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Les villes à travers les documents anciens

 

Sète (anciennement CETTE), dans l'Hérault

 



Sète vers 1850 - reproduction © Norbert Pousseur
Sète vers 1850 par Lebreton

 

Extrait du dictionnaire universel de France de Robert de Hesseln - 1771

CETTE ou Port Saint-Louis, ville & port de mer dans le bas Languedoc, sur la Méditerranée, au midi de au devant d’Agde ; diocèse & recette de cette ville, gouvernement de place, siège d’une viguerie, d’un grenier à sel, d’un bureau pour les cinq grosses fermes, & d’une amirauté générale, ayant titre d’Amirauté de Montpellier à Cette, parlement de Toulouse, généralité de Montpellier, intendance de Languedoc.

Cette ville doit son origine à un hameau de même nom, qui est à un quart de lieue de la ville, & qui subsiste encore. il y a environ cent ans qu’elle est bâtie, & l ’on y compte près de 6000 habitants, qui augmentent tous les jours, à cause des franchises & des privilèges dont ils jouirent. La capitation est le seul impôt qu’ils paient au roi. Les artisans de cette ville y obtiennent la maîtrise sans être sujets à aucune sorte de charge. Les étrangers qui veulent s’y établir, sont réputés habitants de la ville après un an & un jour de domicile dans ce lieu. Les seules charges auxquelles les habitants de Cette soient sujets, outre la capitation, c'est un droit de deux deniers sur la livre de viande, & de 20 sols sur chaque muid de vin qui se débite dans la ville ; quant à celui qu'on embarque pour l’exportation, il n'est sujet à aucun impôt. La communauté a obtenu du roi la permission d’imposer ces petits droits pour subvenir aux frais que coûtent le logement de l'état major, & l’entretien d’un corps de garde, auxquels elle est tenue de pourvoir.
L'état major de cette ville est composé d’un lieutenant de roi, d’un major, d’un aide-major, d’un commissaire d’artillerie, & d’un garde-magasin.

Il n’y a à Cette qu’une seule paroisse pour toute la ville, & une chapelle de pénitents blancs.
C'est l’évêque d’Agde qui est le seigneur de la ville. Il en est aussi le prieur; & en cette qualité, il retire des droits de dîme: comme seigneur, il lui revient des droits de taxe. Ces droits sont affermés 3250 livres, 50 livres de café, & 150 livres de sucre.

La justice, que l’évêque d’Agde a établie à Cette, en qualité de comte & seigneur de cette ville, est composée d'un viguier, de son lieutenant, d’un procureur juridictionnel, & d’un greffier.

C'est sous le règne précédent qu’on a creusé un port à Cette, où le fond est de fort bonne tenue, & où les bâtiments sont bien à couvert par le cap de Cette. Pour les mieux garantir, on a prolongé ce cap par une jetée, au bout de laquelle est un beau fanal. Une autre jetée, bâtie de l’autre côté, forme, avec la première, le port qu’on voit aujourd’hui. Cependant, malgré ces jetées & bien d’autres précautions prises de toutes les façons, la mer, lorsqu’elle est agitée, verse quantité de sable dans le port, qui serait bientôt comblé, sans un bon fonds établi par la province, pour l'entretenir toujours à 14 ou 15 pieds de profondeur. Ce port n’est proprement que pour les galères & les petits bâtiments, qui y sont bien à couvert. C'est en ce lieu que commence le fameux canal de Cette, ou le canal royal de Languedoc, qui se rend dans la Garonne à Toulouse.

La ville de Cette a une raffinerie de sucre, qu’y établirent, en 1717, les négociants de Montpellier, auxquels la province a accordé quelques avantages, pour les encourager à faire fleurir ce nouvel établissement, & pour les mettre plus en état de subvenir aux frais des bâtiments qu’il a fallu faire, tant à Cette qu’aux îles de Saint-Domingue & de la Martinique. En 1721, ces mêmes négociants établirent une manufacture de savon ; le roi leur accorda les mêmes privilèges, dont jouissent les manufactures royales, & le droit de committimus au sénéchal de Montpellier, pour toutes les affaires concernant cette même manufacture.
Le principal commerce des habitants de Cette, consiste en sardines salées, dont ils fournissent les provinces voisines.

 

Sète vers 1850 - reproduction © Norbert Pousseur
Sète en 1848 par Morel Fatio

 

Extrait de l'Histoire des villes de France d'Aristide Guilbert - 1859

Cette est une ville toute moderne : son origine, à proprement parler, ne date que du règne de Louis XlV. Velleius Paterculus parle, il est vrai, d'une colonie de Cette (Colonia Setia), que les Romains établirent, 115 ans environ avant notre ère, dans la partie nord de la presqu'île, du côté de Balaruc, et plusieurs vestiges d'antiquité viennent à l’appui de son assertion; mais il ne paraît point qu'elle fût très-importante, puisque tous les monuments postérieurs, ainsi que les chartes du moyen âge, ne mentionnent jamais que la montagne même au pied de laquelle la ville actuelle a été bâtie en amphithéâtre. Il n’est pas, au surplus, un géographe ancien qui ne fasse mention du promontoire de Cette : Mons Sigius ou Setius, du grec Eiylov ou Eetlov opos, mots dont les Phocéens de Marseille se servirent, les premiers, sans doute, pour indiquer le cap, la côte et la presqu’île. La montagne de Cette, bien qu'elle n’ait que cent huit mètres d'élévation, devait avoir un grand intérêt pour les navigateurs. Quand on vient, en effet, de la mer d'Italie, ce cap, détaché de ceux d'Agde, de Sigean et de Fabrègues, s'offre au regard, à l’ouest du golfe du Lion, et comme isolé de tout le reste du continent; sa forme même sert à le reconnaître, car il ressemble à la tente d’une galère.

Nous laisserons de côté les longues dissertations auxquelles se sont livrés les étymologistes, et les titres nombreux qu'ils ont cités en preuves, pour substituer une lettre s au c dans le nom de Cette : il est évident que la racine grecque et latine leur donne raison; néanmoins, l’usage du c a prévalu. Bernard Guido, auteur du XIVe siècle, est le premier qui ait employé le c, mais avec un seul t (Cète). Quoi qu'il en soit, la presqu'île de Cette appartenait, dès le commencement du IXe siècle, à l'abbaye d'Aniane, comme en fait foi une charte de Louis le Débonnaire, en date de l'an 822. Nous trouvons ensuite, pour seigneur de ce fief, un certain Bernard Athon, qui le cède, en 1183, à deux frères, nommés Bernard et Guillaume Fontanus, sous l'expresse condition d’en doter eux-mêmes quelque monastère. Quatre ans après, il passe aux Moines de Saint-Ruff, et ceux-ci s'en dessaisissent en faveur de l'évêque d'Agde (1247). Henri II de Montmorency, fils du connétable, acheta, dit-on, ce domaine au prélat et construisit des fortifications sur la crête de la montagne : de là, le nom Montmoren-Sète, sous lequel on le désigna jusqu’à ce qu'on eût bâti à côté un ermitage et une chapelle dédiés à saint Clair. Nous ignorons si Montmorency rétrocéda, de son vivant, le fief de Cette à l’évêque d'Agde, ou bien si Louis XIII le rendit à ce prélat après la mort du duc; un fait positif, c'est que les évêques d'Agde en étaient encore propriétaires, lorsque l'Assemblée Constituante, par son décret du mois de novembre 1791, déclara biens nationaux toutes les propriétés ecclésiastiques.

Arrivons maintenant à l'histoire du port. L'idée première d’établir sur cette côte un point de relâche pour les vaisseaux exposés aux dangers d’une navigation de plus de quarante lieues sur le golfe du Lion, appartient à Henri IV. Les États de la province furent consultés plus d'une fois sur cette question, mais le gouvernement n'aboutit à aucun résultat. Richelieu la laissa aussi en suspens, soit qu'il n'adoptât point le projet, soit que des travaux plus importants l'en eussent détourné. Ce n’est qu'en 1666, après l'adoption des plans de Paul Riquet pour le canal des Deux-Mers, et pendant qu'on travaillait à sa construction, que Louis XlV résolut de creuser un port à Cette, afin d'ouvrir ainsi un débouché nouveau au canal. La première pierre du môle fut posée le 29 juillet de la même année. Les travaux exécutés sous la direction d'un ingénieur hollandais, nommé Renayeux, auquel on adjoignit plus tard un Français, le chevalier de Clerville,ne furent terminés qu’en 1681. La dépense s'éleva à deux millions de francs; les États de Languedoc et le trésor royal y contribuèrent par moitié. Le port donna naissance à la ville : de riches capitalistes des cités voisines y formèrent bientôt une société, sous le nom de Compagnie du Levant, et bâtirent sur les quais de larges magasins et de vastes hangars. A cette société, dont les opérations n'avaient point réussi, en succéda une autre que des négociants de Montpellier fondèrent à Cette pour le commerce d’Amérique, avec une grande raffinerie de sucre. Elle croula comme la première, mais l'impulsion était donnée : d'autres établissements s’élevèrent au fur et à mesure; le succès couronna tant de persévérance et tant d’efforts, et la ville devint en peu d’années une des places de commerce les plus florissantes du Languedoc.

Louis XlV voulant encourager les habitants, leur accorda, en 1673, de précieuses immunités et de nombreux privilèges. Les forts de Saint-Louis et de Saint-Pierre existaient déjà, ainsi que l'église dont l’architecte Deviler avait fourni les dessins; le môle était revêtu en bonne maçonnerie. Enfin, le nombre des colons augmentant toujours, la ville fut dotée, en 1685, d'une administration municipale. Cependant, quelques précautions qu’on eût prises, le havre de Cette péchait par un vice originel. Les graviers que charriait le Rhône en sablaient le bassin, et les jetées qui lui étaient contiguës du côté nord-est, maladroitement situées, n'empêchaient point que l’agitation de la mer ne se fît sentir jusque dans le port. Vauban étant arrivé sur les lieux, conseilla quelques palliatifs. M. de Niquet, directeur des fortifications de Narbonne, ordonna plus tard la construction d’une jetée isolée, afin d’affaiblir la lame venant de l’est ; mais tous ces travaux restèrent insuffisants, et l'existence du port de Cette fut souvent menacée.

On essaya pourtant de l'améliorer, à diverses époques ; la République et l’Empire ne s'en occupèrent, il est vrai, que très-peu; mais la Restauration y apporta un empressement et un zèle louables. Le brise-lame qu'elle fit établir atténua l’ensablement, sans réussir jamais à le détruire. Sous le gouvernement actuel, une somme de sept millions a été votée par les Chambres afin de compléter l’ouvrage de la Restauration. Le brise-lame est aujourd'hui revêtu d'une maçonnerie si solide, qu'on pourra y asseoir, aux deux extrémités, deux batteries pour défendre l'entrée du port, dans les eaux duquel des dragues à vapeur assurent partout une profondeur de sept mètres, laquelle permet aux frégates d’y mouiller. On a, de plus, creusé un nouveau bassin, ainsi qu’un canal maritime parallèle à celui de l'ancien port, et au moyen duquel l’étang communique avec la mer; cinq ponts mobiles en fonte ont remplacé le vieux pont si incommode, et une ceinture de quais s'étend sur une longueur de six mille mètres. Grâce à tous ces travaux, Cette est avec raison regardé comme un des bons ports de commerce de la France; aucun autre ne possède des quais aussi beaux; son môle a une surface de douze mille mètres carrés et s'avance à une distance de six cents mètres dans la mer. Il peut passer pour magnifique: l'un des forts qui le protègent, le fort Saint-Louis, est à batterie rasante, et un phare à réflecteur cylindrique le domine.

L'habile administration de M. le baron Reynaud, maire actuel de Cette, peut être regardée comme l'époque de la plus grande prospérité de cette ville ; rien de ce qui concerne les intérêts de ses administrés ne pouvant être indifférent à ce magistrat, il a eu la complaisance de nous donner des notes précieuses sur la situation présente du port. Le commerce s'y est développé considérablement, surtout dans ces dernières années ; le nombre des patentés y a augmenté de près des deux tiers, de 1841 à 1847. Il s'élève à quatorze cents, chiffre qui ne peut manquer de s'accroître encore, si, comme tout le fait espérer, les négociants de cette ville obtiennent l'affranchissement sur le droit de tonnage au même titre que Marseille. La première industrie de Cette fut la salaison de la sardine et du maquereau, dont la pêche était alors très-abondante. Le commerce de réception et d’expédition y consiste aujourd'hui principalement en grains, vins et eaux-de- vie; on y fabrique des vins de Bordeaux, d'Espagne et de Portugal, et plus de mille ouvriers sont occupés seulement à la sécherie des cargaisons de poisson qui arrivent de Terre-Neuve; il y a, en outre, une minoterie et une fonderie de machines à vapeur. Au moment où nous écrivons cette notice, un paquebot à vapeur de la force de deux cent cinquante chevaux quitte Cette pour l’Algérie, inaugurant ainsi une ligne directe de communication régulière au moyen de sa partance de tous les dix jours. Bref, l'avenir du port paraît assuré, surtout depuis que le chemin de fer a fait de la ville un faubourg de Montpellier. Il en sort annuellement une moyenne de plus de deux mille navires chargés de différentes marchandises, et il n'y entre plus qu'un très-petit nombre de bâtiments sur l'est. C'est l’entrepôt de tout le bassin de l'Hérault. Ses négociants expédient également à Toulouse par le canal de Languedoc, et à Lyon par le Rhône, où l'on arrive aussi vite que de Marseille même, par la double voie des canaux et des chemins de fer qui aboutissent directement à Beaucaire. La ville a pris, d’ailleurs, un essor très remarquable ; sa population fixe qui. en 1789, n'était que de 10,000 âmes et que les guerres maritimes de l’Empire avaient réduite, en 1813, à 8,128, s'élevait, d'après le recensement de 1841, à 13,500 habitants; elle est actuellement de 20,000; l'époque des bains de mer y amène, en outre, une population flottante d'environ deux mille cinq cents personnes. Rien enfin n'a été oublié pour rendre la ville de Cette digne de l’importance qu'elle a acquise, quoique ce ne soit qu’un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Montpellier : on y trouve un tribunal et une Bourse de commerce, un Conseil de prud'hommes pécheurs, une bibliothèque publique, un collège communal, de vastes casernes d'infanterie, un lazaret, un hôpital, et bientôt elle possédera aussi une école de mousses, grâce à la part qu'elle a droit de prétendre dans la somme de huit cent mille francs léguée au département de l’Hérault par M. Bousquet qui a fait une fortune considérable en Amérique.

Comme on vient de le voir, les événements sont à peu près nuls dans les annales de Cette : son histoire moderne se borne à quelques faits secondaires que nous allons raconter sommairement. En 1710, dans la nuit du 24 au 25 juillet, les Anglais, voulant faire une diversion dans l'armée de Roussillon, se présentèrent devant Cette avec vingt-quatre vaisseaux de ligne. Ils s'emparèrent du port, des forts et de la ville ; mais le maréchal de Noailles les contraignit à se rembarquer cinq jours après. Sous l'Empire, en 1809, I’amiral Baudin, commandant des forces de la Méditerranée, poursuivi par une escadre anglaise, supérieure en nombre, se réfugia dans le port de Cette, où entrèrent à pleines voiles le Borée, vaisseau de soixante et quatorze, et la Pauline, frégate de quarante canons. L’amiral né put sauver son troisième vaisseau, le Lion, qu'il échoua et fit sauter. Les Anglais, arrivèrent en vue du port; la ville, aussitôt, se leva en masse, et sa garde urbaine réunie à celle de Montpellier, se préparait à la défendre énergiquement, lorsque l'ennemi se retira. Au mois d'avril 1815, le duc d’Angoulême, fait prisonnier à la Palud, fut dirigé sur Cette, d'où un vaisseau le conduisit en Espagne. Est-il vrai, comme on l'a écrit, que la duchesse de Berry ait débarqué à Cette, en 1832, pour se rendre de là, en Vendée? Nous n'osons l'affirmer, le fait n'étant point confirmé par les rapports du gouvernement.

La carte et la description du département de l'Hérault en 1883

 

 

 

 

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