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Angers au 19ème siècle

Angers champêtre vers 1850  - gravure de Rouargue,  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur
Angers champêtre au coucher du soleil, gravure de Rouargue frères,
publiée dans 'La Loire historique, pittoresque et biographique' - Touchard-Lafosse - 1851

 

Angers est présenté sur ce site en 5 pages :

  • Celle-ci consacrée décrivant Angers au 19ème siècle.

Puis 3 autres pages d'Angers en 2006 :


Description extraite du 'Guide pittoresque du voyageur en France' - 1838

ANGERS. Grande et très ancienne ville chef-lieu du département. Cour royale d’où ressortissent les départements de la Mayenne, de la Sarthe et de Maine-et-Loire. Tribunaux de première instance et de commerce. Bourse de commerce. Chambre des manufactures. École des arts et métiers. Académie universitaire. Institution des sourds-muets. Collège royal. Cours d’enseignement médical. Évêché.  Population 32,743 habitants.

L’origine d’Angers se perd dans la nuit des temps. C’était autrefois la capitale des Andecaves. Sous les Romains elle fut embellie par de nombreux édifices dont il reste à peine quelques vestiges. Childéric l’assiégea dans le Ve siècle ; les Normands la saccagèrent dans le IXe. Elle a été plusieurs fois attaquée, prise et reprise par les Bretons, les Anglais et les Français. Le château fut surpris par les huguenots en 1585, et la ville attaquée en 1793 par une armée de 90,000 Vendéens. Il s’y est tenu six conciles, en 455, 1055, 1279, 1366, 1448 et 1583, et les célèbres conférences, connues sous le nom de Conférences d’Angers, en 1713 et 1714.

Angers au bord de la Mayenne vers 1830  - gravure  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur
Angers au bord de la Mayenne vers 1830
Gravure de Rauch, publiée dans le 'Guide pittoresque du voyageur en France' - 1838

Cette ville est dans une magnifique situation sur la Mayenne, un peu au-dessous de son confluent avec la Sarthe. Elle est bâtie en amphithéâtre, sur le penchant d’un coteau qui s’abaisse jusqu’au bord de la rivière, qui a dans cet endroit la largeur d’un grand fleuve et forme un port commode et très fréquenté. La plupart des rues sont étroites, sombres, escarpées, d’un accès difficile (quelques-unes même impraticables pour les voitures) et bordées de vieilles maisons construites, les unes en pans de bois plaqués d’ardoises sur les façades, les autres en pierres d’ardoise, ce qui leur donne un aspect triste et désagréable à l’œil. On y trouve cependant quelques beaux quartiers, notamment celui qui avoisine la préfecture, et il règne autour de la vieille ville une ceinture de nouveaux édifices construits avec goût, alignés avec soin, de boulevards aérés et bien plantés. Parmi les édifices et établissements remarquables, on cite principalement :

La cathédrale d'Angers vers 1850 - gravure  de Rouargue, reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur
La cathédrale d'Angers, par la montée St Maurice, gravure de Rouargue frères,
publiée dans 'La Loire historique, pittoresque et biographique' - Touchard-Lafosse - 1851


La Cathédrale, dédiée à saint Maurice. Cette belle église n’a qu’une nef ; sa forme est celle d’une croix latine ; sa longueur, depuis la porte principale jusqu’au fond du chœur, est de 280 pieds, et sa largeur de 50 pieds 6 pouces. Cette nef est une des plus larges qu’il y ait en France ; les deux ailes ont chacune 46 pieds 1/2 de longueur sur autant de largeur ; elles sont éclairées par de grandes roses d’une élégante construction et vitrées en verres de couleur. Des faisceaux de colonnes adossés aux murs supportent de belles voûtes de forme ogive, avec des nervures sur les arêtes ; leur hauteur est de 80 pieds. On doit remarquer que ces voûtes n’ont pour appui que les murs ; il n’y a au dehors, malgré la grande largeur de la nef, aucun de ces arcs boutants qu’on voit à presque toutes les anciennes églises, et qui ressemblent à des étais soutenant un bâtiment près de tomber en ruine.
Les architectes qui se sont succédé pendant les cinq siècles que l’on a mis à construire ce monument, ont eu le bon esprit de suivre le plan du premier, en sorte qu’on doit le considérer comme appartenant au XIIIe siècle. Le portail est surmonté de deux jolis clochers en pierre, à flèches, séparés par un troisième en dôme, qui font un heureux effet ; l’église étant bâtie sur une éminence, on voit de divers endroits ces clochers à une distance de huit à dix lieues.
— Le maître-autel est formé de différents marbres précieux ; six belles colonnes corinthiennes en marbre rouge en supportent le baldaquin. Le buffet d’orgue, placé au-dessus de la porte principale, est un beau morceau de menuiserie ; il contient un des meilleurs orgues de l’Europe, soutenu par quatre cariatides colossales. De l’orgue, on peut faire le tour intérieur de l’église au moyen d’une belle balustrade en fer, posée sur la retraite des murs au-dessous des naissances des voûtes. Le principal bénitier est formé d’une magnifique pièce de vert antique.

L’Église de la Trinité, une des plus belles d’Angers ; elle a été bâtie en 1062. On y remarque l’emploi simultané du style plein cintre et de l’ogive ; les voûtes sont bien exécutées et les nervures d’assez bon goût ; toutes les ouvertures extérieures sont à plein cintre.

L’Église Saint-Sergue, édifice construit vers le milieu du XIe siècle ; c’est un des plus beaux monuments d’architecture gothique que possède le département. Les voûtes du chœur, de forme ogive, sont portées eu partie par six colonnes très sveltes, qui rendent cette construction aussi hardie qu’elle est élégante. La nef est un ouvrage du XVe siècle.

 

Hôtel des ducs d'Anjou à Angers vers 1850 - gravure  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur
Hôtel des ducs d'Anjou
Gravure de Rouargue frères, publiée dans l'Histoire des villes de France d'Aristide Guilbert - 1859



L’Hôtel-Dieu, bel édifice fondé en 1155, par Henri II, roi d’Angleterre, qui s’est distingué entre tous les princes de son temps par son zèle pour le bien public. II le fit bâtir sur un vaste emplacement, situé entre la rive droite de la Mayenne, qui en baigne les murs, et l’église Saint-Laurent. Si l’on veut se reporter à l’époque de la fondation de cet établissement, on le trouvera digne de la munificence royale de son fondateur. Le bâtiment destiné aux malades est un vaste carré long, divisé en trois salles par trois rangs de colonnes corinthiennes qui portent de belles voûtes de forme ogive ; rien n’est plus élégant et plus hardi que cette construction. La chapelle est bâtie dans le même genre, et cette architecture paraît être une imitation de celle du chœur de l’église de Saint-Sergue. Les grandes caves, bien voûtées, et les greniers qui sont placés au-dessus, ne sont pas moins dignes de remarque que les salles et la chapelle. Le plan de ces greniers est aussi un grand parallélogramme, divisé en trois parties par deux rangs d’arcs à plein cintre, dont l’un est porté sur des colonnes corinthiennes accouplées, l’autre sur des piliers carrés qui remplacent depuis peu d’années les colonnes que le temps avait détériorées.
En examinant avec attention ces divers édifices, et particulièrement les greniers, on aperçoit un contraste frappant entre les constructions du dedans et celles du dehors. En effet, les murs extérieurs ne sont bâtis qu’avec des pierres brutes, comme ceux des maisons les plus communes, et ils ne sont pas même revêtus d’un enduit de chaux, tandis que l’intérieur est décoré de colonnes ornées de bases attiques et de chapiteaux corinthiens, d’une belle pierre dure, calcaire, étrangère à l’Anjou. Ce contraste entre les décorations extérieures et intérieures porte à croire que ces ornements d’architecture ont été enlevés à quelques monuments romains. Les colonnes que l’on voit à l'Hôtel-Dieu ont été faites sur deux modules différents ; celles des salles et de la chapelle sont beaucoup plus grandes que celles des greniers ; les premières ont pu appartenir soit à des temples, soit à l’amphithéâtre, ou à d’autres monuments.

 

Angers dans ses murailles vers 1840 - gravure de Thomas Allom,  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur
Angers dans ses noires murailles
Gravure de Thomas Allom, publiée dans 'La France au XIX siècle' - 1841



Le Château d’Angers, commencé sous le règne de Philippe-Auguste et achevé par Louis IX ; c’est une ancienne forteresse bâtie sur un rocher escarpé du côté de la Mayenne, au-dessus de laquelle il s’élève à près de cent pieds ; il est entouré de dix-huit grosses tours en pierres d’ardoise qui lui donnent un aspect imposant, et environné d’un fossé taillé dans le roc, de 90 pieds de largeur et de 33 pieds de profondeur. Du haut de la terrasse de cet édifice, qui servait tout à la fois d’habitation et de citadelle aux ducs d’Anjou, 0n jouit d’une vue agréable sur une partie de la ville et sur le cours de la Mayenne. Cette forteresse sert aujourd’hui de prison et de dépôt des poudres.

 

Vue sur lles murailles du château d'Angers en 2006 - © Norbert Pousseur
Le château actuel (2006) - voir la suite sur la page des monuments d'Angers

 

Voici la description qu'en fait Georges Touchard-Lafosse dans son ouvrage de 1851
'La Loire historique, pittoresque et biographique', d'où proviennent plusieurs des gravures de cette page.

Le château, dont la masse est encore imposante malgré les mutilations qu’il a subies, s’étend sur le point le plus éminent de la ville : il n’existait pas sous les premiers comtes d’Anjou ; sur son emplacement s'élevait le palais épiscopal, dont il reste, du côté de la rivière, un fragment de murailles percé de sept fenêtres en plein-cintre. Les comtes habitaient le capitole, auquel ils avaient ajouté des parties de construction. Ce fut sous le gouvernement d’Ingelger que l’évêque Dodon, voulant se rapprocher de l’église cathédrale, échangea sa demeure contre celle du comte, à la satisfaction de celui-ci, parce que, de l’éminence sur laquelle il allait s'établir, il pourrait, mieux que du centre de la ville, surveiller les courses des Normands et des Bretons. Selon Chopin, auteur des Commentaires sur l'Anjou, le château actuel fut bâti par Bertrade, veuve de Foulques-le-Rechin et de Philippe Ier, roi de France ; mais l’opinion la plus commune, appuyée sur celle de Ménard, attribue le commencement de cette construction à Philippe-Auguste, et sa terminaison à Saint-Louis. Quoi qu’il en soit, ce dernier monarque ayant trouvé dans le château une chapelle dite de Sainte-Geneviève, que Geoffroi Martel avait, érigée en collégiale, sous le vocable de saint Laud, transféra ce chapitre en 1234 dans l’église du prieuré des Bénédictins, établi hors les murs et dédié à saint Germain. Dès lors ce prieuré prit le nom de Saint-Laud.
Si telle est l’origine de la vaste citadelle d’Angers, on ne peut disconvenir qu’elle n’offre des parties beaucoup moins anciennes, et particulièrement du XVe siècle. C’est à la fin de cette période séculaire que l’on doit faire rapporter la construction de la chapelle, où l’on retrouve des traces du gothique fleuri, au milieu des dégradations qu’elle a subies depuis son abandon. Selon les manuscrits de Louvet, un bâtiment d’une certaine élégance qu’on appelait le donjon, s’élevait entre les deux tours qui flanquent la porte du château ; une jolie chapelle occupait le milieu, et des cabinets étaient pratiqués dans des tourelles que ce corps de logis présentait à ses angles. C'était, dit le même écrivain, un appartement d’été, dont les fenêtres en ogive étaient ornées de gracieuses peintures sur verre. Lorsque Louise de Savoie, mère de François 1er, habitait le château d’Angers durant la belle saison, elle se plaisait beaucoup dans ce pavillon, seule partie peut-être de celte sombre forteresse où l’esprit ne fut pas attristé par l’appareil des instruments de guerre. Des croisées aux brillantes verrières dont nous venons de parler, on découvrait toute la ville, ses deux ponts, et au de!à le village de Reculée, où se dessinait, au milieu d’une fabrique enchanteresse, la maison de campagne du bon roi René, qu’il n’avait jamais voulu nommer un château. Du panorama fantastique que nous déroulons ici, nous appelons l’illusion à leur secours au point de leur montrer l’intérieur de cette villa modeste. Elle est décorée de peintures représentant divers épisodes de l’histoire d’Anjou : galerie inachevée à laquelle l’artiste travaille encore. Or, cet artiste, c’est René lui-même, ce monarque tour à tour berger, peintre, poète et architecte.

La sévère réalité, en effaçant ce tableau séduisant, reproduit l’état actuel de l’ancienne demeure des comtes d’Anjou : le pont, avec l’ouvrage avancé qui le défendait, est détruit ; le couronnement des tours est enlevé. À l’intérieur de celles-ci, nuls détails d’ornementation n’assignent une date précise à leur construction, à laquelle des réparations multipliées ont d’ailleurs ajouté les caractères de leurs époques. Ici l’on découvre des traces de toutes les architectures depuis le XIIIe siècle jusqu’au XVIIe : ce dernier se révèle surtout par un bâtiment ayant servi d’arsenal.
Quelques officiers du génie et de l’artillerie habitent le château d'Angers : ils ont là une triste résidence ; mais l’aspect de ce vieux fort, encore redoutable du sein de ses ruines, impose et fait rêver à la puissance de ses anciens possesseurs. Alors la vaste place d’armes, maintenant couverte d'herbe, se peuple de fiers chevaliers étincelants d’acier doré ; de belles châtelaines couvertes de moire et de pierreries ; de pages et d’écuyers chamarrés d’habits blasonnés ; enfin de gardes à la marche retentissante de fer, qui veillent contre les ennemis et les félons.

À l’extérieur, et particulièrement le long de la montée du sud, le château d’Angers, avec ses tours multipliées et ses courtines construites en schiste noir alternant avec de la pierre blanche, produit un effet grandiose, qui ennoblit singulièrement le coup d’œil général de la ville. Nous pensons que l’administration locale comprendra toujours un si noble effet de perspective ; en faisant réparer ce grand débris, elle entretiendra les souvenirs de l’individualité angevine, qui n’existe plus que dans les monuments.

Le coup d’œil de l’artiste qui visite le château d’Angers s’attache volontiers à la porte dite des Champs, dont la physionomie est très pittoresque : nous l’avons fait graver.

La Porte des champs du château d'Angers, par Adolphe Rouargue en 1842,  - gravure reproduite et retouchée par  © Norbert Pousseur
La Porte des champs du château d'Angers, gravure de 1842 d'Adolphe Rouargue,
publiée dans 'La Loire historique, pittoresque et biographique' - Touchard-Lafosse - 1851

 


 

La colonne de la belle Agnès à Angers - gravure du Musée d'Angers et repriise par © Norbert Pousseur
La colonne Agnès
Dessin anonyme du 17ème conservé au Musée des Beaux-Arts d'Angers
La description faite au regard du dessin parle d'une staute de la Justice
et non d'une statue avec une bride de cheval à main droite, comme indiqué ci-dessous.

La colonne de la belle Agnès : Un des plus singuliers monuments historiques d’Angers est une colonne fort simple, placée à l’extrémité de la rue du faubourg Saint-Laud, et à laquelle se rapporte la tradition suivante. Un riche bénéficier, chanoine de Saint-Laud, nommé Pierre Frétaud, entretenait publiquement, comme sa maitresse, une des plus jolies femmes d’Angers, nommée Agnès de Beaupréau, qu’on appelait, à cause de sa rare beauté, la belle Agnès. Cette dame avait le malheur d’être très jalouse, et malheureusement aussi son amant joignait, à beaucoup d’ardeur et de passion, une égale inconstance. Les dames qui, au XVe siècle, n’étaient ni moins faibles ni moins vaines que celles d’un temps plus rapproché, virent d’un œil favorable le conquérant de la belle Angevine. Agnès s’aperçut du changement qui avait lieu dans le cœur de celui qu’elle aimait. Son amour avait pris des forces dans la solitude, et son imagination dévote, mélancolique et véhémente, exagéra les torts du volage : ne pouvant le fixer à son gré, elle résolut de se venger de ses perfidies. Un soir, ou plutôt une nuit, elle se saisit d’un rasoir, et à peine le chanoine de Saint-Laud a-t-il fermé les paupières, qu’il s’éveille, baigné dans son sang, incapable de commettre de nouvelles infidélités ; mais cette violente correction coûta la vie au bénéficier. Agnès fut arrêtée, mise en jugement et condamnée à être brûlée vive ; ce qui fut exécuté sur la place qui est au-devant de l’académie d’équitation et qu’on nommait alors la place des Lisses. La maison du chanoine fut rasée ; et pour perpétuer le souvenir du crime et de la punition, on éleva sur le lieu même où était le bûcher, une colonne de dix-huit à vingt pieds de hauteur sur laquelle fut placée la statue d’Agnès. Elle était représentée ayant une bride de cheval à la main droite, un rouleau de papier dans la gauche, et une boule sous le pied gauche. Les auteurs contemporains expliquent d’une manière assez bizarre cette allégorie mystérieuse. Le rouleau de papier fermé signifiait, disent-ils, l’impénétrable destinée qui nous attend ; la houle, l’instabilité des choses humaines ; et la bride, emblème plus moral et plus facile à comprendre, indiquait la nécessité de réprimer ses passions. Dans la suite, la colonne et la statue furent transportées au coin de la même place, à l’angle formé par le clos des Récollets et la rue du faubourg Saint-Laud. Mais le peuple, ayant oublié peu à peu l’origine de ce monument, lui rendit en passant les mêmes honneurs qu’aux images des saints ; ce qui obligea d’enlever la statue et de la remplacer sur la colonne par une croix que l’on y voyait encore en 1790.


 

La maison de maître Adam à Angers vers 1860 - gravure reproduite et retouchée par  © Norbert Pousseur
La maison de maître Adam à Angers, signature illisible,
publiée dans la 'Géographie illustrée de la France - Jules Verne - 1867

Autres lieux remarquables : On remarque encore à Angers les bâtiments de l’ancienne abbaye de Saint-Nicolas, située à l’extrémité du faubourg Saint-Jacques, dont la magnifique façade ressemble à celle d’un vaste palais. — L’ancienne école d’équitation, d’une construction noble et élégante. — La salle de spectacle. — La jolie maison gothique connue sous le nom d’Hôtel d’Anjou, située au coin des deux rues Haute et Basse du Figuier. — La bibliothèque publique, contenant 26,000 volumes et plusieurs manuscrits précieux. — La galerie de tableaux, où l’on voit beaucoup de tableaux originaux des plus grands maîtres de l’école française et des meilleurs artistes de nos jours. — Le cabinet d’histoire naturelle. — Le beau jardin de botanique. Il renferme un grand nombre d’arbres exotiques, qui, groupés sur un terrain inégal, avec l’aimable désordre d’un jardin anglais, forment une heureuse diversité de promenades. De toutes les parties élevées de ce jardin on jouit d’une belle perspective sur la façade de Saint-Sergue.  Le Champ-de-Mars, terre-plein carré auquel aboutit le Mail, la principale promenade de la ville ; il est, après celui de Paris, le plus vaste et le plus régulier que l’on connaisse. Le Mail consiste en trois allées parallèles, longues d’un quart de lieue et terminées par une espèce de portique. — La promenade du Bout-du-Monde, terminée par un parapet, d’où l’on domine la ville et une partie de la campagne ; celle de la Lice, et celle de la Turcie, longue allée située dans le quartier de la Doutre, partie de la ville bâtie sur la rive droite de la Mayenne, où se trouve l’école des arts et métiers. — Le dépôt national d’étalons, un des plus beaux et des mieux tenus du royaume. — Les carrières d’ardoises exploitées à ciel ouvert, à 200 pieds de profondeur, près de l’un des faubourgs.

 

Ouvriers perreyeurs aux carrières d'ardises d'Angers - gravure  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur
Ouvriers perreyeurs débitants les ardoises des carrières d'Angers, abrités par un coupe-vent.
Gravure de Ph. Blanchard d'une photographie de M.G. Berthauld,
publiée dans le 'Magasin pittoresque' - 1867


Célébrités : Angers est la patrie du voyageur Bernier ; de Gilles Ménage, savant et célèbre écrivain du XVIIe siècle ; de La Réveillère-Lepeaux, ex-directeur de la république française ; de M. Félix Bodin, historien et député, auteur d’un excellent ouvrage sur le Haut et le Bas-Anjou, où nous avons puisé la plupart des détails de notre Guide du voyageur en France.

Industrie. Manufacture royale de toiles à voiles. Fabriques de toiles, mouchoirs, bas de fil, étamines. Filatures de coton ; raffineries de sucre ; blanchisseries de cire. Tanneries.
Commerce de grains, graine de trèfle, vins, eaux-de-vie, chanvre, cire, miel, ardoises, chevaux, bestiaux, etc.

Situation : À 22 lieues de Nantes, 23 lieues de Tours, 23 lieues du Mans, 73,5 lieues de Paris. Hôtel du Faisan, du Cheval-Blanc, de la Boule-d’Or.

 

Le pont de Cé d'Angers - vers 1860 - gravure reproduite et retouchée par  © Norbert Pousseur
La Pont de Cé d'Angers, signature illisible,
publiée dans la 'Géographie illustrée de la France - Jules Verne - 1867

 

Cloitre de l'Hôtel de la Préfecture d'Angers, par Adolphe Rouargue en 1842,  - gravure reproduite et retouchée par  © Norbert Pousseur
Cloitre de l'abbaye de St Aubin de l'Hôtel de la Préfecture d'Angers,
gravure de 1842 d'Adolphe Rouargue,
publiée dans 'La Loire historique, pittoresque et biographique' - Touchard-Lafosse - 1851

 

Le logis Barrault à Angers, par Adolphe Rouargue en 1842,  - gravure reproduite et retouchée par  © Norbert Pousseur
Le logis Barrault à Angers, gravure de 1842 d'Adolphe Rouargue,
publiée dans 'La Loire historique, pittoresque et biographique' - Touchard-Lafosse - 1851

 

La maison Figuier à Angers, par Adolphe Rouargue en 1842,  - gravure reproduite et retouchée par  © Norbert Pousseur
La maison Figuier à Angers, gravure de 1842 d'Adolphe Rouargue,
publiée dans 'La Loire historique, pittoresque et biographique' - Touchard-Lafosse - 1851

 


Texte et gravure publiée dans le Magasin-pittoresque, 1846

PROCESSIONS DE LA FÊTE-DIEU A ANGERS

Ce fut à Angers que Bérenger ouvrit ses prédications contre la présence réelle du Christ dans l’hostie, et cette hérésie, qui semblait ouvrir de loin la voie à Calvin et à Luther, agita profondément la dernière moitié du onzième siècle.
Par suite de la réaction qui s’opéra contre cette opinion, et afin de témoigner plus clairement l’adoration pour le Christ, que les catholiques croyaient ébranlée, le pape Urbain IV institua, en 1264, l’ovation publique du Saint-Sacrement, et la ville qui avait été le théâtre des prédications de Bérenger s’efforça de se justifier aux yeux de l’Église en donnant à cette ovation un éclat tout particulier. Aussi les processions de la Fête-Dieu à Angers, que l’on appelait sacres, eurent-elles longtemps une grande célébrité.

La cérémonie commençait à six heures du matin et durait jusqu’à quatre heures du soir. Toutes les autorités de la ville suivaient la procession. Pendant la nuit qui précédait la fête, des crieurs publics parcouraient les rues pour l’annoncer, tenant à la main une torche de cire jaune à laquelle pendait une clochette.
Douze corps d’état avaient le privilège de paraître à la procession avec des torches : c’étaient les bouchers, les poissonniers, les cordonniers, les tailleurs, les selliers, les couvreurs, les gauliers, les porte-faix, les savetiers, les cordiers, les boulangers et les bateliers.

Par extension, l’usage fit donner le nom de torches à des théâtres portatifs, autour desquels s’avançaient les corps d’état. On groupait sur ces échafauds ambulants des mannequins à masques de cire, revêtus de papiers dorés, de paillettes, et figurant des scènes de l’Ancien et du Nouveau-Testament.

Une torche vers 1800 pour la Fête-Dieu d'Angers - gravure  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur
Torche de la Fête-Dieu à Angers, montrant Judith tenant la tête d'Holopherne
Gravure publiée dans le Magasin-pittoresque, 1846


La torche que nous donnons montre Judith tenant à la main la tête d’Holopherne, que sa suivante reçoit dans un sac. D’un côté un groupe de soldats assyriens fait sentinelle, de l’autre est la tente des captifs, gardée par un guerrier qui a l’épée hors du fourreau. Toutes ces figures étaient de grandeur naturelle, ce qui doit faire comprendre le poids énorme de l’édifice entier. Il était porté par seize hommes qui faisaient faire à leur fardeau des révérences cadencées devant certaines stations.

Les douze torches existaient encore en 1790, car à cette époque les corporations demandèrent que leur entretien fût payé par la ville, ce qui fut accordé, mais amena peu après leur destruction.

Il ne reste plus de trace de ces torches que dans le cierge des pêcheurs qui se porte encore aux processions de la Fête- Dieu. Il est d’une hauteur et d’une grosseur remarquables, orné de madones peintes et de petits cercles auxquels pendent des poissons.


Texte extrait de 'La Loire historique, pittoresque et biographique' - Touchard-Lafosse - 1851

L'université d'Angers

 

Ce fut à Ulger, évêque d’Angers dans la première moitié du XIIe siècle, que l’académie angevine dut son plus prompt accroissement. Il n’épargnait ni soins ni sacrifices pour attirer de toutes les parties de l'Europe les maîtres les plus renommés ; afin d’exciter leur zèle, il leur procurait les premières dignités de l’Église, et, sous ce prélat, on commença à conférer des dignités académiques dans l’université. Ce fut surtout par l’étude des lois que, sous la direction d’Ulger, l'académie d’Angers devint florissante.

Ulger, évêque d'Angers en son costume, dessiné par Léopold Massard - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Ulger, évêque d'Angers, par Léopold Massard
Voir la page qui lui est consacrée

L'université d’Angers, comme toutes les institutions anciennes, se fondit en 1789 au vaste creuset de la Révolution. Nous allons essayer d’esquisser la physionomie de cette antique institution, et les mœurs turbulentes des étudiants qui s’y trouvaient réunis. Les professeurs étaient payés par leurs disciples, avec cette distinction que les nobles donnaient ce qu’ils voulaient, tandis que les vilains étaient taxés à vingt sous par an. D'après ce système de rétribution des maîtres, il devait arriver souvent que le succès de leur enseignement dépendît du caprice des élèves : on voit en effet, par les écrits d’Abeilard, que, de son temps, les régents étaient à la discrétion des écoliers, qui les prenaient et les quittaient selon qu’ils avaient plus ou moins de vogue.
Si des conditions de l'enseignement nous passons à la conduite publique ou privée de cette multitude étudiante, nous voyons les élèves se livrer à tout ce que l'on peut imaginer de déportements, quoique clercs pour la plupart, et déjà pourvus de cures ou d’autres bénéfices ecclésiastiques.
Tant que dura l'université, et sans exception des temps oit la civilisation avancée eut du refréner leurs excès, les étudiants se rendirent coupables des plus affreuses violations. On n'entendait parler à Angers que de rixes sanglantes, de meurtres, d'enlèvements, de vols commis sur la voie publique. Lorsque celte jeunesse indisciplinée sortait des cabarets, où s’écoulaient à peu près toutes ses heures de loisir, l’état d’ivresse habituelle où elle se trouvait devenait redoutable pour les passants : un coup de coude, un regard mal interprété, un salut que l'on n'avait pas rendu, tout pouvait être sujet d'irritation, et l'épée, que les étudiants nobles avaient le droit de porter, devenait, pour le moindre mot de contradiction, un instrument homicide envers des citoyens désarmés.
Cette épée, inutile attribut d’une classe occupée d'études essentiellement pacifiques, fut interdite aux étudiants d’Angers en 1629 ; voici à quelle occasion. Le conseiller Licquet sortait avec sa femme de la maison d'un de ses amis, chez lequel il avait soupé ; un laquais le précédait un flambeau à la main. Tout à coup une troupe d’écoliers entoure le couple angevin, et attaque le mari de propos grossiers, tandis que la dame est différemment insultée. Le conseiller ordonne à son laquais, avec une expression énergique, de hâter le pas. Cette injonction déplaît à ces jeunes gens ivres, et, sans autre explication, l’un deux passe son épée au travers du corps de M. Licquet, qui expire quelques heures après. Ainsi qu’il arrive souvent en pareille circonstance, le meurtrier prit la fuite et demeura impuni ; tandis que trois de ses camarades furent pendus, deux autres bannis à perpétuité. Ces derniers durent en outre payer dix-sept mille livres de réparations civiles et dommages-intérêts.

Les mœurs dissolues des écoliers de l'université n’excluaient point les pratiques dévotes : on les trouvait parmi les plus empressés pénitents de couleurs variées ; ils assistaient aux processions nocturnes, s’associaient à toutes les confréries ; dans certaines fêtes, réminiscences des saturnales antiques, on les voyait déguisés en anges, en saints, en diables ; et souvent au sein des solennités religieuses où de semblables mascarades figuraient, personnages célestes ou infernaux se livraient aux plus scandaleux excès. Ainsi pendant la procession des pèlerins de Saint-Jacques, les démons s’élancèrent un jour du char sur lequel ils étaient entassés avec les archanges et les chérubins, et enlevèrent du milieu de la foule une jeune personne qu’ils fouettèrent en vue de toute l'assistance sacerdotale.
Depuis lors les déguisements qui favorisaient de pareils désordres furent défendus. Du reste, les jeunes gens de la ville eux-mêmes, imitateurs des étudiants, se livraient, durant les fêtes religieuses, aux actions les moins compatibles avec ces solennités. Les fils de famille formaient, aux processions de la Fête-Dieu, un corps de musiciens placé à la tête du cortège ; là, sans le moindre égard à la sainteté de la cérémonie, encore moins aux représentations du clergé et de l’évêque lui-même, ils s’arrêtaient sous les fenêtres ornées de jolies femmes, et leur prodiguaient les signes d'une idolâtrie profane « comme s’il avait été question de faire des sacrifices à Vénus, » a dit Claude de Rueil dans une de ses ordonnances épiscopales. « Il résultait de ces interruptions essentiellement païennes, ajoute le même prélat, que la procession ne rentrait souvent que le soir à la cathédrale. »
D'autres désordres se commettaient aux fêtes patronales que les écoliers avaient adoptées, et qu’ils chômaient avec autant de ferveur que de magnificence. Quelques jours avant cette solennité, les étudiants s’y préparaient par une confession générale. Le jour venu, les offices, les communions, les sermons, les processions, les exercices dévots de toute sorte remplissaient la journée. 
Mais à partir du souper, la fête changeait de caractère : le saint était oublié, l'on ne songeait plus qu’aux joies du festin, que suivait l’ivresse d’un bon nombre de convives ; et la nuit se terminait, pour la plupart d’entre eux, chez les femmes de mauvaise vie. Le lendemain, pour continuer la fête, on jouait, on perdait, on empruntait à usure pour perdre encore ; alors le désespoir devenait querelleur ; des duels avaient lieu dans tous les coins de la ville ; le sang coulait à flots sur le pavé et le terme de toutes ces horreurs était la fin des ressources de ceux qui s’y livraient... Heureux, lorsque après des célébrations commencées sous les auspices de la plus expansive dévotion, l'échafaud ou la potence ne réclamait pas quelques meurtriers.

 

 

SUITE ; Décors d'Angers en 2006

 

 

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Angers champêtre vers 1850  - gravure de Rouargue,  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur  Angers au bord de la Mayenne vers 1830  - gravure  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur   Angers dans ses murailles vers 1840 - gravure de Thomas Allom,  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur

La cathédrale d'Angers vers 1850 - gravure  de Rouargue, reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur  Hôtel des ducs d'Anjou à Angers vers 1830 - gravure  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur   Une torche vers 1800 pour la Fête-Dieu d'Angers - gravure  reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur

 

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