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En Île de France

Chelles au 21ème siècle et dans les textes du passé

 

Mairie de Chelles - © Norbert Pousseur

La Mairie de Chelles, et son parterre fleuri de l'entrée principale.
Chelles - 2006 - Num 6 Mpx - 10dc_4736


 

Chelles, en Seine et Marne, dans la région Île de france,
avec ses 53 000 habitants fera bientôt partie du Grand Paris.

Sous les quelques photos illustrant cette ville, vous pourrez lire, ci-dessous,

 

Carte de Vuillemin vers 1880 avec Chelles - Reproduction © Norbert Pousseur
Vers 1880 Chelles était surtout signalé par son fort, faisant partie des défenses de Paris
(partie de la carte des Forts de Paris, Vuillemin - 1883)

 

Cette page fait partie d'une série, sur l'île de France,
qui vise essentiellement à proposer quelques textes historiques sur les agglomérations entourant Paris.
Ces descriptions historiques sont accompagnés de quelques vues illustratives prises dans les années 2000.

Vous pouvez aussi consulter la page sur le département de Seine et Marne en 1883, par Vuillemin, sur ce site

 

 

 

 

Eglise de Chelles - © Norbert Pousseur

L'église St André de Chelles, à l'entrée de la ville
(Voir ci-dessous la gravure de 1860 du même endroit)
Chelles - 2009 - Num 21 Mpx - 5d2_1829

 


 

Plaque commémorative de la Pierre d'honneur de Chelles - © Norbert Pousseur

Plaque commémorative et Pierre d'honneur qui ornait un des ponts de Chelles
Chelles - 2006 - Num 6 Mpx - 10dc_4737, 10dc_4738

Pierre d'honneur de Chelles - © Norbert Pousseur

 


 

Jehan de Chelles - © Norbert Pousseur

Statue de Jehan de Chelles, dans le parc de la mairie de Chelle,
et tenant dans ses mains une maquette de Notre-Dame de Paris

Chelles - 2009 - Num 21 Mpx - 5d2_2891

 


 

Stèle d'Armand Lanoux - © Norbert Pousseur

Stèle commémorant le fait qu'Armand Lanoux a habité à Chelles
Chelles - 2006 - Num 6 Mpx - 10dc_4739

 


 

Groupe scolaire du Docteur Roux, à Chelles - © Norbert Pousseur

Le collège du "Docteur Roux" donnant sur une des praiiries entourant Chelles
Chelles - 2006 - Num 6 Mpx - 10dc_4724

 


 

Carnaval de Chelles - © Norbert Pousseur

Le carnaval de Chelles en 1999
Chelles - 1999 - Neg 6x6x - n120a99p140v10

 

 

 

L'abbaye de Chelles - Reproduction © Norbert Pousseur
L'abbaye de Chelles telle que se présentait avant sa destruction vers 1800

 

Article d' Arsène Houssaye et gravures ci-dessous, extraites de l'ouvrage 'Les environs de Paris' (collectif) édité en 1862
Voir aussi, sur un de mes autres sites, les citations sur l'abbaye de Chelles à propos des rois de France :
- Childéric II,
- Dagobert II,
- Chilpéric II

 

LE PALAIS ET L’ABBAYE DE CHELLES.

Le palais et l’abbaye ! Toute I’histoire de Chelles est là, I’histoire oubliée déjà, où sont en jeu toutes les grandes passions ; — passions, religieuses et passions profanes, passions qui se brisèrent au pied de l’autel, passions qui ensanglantèrent les marches du trône. Que le cœurs tendres et faibles qui ont battu là-bas dans ce paysage flamand, entre une forêt et une rivière, depuis Frédégonde, reine de France, jusqu’à Louise d’Orléans, abbesse de Chelles, la belle et terrible épouse de Chilpéric et la belle et charmante fille du régent. L’œuvre commence sous Frédégonde et finit sous la régence, la tragédie avant la comédie.

Chelles était la maison de campagne des rois de la première race ; Chilpéric, qui aimait la chasse, s’y était retiré avec Frédégonde ; la louve lascive et altérée de sang avec le mouton sans défense. On sait que Frédégonde commença son terrible règne à Chelles par l’assassinat d’un fils de Chilpéric. Clovis, après avoir été torturé trois jours durant, reçut, par l’ordre de Frédégonde, un coup de couteau et fut jeté dans la Marne, « afin, dit-elle, qu’il fût à jamais impossible de l’ensevelir comme un fils de roi. » Mais cette barbarie, qui ne s’arrêtait pas à la mort de l’ennemi, demeura stérile ; les restes de Clovis furent poussés dans un filet tendu par un pêcheur du voisinage ; quand le pêcheur leva ses filets, il reconnut le jeune prince à sa longue chevelure ; « touché de respect et de compassion, dit un historien, il transporta le corps sur la rive et l’inhuma dans une fosse qu’il couvrit de gazon afin de la reconnaître, gardant pour lui seul le secret d'un acte de piété qui pouvait causer sa perte. » Plus tard, le roi Gontrand, tristement préoccupé de la mort violente de son frère Chilpéric et de ses neveux Mérovée et Clovis, se plaignait sans cesse de ne pouvoir donner une sépulture honorable à ces deux jeunes princes. Un homme de la campagne vint au logis du roi et lui dit, selon Grégoire de Tours : « Si cela ne doit pas tourner contre moi dans la suite, j’indiquerai en quel lieu est le cadavre de Clovis. » Le roi jura au paysan que, bien loin de lui faire du mal, on le récompenserait s’il voulait dire la vérité. « O roi ! ce que je dis est la vérité : quand Clovis eut été enterré sous l’auvent d’un oratoire, craignant qu’un jour il ne fût découvert et enseveli avec honneur, Frédégonde le fit jeter dans la Marne ; je le trouvai dans mes filets, car mon métier est de prendre du poisson. J’ignorais qui ce pouvait être, mais, à la longueur des cheveux, je reconnus que c’était Clovis. Je le pris sur mes épaules et le portai au rivage, et lui fis un tombeau de gazon. » Le roi, feignant d’aller à la chasse, se fit conduire par le pêcheur à ce tombeau de gazon. On trouva le cadavre de Clovis couché sur le dos ; le roi reconnut le jeune prince à ses longues tresses pendantes. Il ordonna des funérailles magnifiques ; lui-même il conduisit le deuil jusqu’à Saint Germain des Prés. Grégoire de Tours, le narrateur de ces saturnales du crime, raconte qu’il vit passer dans la ville où il était évêque le trésorier de Clovis qui avait été arrêté en fuite et qui se laissait conduire à la mort, c’est-à-dire devant la justice de la reine Frédégonde. Touché de compassion, Grégoire de Tours chargea ceux qui conduisaient le trésorier d’une lettre pour la reine. Quand Frédégonde lut cette lettre, où celui qu’elle révérait en dépit d’elle-même lui demandait la vie d’un homme déjà condamné, elle crut entendre une parole divine, elle accorda la vie et la liberté au prisonnier. Comme dit Augustin Thierry, elle eut la clémence du lion, le dédain d’une mort inutile.

Dans sa fureur amoureuse et dans sa soif de sang, peut-être Frédégonde eût-elle épargné le roi Chilpéric, s’il n’avait eu le malheur de surprendre le secret des amours de sa femme. Un matin, il entra dans la chambre de Frédégonde ; courbée avec grâce, elle lavait sa belle figure ; le roi la frappa légèrement du bout de sa canne (in natibus suis de fasti percussit). Frédégonde s’imagina que le coup partait de la main de son amant. Elle dit sans se retourner : « Pourquoi me frappes-tu ainsi, Landri ? » Surprise du silence, elle leva la tête, ce n’était que son mari. Elle se troubla et ne sut que dire ; le roi furieux partit brusquement pour la chasse. Dès que Frédégonde le vit s’éloigner, elle fil appeler Landri et lui raconta l’événement. S’il faut en croire un historien, Landri, après l’avoir écoulée, lui aurait dit : « Voilà un coup de canne qui vaut vingt coups de couteau. » La reine fut de son avis. Prévoyant la vengeance du roi, ils la prévinrent. Chilpéric, en proie à sa rage jalouse, irrité des humiliations sans nombre qu’il avait subies sous le joug honteux de cette femme, de cette femme qu’il aimait pourtant, traversait à grands pas les bois de Noisy, sans souci de la chasse, cherchant sans doute une vengeance digne d‘un roi. Il ne rentra à Chelles qu’à la tombée de la nuit ; comme il descendait de cheval il fut saisi par les satellites de Frédégonde et frappé de vingt coups de couteau. Le roi Chilpéric fut inhumé à Saint-Gemain-des-Prés. La reine Frédégonde osa pleurer à ses funérailles : elle avait déclaré que l’assassinat venait du roi Childebert. On voit encore aujourd’hui le piédestal d’une croix qui fut élevée sur le lieu même où Chilpéric tomba percé de coups.

La reine Clothilde, qui s’appelle aujourd’hui, grâce aux recherches trop savantes de nos historiens modernes, la reine Crothechilde, beau nom qui détrône à jamais la poétique euphonie du premier, avait fondé à Chelles un petit monastère de filles. Plus tard, la reine Beathechilde, vulgairement nommée Bathilde, fit reconstruire ce monastère et nomma, en l’an 656, pour abbesse, la religieuse Bertiltia ou Bertilana. L’église fut consacrée en l’an 662. Deux ans après, l'évêque de Paris, Sigoberrandus, voulut dicter des lois dans cette abbaye dont il se croyait le maître ; les gardes de la reine, qui voulaient aussi de leur côté dicter des lois plus douces aux saintes filles du monastère, se mirent en lutte ouverte avec l’évêque ; il les voulut braver, ils le tuèrent. On voit avec surprise, dit un historien qui aimait la satire, un monastère protégé par des gardes de la reine, qui dans leur zèle vont jusqu’à tuer l'évêque.

Des moines, trouvant le lieu bien choisi, vinrent fonder un couvent à côté du monastère. Selon une vie de sainte Bathilde, la même église et le même cloître servaient aux religieuses et aux moines. En effet, pourquoi ne pas faire son salut en si bonne compagnie ?
Cette abbaye ne fut jamais guère habitée par Dieu lui-même, du moins l’Esprit-Saint n’a jamais été l’esprit de cette retraite. On y venait moins pour faire vœu d’humilité que pour y retrouver l’éclat et l’orgueil du monde. Les plus beaux noms de la France féodale ont illustré cette abbaye. Ainsi, Giselle, sœur de Charlemagne ; Charlemagne lui-même y vint souvent prier et se distraire. Une de ses filles fut abbesse de Chelles ; Hegiwich, mère de l’impératrice Judith, dirigea aussi cette maison. Enfin ses abbesses étaient toutes veuves, sœurs ou filles du roi. C’était le couvent à la mode ; quand on n'était pas reine de France, on voulait être abbesse de Chelles. Aussi, je ne répondrais pas du salut de toutes ces belles pénitentes qui manquaient souvent la messe pour la chasse, et qui se levaient toujours trop tard pour aller à matines. Mais les femmes n’ont pas été mises sur la terre pour y faire leur salut.
Les pénitentes de Chelles pouvaient-elles oublier le monde dans ce couvent, qui n’était séparé du palais des rois de France que par un mur mitoyen. D’un côté le paradis, de l’autre côté l’enfer, du moins en perspective. D’un côté du mur, les joies austères de l’extase, les couronnes d’épines, les lis sans parfum du rivage sacré ; de l’autre côté, Satan, ses pompes et ses œuvres, les plaisirs bruyants et les folles équipées. Un jour, cela pouvait-il être autrement, le mur mitoyen tomba en ruines.
Le roi Louis le Bègue, qui laissait à d’autres les ennuis de la couronne, avait coutume de se promener dans l’abbaye de Chelles, à peu près comme le roi Louis XV se promenait dans le Parc-aux-Cerfs. Un jour, devenu éperdument  amoureux d’une nonne de seize ans, il l’enleva résolument par-dessus le mur mitoyen ; ce fut une brèche irréparable : le roi avait fait tomber la première pierre ; un seigneur du palais fît tomber bientôt la seconde ; six semaines après le premier enlèvement, le mur mitoyen n’existait plus, près de cinquante religieuses avaient passé du cloître à la cour.

Le mur de l'abbaye de Chelles - Reproduction © Norbert Pousseur
Où l'on voit la procession de moines accueillir celle, joyeuse des religieuses


Il y avait un autre mur mitoyen qui séparait les religieuses des moines ; peu d’années après les scandales de la cour, le second mur mitoyen menaça aussi de tomber en ruines ; il faut dire, à la louange des religieuses, que les moines étaient pour la plupart d’aimables jeunes seigneurs sans fortune, qui s’étaient voués au célibat à cause du voisinage. Les hôtes des deux couvents vivaient en si parfaite intelligence, que les moines mangeaient les confitures faites par les religieuses. Ce n’est pas tout, ils allaient ensemble en pèlerinage dans la forêt. On voit qu’il était impossible de vivre dans la paix du Seigneur à l’abbaye de Chelles, dans ce voisinage de la cour et des moines. A la fin de la seconde race et au commencement de la troisième, les plaids, les synodes, les conciles tenus au palais, troublèrent encore la profonde solitude au couvent. L’évêque de Paris et l’abbé de Saint-Victor tentèrent de réformer le couvent. Après quelques vaines tentatives, ils y allèrent eux-mêmes pour y prêcher l’amour de Dieu et la haine du démon. A leur retour, ils furent assaillis dans la forêt par d’honnêtes gens qui n’avaient pas trouvé leur compte au sermon. L’évêque de Paris s’échappa, mais l'abbé de Saint-Victor fut assassiné.

Après le roi Robert et la reine Constance, le palais tomba en ruines ; les religieuses ne furent pas encore délivrées du démon : d’abord les seigneurs du pays se mirent en devoir de battre en brèche le couvent. En 1358, ce fut le tour des Anglais ; épouvantées de leur désordre, les religieuses s’enfuirent à Paris. Elles revinrent bientôt ; mais les Anglais recommencèrent le siège du couvent, une seconde fois elles furent chassées à Paris. La belle Alix de Passy était alors abbesse. Où allaient les religieuses à Paris ? Grande question que plus d’un historien a cherché à résoudre. Jehanne de la Forêt, une Madeleine repentante du XIVe siècle, réunit le troupeau dispersé et le ramena au bercail.
Ce fut sous Jehanne de la Forêt que se passa cette histoire :

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LA FONTAINE DE JACQUELINE AUX CHEVEUX DOR.

En ce temps-là  près de l’abbaye, était une fontaine.
Une petite fontaine qui coulait, coulait, coulait dans l’oseraie, l’ajonc et l’herbe fleurie.
Dans la fontaine, un grand saule baignait ses cheveux verts ; sous le grand saule Jacqueline venait tous les soirs, à l’heure où les fleurs de nuit ouvrent leur calice.
Jacqueline ne venait pas sous le grand saule pour boire à la fontaine.
Car à l’heure où les fleurs de nuit ouvrent leur calice, son ami Pierre était sous le grand saule. Son ami Pierre, un forgeron du pays, le beau forgeron au regard fier et doux.
Tous les soirs ils cueillaient de la même main des petites fleurs bleues qui émaillaient les bords de la fontaine.
Et quand les fleurs étaient cueillies, l’ami Pierre les baisait et les cachait dans le sein de la belle Jacqueline.
Ah ! jamais sous le ciel où est Dieu, jamais on ne s’était aimé avec une pareille joie.
Quand Jacqueline arrivait sous le grand saule, il devenait pâle comme la mort. Ami, disait-elle, jure-moi d'aimer ta Jacqueline aussi longtemps que coulera la fontaine.
A quoi l’ami Pierre répondait : Aussi longtemps que coulera la fontaine, aussi longtemps j’aimerai la belle Jacqueline aux cheveux d’or.
Il jura, mais un jour elle se trouva seule sous le grand saule.
Elle cueillit des petites fleurs bleues en l’attendant ; mais il ne vint pas cacher le bouquet dans la brassière rouge.
Elle jeta les fleurs dans la fontaine, et elle s’imagina que la fontaine pleurait avec elle.
Le lendemain, elle vint un peu plus tôt et s’en alla un peu plus tard.
Elle attendit ; les rossignols chantaient dans les bois, les bœufs mugissaient dans la vallée.
Elle attendit ; la cloche de l’abbaye sonna l’Angélus, la meunière de Nogent chantait sa joyeuse chanson.
Huit jours encore Jacqueline vint. « C’est fini, dit-elle, c’est fini ! » Elle alla frapper à la porte de l’abbaye : c'est une pauvre fille qui veut n’aimer que Dieu.
On coupa ses beaux cheveux d’or, on renvoya à sa mère sa brassière rouge et son anneau d’argent.
Cependant, il revint, lui, le forgeron. « Où es-tu, Jacqueline ? Jacqueline, où es-tu ? La fontaine coule toujours, voilà l’heure où les pigeons blancs s’en vont au colombier, l’heure où les fleurs de nuit ouvrent leur calice. Où es-tu, Jacqueline, où es-tu ? »
L'ami Pierre vit un jour passer Jacqueline sous la robe noire des religieuses.
« Pauvre Jacqueline, elle a perdu ses cheveux d’or !
Il s’approcha d’elle : « Jacqueline ! Jacqueline ! qu’as-tu fait de notre bonheur ? Pendant que j’étais prisonnier de guerre, te voilà descendue au tombeau. Jacqueline ! Jacqueline ! que ferai-je à ma forge sans toi ?
« Toi qui m’aurais donné ton cou pour reposer mes bras, ton front pour embaumer mes lèvres ;
« Toi qui m’aurais donné des petits enfants jolis comme des anges pour égayer le coin de mon feu.
« Je les voyais déjà en songe jouant avec leurs petits pieds roses et souriant au sein de leur mère.
« Adieu, Jacqueline ! j’irai ce soir dire adieu à la fontaine, au grand saule, aux petites fleurs bleues.
« Et quand j’aurai dit adieu à tout ce que j’ai aimé, je couperai un bâton dans la forêt pour m’en aller en d’autres pays. »
Le soir, quand l'ami Pierre vint à la fontaine, le soleil argentait d’un pâle rayon les branches agitées du saule.
C’était un jour de chasse, l’aboiement des chiens et le hallali des chasseurs retentissaient gaiement sur la Marne.
Quand l’ami Pierre arriva sous le grand saule, il tressaillit et porta la main à son cœur.
Il avait vu une religieuse couchée dans l’herbe, la tète appuyée sur la pierre de la fontaine.
« Jacqueline ! Jacqueline ! » dit-il en tombant agenouillé.
L’écho des bois répondit tristement : Jacqueline ! Jacqueline !
Il la souleva dans ses bras avec effroi et avec amour.
« Adieu, mon ami Pierre, lui dit-elle doucement ; depuis que je suis à prier Dieu dans le couvent, je me sens mourir d’heure en heure.
« Je suis morte, ami ; si mon cœur bat encore, c’est qu’il est près du tien.
« J’ai une grâce à te demander : tout à l'heure, enterre-moi ici, je ne veux pas retourner au couvent, où l’on a le cœur glacé.
« Enterre-moi ici, mon ami Pierre, j’entendrai encore couler la fontaine et gémir les branches du saule.
« Dans les beaux soirs du mois de mai, quand le rossignol chantera ses tendresses, là-bas dans les bois, je me souviendrai que tu m’as bien aimée. »
Quand elle eut dit ces paroles, il s’écria : « Ma belle Jacqueline est morte. » La lune qui s’était levée au-dessus de la montagne vint éclairer la fontaine d’une douce et triste clarté.
Pierre reprit son amie dans ses bras, lui disant mille paroles tendres, croyant toujours qu’elle allait lui répondre.
Elle ne l’écoutait plus. Qu'elle était belle encore en penchant sa pâle figure sur l’épaule de l’ami Pierre.
Durant toute la nuit il pria Dieu pour l'âme de sa chère Jacqueline, tantôt à genoux devant la trépassée, tantôt la pressant sur son cœur.
Au point du jour il creusa une fosse tout en sanglotant. Quand la fosse fut profonde, il y sema de l’herbe toute brillante de rosée.
Sur le lit funèbre il coucha Jacqueline pour l’éternité ; une dernière fois il lui prit la main et la baisa.
Sur Jacqueline il jeta toutes les fleurs sauvages qu’il put cueillir au bord du bois et de la prairie.
Sur les fleurs sauvages il jeta de la terre, terre bénite par les larmes.
Il s’éloigna lentement. Les religieuses à leur réveil entendirent les sanglots de l’ami Pierre.
Depuis ce triste jour, jamais le forgeron n’a battu le fer à la forge.
Depuis ce triste jour, Jacqueline a dormi au bruit de la fontaine, bruit doux à son cœur.
Dans les soirs du mois de mai, quand le rossignol chante ses tendresses, là-bas dans les bois, elle se souvient que l’ami Pierre l’a bien aimée.
Et l’on voit tressaillir les petites fleurs bleues qui parsèment sa fosse toujours verte. Ici finit I’histoire de l’ami Pierre et de la belle Jacqueline.

La fontaine de Jacqueline aux cheveux d'or - Reproduction © Norbert Pousseur
Illustration accompagnant l'histoire de la fontaine de Jacqueline aux cheveux d'or

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Au commencement du XVe siècle, après avoir subi les éclats du tonnerre, les ravages du luxe, les fureurs de la guerre, l’abbaye tomba en ruines : l’abbesse se fit enlever à temps ; il ne resta dans l’enceinte du couvent que quinze religieuses qui bientôt furent réduites à aller mendier leur pain et leurs vêtements dans les pays voisins. Celles-là souffrirent assez pour expier tous les péchés des autres. Dans le même temps, en 1429, les Armagnacs, rencontrant une bande d’Anglais à Chelles, leur firent aussi expier le crime commis à l’abbaye par leurs compatriotes dans le siècle précédent.
Cependant le couvent se repeupla, mais non pas encore pour Dieu. Une belle convertie de la veille, qui devait pécher le lendemain, Elisabeth de Prollye, prit le titre d’abbesse. Le couvent redevint une cour de galanterie. L’évêque de Paris parla de réforme. Elisabeth de Prollye lui répondit qu'on ne réformait pas les cœurs. L'évêque ne se tint pas pour battu ; il envoya à l'abbaye un prédicateur célèbre, le cordelier Olivier Maillard, dont les sermons cyniques ont servi de modèle à Garasse et à ses pareils. « Mes sœurs, s’écria le cordelier dans le chœur de l’église, si je ne vous connaissais, je dirais : Le Seigneur est avec vous ; mais comme je vous connais, je dis : Le diable habite vos cellules. Vous avez pris le masque de la dévotion, mais vous avez porté dans la retraite toutes les passions criminelles. Vous vous dites des filles de Dieu, et vous n’êtes que des filles de joie. » Quand le prédicateur en fut là de sa péroraison, un grand éclat de rire retentit dans l’église. Sur un signe de l’abbesse, toutes les religieuses se dispersèrent dans les promenades de l'abbaye. Le cordelier, ne voulant pas prêcher, comme saint Jean, dans le désert, retourna à Paris dire à l’archevêque qu’il désespérait du salut des Madeleines de Chelles.

Renée de Bourbon ramena la vertu à l’abbaye. Une fille de Henri IV, Henriette de Bourbon, lui succéda comme abbesse. Enfin, ce fut le règne de Louise-Adélaïde d’Orléans, duchesse de Charolais, la plus belle et la plus aimable de toutes les abbesses. Sa grand-mère, Élisabeth-Charlotte, fait ainsi le portrait de la fille du régent. Après avoir vanté sa beauté, parlé de ses talents pour la danse et pour la musique, elle ajoute : « Elle convient mieux au monde qu’au couvent. C’est une folie qui s’est plantée dans sa tête, le diable y perdra-t-il ? Elle a pourtant de vrais goûts de garçon : elle aime les chiens, les chevaux et les cavalcades. Toute la journée elle manie la poudre, fait des fusées et autres feux d’artifice. Elle a une paire de pistolets avec lesquels elle tire sans cesse ; elle n’a peur de rien au monde ; elle n’aime rien de ce qui plaît aux femmes, voilà pourquoi je ne saurais m’imaginer qu’elle soit bonne religieuse. » Louise d’Orléans ne tint compte d’aucune remontrance, elle persista dans cette idée singulière. On déposséda Agnès de Villars pour donner le titre d’abbesse à la fille du régent. Elle transporta à l’abbaye l’Opéra tout entier, voulant sans doute servir Dieu avec toutes les pompes du démon. Elle mit en œuvre les fêtes galantes de Watteau ; mesdemoiselles Prévost, Sallé et Camargo vinrent pirouetter dans les prairies du couvent, déguisées en bergères ou en naïades. La célèbre abbesse, déguisée elle-même, comme on le voit à ses portraits, se mêlait à la fête ou partait résolument sur un cheval indompté pour une chasse bruyante à travers les bois. La cour de France se retrouva à Chelles dans toute sa poésie galante et légère. L’abbé Prévost, dans son roman allégorique : Les Aventures de Pomponius, qui est I'histoire et la satire des premiers temps du XVIIIe siècle, a voulu peindre le couvent de Chelles quand il a parlé des vestales romaines. L’abbé Prévost avait-il raison, quand il a dit que les vestales de Chelles laissaient toutes éteindre le feu sacré à l’autel de Vesta, pour l’allumer dans leur cœur et s’aimer entre elles ? Les charmantes profanes !

A ce tableau sans nom, que le peintre Kiustech a reproduit sur les tabatières des roués, finit I'histoire de Chelles. Dirai-je que là, comme ailleurs, la Révolution s’est montrée sévère et même aveugle ? Tous les tableaux furent brûlés, tous les monuments sépulcraux furent détruits, rien n'est resté des tombeaux du roi Clotaire et de la reine Bathilde. L’abbaye n’est plus qu’une ruine sans grandeur et sans majesté : un pan de mur, des chapiteaux dispersés qui servent de bornes, des statues de mauvais style gothique transportées dans l'église du village, voilà aujourd’hui tout ce qui rappelle que les plus belles et les plus folles princesses, celles qui ont fait la joie, l’éclat et la terreur de la cour de France, depuis Frédégonde jusqu’à Louise d'Orléans, ont aimé et prié là ! Pour épitaphe de cette abbaye à jamais célèbre dans I’histoire, on pourra écrire ce mot de Fontenelle : L'amour a passé par là. Mais partout où l’amour a passé, ne peut-on pas écrire aussi : Dieu a passé par là ?

 

Chelles vers 1860 - Reproduction © Norbert Pousseur
Le village de Chelles vers 1860, vue de la route de Lagny
(du même point de vue que celui de la photo de l'église St André)

 

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Les deux article suivants sont extraits du Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, par Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, édition de 1779 (collection personnelle).

CHELLES. Bourg de l'île de France, à quatre lieues à l’est de Paris, près de la Marne, avec une célèbre Abbaye de Bénédictines, fondée en 660.
Ce fut dans cette terre, que se retira le Roi Chilpéric, au sortir de la forêt de Cuisse, après la mort de deux de ses fils, et qu’il fit venir de Brennacum son fils Clovis qui restait. Ce fut dans le même lieu, qu’au retour de la chasse, il fut tué en descendant de cheval. C’est  de là que ses trésors, entre autres le grand bassin d’or du poids de cinquante livres, fut enlevé par les Trésoriers, et porté à Meaux, où était le Roi Childebert, son neveu, avec les faux traités fabriqués par Gilles, Evêque de Reims, tout cela dans les années 580 et 584.
On voit sur la porte d’une certaine Ferme située dans le Village, derrière les murs de l’Abbaye, vers le levant, deux tourelles, qui lui ont fait donner le nom de Palais des Tourelles ; ces petites tours sont un reste du Palais du Roi Chilpéric, bâti il y a 1200 ans.

On voit dans le Monastère de Chelles et dans la première cour, un portail, qui a pu être détaché de l’Eglise, où il paraît avoir été conservé de l’ancienne du IXe. siècle, lorsqu'on  la rebâtit dans le XIIIe. Il y a apparence que pour ne pas perdre ni gâter l'architecture de ce portail, on le transporta où il est aujourd’hui, de même que l’on a vu celui de l’Abbaye de Nelle-la-Reposte du diocèse de Troie transporté à Villenoce, dans le siècle dernier. Ce portail est tout  à fait en demi-cercle, ou anse de panier. Ce demi-cercle est subdivisé en deux. Dans l’un, le sculpteur paraît avoir voulu représenter les travaux des hommes durant chaque mois ; et à l’autre, les 12 signes du Zodiaque. Celui des poissons est très-facile à remarquer. Le tout est orné de cordons entrelacés. Au reste, l’ouvrage de ce portail peut n’être que du Xe ou XIe siècle : on en trouve ailleurs de semblables dont on sait l’époque.

La grande Eglise qui subsiste sous le titre de Notre-Dame est un édifice gothique, en forme de croix, terminée comme les autres Églises eh demi-cercle, du côté de l’orient. Ce qu’il y a de singulier dans la croisée, est que les pignons qui la ferment, tant celui du midi, que celui du septentrion, ne sont point en droite ligne, mais sont bâtis obliquement.
Ce bâtiment a une aile qui règne des deux côtés, et qui fait le tour du Sanctuaire. Il est embelli de galeries à l'antique, d’un gothique grossier. Les vitrages sont colorés comme ceux de l’Abbaye de Saint-Denis, ou autres Eglises du XIIIe siècle, c'est-à-dire d’un rouge très-foncé. La nef sert de choeur aux Religieuses, comme dans toutes les grandes Abbayes. Dans le côté septentrional de la croisée, est une Chapelle, dite de Saint-Eloi où de Saint-Benoît, où l'on voit près de l’autel, à la corne du lavabo, une tombe élevée de plus de deux pieds ; que l’on dit couvrir l’ouverture d’un caveau, dans lequel est le tombeau du Roi Clotaire III, fils de Sainte Bathilde, mais qui porte plusieurs marques de nouveauté. Cette tombe est de pierre carrée oblongue, et non taillée, comme les anciens tombeaux plus étroits aux pieds qu’à là tête. Le Roi qui y est gravé, a la tête vers l’orient et les pieds étendus vers le couchant, et par-dessous est figuré un lion. Il a son sceptre en la main droite, et il pose la gauche sur l’agrafe de son manteau. L’écriture qui est autour de la tombe, commence à son pied droit ; et finit à son pied gauche : elle est en caractères gothiques capitaux d’environ la fin du XIIIe  siècle. Dom Martene dit y avoir lu : Hîc jacet Clotharius Balchildis Reginae filius (ici gît Clothaire, fils de la reine Bachilde). Il a paru à M. l’Abbé le Bœuf  qu’il y avait Baolthildis. On a eu soin de mettre à la tête de cette sépulture, un tableau écrit en petit gothique d’environ 200 ans ; qui explique plus au long l’inscription Latine, mais dont la date n’est pas juste.

On conserve parmi les manuscrits de l’Abbaye de Sainte Geneviève à Paris, un Livre d’Office écrit au XIIe siècle, au plus tard, à l'usage du Monastère de Chelles, par lequel il paraît que les plus grandes solennités étaient suivant le rit du Diocèse. Le chant de ce Livre est sans clef et sans lignes ; ce qui en montre l’antiquité.
Il y avait auprès du Monastère de Filles un Couvent d’hommes, suivant l’ancien usage ; et il est vraisemblable que ce fut l’Oratoire de St. Georges, substitué par Sainte Batbilde à l’ancienne Basilique de ce Martyr, que Sainte Clotilde avait construite, qui servit d’Eglise aux Moines qui célébraient les Messes des Religieuses, etc. Mais ces Religieux sécularisèrent par la suite, ou bien l’Abbesse ne voulut plus avoir que des Prêtres Séculiers. Il est certain qu’au commencement du XIIIe siècle, cette Église de Saint-Georges était sur le pied d’une Paroisse, puisqu'en 1203, on se servait du terme de Paroissiens de Saint-Georges, et qu’il fut réglé alors que le Curé de Saint-André du bourg de Chelles ne pourrait obliger ces Paroissiens de venir à son Église.
Le Clergé de l’Eglise de Saint-Georges, du temps de l’Abbesse Mathilde de Nanteuil, qui siégea depuis 1250 jusqu’en 1274, était amovible à sa volonté, sans en excepter le Chefcier ; et dans ce même temps, ces Ecclésiastiques se qualifiaient de Chanoines. La suite fait voir qu’ils furent érigés en espèce de Chapitre, puisqu’on trouve qu’en l’an 1474, il fut fait une permutation de la Cure de Montevin, contre un Canonicat (Canonicatus) de Saint-Georges de Chelles, etc. L’Ordonnance, par laquelle Etienne Poncher, Evêque de Paris, en fit la suppression le 13 juillet 1513, les qualifie tels. Ce Prélat mit en leur place six Moines réformés ; ce que le Roi Louis XII confirma. Ces Religieux allèrent jusqu'à prendre des Novices qui faisaient profession parmi eux.
Par la suite, vers l’an 1600, L'abbesse Marie de Lorraine prit pour ses Chapelains des Bénédictins Anglais, du nombre desquels fut le savant Walgrave, Quelques années après, ces Bénédictins s’étant retirés, les Ermites de Saint-Augustin leur succédèrent, à la faveur apparemment d’un Couvent qu’ils ont au bout du pont de Lagny. Enfin, Madeleine de la Meilleraye, Abbesse, obtint que ce fussent des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, qui fissent les fonctions spirituelles dont son Couvent, et ils y furent admis le 1 mai 1637. Tels furent les différents sorts de l’Eglise de Saint-Georges de Chelles, dont les Bénédictins occupent le fond du côté de l’orient, qu’ils qualifient d’Eglise de Sainte-Croix, et où ils font leur Office en particulier : la partie antérieure ou occidentale sert de paroisse sous le véritable titre de Saint-Georges : il y a des Fonts-baptismaux, et  un Curé, Prêtre Séculier.

Dans le côté méridional de cette petite Église paroissiale, est proche l’autel au-dessous d’une trappe, un escalier, par lequel on descend dans un caveau situé sous le chœur des Religieux, où l’on voit le tombeau de Sainte Bathilde, d’une pierre brute, rude et non polie, même en dedans ; et pour en conserver la mémoire, on a mis au-dessus du côté de la rue une inscription qui en avertit, datée de l’an 1690.
Saint André est le nom de l’Eglise paroissiale des habitants. Elle se trouve aujourd’hui toute à l’extrémité du lieu, et même comme dehors, sur la route de Lagny, parce que les maisons qui faisaient la liaison avec le gros du Bourg, ont été abattues ou brûlées. Cette Église est située sur une petite éminence. La simplicité des chapiteaux des piliers du chœur, désigne qu’elle a été bâtie sur la fin du XIIe, siècle au commencement du règne de Philippe-Auguste. Cet édifice n’est revêtu d’aucun ornement de sculpture, et l’on n’y trouve rien à remarquer. Par un accord du 18 juillet 1442, entre l’Evêque de Paris et Laurent Pasté, Curé de Saint-André, la Cure est déclarée être à la pleine collation épiscopale.

Le territoire de Chelles, outre une grande prairie, contient aussi une grande plaine de terres labourables, sans celles qui sont sur les coteaux, avec quelques vignes.
Au sortir de Chelles, en venant à Paris, on trouve dans les prés, vers le couchant, une croix de pierre de cent ou deux cens ans, que l’on appelle la Croix Sainte-Bauteur. On croit dans le pays que c’est là que fut tué un de nos Rois, ce qui ne pourrait convenir qu’à Chilperic ; mais quel rapport entre cet événement et le nom de Sainte Beauteur ou Bathilde, donné à la croix qu’on y voit ? Aussi le peuple accompagne- t-il ce récit de fables, comme d’apparitions d’esprits, etc. Il vaut mieux s’arrêter à un fait, qui est beaucoup plus récent, et qui est très-certain : c'est que ce fut dans la plaine de Chelles, du côté de Lagny, qu’en 1590, sur la fin d’août, le Maréchal de Biron jugea qu’il était à propos de porter l’armée du Roi Henri IV, envoyée pour empêcher que ceux de la Ligue ne prissent Lagny ; et cela, parce qu’elle y serait maîtresse de la Marne, et que s’étendant à gauche vers la forêt de Livry, elle boucherait le passage aux troupes conduites par le Prince de Parme.

Charles VI, par des Lettres-patentes données à Paris le 17 mars 1411, permit aux habitants de Chelles qui s’offraient de fortifier ce Bourg, d’y faire des fossés, des murs et des portes.
Il y a deux Foires, l'une le jour de Sainte Bathilde, le 30 de janvier ; et l’autre le jour de la Madeleine, que l’on dit être une Foire franche. On dit qu’il y a aussi un Marché franc tous les mercredis, et d’autres disent tous les premiers mardis de chaque mois.
Au milieu de la place ou grande rue du bourg de Chelles, se voit une échelle de bois destinée à servir de supplice aux criminels. Elle est détachée de tout édifice, fort élevée et fort grande. Les échelons font en forme de degrés d’escalier, et ne sont point à jour. Au haut de cette échelle, il y a deux planches, qui sont échancrées au milieu et des deux côtés. On lève la planche supérieure, et on met dans l’échancrure, qui est au milieu de l’inférieure, la tête du criminel, et ses deux mains dans les autres échancrures : on rabaisse ensuite la planche supérieure, en sorte qu’il se trouve la tête et les mains prises, et on l’expose en cet état durant quelque temps à la vue du public. Ce supplice, qui ressemble à celui du pilori, était autrefois assez commun. Une semblable échelle a donné le nom dans Paris à un lieu qu’on nomme encore l'échelle du Temple, et qui était au coin de la rue des vieilles Haudriettes, à droite, en entrant dans la rue du Temple. Cette échelle dépendait de la Justice du Temple.

Nous ne devons pas oublier un célèbre Architecte du XIIIe, siècle, nommé Jean de Chelles, du nom de sa patrie. Il est connu à Paris pour y avoir construit le côté méridional de la croisée de l'Eglise de Notre-Dame, ou au moins le portail de ce côté-là. Il fut commencé en 1257 : Kallensi latomo vivente Johanne Magistro, ainsi que porte l’inscription qui s’y voit en lettres de relief. Quoique petite, elle est accompagnée dans un des côtés, d’une tour surmontée d’une flèche. Le Seigneur est gros-Décimateur, avec l’Abbaye de Malnoue. Il y a en ce lieu deux Sœurs de la Charité, fondées par la Présidente Viole. En  I661, les seigneuries, de Guermantes et de Chemin étaient réunies dans la famille des Viole ; en sorte que le Président de ce nom se qualifiait Seigneur de Guermantes ci-devant dit le Chemin ; et il est dit, dans les Mémoires du Maréchal, du Plessis, que vers 1656, la terre du Chemin appartenait au Président Viole, et que Louis XIV et sa mère y couchèrent.

 

ABBAYE (l’) de Chelles, Cala, Ordre de Saine Benoît, rapporte ses commencements à Sainte Clotilde, femme du grand Clovis, laquelle y fit bâtir une chapelle dédiée à Saint Georges, avec quelques cellules pour des Religieuses ; mais Sainte Bathilde, femme de Clovis II et mère de Clotaire III, après avoir quitté la régence du Royaume, changea cette chapelle en une grande Église, et les cellules en un monastère d’une juste étendue.

Les Religieuses de cette Abbaye, quoique de l’Ordre de Saint Benoit, ont cependant été habillées de blanc jusqu’en 1614, qu’elles prirent l’habit noir. Dubreuil, dans ses Antiquités de Paris, prétend que le nom de cette Abbaye lui fut donné d’une vision qu’eut Sainte Bathilde pendant son sommeil ; elle crut voir devant l’autel de Notre-Dame, une échelle dressée dont le haut touchait jusqu'au ciel, et quelle montait par cette échelle au milieu d’un cortège d'Anges : en mémoire de quoi, ajoute-t-il, les armes de cette Abbaye sont une échelle accostée de deux fleurs de lys.

L’Abbaye de Chelles ne prend point son nom de la prétendue vision de Sainte Bathilde. Le terrain sur lequel elle est située, portait celui de Chelles longtemps auparavant, et il lui est commun avec plusieurs autres endroits. En effet, on appelait Kala ou Cala les terrains que nos Princes faisaient défricher dans les bois pour y construire des maisons de plaisance, ou des repos de chasse. Cala, dit du Cange, se dit pour Tala ; du mot Saxon, Talon qui signifie, couper, abattre ; de là vient peut-être le mot français tailler : telle est l'origine du nom de Chelles, resté à un terrain, qui dès la première race de nos Rois avait été choisi pour un lieu de repos dans les parties de chasse qu’ils faisaient dans les bois au nord de la Marne.

Il y a trois ou quatre autres villages ainsi appelés par la même raison. Il paraît par la vie de Sainte Bathilde que le monastère de Chelles était double, c'est-à-dire, qu’il y avait deux Communautés, l’une de Filles et l’autre de Moines qui en avaient la direction. On y voit un tabernacle d’argent massif. La grille du chœur faite par Pierre Denys, ouvrier des beaux morceaux de serrurerie qu’on admire à Saint Denis, est un chef-d’œuvre. On y conserve le calice de Saint Eloy, dont la coupe est d’or émaillé, et a près d’un demi pied de profondeur et autant de diamètre, etc.

Le rang que Sainte Bathilde avait tenu dans le monde et plus encore la sainteté, donnèrent un grand éclat à ce monastère, et y attirèrent plusieurs filles de grande qualité, et des princesses tant du royaume que des pays étrangers. Gisèle, sœur de l’Empereur Charlemagne, fut de ce nombre; et Hegilvide, mère de l’Impératrice Judith, préféra la qualité d'Abbesse de Chelles aux titres brillants qu’on lui offrait. Nous y avons vu de nos jours une Princesse du sang le plus auguste, Marie-Adélaïde d’Orléans, fille de S. A. R. M. le Duc d’Orléans, Régent du Royaume, sous la minorité de Louis XV. Elle y prit l’habit de religieuse le 30 mars 1717, par les mains de M. le Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris. Cette princesse fit distribuer ce jour là à chaque Religieuse vingt livres de bougies, vingt livres de café, vingt livres de chocolat, et une livre de thé, et du sucre à proportion. Elle était née en 1698, et mourut le 19 février 1743, En 1561, les Religieuses de cette Abbaye furent obligées à cause des troubles du temps, de se retirer au monastère de Saint-Germain-des-Prés. Elles chantaient leur office dans la belle chapelle intérieure de Notre-Dame, que l’on voit dans cette Eglise.
Il y a actuellement trois Eglises dans l’enceinte de ce monastère.

 

 

 

 

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