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Les villes à travers les documents anciens

 

Bruxelles histoire et description écrite en 1780

 

Pélérinage à Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Bruxelles, gravure de H Hendrickx
extraite de La Belgique monumentale de A Baron, 1844

Voir aussi la page sur Bruxelles aux alentours de 1840
Et sur un de mes autres sites, les habits traditionnels bruxellois

 

Extrait de l'ouvrage "Mélanges d'une très grande bibliothèque
De la lecture de livres françois, ... imprimés au seizième siècle"
d'Antoine-René de Voyer, marquis de Paulmy, édition 1786, (collection personnelle)

Texte en vieux françois retranscrit en français moderne avec correction de certains noms propres
Il s'agit donc d'analyse, transcription, résumés... de livres imprimés entre 1500 et 1600, (mais avec des commentaires allant jusqu'en 1780....
)

Bruxelles vers 1840 depuis St Gilles - reproduction © Norbert Pousseur
Bruxelles depuis Saint-Gilles,
gravure extraite de La Belgique monumentale de A Baron, 1844

Bruxelles n’était point connue avant le dixième siècle : selon les uns, elle tire son nom d’un marais auprès duquel elle fut fondée ; selon les autres, d’un pont sur la petite rivière de Senne, qui traverse encore Bruxelles : ces deux origines peuvent être également vraisemblables, Bruoh signifiant en flamand un marais, et Bruch un pont, et Bruxelles étant nommée Bruorsela dans un diplôme de l’Empereur Othon II, daté de l’an 976. Il paraît qu’il y avait déjà alors un château ou palais où cet Empereur resta quelque temps : on croit même que ce fut là qu’il investit du Duché de la Basse-Lorraine le malheureux Charles,  qui fut à peu près le dernier Prince de la Race de Charlemagne ; mais Bruxelles ne fut vraiment ville qu’en 1040, sous Lambert II, frère et successeur d’Henri le Vieux, Comte de Mons et de Louvain.

Porte d'enceinte de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Ruine en 1840 d'une des portes de l'enceinte de Bruxelles
gravure extraite de La Belgique monumentale de A Baron, 1844

La situation du lieu ayant plu, les environs étant très fertiles, et la ville elle-même arrosée d’eaux vives, elle alla toujours en augmentant, jusqu’à ce qu’en 1357 la Duchesse Jeanne, et Venceslas de Luxembourg son époux, agrandirent son circuit, et l’enveloppèrent d’une enceinte de murailles qui soutiennent un rempart planté d’arbres, et au pied desquelles est un fossé, dont une partie est remplie d’eau. De distance en distance, on fit élever le long de ces murailles des tours qui paraissent avoir été l’ouvrage des différents Corps de métiers de Bruxelles : la plus grosse et la plus forte s’appelle tour des Drapiers. Par la suite, on a construit des demi-lunes, et quelques ouvrages de fortification détachés devant ces murailles et ces tours : on a enveloppé le tout d’un glacis ; enfin, vers 1672, le Comte de Monterei, qui en était Gouverneur pour le Roi d’Espagne, fît construire un petit fort à quelque distance de la Ville, qui parut propre à contenir le peuple, qui paraissait vouloir se mutiner ; d’ailleurs, il est de peu de  ressource pour empêcher d’approcher de la ville. Ainsi, on voit que Bruxelles n’est pas une place bien forte ; aussi n’a-t-elle jamais soutenu de siège long et meurtrier. Une partie de la ville est bien bâtie : il y a quelques belles rues et des places assez spacieuses ; mais le reste est incommode, le terrain étant inégal, les rues étroites, raides et difficiles à monter ; on se plaint aussi de la malpropreté de quelques quartiers.

Bassin de l'Allée Verte de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Le Bassin de l'Allée Verte de Bruxelles
gravure extraite de La Belgique monumentale de A Baron, 1844

Quoique la rivière de Senne ne soit pas grande, elle se distribue cependant dans la ville, par un assez  grand nombre de petits canaux, qui font une ressource pour les quartiers par ou elle passe, et où elle fait même tourner des moulins. L'ouvrage le plus intéressant pour le commerce de Bruxelles, est le canal qui conduit à Anvers, à neuf lieues de Bruxelles : ce canal n’a que cinq lieues de cours, il aboutit au village de Willebroeck, où il entre dans le Rupel, qui se jette dans l’Escaut à Rupelmonde. Ce beau canal fut commencé en 1550, et rendu navigable en 1561, onze ans après. Il est garni des deux côtés de plusieurs rangées d’arbres, et forme une véritable promenade, surtout près de Bruxelles. Les bateaux partent à des heures réglées, pour arriver à point nommé à l’embouchure du Rupel dans l’Escaut, et profiter de la marée pour descendre à Anvers. Nos vieux Auteurs ont remarqué que le nombre septénaire était en honneur à Bruxelles, et que tout y était par sept. Ainsi, il y a sept grandes places, sept portes, sept paroisses. Il y avait autrefois sept mille maisons ; mais on croit que ce nombre est doublé, et qu’il y en a bien aujourd’hui quatorze : il y avait soixante-dix mille habitants, et il y en a bien cent. On y compte vingt-une fontaines publiques, qui font trois fois sept : la plupart sont ornées de statues ; mais quelques-unes, loin d’être belles, sont ridicules et de mauvais goût.

Une des fontaines de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Ancienne fontaine de Gabriel de Grupello du Marché aux poissons de Bruxelles
gravure extraite de La Belgique monumentale de A Baron, 1844


Il y avait autrefois sept familles considérables dans la ville, qui y avaient tout crédit, tout pouvoir ; elles avaient chacune leur hôtel : on montre encore au moins le lieu qu’ils occupaient. On choisissait toujours dans ces familles les sept Échevins qui forment le Corps municipal de Bruxelles. Il subsiste encore des descendants de ces familles, qui se font honneur du titre de Patriciens de Bruxelles, et jouissent de certains privilèges dans l’Hôtel-de-ville.

Le palais des Ducs de Brabant à Bruxelles était déjà très magnifique, lorsque Guichardin écrivait : le Duc Jean III en ayant jeté les Fondements en 1300, Philippe le Bon, Duc de Bourgogne, le fit achever en 1452. Il fut encore agrandi et embelli par les ordres de Philippe le Beau, premier Roi d’Espagne, père de Charles V. Cet Empereur acheva de le rendre magnifique, quoiqu’il se sentit cependant toujours du goût gothique dans lequel il avait été commencé. Il a subsisté jusqu’en 1731, que le feu y prit par accident ; il fut alors entièrement consumé. L’Archiduchesse Marie-Élisabeth, sœur de l’Empereur Charles VI, qui y demeurait alors, ayant le titre.de Gouvernante des Pays-Bas, pensa y être brûlée, et y perdit une de ses Dames d’honneur : il n’est resté que la chapelle du palais, qui est belle, et quelques masures. Depuis cette époque, les Princes Gouverneurs et les Princesses Gouvernantes ont habité le palais d’Orange appartenant à la Maison de Nassau, et qui est assez près du palais brûlé, aussi bien que les anciens hôtels des plus grands Seigneurs des Pays- Bas : on voit encore derrière les ruines du palais, le parc qui était la promenade ordinaire de la ville, et orné de tout ce qui pouvait la rendre agréable. Après ; l’incendie, ce parc a été longtemps négligé ; mais  depuis on lui a rendu son premier éclat, en  y  faisant des changements avantageux ; on a aussi depuis une  trentaine d’années, construit dans Bruxelles de nouvelles places de beaux édifices à la moderne.
Avant que le palais, brûlé en 1731, ait été construit, il y avait un ancien château, bâti, à ce qu’on prétend, du temps de Godefroy le Barbu. Les Ducs de Brabant y avaient placé des Gouverneurs, qui étaient appelés Burgraves en flamand, et en François Châtelains. Les plus grands Seigneurs de Brabant, même ceux qui appartenaient de plus près aux Ducs, se faisaient honneur de posséder cette dignité. Le Burgrave avait une sorte de Juridiction ; cependant on voit que cette place a été remplie par des femmes qui la faisaient sans doute exercer par leurs maris : on remarque sur la liste les noms de Robert de la Marck, Comte d’Aremberg, et de Maximilien de Henin, Comte de Bossu, Chevaliers de la Toison d’or ; aujourd’hui cette place n'est plus aussi importante.

Hôtel-de-ville de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Gravure de P Sstroobant de l'Hôtel-de-ville de Bruxelles,
extraite de La Belgique monumentale de A Baron, 1844

Avant que de parler des églises qui sont en assez grand nombre à Bruxelles, il faut dire un mot des bâtiments civils. L'hôtel-de-ville est remarquable par ses ornements gothiques, et par l'élévation de son clocher : la construction en  fut commencée en 1400, et finie en 1442 ; au lieu de girouette, on a placé au-dessus une statue de Saint Michel de dix-sept pieds, en cuivre doré, qui paraît très petite, vu la hauteur du clocher, qui est de trois cent soixante-quatre pieds. Sur la même place, est une belle maison, dont la façade est fort ornée : on l’appelle le Broot-Huys, ou maison au pain. Elle fut bâtie par les ordres de l’Archiduc Albert et de l’Archiduchesse Isabelle, en 1618. L’arsenal est vaste, et  curieux par la quantité d’armes anciennes qu’il renferme. Il y en a quelques-unes de remarquables, qui ont appartenu à de grands Généraux ou de grands Princes, telle que l’armure de Charles-Quint.

Il y a dans Bruxelles grand nombre d’hôpitaux d’établissements pieux et charitables : les uns sont fort anciens, et les autres modernes, établis par les charités des Archiduchesses, qui ont souvent pris le titre de Gouvernantes des Pays- Bas, et qui étant presque toutes très pieuses,  ont voulu signaler leur administration par de pareilles fondations ou embellissements de couvents et d’églises. En 1617, l’Archiduc Albert et l’Infante Isabelle crurent rendre un grand service à la ville, en faisant bâtir une maison pour un Mont-de-Piété : c'est une des plus anciennes fondations de ce genre. Par la suite, on a révoqué en doute la grande utilité d’un pareil établissement,  qui cependant est imité dans plusieurs grandes villes de l’Europe.
Outre le Conseil Souverain de Brabant, qui juge en dernier ressort de toutes les causes de la Province, et qui fut établi l’an 1326, on trouve à Bruxelles le Conseil d’État, auquel préside le Souverain lui-même ou le Gouverneur général des Pays-Bas ; et après lui l’Archevêque de Malines, quelques grands Seigneurs, un Chef Président, le Chancelier de Brabant,  et les Secrétaires d’État. Le Conseil Privé est au-dessous du Conseil d’État ; on y prépare les grandes affaires qui doivent se traiter dans le premier. Le Conseil des Finances a pour chef le Trésorier général ; il régit les Domaines du Souverain, et veille à la perception des droits domaniaux. La souveraine Cour féodale, établie par le Duc de Bourgogne, Philippe le Bon, juge les causes de fiefs ; on y enregistre les ventes, aliénations et  engagements ; les  titres sont à la Chambre des Comptes, qui est à présent  unique pour tous les Pays-Bas Autrichiens. Autrefois il y en avait une pour la Flandre à Lille ; mais depuis que les Français ont conquis cette ville, cette Chambre sert pour les Pays-Bas Français, et celle de Bruxelles pour le reste. Il y a encore d’autres Tribunaux dans Bruxelles, qui intéressent tout le Brabant en général, tels qu’une Chambre des Eaux et Forêts, etc. Quant au Magistrat particulier de la ville de Bruxelles, il est composé d’un Amptman ou Juge civil et criminel, et de son Lieutenant, un Bourgmestre, un sous- Bourgmestre, sept Échevins, un Pensionnaire, et neuf Conseillers de Ville.

La Bourgeoise est partagée en neuf Tribus, que l’on appelle à Bruxelles Nations, et ces Tribus en Corps de métiers. La ville matérielle est partagée en quarante quartiers, et la Milice bourgeoise en dix Compagnies, ayant chacune un Capitaine : autrefois la Bourgeoise faisait  des tournois ou carrousels ; il y en a eu de très magnifiques aux treizième, quatorzième et quinzième siècles ; depuis, ils sont réduits à former des Compagnies d’arc ou d’arquebuse : plusieurs Souverains du pays n’ont pas dédaigné d’être à la tête de ces Compagnies, et de tirer au prix avec elles ; l’on trouve sur les registres, que quelques-uns l’ont remporté.

Le principal commerce de Bruxelles est en dentelles, en camelots et en tapisseries. Pendant deux siècles, ces trois objets ont été fabriqués presque exclusivement dans cette ville. La banlieue de Bruxelles comprend ces neuf faubourgs, et le district de sa Juridiction environ cent villages. Passons à ses églises, qui sont en grand nombre. Bruxelles avait sept paroisses : la principale est celle de Sainte-Gudule, à laquelle est jointe une riche et nombreuse collégiale. Il faut observer que dans le grand nombre des églises de Bruxelles, il y en eut quatorze de brûlées, lors du bombardement de cette ville, en 1695, par le Maréchal de Villeroy, ravage fait très  inutilement pour la gloire et le succès des armes de Louis XIV. La plupart de ces églises ont été raccommodées ; mais on n’a pas pu rétablir les tombeaux de plusieurs hommes et familles illustres qu'on y voyait.

Église de Sainte-Gudule de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Église de Sainte-Gudule et St Michel de Bruxelles,
gravure extraite de La Belgique monumentale de A Baron, 1844


L'église de Saint-Michel et de Sainte-Gudule a été fondée, ou, si l'on veut, agrandie par Lambert, second Comte de Louvain, en 1048. Gérard, Évêque de Cambrai, dans le diocèse de qui était alors Bruxelles,  y plaça en grande cérémonie les reliques de Sainte Gudule, morte l’an 712, dans le château de Hamme près d’Alost. Lambert II établit en même temps dans cette église un Chapitre composé de quatre dignités et de douze prébendes. Environ deux cents ans après, le Duc Henri en augmenta le nombre de dix Chanoines, et joignit à l’église deux belles, tours qu’on y voit encore. De siècle en siècle, on a continué à embellir cette église, et à en augmenter les revenus. Le trésor est riche et considérable : on y voit beaucoup de marques d’honneurs, sceptres, couronnes, portraits et écussons d’un grand nombre de Rois et Reines d’Espagne, Souverains et Souveraines des  Pays-Bas, à commencer par l’Empereur Charles-Quint, soit qu’ils les aient porté eux-mêmes, ou qu’ils les aient envoyés comme un hommage rendu à Dieu et au Patron de cette église. En 1516, Charles- Quint y tint un Chapitre de l’Ordre de la Toison d’or, dans lequel il créa Chevaliers le Roi de France François I, Emmanuel Roi de Portugal, Louis Roi de Hongrie, et trente-deux autres Chevaliers, Bourguignons, Flamands et Espagnols.
On remarque encore dans cette église les tombeaux de Jean II, Duc de Brabant, mort en 1312, et de Marguerite d’Angleterre son épouse ; celui d’Antoine  de Bourgogne, Duc de Brabant, second Fils du Duc Philippe le Hardi ; de l’Archiduc Ernest, fils de l’Empereur Maximilien II, mort en 1595 et de plusieurs autres Prélats et Seigneurs particuliers moins considérables, mais dont quelques-uns ont de très beaux monuments. L’église de Sainte Gudule est élevée sur une terrasse à laquelle on monte par plusieurs perrons ou escaliers d’une architecture de très bon goût : toute cette terrasse est pavée de grandes pierres, et entourée d’une balustrade de même manière ; mais ce qu’il y a de plus beau et de mieux décoré dans l'église de Sainte- Gudule, est la chapelle dite des Miracles, dans laquelle on révère trois hosties, qui, l'an 1339, ayant été frappées à coups de couteaux par des hérétiques, versèrent du sang. Indépendamment de la magnifique décoration de l’autel, on admire les vitrages, qui sont très bien peints, et dans lesquels on voit les portraits très  ressemblants de Charles-Quint et de toute sa famille. Devant le grand autel, sont les tombeaux de l’Archiduc Albert et de l'Infante Isabelle son épouse, qui lui survécut, et qui jouirent l'un et l'autre pendant leur vie, de la souveraineté des Pays-Bas ; et celui du jeune Prince Électoral de Bavière, que le Roi Charles II avait résolu de faire son héritier, mais qui mourut un an avant lui, en 1699. Dans une autre chapelle dédiée,   et finie en 1653, on voit sur les vitres le portrait de l’Empereur Ferdinand III, ceux de l’Empereur Léopold et de l’Archiduc Albert et de l’Infante Isabelle.

La seconde église paroissiale de Bruxelles est Saint-Jacques de Caudemberg, que l’on croit avoir été fondée par l’Empereur Louis le Débonnaire. En 1228, on y établit des Chanoines réguliers, qui la desservent encore. La maison et l’église ont été successivement ornées, et le chapitre enrichi par les libéralités des Ducs de Bourgogne : on y voit de bons tableaux, dont un de Rubens. Le Prévôt de cette église, toujours Chanoine régulier, est mitré, et prétend être Archi-chapelain des Ducs de Brabant ; un petit Archiduc, fils de l'Empereur Maximilien, y a sa sépulture.
La troisième paroisse est Notre-Dame de la Chapelle : elle fut Fondée, en 1134, par Godefroy le Barbu, Duc de Lothier et de Brabant. Il y a quelques beaux tombeaux, entre autres celui d’un Duc de Croy, mort en 1624.
L’église de Saint-Geri est la quatrième ; elle est entourée de toutes parts par la Dyle, de sorte qu’elle se trouve comme dans une île.
Les deux autres paroisses n'offrent rien de remarquable.
Le plus ancien des couvents est celui des Franciscains, à présent habité par  des Récollets : il fut fondé en 12217, et détruit par le bombardement de 1695 ; il a été rebâti encore plus  magnifique. Jean I, Duc de Lothier et de Brabant, mort en 1294, y estenterré, aussi bien que Marie, femme du Duc Jean III, morte en 1335.
Le couvent des Carmes fut fondé en 1249 : on y voit le tombeau de la fameuse Duchesse Jeanne, morte en 1406 ; il avait été détruit lors du bombardement  mais il a été depuis rétabli. En 1501, l'Archiduc Philippe tint dans cette église un Chapitre de  la Toison d'or, dans lequel il nomma six Chevaliers, dont le dernier fut son fils Charles d'Autriche, que l’on appelait alors Comte de Luxembourg, et qui fut depuis l'Empereur Charles-Quint.
Le couvent des Dominicains fut fondé en 1457, par Isabelle de Portugal, femme de Philippe le Bon. Il fut ruiné dans le bombardement de 1695, et a été rétabli. Adolphe de Clèves et sa femme Anne de Bourgogne, fille du Duc Philippe le Bon, y sont enterrés, aussi bien que leur fils Philippe de Clèves et sa femme Françoise de Luxembourg, fille du malheureux Connétable de Saint-Pol.
Les Augustins ont aussi dans Bruxelles  un couvent, dont l’église, bâtie au dix-septième siècle, est d’une belle architecture.

Église du Sablon de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Église du Sablon à Bruxelles,
gravure extraite de La Belgique monumentale de A Baron, 1844

La Chartreuse a été établie dans la ville l’an 1588. L’Archiduc Albert l'Infante Isabelle y ont fait beaucoup de biens. Les Jésuites y ont été admis en 1586, mais n’y ont ouvert leur collège qu’en 1604. Ils ont été longtemps soutenus par les libéralités des mêmes Princes, et comblés pendant près de cent soixante ans des grâces des Souverains des Pays-Bas ; enfin ils étaient là, comme ailleurs, dans l’état le plus florissant, lorsque leur Ordre a été détruit. Les Capucins, les Carmes déchaussées et les Minimes ont d’assez beaux couvents, qui ne sont établis que du commencement du dix-septième siècle.
Il y a dans Bruxelles deux béguinages ; le premier, donc l’établissement remonte jusqu’au treizième siècle, est si étendu, qu’il ressemble à une petite ville. L’église est assez belle, et fort ornée en dedans. Le second n’est établi que depuis 1663.
Entre les couvents de filles, il y en a peu de remarquables. Le prieuré de St. Pierre est beau ; il appartient à des Chanoinesses régulières de Saint Augustin. Le couvent de Notre-Dame de la Rose de Jéricho est habité de semblables chanoinesses, qu’on appelle communément les Dames Blanches, parce qu'elles sont vêtues de blanc ; il est très grand et bien bâti. Tout auprès, sont deux abbayes de Religieuses Clarisses ou Cordelières, que l’on distingue par les épithètes de riches et de pauvres.
L’Archiduc Albert et l’Infante Isabelle son épouse ont attiré dans la ville des Carmélites déchaussées, dont ils ont fait bâtir l’église et le couvent avec beaucoup de dépense. L’Archiduc fit venir de Liège le corps, de St. Albert, Évêque de cette ville et son Patron, et plaça ses reliques dans ce couvent. Enfin, indépendamment de ces couvents des deux sexes, il y a dans Bruxelles plusieurs chapelles particulières, et prieurés, dont les églises sont belles, et où on révère des reliques ou des images miraculeuses.

Dans les faubourgs, la banlieue et les environs de Bruxelles, il y a plusieurs autres abbayes et couvents remarquables. À Anderlecht, qui est un de ses faubourgs, on trouve un chapitre de dix-huit Chanoines, ayant à leur tête trois Dignitaires. Leur église collégiale, dédiée à St. Pierre, est belle, quoique d’une construction gothique. On ne sait pas précisément l’époque à laquelle, elle fut bâtie ; on ignore de même celle de la fondation de l’église collégiale : mais on croit pouvoir la faire remonter jusqu’au dixième siècle ; et il paraît qu’on a raison, puisqu’on est assuré qu’elle existait au onzième, lorsqu’un pieux paysan du village d’Anderlecht, nommé Guidon, s’attacha à cette église, et de simple laboureur qu’il était auparavant, en devint Clerc et Sacristain. Il passa de là dans une autre église assez voisine, dédiée à, Notre-Dame. Comptant avoir reçu de Dieu et de la Sainte Vierge l’ordre de faire le pèlerinage, de la Terre-Sainte, il s’y rendit, revint dans son pays, et y mourut en odeur de sainteté. Il se fit même de si grands miracles à son tombeau qu’il a été canonisé, du moins par la voix publique. Ses reliques sont conservées dans l’église d’Anderlecht ; il est honoré sous le nom de St. Guidon. Il y a dans le même faubourg ou village d’Anderlecht, un couvent de Minimes, et un béguinage.

Château de Laeken de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Château de Laeken près de Bruxelles,
gravure extraite de La Belgique monumentale de A Baron, 1844

Laeken est un autre faubourg de Bruxelles ; c’est  là que l’on révéré l’image de la Sainte Vierge, à laquelle St. Guidon avait grande dévotion, if y a six à sept cents ans. Elle n’a pas cessé depuis d’être révérée, et de continuer à opérer des miracles. L’Infante Isabelle pendant le dix-septième siècle, et l’Archiduchesse Marie-Élisabeth pendant celui-ci, y allaient souvent faire leurs prières. Elles ont contribué à rendre magnifiques l’église et la maison qui en est voisine, et est occupée par des Pères de l’Oratoire qui desservent la cure de Laeken.

 La forêt de Soignies s’étend presque jusqu’aux portes de Bruxelles : elle est très considérable, contenant plus de seize mille cinq cents arpents. Le gibier y est  en abondance et bien conservé, pour procurer le plaisir de la chasse aux Souverains Princes du pays. D’ailleurs elle fournit de bois de charpente et de chauffage la ville de Bruxelles ; on y en coupe tous les ans pour des sommes considérables. Il y a au milieu de cette forêt, plusieurs châteaux ou maisons de plaisance  très agréables, même des abbayes, des  Couvents et des ermitages, qui plaisent autant par leur situation, qu’ils sont respectables par l'ancienneté de leur fondation, les monuments et les reliques qu’ils renferment. Tel est le prieuré de Chanoines réguliers Prémontrés à Gronendal, d’abord ermitage, ensuite monastère en 1343 ; ceux de Rouge-Cloître et de Sept-Fontaines sont dans Le même cas, et ont été fondés à la fin du même siècle. Les Récollets de Botendal, et les Capucins de Terwuren sont aussi dans des situations délicieuses.
L’abbaye d'Afflighem fut fondée en 1083 par le Duc Godefroy le Barbu, qui y a été enterré. Elle est superbe et riche. Les Bénédictins qui l'habitent, sont réformés. Ils  ont pour Abbé commendataire l’Archevêque de Malines, qui préside l’Ordre du Clergé dans les États de Brabant, en qualité d’Abbé d’Afflighem.
L’abbaye de Grimherghen est aussi belle et riche. Elle fut fondée par les anciens Seigneurs de Grimberghen, dès le douzième siècle. Elle appartient aux Religieux Prémontrés ; la communauté y est toujours très nombreuse.
L’abbaye de Diligem est de la même ancienneté, et habitée par des Religieux du même Ordre.
Les abbayes de filles des environs de Bruxelles, sont celle de Forêt, dont les Religieuses Bénédictines font preuve de noblesse ; sa fondation est du onzième siècle : celle du Grand-Bigard, du même Ordre, et où l’on exige les mêmes preuves ; elle fut fondée au douzième siècle. On n’y regarde pas de si près dans celle  de Cortemberg, du même Ordre, fondée au même siècle, et dans celle de la Chambre, de l’Ordre de Cîteaux, qui n’a été fondée qu’au quatorzième.

 

 


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Pélérinage à Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur Église de Sainte-Gudule de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert PousseurÉglise du Sablon de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur

Bassin de l'Allée Verte de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert PousseurHôtel-de-ville de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert PousseurChâteau de Laeken de Bruxelles vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur

 

 

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