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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de L'Univers de Jules Janin - reproduction © Norbert Pousseur

La ville de Liebenstein en Allemagne vers 1840

 

Liebenstein vers 1840 - Deutschland - reproduction © Norbert Pousseur
Liebenstein vers 1840, gravure non signée - Voir aussi une autre gravure de mayence presque semblable

 

Texte et gravure
extraits de l'ouvrage "L'Univers
collection des vues les plus pittoresques du globe" de Jules Janin - édition ~1840

C’est, en effet, un des plus admirables petits coins de terre qui soient sous le soleil. La vallée du Rhin, depuis Mayence jusqu’à Bingen, est grande et belle ; elle encadre dignement le charmant Rheingau, qui ressemble à une idylle pleine à la fois de grâce et d’élévation. Le caractère de la contrée est d’une grave tristesse. La fabuleuse tour des Souris d'Hatlo, qui se trouve à égale distance de ces deux vallées, prend la physionomie de chacune d’elles. Le torrent est entouré de hautes montagnes; les vagues, toujours agitées, grondent incessamment au pied des murailles. Un petit espace seulement de ce terrain sévère est couvert de ceps de vigne; tout le reste est caché par une sombre forêt. Un peu plus loin on remarque les cimes de quelques rochers isolés, qu’on prendrait durant la nuit pour des ruines pittoresques. Il ne se fait pas un silence plus solennel sur les montagnes de l’Ecosse, sur les rochers blanchis de la Norvège. Çà et là quelques cabanes de pêcheurs reposent agréablement la vue de cette absence de toute habitation humaine. N’allez pas croire cependant que toute cette solitude soit déserte: en l’absence d’êtres humains, la fable est là qui peuple chaque cavité d’êtres surnaturels, chaque caverne d’esprits et de farfadets. De ces hauteurs, la vue se perd sur une admirable contrée, vertes prairies, jardins qui se perdent à l’horizon. A quelque distance, se trouve une courbe décrite par le torrent et la montagne; çà et là de grands rochers dressent leur sommet jusqu’au ciel. La ville de Boppart montre ses blanches murailles à un quart de lieue du Rhin. De nos pieds jusqu’à la cime couverte de ceps de vignes s’élèvent des pyramides de rochers; ce sont les ruines de deux villages renversés, Liebenstein et Sternfels, appelés les deux frères. Une tradition terrible se rattache à ces ruines pittoresques.
A Liebenstein donc vivait dans le douzième siècle un riche chevalier. Il avait deux fils et une fille, une jeune et belle orpheline qu’il avait recueillie dans sa famille ; ces trois enfants faisaient le bonheur de ses vieux jours. La jeune orphe­line surpassait toutes les jeunes filles par sa beauté ; les deux frères l’aimaient avec la même tendresse. Ils vécurent ainsi ensemble sans jalousie, ils s’aimaient peut-être à leur insu, lorsque enfin le chevalier s’aperçut que toute cette amitié fraternelle c’était tout simplement de l’amour. D’abord le chevalier voulut que la jeune fille, choisît elle-même son époux entre les deux frères; niais le choix lui était impossible : elle refusa de choisir. Alors l’aîné des deux frères se dévoue au bon­heur de l’autre : il renonce à cette belle personne qu’il aime, il se dévoue, il part, il quitte le village paternel; il arrive ainsi à la cour du comte palatin, et il appelle la gloire des armes au secours de ses amours.
Cependant que faisait l’autre frère? Il était resté près de sa fiancée, et il allait la conduire à l’autel, quand soudain passe dans la vallée du Rhin le tout puissant saint Bernard, prêchant la croisade et poussant en Palestine les bourgeois, les chevaliers, les seigneurs. Aussitôt voilà le fiancé d’Élise qui prend la croix; rien ne l’arrête, ni les larmes de sa fiancée, ni les prières de son père. A la tête de ses vassaux, il va rejoindre l’empereur Conrad à Francfort.
Plein de confiance dans le retour de son fils, le père fit bâtir sur la cime des rochers un bourg qu’il nomma Sternfels; Sternfels devait être l’habitation du jeune couple. Avant la réalisation de ce projet, le vieux chevalier mourut ; le fils aîné, le premier parti, revint alors au lieu de sa naissance. Plusieurs années s’étaient écoulées sans que le croisé donnât de ses nouvelles. A la fin cependant le croisé revint de la Terre-Sainte. Mais quel coup pour la pauvre Elise, quand le fiancé qu’elle avait attendu avec tant d’espoir, avec tant de vœux et de prières, lui écrivit de Venise qu’il revenait l’époux d’une jeune, riche et belle fille d’Athènes! Vous jugez de la douleur de la pauvre Élise. Quand elle revit le parjure, elle lui reprocha amèrement sa perfidie, ses trahisons; et cependant elle pansait les blessures de l’ingrat; après quoi elle s’enfuit à Liebenstein, abandonnant Sternfels à toutes les joies des nouveaux mariés.
Élise mourut dans un cloître dont on ne voit plus même les ruines. L’infidèle chevalier fut puni par la trahison de sa femme. Le frère aîné, resté à Liebenstein, voulut en vain consoler son frère : rien n’y fit. Les deux frères moururent le même jour ; les deux villages se confondirent dans les mêmes ruines.

 

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