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Les villes à travers les documents anciens

 

Cadix en Espagne vers 1830

 

Ville de Cadix vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
Bénarès (de son nom actuel Varanasi) vers 1830, gravure des frères Rouargue

 

Texte extraits du Dictionnaire général de géographie universelle, par Ennery et Hirth, édition 1839

CADIX, Augusta Julia Gaditana, Gadeas, ville d’Espagne, Andalousie, royaume de Séville, à 26 lieues de Séville et à 112 lieues S.-S.-O. de Madrid, située sur la pointe occidentale de l’île de Léon, avec laquelle elle communique par une digue étroite, interrompue par une large tranchée couverte d’un pont de fer défendu par des bastions. Siège des autorités de la trésorerie du même nom, d’un évêché et d’un des trois départements de marine du royaume. Elle est bien fortifiée et couverte du côté de la mer par les forts St. Catalina et de St. Sébastien, dont le dernier, situé sur un promontoire, est surmonté d’un phare. La ville a deux portes : celle de mer et celle de terre ; hors de la dernière se trouve un grand faubourg renfermant une belle cathédrale, entièrement revêtue de marbre, plusieurs autres églises et couvents et cinq hôpitaux, dont l’un, destiné aux militaires, peut contenir 1500 malades et est remarquable par sa belle distribution. La Cité offre un aspect oriental : toutes les maisons ont des plates-formes ornées en partie de jardins et de tourelles ; chaque étage est entouré d’un balcon ; dans l’intérieur se trouve une citerne pour conserver l’eau de pluie destinée à la cuisine et aux services de propreté ; l’eau potable est amenée à grands frais du port Ste.Marie. Cadix est la ville la plus riche de la péninsule ; elle est l’entrepôt du commerce colonial et toutes les nations de l’Europe y ont des comptoirs. Son port excellent et bien défendu reçoit près de 1000 bâtiments par an. Elle a une académie des sciences et belles-lettres, des écoles de chirurgie et de marine et un grand nombre d’établissements industriels pour les besoins de la navigation. Sa maison d’opéra et son riche arsenal méritent d’être vus ; son amphithéâtre pour les combats de taureaux peut contenir 12,000 spectateurs. Cadix a soutenu plusieurs sièges ; le plus remarquable est celui du 6 février 1810 au 25 août 1812 ; 70,000 hab



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VOYAGE EN ESPAGNE, PAR MM. GUSTAVE DORÉ ET CH. DAVILLIER.
texte extrait de 'Le tour du Monde' d'Édouard Charton, 1862

Cadix est la plus ancienne ville d'Espagne et peut-être d’Europe, plus ancienne que Rome même ; la Gaddir Phénicienne, qui existait déjà mille ans avant l’ère chrétienne, devint plus tard la Gades des Romains, et fut longtemps la ville la plus florissante de la Péninsule ibérique, une ville toute bâtie en marbre, et le centre du plaisir par excellence. Des palais de marbre il n’est pas resté la moindre trace, mais Cadix est toujours restée aussi gaie que Martial nous la dépeignait- il y a dix-huit cents ans.

Vue du large, Cadix est comparée par les Espagnols à un plat d’argent posé sur la mer, una taza de plata en el mar ; ses hautes maisons, blanchies à la chaux ou peintes des couleurs les plus tendres, brillent au soleil comme une couronne d’orfèvrerie, sous ce merveilleux ciel d’Andalousie, ce ciel vêtu d'azur, comme dit le refrain espagnol :
El cielo de Andalucia
Esta vestido de azul.

Les maisons de Cadix sont très hautes, et ont presque toutes six et même sept étages ; car la ville, resserrée dans une étroite ceinture de fortifications, est obligée de regagner en hauteur ce qu’elle ne peut atteindre en étendue. Chaque maison, ou peu s’en faut, est surmontée  d’un belvédère à jour surmonté d’une terrasse, — azotea, — ou d’une tour carrée au sommet de laquelle s’élance un mât élevé. Les fenêtres sont presque toutes peintes en vert, ce qui donne à la ville un aspect singulièrement gai ; la plupart, surtout celles du premier étage, sont garnies d’un mirador ou balcon entièrement vitré, qu’on ouvre l’été et qu’on garnit de fleurs pendant l’hiver.

Les monuments de Cadix n’ont rien de particulièrement remarquable ; la plupart datent du dix-septième siècle et sont d’un style médiocre ; on se console facilement de voir des ornements d’aussi mauvais goût empâtés par d’innombrables couches de badigeon.

Il y a peu de villes en Espagne qui soient aussi vivantes et aussi animées que Cadix ; c’est vers le soir, en faisant quelques tours sur l'alameda, qu’on peut se convaincre qu’elle est toujours restée la Jocosa Gades d’autrefois ; il faut lire Martial pour se faire une idée de ce qu’était cette ville à l’époque romaine : « Les grandes richesses, dit un ancien auteur, y avaient introduit un grand luxe ; de là vint que les filles de Cadix étaient recherchées dans les réjouissances publiques, tant pour leur habileté à jouer de divers instruments, que pour leur humeur, qui avait quelque chose de plus que de l’enjouement. »
Les improbæ Gaclitanæ, comme les appelle Martial, étaient déjà célèbres dans le monde entier par leurs danses et par leur habileté à faire résonner les bæticu crusmata, qui n’étaient autre chose que les modernes castagnettes, aujourd’hui encore l’accompagnement obligé de l'ole gaditano, cette danse si franchement andalouse .

« La fière Séville est belle, dit lord Byron dans son Pèlerinage de Childe-Harold, mais Cadix, qui s’élève sur la côte lointaine, est encore plus séduisante.... Lorsque Paphos tomba détruite par le temps, les plaisirs s’envolèrent pour chercher un climat aussi beau, et Vénus, fidèle à la mer seule qui fut son berceau, Vénus l'inconstante daigna choisir le séjour de Cadix et fixer son culte dans la ville aux blanches murailles ; ses mystères sont célébrés dans mille temples ; on lui a consacré mille autels, où le feu divin est entretenu sans cesse. »

Heureusement pour les dames de Cadix, nous aimons à le croire, cette appréciation du poète anglais n’est pas plus exacte que sa description d’une corrida qu’il vit dans la plaza de Toros, « ce jeu barbare, qui rassemble souvent les filles de Cadix et fait les délices du berger espagnol. » Ce passage nous revint à la mémoire au milieu d’une assez belle course qu’on donna pendant notre séjour à Cadix. Lord Byron, assurément, n’était pas un aficionado consommé ; dans le même chant de Childe-Harold, il appelle le taureau le « roi des forêts », ce taureau qui n’a jamais vu que des plaines sans arbres ; les pauvres haridelles à moitié mortes, qu’on n’achète guère au-dessus de la valeur de la peau et qu’on pousse à la mort après leur avoir bandé un œil avec un mauvais foulard de coton, deviennent de «  fiers coursiers bondissant avec grâce et qui savent se détourner, » et l’agile matador, « son arme est un javelot, il ne combat que de loin. »
Que diraient notre ami El Tato et son beau-père Gucharès, s’ils savaient qu’on a accusé leurs prédécesseurs de ne combattre que de loin, et qu’on a transformé en une arme de jet la flexible espada qui ne quitte leur main que lorsque les cornes du taureau viennent effleurer leur poitrine ?

Mais revenons à l'alameda et à ses palmiers, qui ont inspiré Victor Hugo :
Cadix a ses palmiers ; Murcie a ses oranges,
Jaen, son palais goth aux tourelles étranges.

Malheureusement les palmiers de l'alameda, trop exposés sans doute aux vents de mer, n’ont plus guère que le tronc et ressemblent à peu près à des échassiers qui auraient perdu leurs plumes ; mais c’est un détail que les belles Gaditanes font bien vite oublier. C’est à Cadix qu’il faut voir l’Andalousie gaie, riante, vivante ; c’est là qu’abondent le meneo, la sal, la sandunga, c’est-à-dire cette grâce, ce charme, cette désinvolture, qui sont comme le privilège exclusif des Andalouses.
Les femmes de Cadix viennent à l'alameda bien moins pour voir que pour être vues et admirées ; on peut dire, avec le poète, qu’elles sont habiles dans l’art des œillades ; il est vrai que nous n’oserions répéter avec lui qu’elles sont toujours disposées à guérir les blessures qu’ont faites leurs regards ; mais nous croirions volontiers que c’est pour les Gaditanes qu’a été créé un des mots les plus expressifs de la langue espagnole, le verbe ojear, qu’il faudrait traduire en français en forgeant le mot œillader.

Le temps de la basquine et du jupon court est passé ; la mantille est la seule partie du costume féminin qui ait survécu ; elle était fort appréciée il y a deux cents ans, si nous en croyons une Française qui voyageait en Espagne sous Louis XIV : « Les mantilles, dit Mme d’Aulnoy, font le même effet que nos écharpes de taffetas noir, excepté qu’elles siéent mieux et qu’elles  sont plus larges et plus longues ; de sorte que, quand elles veulent, elles les mettent sur leur tête et s’en couvrent le visage. »
Mais si leur jupe s’est allongée, les dames de Cadix n’en sont pas moins habiles à laisser apercevoir un pied d’enfant, étroit et cambré ; un de ces pieds qui ont donné naissance à la vieille formule : Beso a vmd los pies.

Une des particularités de Cadix, c’est le grand nombre de confiterías qu’on rencontre dans les rues de la ville ; les sucreries les plus variées y abondent, depuis les cabellos de angel, espèce de confiture qui s’étire comme la blonde chevelure d’un ange, jusqu’aux esponjados ou azucarillos, biscuits longs et poreux qu’on met fondre dans l’eau pour la sucrer. Toutes ces chatteries font les délices des Andalouses, et si nous en croyons encore Mme d’Aulnoy, elles tiennent ce péché mignon de leurs aïeules, qui avaient aussi un goût des plus prononcés pour les sucreries :

«  Il y a de vieilles dames qui, après s’être crevées d'en manger, ont cinq ou six mouchoirs qu’elles apportent tout exprès et elles les emplissent de confitures ; bien qu’on les voie, on n’en fait pas semblant ; l’on a l’honnêteté d’en aller prendre tant qu’elles veulent et même d’en aller quérir encore.
Elles attachent ces mouchoirs avec des cordons tout autour de leur sacristain (on appelait ainsi une espèce de panier ou vertugadin) : cela ressemble au crochet d’un garde-manger où l’on pend du gibier. »

Parmi les femmes de Cadix, il ne faut pas oublier les cigarreras : c'est ainsi qu'on appelle les filles, jeunes pour la plupart, qui travaillent en grand nombre à la fabrica de tabacos ; la fabrique de Cadix est beaucoup moins considérable que celle de Séville, qui occupe à elle seule plusieurs milliers de femmes.
La cigarrera andalouse est un type à part que nous étudierons plus particulièrement à Séville, et nous ne notons que pour mémoire celle de Cadix, bien qu’elle ait aussi son individualité et ses mérites particuliers, si nous en croyons une petite feuille imprimée à Carmona sous le titre de Jocosa relation de las cigarreras de Cadix. Le port de Cadix est le plus animé peut-être de tous les ports espagnols ; des navires des pays les plus lointains y abordent fréquemment et toutes les nations du monde paraissent s'être donné rendez-vous sur le quai ; de petites barques de toutes couleurs attendent les voyageurs qui veulent s’embarquer pour le Puerto, et les marineros les appellent et les provoquent avec les andaluzadas les plus divertissantes.

Le marinera andalou, et celui de Cadix en particulier, s'il a été moins exploité dans les romances de salon que le gondolier de Venise et le barcaiuolo napolitain, n'est pas un type moins intéressant : comme eux, il a ses barcaroles, qu’on appelle en Andalousie las playeras, ou chants de la plage, qu’il accompagne avec la guitare ou la bandurria ; une des plus charmantes playeras que nous connaissions est la cancion divertida del curiyo marinero, un titre qu’on pourrait appeler la chanson réjouissante du joli marin : curro, currito, curriyo, sont des expressions qui appartiennent au dialecte andalou et qu'on ne saurait traduire en notre langue ; c'est le nom que la maja donne à son querido :

Según las señales veo
Va a moverse un temporal
Pero ya perdí er mieo,
Y te ayudaré á remar.
Los dos a la par bogamos,
No pierdas, Curro, el compas ;
Boga aprisa, Curro mió,
Que me güervo a marear !
« Je vois les signes qui annoncent la tempête, dit la Cuerida à son Curro, mais avec toi je ne crains plus rien, et je t’aiderai à ramer. Ramons ensemble, Curro, et ne perds pas la route ; rame plus vite, Curro mío, je sens mon cœur s’en aller ! »

 

 

Cadix vers 1860 - reproduction © Norbert Pousseur
Cadix, vue par Gustave Doré,
gravure publiée dans 'Le tour du Monde' d'Édouard Charton, 1862

 

 

 

 

 

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