Auvergnats, et reçut, dans la suite, le nom du château qui la dominait.
Sous l’empire romain, cette cité devint célèbre, et eut un sénat qui subsistait encore au VIIe siècle ; elle fut du nombre de celles qui jouirent du droit latin, droit qui lui donnait l’avantage de se gouverner par ses propres magistrats, et en vertu duquel les habitants pouvaient prétendre au titre de citoyens romains, ainsi qu’aux premières charges de l’empire.
Il paraît que sous les Romains cette capitale fut divisée en deux parties : la Ville et la Cité. La ville était placée au bas du monticule et s’étendait de l’est au midi ; plusieurs monuments historiques et des débris antiques de colonnes de marbre, de mosaïques et de constructions romaines, qu’on découvre tous les jours dans cet emplacement, fortifient cette opinion. La cité, construite sur le sommet de l’éminence, dans l’endroit où se trouve la cathédrale, était entourée de murs et fortifiée de belles tours ; ce fut pour le besoin de cette partie élevée de la ville qu’il fut construit un aqueduc de plus d’une lieue de longueur, qui partait des montagnes situées à l’occident de Clermont, nom qui devint celui de toute la ville vers le IXe siècle.
Les Auvergnats jouirent de tous les avantages que leur offrait la domination romaine ; ils cultivèrent les beaux-arts, établirent des écoles publiques, dont celles de Clermont et d’Issoire étaient les plus fameuses, et embellirent leur ville capitale de plusieurs monuments magnifiques ; l’un des plus remarquables était le temple dédié à Mercure sous le nom de Vasso-Galate. Cette antique merveille, comme s’exprime Grégoire de Tours, qui n’en parle que d’après ses ruines, était aussi solide que magnifique ; le mur qui la formait était double, et celui qui paraissait en dehors, offrait de grosses pierres de taille carrées et sculptées. Pline parle d’une statue colossale de Mercure, regardée de son temps comme une des merveilles du monde, qui était sans doute placée dans ce magnifique temple ; elle était en bronze, avait de hauteur 366 pieds, et coûta quatre cent mille sesterces, ce qui peut être évalué à cinq millions de notre monnaie.

Clermont-Ferrand vers 1859, dessiné par Rouargue - reproduction © Norbert Pousseur
Clermont-Ferrand dessiné par Rouargue frères, illustration in 'Histoire des villes de France' d'A. Guilbert -1859

Clermont, célèbre par ses prérogatives, par son sénat, par ses édifices magnifiques, perdit dans peu de temps une partie de son bien-être ; les fréquentes incursions des Barbares du Nord, qui dévastèrent et se partagèrent l’empire romain, causèrent cette fatale révolution. Crocus, à la tête d’une troupe de Vandales, entra en Auvergne en 408, assiégea et prit Clermont, renversa de fond en comble tous les édifices antiques qui décoraient cette ville, notamment le temple de Mercure. Clermont fut encore saccagé en 412 par les capitaines d’Honorius, qui y prirent le lieutenant du tyran Constantin.
Euric, roi des Visigoths, l’assiégea sans succès en 473 ; cette ville était alors défendue par les Bourguignons et par les habitants, secondés par l’évêque Sidoine Apollinaire. L’Auvergne ayant été cédée aux Visigoths, en 474, Euric, irrité de la longue résistance que les habitants de Clermont lui avaient opposée, ennemi d’ailleurs des peuples qui professaient le christianisme, tandis que lui était de la secte des ariens, tourna toute sa colère sur l’évêque Sidoine, qu’il fit renfermer dans le château de Liviane.
Thierry, fils naturel de Clovis, prit Clermont en 507, et soumit pour la première fois toute l’Auvergne à la domination des rois de France. En 532, Thierry ayant appris que son frère Childebert s’était emparé de Clermont, vint assiéger cette ville, la prit, brûla, détruisit, pilla tout sur son passage, et démolit l’aqueduc romain qui conduisait des montagnes voisines les eaux dans cette ville. Quelques années après Chramne, fils de Clotaire, fut envoyé à Clermont pour gouverner la province, et ne se servit de son autorité que pour y exercer des excès de tout genre : entouré de jeunes libertins, ce prince se livrait aux actions les plus violentes et à la débauche la plus honteuse ; il enlevait les filles des sénateurs sous les yeux de leurs pères, et après les avoir déshonorées, il les livrait à des brigands. En 761, Pépin s’empara du château de Clarus Mons, bâti sur le sommet du monticule où s’élevait jadis la cité romaine, y mit le feu, fit égorger les habitants sans distinction d’âge ni de sexe ; maître de cette forteresse, il prit facilement la ville et y commit les mêmes cruautés. Cette ville fut encore ravagée et détruite en 853 par les Normands, et en 916 par les Danois, auxquels s’étaient joints ces mêmes Normands. Elle fut aussi en proie aux guerres particulières des évêques de Clermont et des comtes d’Auvergne.

Urbain II devant Clermont - reproduction © Norbert Pousseur
Le pape Urbain préchant la croisade à Clermont
in 'Le Magasin pittoresque ' année 1854

En 1095, le pape Urbain II convoqua à Clermont un concile, afin d’y faire voir les dangers auxquels étaient exposés les pèlerins qui se rendaient, à Jérusalem, et demander des secours contre les Turcs. L’ermite Pierre, qui avait parcouru la plupart des régions de l’Occident, adressait de ville en ville des prédications aux grands et aux petits ; aussi ce concile fut-il très nombreux : treize archevêques, deux cent vingt-cinq évêques, un nombre presque égal d’abbés mitrés, avec plusieurs milliers de chevaliers, et une foule immense d’hommes et de femmes de toute-condition, se rassemblèrent en Auvergne ; el malgré la rigueur de la saison, plus âpre qu’ailleurs, dans cette région montueuse, ils passèrent sept jours sous la tente, attendant ce que leurs pères spirituels décideraient sur le sort de la chrétienté. Un premier discours du pape Urbain II, fut adressé à la multitude, qui attendait en quelque sorte le signal de courir aux armes. Pierre l’Ermite parla ensuite aux chevaliers assemblés, avec des sentiments vrais, avec des expressions qui partaient d’un cœur ardent et attendri ; il excita le plus vif enthousiasme parmi ses nombreux auditeurs et Urbain lui-même n’y demeura pas étranger ; celui-ci prononça un second discours fort long, très passionné, qui éveilla tour à tour la compassion, l’indignation ou le désir de vengeance, et fut interrompu à plusieurs reprises par les sanglots du peuple et par ses acclamations : Dieu le veut, Dieu le veut! s’écria-t-on de toutes parts. A peine Urbain avait-il fini de parler, qu’Aymar, évêque de Puy-en-Velay, se leva, et s’approchant du pape avec un visage rayonnant de joie, il mit un genou à terre, et lui demanda, avec sa bénédiction, son congé pour aller en Terre-Sainte. Non seulement le pape le lui accorda, mais il le nomma vicaire apostolique dans cette expédition. Bientôt l’exemple d’Aymar fut suivi par les ambassadeurs de Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, qui déclarèrent au pape que leur maître était prêt à partir pour le grand passage avec plusieurs milliers de ses sujets. Hugues, frère du roi Philippe, fut parmi les premiers qui s’engagèrent à l’expédition sacrée. La foule des seigneurs et des chevaliers moins illustres qui prirent le même engagement, était si grande, que, pour se distinguer entre les autres, ils se marquèrent d’une croix rouge sur l’épaule droite ; et ce signe, qui leur fit donner le nom de croisés, tout comme celui de croisade à leur expédition, contribua bientôt à augmenter leur nombre. On sait que le premier exploit des héros brigands fut d’assiéger une ville chrétienne, qu’ils prirent d’assaut, pillèrent, et dont ils égorgèrent les habitants.

Pendant les guerres de la Ligue, les habitants de Clermont montrèrent pour le parti du roi beaucoup d’énergie et un dévouement héroïque ; quelques chanoines de la cathédrale, qui, à l’exemple des curés de Paris, commençaient à soulever le peuple par des discours ou par des sermons séditieux, furent chassés de la ville. Du XIIe au XIIIe siècle, Clermont eut beaucoup à souffrir de nos guerres intestines et des incursions des Anglais ; la ville fut plusieurs fois fortifiée et démantelée ; ce n’est que depuis un siècle qu’elle a pu s’occuper d’améliorations locales, et depuis trente années seulement qu’elle le fait avec activité (donc à partir de ~1800).

Clermont en 1838, dessiné par Rauch - reproduction © Norbert Pousseur
Clermont dessiné par Rauch, illustration in 'Guide pittoresque du voyageur en France' -1838

La ville de Clermont est bâtie à l’entrée d’un vaste bassin semi-circulaire, de plus de six lieues d’étendue, sur un monticule de forme conique, composé de différentes couches de sable, de scories ponceuses, d’argile calcaire, etc., qui tantôt sont horizontales et tantôt sont inclinées.
Cette exposition salubre et pittoresque permet à la ville de jouir à souhait de la vue du superbe panorama qui l’entoure : du nord à l’est, elle voit s’étendre une plaine immense, vallée magnifique qu’arrose l’Ailier ; de ce côté, la ville de Montferrand occupe le premier plan ; au-delà, se montrent une foule de bourgs et de villages, entourés d’une épaisse verdure ; de l’autre, se déploie un demi-cercle de monts, dont la ville occupe le centre ; le milieu de la courbe est occupé par le majestueux Puy-de-Dôme, divers étages de collines, les unes nues et stériles, les autres couvertes de vignes ou parsemées de bois, s’élèvent du pied de la vallée jusqu’au bord du plateau qui supporte les puys supérieurs. Au sud, on remarque le vaste plateau de Gergovia, le puy volcanique de Gravenoire, et le Mont Royon, dont le sommet conique offre des ruines d’une forteresse féodale. A l’autre extrémité de la chaîne, ce sont les puys de Chanturges et de Var, qui lèvent leurs croupes scorifiées et chargées de vignobles ; mais la vue se reporte incessamment sur le Puy-de-Dôme, qu’un manteau de neige recouvre pendant six mois de l’année, et que couronnent presque toujours les nuages.
Cette ville est ceinte de boulevards plantés d’arbres, et environnée de faubourgs qui forment près de moitié de son étendue. Les rues sont, pour la plupart, étroites, sombres et mal percées ; les maisons sont hautes et resserrées, surtout dans la partie la plus élevée de la ville ; mais elles sont solidement bâties en laves de Volvic, dont l’aspect est sombre et triste. Les différents quartiers n’ont nulle symétrie ; les places sont vastes, mais irrégulières ou mal entourées ; toutefois, les nouvelles constructions offrent un aspect agréable, leurs façades sont blanchies, propres et fort jolies. Les principales places sont : la place d’armes ou de Jaude, parallélogramme de 262 mètres de long sur 82 de large, environnée de maisons presque toutes neuves et bien bâties ; la place de la Poterne, située dans la partie la plus élevée de la ville, et dont le terrain est soutenu par un fort mur de terrasse ; elle est exposée au nord, plantée d’arbres, et domine sur le faubourg Saint-Alyre, ainsi que sur une grande étendue de pays, et offre aux promeneurs une perspective des plus riches et des plus variées ; presque en face sont le Puy-de-Dôme, le Puy-de-Sarcouy et la cime du Quierson, trois sommités qui couronnent agréablement un rideau de collines couvertes de vignes, de vergers et de maisons de campagne : l’espace entre la ville et ces vignobles est un riche bassin parsemé d’une immense quantité d’arbres de toute espèce, qui forment, au milieu des prairies, le tapis de verdure le plus frais et le plus varié.
La place d’Espagne, située à la suite de celle de la Poterne avec laquelle elle communique par une rampe douce et ombragée, est ainsi nommée parce que des Espagnols, prisonniers en Auvergne, furent employés aux travaux de sa construction ; elle domine sur la grande route et offre plusieurs points de vue superbes.
La place du Taureau est parfaitement carrée, et remarquable par une belle fontaine en obélisque, de 35 pieds de haut, élevée à la mémoire du général Desaix ; on y jouit d’une vue magnifique sur le riant bassin de la Limagne, sur le plateau de Gergovia et sur le pic de Mont-Royon, couronné par les ruines pittoresques d’un château gothique. Cette place est due à M. de Balainvilliers, qui eut beaucoup de peine à en préserver les plantations de la déprédation des écoliers ; à mesure qu’un arbre était planté, il était arraché par cette jeunesse indocile ; au lieu de sévir rigoureusement, M. Balainvilliers invita les professeurs du collège à choisir dans chaque classe les meilleurs écoliers, qu’il invita à venir planter en cérémonie, de nombreux arbres dans cette place ; et depuis cette époque les écoliers, loin de nuire aux arbres, les arrosaient et les soignaient comme leur propre bien.
La place Delille, ou Champeix, est vaste, irrégulière, et ornée d’une superbe fontaine de style gothique.

Fontaine place Delille à Clermont en 1838, dessiné par Rauch - reproduction © Norbert Pousseur
La fontaine de la place Delille, dessinée par Rauch,
illustration in 'Guide pittoresque du voyageur en France' -1838

Clermont est une des villes de France qui jouissent des eaux les plus belles, les plus abondantes et les plus salubres ; elles arrivent par des conduits souterrains de Royat jusqu’à la partie la plus élevée de la ville, d’où elles se distribuent dans tous les quartiers, où elles alimentent plusieurs fontaines. L’une des plus remarquables est le château d’eau, construit en 1511, et transporté en 1808 à la place où on le voit aujourd’hui, Cette fontaine (de la place Delille, ci-dessus) isolée offre une construction ornée d’une multitude de figures, de jets, de bassins et de bas-reliefs disposés en forme pyramidale, dont l’ensemble, quoique chargé et confus, présente un aspect singulier et riche d’effet ; les détails sont surtout curieux par le choix des dessins et la délicatesse de l’exécution. Ce monument est composé d’un bassin de forme circulaire, au milieu duquel s’élève un massif octogone ; aux huit angles sont des candélabres alternativement ronds et pentagones, dont les bases sont ioniques, les fûts ornés de feuillages en relief, et surmontés de fleurons ; quatre de ces candélabres produisent chacun un jet qui tombe dans le bassin, au milieu duquel s’élève, à la hauteur d’environ vingt-deux pieds, une pile entourée de jets, de petits bassins et de figures. Quatre piliers butants entourent et soutiennent cette pile ; ils sont chargés d’ornements, de bas-reliefs, et surmontés chacun par la figure d’un génie représenté assis, au-dessous duquel sort un jet d’eau. Entre ces quatre piliers, et vers la moitié de leur hauteur, sont quatre bassins adossés qui ont une saillie assez considérable, et dont la forme est très gracieuse ; ces bassins sont en forme de mascaron jetant de l’eau dans le grand bassin ; ils sont remplis par des jets que vomissent ou pissent des figures de génies, suivant l’idée singulière de l’artiste. Au-dessus de cette ordonnance est une lanterne percée de fenêtres gothiques, qui sert de réservoir : elle est accompagnée de quatre pilastres chargés de sculptures d’un goût très pur ; au-dessus de chacun de ces pilastres est un génie qui s’appuie sur un écusson. Au milieu de ces quatre génies, s’élève une figure bien plus grande qui sert d’amortissement à toute la fontaine.

La cathédrale de Clermont en 1838 - reproduction © Norbert Pousseur
La cathédrale de Clermont,
illustration in 'Guide pittoresque du voyageur en France' -1838

La cathédrale de Clermont fut bâtie au Ve siècle, par saint Namatius, 9e évêque d’Auvergne. Suivant Grégoire de Tours, l’édifice avait 150 pieds de longueur sur 60 de largeur ; 42 fenêtres l’éclairaient, le toit était soutenu par 70 colonnes, et on y entrait par huit portes. Cette antique métropole fut ruinée par les Barbares, puis rétablie et détruite plusieurs fois. L’église actuelle fut commencée en 1248, par l’évêque Hugues de la Tour, et continuée par ses successeurs ; cent ans après sa fondation, elle n'avait pu être achevée, et elle était encore imparfaite en 1496 ; le portail latéral et les deux tours étaient à construire, ainsi que plusieurs chapelles. Conformément au plan, la nef devait se prolonger du côté de la rue des Gras et aboutir aux escaliers de cette église ; le prix énorme demandé par les architectes étant hors de proportion avec les fonds dont on pouvait disposer, on se borna à exécuter les travaux les plus urgents, et on ajourna indéfiniment les autres, notamment la prolongation de la nef, qui est restée jusqu’à présent inachevée et disproportionnée avec la grandeur du reste de l’édifice. Néanmoins, cette basilique, tout imparfaite qu’elle est, peut être comparée avec avantage aux plus beaux monuments gothiques ; elle a 300 pieds de longueur (un pied = ~30cm), 130 pieds de largeur, et 100 pieds de hauteur du pavé à la voûte, qui est en ogive et soutenue par 56 piliers. Chacun de ces piliers forme un faisceau carré de colonnes rondes extrêmement déliées ; au-dessus de la corniche, et à la naissance de la voûte, ces colonnes se détachent et se courbent pour former les arêtes des voûtes ; les piliers du rond-point sont surtout remarquables par leur délicatesse. La pierre sombre avec laquelle a été construit ce monument, qui domine toute la ville, lui donne un aspect sévère et imposant ; outre plusieurs parties curieuses de sa construction, les vitraux et les riches rosaces de la croisée méritent particulièrement l’attention des artistes et des hommes de goût ; on remarque aussi la beauté du chœur, qu’entourent de jolies chapelles. Tout l’édifice est recouvert en plomb, et au-dessus des bas-côtés régnent de vastes terrasses, dont l’une est surtout remarquable par la belle perspective dont on y jouit ; l’extérieur est loin d’être beau, l’église étant enclavée et bordée de chétives boutiques ; il ne reste qu’un clocher des quatre qui le décoraient autrefois.

L’église de Notre-Dame-du-Port, bâtie vers l'an 580 par saint Avit, évêque de Clermont, fut pillée et brûlée par les Normands en 824. L’évêque Sigon la fit rétablir en 855. C’est le plus ancien et l’un des plus remarquables édifices de Clermont ; car il est évident que plusieurs de ses parties appartiennent à la construction primitive. Les ornements et les bas-reliefs de la porte méridionale sont extrêmement curieux ; l’extérieur est décoré, en divers endroits, de mosaïques composées de pierres noires et blanches, du plus beau style byzantin. Au-dessous du chœur est une crypte, au centre de laquelle se trouve un puits dont l’eau passait autrefois pour guérir plusieurs maladies ; et au-dessus de l’autel de cette chapelle souterraine, on voit une statue de la Vierge, en bois noirci par le temps, objet de grande dévotion pour les habitants de la ville et des lieux circonvoisins, qui y viennent en pèlerinage le 15 mai et les huit jours suivants.

La bibliothèque publique de Clermont occupe un beau bâtiment au sud de la ville, et se compose d’environ 15,000 volumes et de 180 manuscrits, dont quelques-uns sont précieux : on y distingue surtout une Bible en 16 volumes petit in-folio vélin du XIVe siècle ; un beau bréviaire sur vélin du XIVe siècle, enrichi de vignettes et de miniatures ; le missel du pape Clément VI ; un Salluste, vélin du XIVe siècle, de la plus belle conservation ; un Grégoire de Tours, vélin du XIe ou du XIIe siècle ; un Sidoine Apollinaire (Epistolœ) du XIIe siècle, etc., etc. Cet établissement, orné de la statue de Pascal, par Romey, et du buste de Delille, par Flatters, est ouvert au public trois fois par semaine et très fréquenté.

Delille, illustration de 1838  - reproduction © Norbert Pousseur La cathédrale de Clermont en 1838 - reproduction © Norbert Pousseur
Pascal et Delille,
Illustrations in 'Guide pittoresque du voyageur en France' -1838

On remarque encore à Clermont : le jardin de botanique ; le muséum d’histoire naturelle ; le cabinet de minéralogie, qui renferme des échantillons des roches et de toutes les substances volcaniques de l’Auvergne ; le musée des antiques ; le collège ; la salle de spectacle ; l’hôtel-de-ville ; le palais-de justice ; les halles ; l'hôtel-Dieu ; l’hôpital général, etc., etc.
Près de la ville s’élève le Puy-de-Chateix, couvert de vignes, d’arbres à fruits, et couronné de roches basaltiques ; ses flancs offrent des terrains parsemés, jusqu’à une certaine profondeur, d’une grande quantité de grains de blé et de seigle, de haricots, de pois, et réduits en charbon. Le vulgaire voit là les débris des greniers de César ; on prétend, avec plus de raison, que, sur le sommet de Chateix, s’élevait l’un des châteaux de Gaïfre, où ce seigneur avait amassé une grande quantité d’approvisionnements de bouche ; et que ce château fut brûlé en 761, comme tant d’autres, par Pépin.

Clermont vers 1830, dessiné par Doussault - reproduction © Norbert Pousseur
Clermont dessiné par Doussault, illustration in 'La France pittoresque' de A. Hugo -1835

Eaux minérales de Clermont.
Clermont possède plusieurs sources d’eaux minérales ferrugineuses acidulés, dont la température varie de 16 à 18 degrés du thermomètre de Réaumur. Les seules dignes de quelque attention sont celles de la Jaude et de Saint-Alyre.

La fontaine de la Jaude est située à l’extrémité d’une grande place, au sud-ouest de la ville : elle est intermittente ; après avoir coulé uniformément quelques minutes, elle éprouve tout à coup des bouillonnements rapides et désordonnés. Elle reprend ensuite son cours naturel pour couler avec impétuosité quelques minutes après. L’eau est claire et limpide ; sa saveur est agréable, vineuse et légèrement astringente. On l’emploie en boisson avec avantage dans les fièvres intermittentes ou printanières, et dans les maladies de l’appareil digestif.

La fontaine de Saint-Alyre est située dans les jardins du faubourg dont elle porte le nom ; elle forme un petit ruisseau qui dépose au fond de son canal des sédiments calcaires et ferrugineux, que l’on est obligé de détruire de temps en temps pour éviter les pétrifications qui en résultent. Une seule  fois on a laissé arriver la pétrification à son dernier degré, et il s’est formé un mur de 240 pieds de long, à l’extrémité duquel est un pont de stalactites fort curieux. L’eau de Saint-Alyre ne pétrifie pas, mais elle dépose un suc pierreux qui se forme en incrustations et couvre en un court espace de temps tout ce qu’on lui présente. On construit dans les endroits où le ruisseau forme des chutes, de petites cabanes fermées où l’on place des fruits, du bois, des oiseaux et diverses autres choses, qui parviennent très promptement à se couvrir d’un sédiment calcaire et forment des objets de curiosité.

Les différentes sources gazeuses qui se voient dans le faubourg de Saint-Alyre, offrent toutes également ces divers effets, parce qu’ils appartiennent à toutes les eaux de ce genre. Dans l'enclos de la Garde, il y en a une qui aboutit, par quelques gargouilles, dans les rues d’Athème et de la Moraie. Là, tombant et coulant le long des murs, elle y a formé une sorte de bornes factices, plus ou moins grosses. La rue nommée des Eaux n’a presque pour pavé que des sédiments devenus pierre ; une des sources y coulait autrefois, et c’est d’elle, sans doute, que la rue a pris son nom

 

Personnalités : Clermont est la patrie de Grégoire de Tours ; de J. Bonnefons, que ses poésies licencieuses ont fait comparer à Catulle ; de B. Pascal, l’un des plus illustres écrivains et des plus grands philosophes que la France ait produits ; du célèbre jurisconsulte Domat ; de P. Audiger, auteur d’une histoire manuscrite d’Auvergne ; du brave chevalier d’Assas ; de Bancal-des-Issards, membre de la Convention nationale ; du poète J. Delille ; du grammairien Girard, auteur des Synonymes français ; de J.-A. Dulaure, membre de la Convention et du Conseil des cinq-cents, auteur célèbre de l’Histoire de Paris et d’un grand nombre d’autres ouvrages estimés, mort à Paris le 19 août 1835, etc., etc.

Industrie et Commerce : Fabriques de bas de soie, droguets, papiers peints, cartes à jouer, ébénisterie, orseille, etc. Filatures de coton et de chanvre ; raffineries de salpêtre ; tanneries et corroieries.
Commerce considérable de toiles qui se fabriquent dans le pays, de draperies, chanvre, fil, laines, cuirs, blé, vins estimés, sel, huiles, fromages, et confitures sèches renommées. — Entrepôt de la Provence et du Languedoc pour Paris, et du commerce de Bordeaux pour Lyon. — Entrepôt général de marchandises pour les départements voisins, — Roulage très-actif.

À 23 1ieues  1/2 de Moulins, 29 1ieues du Puy, 96 1ieues de Paris. — Hôtels de l’Écu de France, de la Poste, de l’Europe, du Nord.


 

Commerce de Clermont vers 1760 (in Dictionnaire universel de commerce de Jacques Savary, éd. 1768)
CLERMONT. Cette Ville est très marchande, et quoiqu’elle ne soit située sur aucune rivière navigable, on la regarde cependant comme l’entrepôt de la plus grande partie du commerce qui se fait du bas Languedoc et de Provence à Paris, et l’on y trouve toutes les marchandises qui se fabriquent àa Paris, même à Lyon, à Tours, et dans la plus grande partie des autres Provinces du Royaume, par la facilité qu’il y a de les y faire venir par le retour des mulets qui y passent continuellement, n’y ayant guère de Villes ou d’autres lieux un peu considérables, où les Marchands de Clermont n’entretiennent des correspondances.
C’est aussi le passage de tant de Muletiers et d’autres Voituriers, qui lui tient lieu en quelque sorte de commerce par la grande quantité d’argent comptant qu’ils ont coutume d’y laisser, pour leur dépense et celle de leurs animaux.
C’est à Clermont que toute la Province d’Auvergne et quelques-unes de celles qui en sont voisines, viennent se fournir de tout ce qu’elles ont besoin, particulièrement d’étoffes, d’habits, de dentelles, de linge, de rubans, et de toutes sortes d’autres assortiments.
Il s’y prépare aussi des cuirs qui se débitent pour Lyon.
Il s’y fait aussi un assez grand commerce de pâtes d’abricots et de pommes qui sont extrêmement estimées, et que l’on préfère à toutes les autres confitures de cette sorte, qui se font ailleurs, même à Tours et à Paris. On croit qu’elles méritent cette préférence par la meilleure qualité des fruits qu’on y emploie, autant que par l’habileté des Confiseurs qui les font.

En général, les étoffes qui se font dans la Généralité de Clermont, sont des étamines buratées, des rases, et des serges.


Clermont vers 1840, dessiné par Thomas Allom - reproduction © Norbert Pousseur
Clermont et le Puy de Dôme, dessiné par Thomas Allom, in La France au XIXème siècle - 1841

(in Dictionnaire universel de la France de Robert Hesseln, éd. 1771)

CLERMONT, ville assez considérable, capitale du gouvernement général militaire de l’Auvergne, et Siège d’un évêché, d’une cour des aides, d’une sénéchaussée, d’un présidial, d’une justice consulaire, le chef-lieu d’une élection, la résidence d’un prévôt général de la maréchaussée de la province. Cette ville est située entre les rivières d’Arrier et de Bedat, sur une petite éminence, au pied d’une haute montagne, à environ 22 lieues au midi de Moulins, à 31 au couchant de Lyon, et à 88 au midi de Paris : long. 20° 85' 7", lat. 45° 46' 45". On y compte 16000 habitants.

La ville de Clermont n’a rien d’agréable dans son intérieur. Ses rues sont fort étroites, et les maisons très sombres. La rue des Gras est la plus belle et la plus marchande de la ville. La place de Gaude est une jolie promenade, au milieu de laquelle est une belle Fontaine. Le voisinage des montagnes fort élevées, rend le climat de cette ville très  froid.
L’évêché de Clermont est très ancien : il a été fondé en l’an 288, par saint Austremoine, reconnu pour l'Apôtre de l’Auvergne. Ce saint fut envoyé en France vers l’an 253, sous le règne de Decius, par le pape saint Fabien, avec ses illustres compagnons, qui ont tous fondé de grandes églises dans la Gaule : tels que saint Denys à Paris, saint Gatien à Tours, etc. Dans le nombre des évêques qui ont succédé au premier, saint Austremoine, on en compte trente-sept qui ont été canonisés ; et le pape Innocent VI, appelle de son nom de famille Etienne Audel, qui fut avocat à Limoges, puis évêque de Noyon, transféré à l’évêché de Clermont en 1341, enfin exalté au pontificat en 1332. Il mourut à Avignon le 12 septembre 1362. De ce même nombre est aussi le cardinal de Bourbon, qui devint archevêque de Lyon en 1488.
L’évêque de Clermont est le premier suffragant de l'archevêque de Bourges, en vertu d’une bulle du pape Urbain II, accordée à Guillaume, évêque de cette ville, du temps de la célèbre assemblée qui s’y tint pour l’entreprise de la première croisade, l’an 1095.

Le diocèse de Clermont renferme environ 800 paroisses, distribuées tant dans l’Auvergne que dans le Bourbonnais : cependant son revenu n’est que de 153 000 livres, quoique l’évêque soit seigneur de deux petites villes, Billon et Croupières, et de 18 villages ou paroisses.
L’église cathédrale est fort grande, et ressemblerait à celle de Notre-Dame de Paris, si les deux grosses tours qui sont au frontispice de celle de Paris, n’étaient à une des portes latérales de celle de Clermont. On voit autour du chœur des figures qui représentent l’histoire de l’ancien et du nouveau testament.
Le chapitre de la cathédrale de Clermont est composé de quatre dignités ; le prévôt, l’abbé, le doyen,1e chantre et de plusieurs chanoines prébendiers ; les canonicats entiers rapportent environ 500 livres.
La collégiale de Notre-Dame du Pont a été fondée et bâtie sur la fin du sixième siècle. C’était la cathédrale avant 976, temps où elle fut détruite par les Normands. Il y a deux dignités ; le doyen et le chantre : les prébendes ne valent que 300 livres
La collégiale de saint Genex a été fondée par le saint de ce nom, dans le septième siècle. Il y a deux dignités, le chantre et l’abbé : les prébendes valent à peu près celles de la cathédrale.
La collégiale de St. Pierre, antiquité la plus respectable, et bâtie par saint Austremoine, est la plus pauvre du royaume. Les chanoines, qui n’étaient autrefois que des habitués ou choristes, n’ont pas 10 écus de gros. Il y a deux dignités, un doyen et un chantre. Ces trois églises sont aussi paroissiales, et les seules de la ville. Un des bénéfices considérables de la province est l'archidiaconé de Clermont ; il donne 1800 livres de revenu, une belle seigneurie, la nomination à deux prieurés simples, Vezac et Rouffiac, avec celle de douze cures dans le voisinage de la ville.
Il y a plusieurs abbayes. Nous nommerons en premier lieu celle de saint Allire, abbaye d’hommes, de l’ordre de saint Benoît. Elle est hors des murs de cette ville, dans un grand faubourg, appelé de son nom le faubourg de saint Allire, éloigné d’environ 5oo pas de la ville au midi, dans une plaine, qui descend jusqu’à la rivière appelée Tiretaine. St. Austremoine avait d’abord dédié cette abbaye sous le titre de Notre-Dame d’Entresaints ; mais saint Allire, son successeur, y ayant été enterré, il s’opéra tant de miracles sur son tombeau, que bientôt l’église et le monastère ne furent plus connus que sous le nom de saint Allire. L’un et l’autre furent détruits par les Danois en 916, mais bientôt après rétablis. On y mit des moines de Cluny en 958, et la nouvelle église fut dédiée par le pape Pascal II, le 23  juin 1106. Elle ressemble plutôt à une citadelle qu'a un temple du Seigneur ; c’est une fort grosse masse de pierre, flanquée de tours, et ses dedans sont fort sombres. On voit à l’entrée du couvent une porte de fer, des meurtrières, mâchicoulis et autres choses semblables ; et dans le cloître il y a un grand nombre de petites colonnes de marbre de différentes couleurs. Lorsque l’évêque de Clermont vient prendre possession de son siège, il est reçu, a droit d’hospice, et couche une nuit dans le monastère de saint Allire, d’où il est conduit solennellement dans son église. Cette abbaye a été unie d’abord vers l’an 1500, à la congrégation de Chezal-Benoît, et ensuite eh l’an 1636 à celle de saint Maur, qui y a fait revivre la discipline ; le roi y a nommé en commande en 1764. Il y a dans l’un des faubourgs de Clermont, un prieuré dépendant de cette abbaye. L’église de ce prieuré a pris le nom de saint Bonnet, depuis que le corps de ce saint y fut transféré de la ville de Lyon, où il mourut.
L’église de feint Allire, et surtout la chapelle de saint Vénérand qui est dans l’enclos du couvent, renferme un grand nombre de corps de saints et de saintes, plusieurs tombeaux magnifiques de marbre, et quantité de reliques  très respectables.
L’abbaye de Chatoin ou Chautoin, d’hommes, de l’ordre de saint Augustin, a été supprimée en 1642 : la maison et les revenus ont été donnés à des Carmes Déchaussés.
L’abbaye de saint André, de Prémontrés, fondée en 1119, par Guillaume le Grand, comte de Clermont et dauphin d’Auvergne, est située au bout d’un des faubourgs de Clermont. On y voit les tombeaux des anciens comtes de Clermont, dauphins d’Auvergne.
Il y a encore une abbaye de filles de l'ordre de Cîteaux,  qui conserve son nom de l'Eclache, du nom du lieu d’où  elle a été transférée dans cette ville. Elle n’est pas riche.
On a tenu sept conciles à Clermont ; le plus considérable est celui de 1095, où l’on a prêché la première croisade.
Le collège de Clermont, ci-devant occupé par les  Jésuites, est une maison magnifique, et bâtie à la moderne.
La cour des aides de Clermont, créée en 1 557, par Henri II, depuis la suppression de celle qui était à Périgueux, fut d’abord établie à Montferrand, puis transférée à Clermont, en vertu des lettres-patentes de Louis XIII, données en 1630, pour l’union de ces deux villes. Cette cour est composée de quatre présidents, vingt-deux conseillers, un procureur général et deux avocats du roi. Le ressort de cette cour s’étend non seulement sur les élections d’Auvergne, et la partie qui en a été détachée pour former l’élection de Gannat, mais encore sur le Limousin et la Marche, dans les élections de Limoges, Brives, Tulles et Guéret. L’élection de Clermont est la plus étendue de la province : elle a 16 lieues de long sur 13 de large, et 240 paroisses.

Ces villes sont, Clermont, capitale de la province, Montferrand, Billon, Croupières, le Pont du Châteauroux, Vic-le-Comte, Olliergues, Saint-Amand, Besse-le Four, Ardres et Pont-Gibault.
Dans les fossés de la ville de Clermont il y a une fontaine d’eau minérale, dite la Fontaine de saint Pierre. Ses eaux sont froides, aigrelettes et vineuses. Dans le faubourg de saint Allire, il y a un ruisseau venant des montagnes,  et tout auprès une fontaine d’eau salée, dont l’eau se pétrifie comme celle d’Arcueil près Paris. A une demi-lieue de la ville  sur le chemin du Pont-du-Château, il y a sur un petit tertre, une fontaine de bitume, dont l’eau est noire comme de l'encre, mais plus épaisse, et d’une puanteur très désagréable.
Le commerce de la ville de Clermont diminue tous les jours, à cause des droits d’entrées établis en 1691, pour l’acquittement des dettes considérables de la ville. Ces entrées en ont banni ceux qui venaient auparavant y acheter du vin, et ruinent le bourgeois, qui est réduit à vendre à vil prix et en détail ; les voituriers aiment mieux se pourvoir dans les campagnes exemptes de ces droits. Le commerce des autres marchandises, telles que laines, soies, dentelles, linges, rubans, y diminue à proportion. On y fabrique pourtant encore des draps qui s’exportent dans les échelles du levant, par le port de Marseille.
Clermont a trois foires considérables ; une le 9 mai ; l’autre le 6 août ; et la troisième le 12 Novembre.
Clermont est la patrie de plusieurs grands hommes, entre lesquels on distingue Savaron, Audigier, Jean Bonnefons et surtout le célèbre Domat et l’illustre Blaise Pascal. La famille de ce dernier était originaire de Tournon.

CLERMONT-FERRAND (pour Montferrand), petite ville de l'Auvergne, siège d’un bailliage royal ; diocèse et élection de Clermont, intendance de Riom de parlement de Paris. On y compte environ 3000 habitants. Cette ville n’est qu’a un quart de lieue de Clermont, capitale, avec laquelle  elle ne fait aujourd’hui qu'un même corps de ville ;. Outre son église paroissiale dédiée à saint Robert, il y à un. chapitre, deux commanderies ; l’une, de Malthe  et l’autre de saint Antoine, un couvent de Cordeliers, un de filles de sainte Marie, et un d’Ursulines. Il y en a un autre de Récollets sur le chemin de Clermont.
Le chapitre de cette ville est composé d’un chantre et de douze chanoines.  Il, a été fondé par, les comtes de Mont-ferrand, ancien nom de cette  ville : son église royale et collégiale est dédiée à Notre- Dame de Prospérité. Tous
les bénéfices de cette collégiale sont à la collation du chapitre.
La cour des aides de Clermont siégeait autrefois en cette ville. Elle a été établie sous le nom de Mont-ferrand en 1557 par le roi Henri II, et transférée à Clermont depuis la réunion de ces deux villes.             
Pour la commodité du public, on a établi en cette ville, un bureau des eaux minérales de Vichy et de Hauterive.

 


Clermont-Ferrand vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Clermont-Ferrand, illustration in 'Le Magasin pittoresque' année 1845 - dessin de Brugnot

In 'Description contenant les antiquitez, fondations et singularitez des plus célèbres villes'
édition 1608 - François Des Rues

De la ville de Clermont,
Clermont est la capitale d’Auvergne fort renommée belle et de grande antiquité, et s'appelait anciennement Gergovie,
et était de beaucoup plus grande étendue quelle n’est à présent : comme l’on voit par les ruines et vestiges des antiques bâtiments, qui encore apparaissent demi-lieue à l’entour, comme médailles de toutes espèces de métaux, colombes, chapiteaux, corniches, et bases de colonnes anciennes.
Or cette ville est située au bout du plat pays sur le haut d’un coteau, d’où sortent plusieurs ruisseaux.
Non loin d'icelle, savoir auprès de la cité, qui est séparée de la ville, on a trouvé plusieurs antiques tombeaux, entre lesquels y en avait un, sur lequel  étaient ces mots : Julia paulina titi labieni uxor.

Au lieu où sont ces vieilles ruines, et où était proprement la cité de Gergovie, l’on voit encore des voûtes souterraines, par lesquelles on pouvait aller plus d’une lieue sous terre, mais avec clarté. On n'y peut aller à présent, à cause que  l’eau y dégoutte du haut du roc. En ce lieu on tient qu’était campé César mais quelques-uns sont d’opinion qu’il était fait auparavant.

L’église cathédrale de Clermont est dédiée à l'honneur de  la vierge Marie, et fut  premièrement bâtie par St. Martial.
Le premier évêque de Clermont fut St. Austremonie, qui fut disciple de notre Seigneur.
Le quatorzième évêque de ce lieu fut St. Sidonie Apollinaire, très docte personnage,  du temps des Goths.

Au-devant de la maison épiscopale de Clermont on voit une des plus belles fontaines de Gaule, laquelle est conduite d’un lieu nommé Royac, qui est  comme une source, des ruisseaux  et fontaines arrosants la ville, et  le pays voisin

Il y a  des Couvents de Jacopins, Cordeliers et Carmes. Il  y a en outre une église nommée notre Dame du Port, premièrement fondée par St. Avuit, détruite par les Normands, et rebâtie par Sigon évêque d'Auvergne.
Au-dessous de cette église y en a une souterraine, aussi grande et  spacieuse que celle d’en haut.
Il y a plusieurs autres belles églises, et un somptueux Hôpital fondé par Guillaume du Prat évêque de Clermont.
En outre est une belle Abbaye de St. Allire qui était cinquième évêque  d’Auvergne.
Ces Monastères jadis étaient enclos dans la ville, mais les guerres ayant tout ruiné, de temps en temps, la ville a été mise et réduite en plus petit circuit ; et sont à présent ces églises et monastères hors de l'enclos.
En l'Abbaye de St. Allire est le tombeau de deux amants, dont Grégoire de Tours fait mention au livre de la gloire des Confesseurs.
Au dedans de cette Abbaye  passe un fleuve jadis nommé Scateon, maintenant Tiretaine, sur lequel est un merveilleux Pont de pierre naturelle  fait de l'eau d’une fontaine, qui s’endurcit en pierre, non sans étonnement des grands et admirables effets de nature ; laquelle fontaine est loin de la susdite rivière de 300 pas.
Le susdit pont a trente brasses  de longueur et six d’épaisseur, et huit de large.
Cette fontaine est dite salée, et est alumineuse, et dépend de l’Abbaye, qui est fort magnifique, ayant de belles tours et défenses, comme un château ; et y sont plusieurs colonnes, sépulcres, et Autels de marbre, et de jaspe, de diverses couleurs à la Mosaïque. En icelle est la chapelle de St. Venerad, où reposent les corps de plusieurs martyrs et saints personnages.
Aux faubourgs de Clermont sont encore le Prieuré de St. Bonnet, et hors la porte St. Pierre, un Monastère de Religieuses, et un vieil édifice, nommé la tour des Sarrasins. En un autre faubourg est l’Abbaye de St. André, jadis Prieuré, où est un tombeau clos et couvert d’un cuir rouge, qui est plein d'os, d’une démesurée grandeur ; et on tient que ce sont les os des premiers fondateurs de ce Prieuré.
Non loin de cette place est le village de Chamaillères, jadis faubourg de l'ancienne cité d'Auvergne, où il y a une église fort  ancienne dédiée à notre Dame, et fondée par St Tècle.
En outre est le prieuré st. Marc en un vallon où il y a deux bains, l'un d'eau calcineuse, l'autre de sculpture ; et au-dessous   une fontaine, ayant goût de vin, mais fort mauvaise à boire. À Chamaillère   est encore un  vieil château, que l'on dit avoir été à Gannelon.

À Clermont se fait du meilleur papier de France tant à  écrire qu’à imprimer.
Deux Conciles ont été tenus à Clermont, l’un Provincial, en l’an de notre Seigneur 540, où assistèrent quinze évêques de Gaule, l’autre général, l’an de grâce mil nonante cinq (1095), par l’autorité du Pape Urbain 5  natif du Limousin.
Les États furent tenus en cette ville sous Charles Cinquième l’an mil trois cents septante  quatre (1374).
Près Clermont est une petite montagne où le  bitume coule comme d'une fontaine, noir au possible et gluant (fontaine bitumeuse ?).

 

Voir, aussi, en ces pages, le département du Puy de Dôme en 1883

Montferrand selon Wikipedia

 

 

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