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Les villes à travers les documents anciens

 

Vues d'Amsterdam aux alentours de 1830

 

Amsterdam, vue générale du port - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, vue générale du port, gravure anonyme, vers 1830 sans doute


 

Article extrait du Dictionnaire géographique de Ennery et Hirt, de 1840

AMSTERDAM OU AMSTELDAM, Ville la plus considérable de la Hollande et l’une des plus commerçantes de l’Europe. Elle est bâtie en demi-cercle, au fond du golfe de l’Y, bras du Zuiderzee, à 122 lieues Nord de Paris.
Elle est traversée par l’Amstel et par un grand nombre de canaux bordés de quais qui communiquent entre eux par 280 ponts. Ses 26.380 maisons, bâties sur pilotis, sont bien alignées ; les rues sont belles et garnies de trottoirs. Parmi les édifices publics on remarque le magnifique hôtel de ville, construit sur 13,659 pilotis et orné de tort belles sculptures. Ce superbe bâtiment, commencé en 1648 par Jacques van Kampen et achevé en 1655, était la résidence du roi Louis Bonaparte ; la bourse, le palais de l’amirauté, les hôpitaux, les arsenaux, les chantiers, etc. La ville compte 45 églises de différentes confessions et 5 synagogues. Elle possède une académie, plusieurs sociétés savantes, entre autre celle de Félix meritis, dont le but est d’encourager les sciences et les arts ; plusieurs bibliothèques, trois théâtres, français, hollandais et allemand, un jardin botanique, une école de navigation et plusieurs sociétés de bienfaisance.

L'ancien Hôtel de ville d'Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, et l'ancien Hôtel de ville, gravure signée J. Jackson.
in Le Magasin pittoresque, éd. 1835

Un des plus grands désagréments qu’offre aux étrangers le séjour d’Amsterdam, c’est l’humidité de l’air et l’impossibilité de se procurer de l’eau potable.
Cette ville, quoique fort déchue de ce qu’elle était autrefois, fait encore un commerce immense, qui comprend toutes les espèces de produits et s’étend sur tous les pays. Elle est surtout un vaste entrepôt pour les marchandises du nord. On fabrique à Amsterdam des toiles, des étoffes de soie, du velours, de la porcelaine ; elle a des fonderies ; des raffineries de sucre, de sel, de salpêtre, de soufre, de camphre, de borax ; des orfèvreries, des quincailleries, etc. Les ouvriers pour la taille des pierres fines y sont très habiles.

Amsterdam n’était, au commencement du douzième siècle qu’un village de pêcheurs, faisant partie des domaines des seigneurs d’Amstel. Un comte de Hollande ayant été assassiné par Gysbrecht van Amstel en 1296, les Kennemur, habitants des environs, s’emparèrent d’Amsterdam, qui avait déjà le rang de ville, en bannirent les seigneurs van Amstel et la réunirent au comté de Hollande.
Depuis cette époque, elle s’accrut de jour en jour, et lorsqu’elle eut secoué le joug de l’Espagne, sa prospérité prit un développement rapide. Au seizième siècle, le despotisme fanatique des Espagnols chassa d’Anvers un grand nombre de négociants qui transportèrent leurs capitaux et leurs établissements à Amsterdam ; par la paix de Westphalie, l'Escaut fut fermé au commerce des Pays-Bas espagnols ; toutes ces circonstances furent favorables à celui d’Amsterdam, dont les relations s’étendirent bientôt dans toutes les parties du monde, et pendant le dix-septième et au commencement du dix-huitième siècle elle pouvait être considérée comme la première ville commerciale des deux continents. Mais alors une rivale puissante vint lui disputer et lui enlever son rang : l’Angleterre affermit son empire sur la mer, et Londres s’éleva au-dessus d’Amsterdam. Le commerce des Indes se fixa dans les îles Britanniques ; et les guerres que la Hollande eut à soutenir contre les Anglais, compromirent tellement le commerce d’Amsterdam, que son crédit en souffrit beaucoup et que sa bourse, fondée en 1699, fut presque entièrement déserte pendant quelque temps

Cependant tous ces revers n’étaient que des crises, qui produisaient des intervalles de stagnation, et dont cette ville ne tardait pas à se relever. Mais ce qui porta le coup le plus terrible à son activité commerciale, et fut l’avènement de Louis Bonaparte au trône de Hollande. Toutes les puissances ennemies de la France devinrent les ennemis du nouveau royaume, fondé par l’empereur, qui bientôt, mécontent du peu de sévérité que son frère Louis apportait dans l’exécution des décrets défavorables aux Hollandais, réunit ce pays à la France
Dès lors, les sources de la prospérité d’Amsterdam furent taries et jusqu’en 1813 son commerce resta anéanti. Cette ville a pris un nouvel essor depuis la chute de l’empire français ; mais elle n’a pu retrouver et ne retrouvera probablement jamais toute l’importance qu'elle avait au commencement du siècle dernier ; population 200,000 habitants.


Amsterdam est la patrie de plusieurs hommes célèbres, parmi lesquels nous citerons : Jan-van-Brœckhuysen, né en 1649, poète d’autant plus remarquable, qu’il servit comme soldat de marine sous le célèbre amiral de Ruyter, et que ce fut au milieu des tempêtes qu’il composa la plupart de ses poésies ; Baruch Spinoza, célèbre philosophe, né en 1632 d’une famille juive portugaise ; Jean Swammerdam, naturaliste, né en 1637 ; Jérôme van Bosch, né en 1740, auteur de plusieurs poésies latines ; Bilderdyk, Guillaume, grand jurisconsulte, né en 1750. Il vivait encore, il y a quelques années, à Leyde. Il est aussi l’auteur de plusieurs chants patriotiques, qui passent pour ce qu’il y a de mieux dans la littérature de ce genre en Hollande.

 


Article extrait du Dictionnaire universel de Commerce, de Jacques Savary des Bruslons, de 1768

 

Port d'Amsterdam.
Il n’est point de Port au monde où il se fasse un plus grand commerce, et où il entre ou sorte plus de vaisseaux que celui d’Amsterdam. Il est en demi-lune, et peut contenir environ quatre mille bâtiments tant grands que petits ; les petits se rangent tout le long des quais, et les grands entre des estacades de grosses poutres qui soutiennent et brisent l’effort des vagues de l’Y ou Tey, et qui empêchent qu’ils ne s’endommagent les uns les autres dans les gros temps.

Vue générale d'Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, vue générale, gravure de William Henry Barlett.
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
Gezigt op Amsterdam


Ces estacades sont ouvertes en divers endroits pour laisser passer les bâtiments qui vont et qui viennent dans la ville. On nomme ces ouvertures des Booms, elles servent comme de portes à la Ville du côté de la mer, et se ferment toutes les nuits avec deux grosses pièces de bois garnies de pointes de fer, pour empêcher que rien n’y puisse entrer. Pendant le jour, il y a des Commis de l’Amirauté aux Booms pour visiter tout ce qui entre ou qui sort.
Ce sont les huit écluses qui soutiennent les eaux du Tey, qui en fournissent au Port et à tous les canaux de la Ville ; et ce sont ces canaux qui facilitent le transport des marchandises, soit quand on veut charger, soit lorsqu’on veut décharger les vaisseaux.

Les bateaux qui servent à ce transport, sont au nombre de près de quatre cents ; il y en a de quatre sortes ; savoir, les lichters, les vlot-schuiten, les stygers-schuiten, et les chaloupes.

Les lichters sont des espèces d’alèges, qui peuvent contenir trente à trente-six lasts, ils servent à transporter les grains, les graines, les sels, et autres semblables marchandises.

Les vlot-schuiten sont de grands bateaux plats, qui portent depuis vingt jusqu’à vingt-cinq tonneaux de vin, ils servent pour décharger les vins, eaux-de-vie, vinaigres, et autres boissons : on s’en sert aussi pour les sucres et quelques autres marchandises.

Les styger-schuiten sont destinés au même usage que les précédents, mais ils ne sont ni si grands, ni si plats, et ne tiennent que dix à onze tonneaux de vin.

Enfin les chaloupes peuvent porter 15 à 20 barriques de vin ; on les emploie néanmoins plus souvent aux transports des personnes à bord des vaisseaux, qu’a celui des marchandises, à moins, que ce ne soit que quelques petites parties.

Le prix de ces bateaux n’est pas réglé, et se paie suivant qu’il y a plus ou moins de vaisseaux à charger, ou de marchandises à transporter, y ayant des temps où on les a pour quarante ou cinquante sols par jour, et d’autres ou l’on en paie jusqu’à dix florins.

C’est peu de chose que le Commerce des marchandises du crû de la Hollande ; la réserve de ses beurres, de ses fromages, et de sa vaisselle de terre, qu’on nomme communément faïence, dont il se fait un très grand négoce, il y en a peu  d’autres qui passent à l’étranger. On y peut pourtant ajouter leurs bestiaux, et d’assez bons chevaux, qu’on nourrit dans ses excellents pâturages.

L'ancienne Porte St Antoine d'Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, l'ancienne porte St antoine, gravure non signée.
in Le Magasin pittoresque, éd. 1840

 

Avant la révocation de l’Édit de Nantes, et l’établissement d’une partie des réfugiés français, en diverses villes des Provinces-unies, leurs Manufactures, comme on l’a dit de celles des Anglais, ne consistaient presque qu’en leurs draps, et en leurs  toiles ; mais depuis ce temps-là, il n’y en a guère qui n’y aient passé de France, et qu’on n’y ait porté à un degré de perfection suffisant, pour n’avoir pas besoin des fabriques françaises en temps de guerre ; mais incapable de les remplacer en temps de paix.
Les principales Manufactures de lainerie, sont établies à Leyde ; et c’est-là où l’on travaille les draps les plus fins, les plus beaux camelots, les serges les plus estimées, et beaucoup d’autres étoffes de laine de grande réputation.
Il s’en fait aussi quantité à Amsterdam et à Harlem ; mais il s’en faut bien que celles de ces deux villes approchent de la beauté des fabriques de Leyde. Les laines qu’on y emploie, sont tirées  d’Espagne, d’Angleterre, d’Allemagne, de Pologne, et du Levant, et quelques-unes du Pérou et de Perse ; celles-ci se nomment, Laines de Caramanie, et celles-là, Laines de Vigognes.
Les toiles se fabriquent en plusieurs endroits des Provinces-unies, et il s’en fait beaucoup dans les Provinces de Groningue et d’Overijssel ; mais il s’en faut beaucoup que celles qui se vendent sous le nom de toiles de Hollande, y aient été faites. Il est vrai qu’elles y sont toutes blanchies, et qu’ayant été tirées en écru des états voisins, on les met au blanchiment d’Haarlem, qui a la réputation d’être le meilleur de toute la Hollande.
Outre ces toiles fines, on imite aussi assez bien les Noyalles de Bretagne, qui servent aux voiles, dont, outre la consommation du Pays, il se fait un assez bon négoce en Angleterre.
Les autres Manufactures de chanvre ou de lin, sont des toiles moitié fil, moitié coton, des coutils des rubans de fil, des passements, des cordages, et des filets.

Outre ce qui croît de lin et de chanvre en Hollande, les Hollandais en tirent une très grande quantité de Moscovie, de Dantzig, de Riga, etc. qu’ils emploient en toutes ces fabriques, ou qu’ils vendent en masses, et non ouvrés, aux étrangers.
Les nouvelles Fabriques, d’étoffe d’or, d’argent, et de soie, portées en Hollande par les réfugiés français, sont principalement établies à Amsterdam : dans les autres Villes, on ne travaille guère qu'à celles de soie ; et de cette dernière espèce, ce sont celles de Haarlem qui sont les plus estimées.
Les soieries qu’on y fait, sont des velours à fleurs, assez grossiers ; des toiles de soie, des gazes, et autres semblables petites étoffes, qui sont bien au-dessous des fabriques de Lyon, de Tours, ou de Paris ; mais qui pourtant ont un plus grand débit en Allemagne, dans le Nord, et en Portugal, que celles de France, parce qu’on les a à quinze, ou vingt pour cent meilleur marché.
Leurs soies leur viennent d’Italie, du Levant, de Perse, de Bengale, du Tonquin, et de la Chine.
Outre ces principales Manufactures, les français protestants ont montré aux Hollandais, ou leur ont perfectionné la Rubanerie, la Papeterie, la Bonneterie, la Chapellerie, les franges, les passements, la Tannerie ; les différentes manières de passer les cuirs en maroquin et en chamois ; la fabrique des cuirs dorés, et toutes sortes de raffinages de sucres, des sels, et de blanchissages de cire, etc. ou qui ne leur étaient pas connues, ou qu’ils ne savaient qu’imparfaitement.
On parle ailleurs de la faïence, et particulièrement de celle de Delft.

Les digues et la Tour des harengs d'Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, les digues et la Tour des harengs, gravure non signée (sans doute de Rouarge).
in Le Magasin pittoresque, éd. 1840

 

ETAT DES MANUFACTURES
et Fabriques établies à Amsterdam et aux environs.

Il se fabrique à Amsterdam des étoffes d’or et d’argent, des damas, des brocards, des parterres, des taffetas ; des mohairs, des raz de soie, des armoisins, des velours, des tripes, des pannes, des gazes unies et à fleurs ; enfin de presque toutes les autres étoffes de soie qui autrefois ne se fabriquaient guère qu’en France et en Italie.
Des bas, des bonnets tant de soie que de fil et de laine.
Des draps, des serges, des calaminques ou calamandres, des étamines, des camelots, et quantité d’autres étoffes de laine, de poil de chèvre et de chameau.
Des rubans d’or et d’argent, de soie, de fil, de coton et de fleuret.
Des chapeaux de toutes sortes.
Des tapisseries de haute-lisse, d’autres de tontures de laine, et d’autres encore peintes sur des toiles ou sur des basins.
Des imprimeries de toiles de coton, dont les Imprimeurs se vantent d’avoir trouvé le secret de faire des couleurs aussi belles et aussi sures que celles dont on se sert aux Indes et en Perse.
Des imprimeries pour les livres et les tailles-douces.
Toutes sortes de teintures, particulièrement pour les noires et les écarlates.
Des cuirs dorés.
Des tanneries où l’on prépare toutes sortes de peaux et de cuirs.
Soixante raffineries de sucre.
D’autres raffineries pour le camphre, le vermillon, le souffre, l’azur, le sel, le borax, et la résine.
D’excellente civette ; plusieurs personnes y  nourrissent les animaux qui la produisent.
Des savonneries où l’on fabrique des savons noirs.
Des blanchiries pour la cire.
Des brasseries pour la bière.
Des vinaigreries pour le vinaigre.
Des corderies tant pour les gros câbles que pour moyens et menus ouvrages.
Divers moulins pour la poudre, pour les drogues propres aux teintures, pour le tabac, pour le tan, pour le bois de réglisse, pour moudre les grains, pour scier des planches, pour scier et polir du marbre, pour les huiles de grains, pour les foulons, et pour forer des canons.
On y fabrique aussi quantité d’ancres pour la marine, et dans ses chantiers un nombre presqu’incroyable de bâtiments de toutes fortes d’espèces et de grandeurs.


 

La marchande de Légume à Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, la marchande de Légumes, dessin de Mouilleron.
in Le Magasin pittoresque, éd. 1867

Note de l'éditeur du site : Il s'agit ici d'une représentation 'artistique' qui sans doute accentue a réalité du temps. Cependant on peut remarquer comme élément assez certain de l'époque(~1850) est cette façon de porter ces lourds paniers (mais tel que, on se demande comment peut tenir le faix ...). Et de façon pittoresque, le panier-berceau : est-ce une convention pictoriale, ou cela était-il la coutume en ce temps là ?

 

Le marché aux herbes d'Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, le marché aux herbes, par G. Metzu.
in Le Magasin pittoresque, éd. 1838

Note de l'éditeur du site : un autre tableau du quotidien d'Amsterdam au début des année 1800. On note la grosse jarre en verre garnie d'osier portée sur le dos : elle ressemble à celles utilisées encore dans les années 1950 dans les régions du sud de la France, utilisées soit pour le vin, soit pour les olives. A voir aussi l'étal-brouette de la marchande au premier plan.

 

Article extrait du Dictionnaire universel, de Moreri, de 1768

AMSTERDAM ou AMSTELDAM, Amsterodammn, et Amstelodamum, ville de Hollande, très belle, très riche et très  puissante. Son nom d’ Amsteldam, signifie écluse de l’ Amstel, comme Berthius et d’autres l’ont remarqué.
Cette ville  est renommée que depuis deux siècles ; et en si peu de temps elle s’est extrêmement élevée, par le commerce qu'elle a attiré de toutes les parties du monde. Avant l'an 1204. ce n’était qu’un petit château nommé Amstel, de la rivière sur laquelle il était bâti ; Gilbert ou Giselbert seigneur d’Amstel, y attira des habitants, et ce lieu devint la demeure de quelques pêcheurs, qui n’habitèrent au commencement que des cabanes couvertes de chaume. Mais la pêche leur fit entretenir avec leurs voisins une sorte de commerce, qui les rendit plus puissants. Il leur attira en peu de temps grand nombre d’autres habitants ; et Amstel de château devint village, et enfin bourg.  Florent IV  comte de Hollande, lui accorda même des privilèges en l’année 1235  qui fut celle de sa mort.
Les seigneurs d’Amstel en étaient toujours les maîtres. Un d’entre eux appelé Gisbert, différent de celui dont nous avons parlé, fut un des conjurés contre Florent V  comte de Hollande, qui fut assassiné. Gilbert fut obligé de fuir, et son exil fut désavantageux au bourg d’Amstel ; mais ayant été depuis rappelé, il y fit bâtir des ponts et des tours. On y édifia aussi de nouvelles maisons dans la campagne prochaine ; et on commença de donner à ce bourg le nom d’Amsteldam, de celui de la rivière, et de dam qui signifie écluse.
Depuis, cette petite ville fut unie au comté de Hollande. Guillaume IV  lui donna en 1342  de nouveaux privilèges, qu'Albert de Bavière confirma ensuite, avec permission aux habitants d’agrandir la ville. Quoique la situation, le commerce et le soin des citoyens la rendissent dès-lors considérable, elle n’avait pourtant encore pour muraille qu’une palissade ; on ajouta aux pièces de bois qui la formaient, des pointes d’acier ; et enfin en 1482. On l’entoura de murailles. On commença d’agrandir la ville en 1593  de plus de cent pas de tous côtés : en 1601 on l’agrandit pour la troisième fois du côté de l’orient : en 1652. on recula la porte d’Haarlem plus de 600 pas en dehors, et ainsi la ville se trouva agrandie de plus de la moitié depuis qu’elle s’était soustraite de la domination d'Espagne.

Le Palais de la vieille Église d'Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, le Palais de la vieille Église, gravure de William Henry Barlett.
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
Het Paleis te Amsterdam

Enfin en 1675  elle fut encore agrandie de plus de la moitié, et mise en l’état ou on la voit aujourd’hui, ayant plus d’enceinte que la ville de Paris, mais les maisons y sont bien moins hautes, et par conséquent moins peuplées. Elle se conserva dans le XVI  siècle avec soin dans la pureté de la religion Catholique, et dans la fidélité qu’elle devait à ses princes, car on en chassa plus d’une fois les ministres de la religion nouvelle, et tous ceux qui en faisaient profession. Mais les attaques continuelles de ceux du parti des états, qui avaient eux-mêmes pris le nom de Gueux, y ruinant le commerce ; et l'armée navale que le duc d’Albe avait envoyée pour la secourir, ayant malheureusement échoué, les habitants d’Amsterdam se rendirent au prince d’Orange en 1587.
Ce fut sous condition qu’on n’y changerait rien, et que les Catholiques n’y seraient pas moins considérés que les Protestants. Mais ces promesses furent mal observées ; ces derniers étant en plus grand nombre, commencèrent par en chasser les ecclésiastiques et les religieux, et ensuite ils démolirent les autels, et y firent cesser entièrement tout exercice public de la religion Catholique.

la nouvelle Église Luthérienne d'Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, la nouvelle Église Luthérienne, gravure de William Henry Barlett.
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
De luthersche nieuwe Kerk te Amsterdam


Depuis, les guerres civiles y ayant attiré un grand nombre de marchands d’Anvers, de Bruxelles, et d’ailleurs, les habitants y firent refleurir le commerce, qu’ils établirent sur les ruines de celui d’Anvers, et par lequel ils ont rendu cette ville l’une des plus riches de l’univers.

Amsterdam est bâtie sur un terrain si bas, que les inondations seraient à craindre pour cette ville, si elle n’avait soin d’opposer ses digues et ses écluses à la hauteur des flots. La petite rivière d’Amstel, qui passe au milieu de la ville, y forme le grand canal d’Ammerack. Ce canal a deux ponts, desquels celui qui est à l’embouchure de la mer, nommé le Pont-neuf, est des plus beaux à cause des écluses qui y sont, et parce que de là on découvre ce fameux port, où la diversité des navires et des marchandises, et le nombre infini de matelots, sont un spectacle digne d’admiration.
Il y a encore le canal de l’empereur, celui des seigneurs, celui du cingel, etc. qui sont tous larges et profonds, et revêtus de quais, bâtis de pierres de taille, de bois ou de brique, et embellis de tilleuls et d’ormes.
Les rues d’Amsterdam sont belles, grandes, et extrêmement propres. Les boutiques des marchands sont fournies d’étoffes les plus précieuses et les plus rares ; et on y trouve ce que la Chine et les Indes produisent de plus riche et de plus exquis.
Les places, les temples, les édifices publics, tout y est magnifique ; et entre ces derniers, on y admire la maison de ville, dont l’entrée est remarquable par son architecture. Il y a sept portes moyennes, par où peuvent passer au plus trois persornnes de front. Le frontispice est embelli de trois statues de bronze, qui sont au haut, et représentent la justice, la force et l’abondance ; et d’un tableau de marbre, où est en relief une femme qui soutient les armes de la ville, avec un Neptune, des lions, des licornes, et quelques figures de héros. Il y a une tour en forme de dôme, où est une fort belle horloge avec un carillon, et le dedans répond à la magnificence et à la beauté de cette entrée.

La Tour de Montalban d'Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, Tour de Montalban, gravure de William Henry Barlett.
in Vues de la Hollande et de la Belgique par N G Van Kampen, éd. 1836
De Montalsbaan Toren te Amsterdam

La place où les marchands s’assemblent, qu'on nomme ordinairement la bourse, qui fut bâtie l’an 1608  est encore un lieu remarquable. C’est un édifice de belles pierres de taille, fondé sur plus de 2000  pilotis : le lieu où s’assemblent les marchands est long de 200  pieds et large de 124. Ses galeries sont soutenues de 46 colonnes, et l’on y voit des marchands de toutes les parties du monde.
La maison des Indes mérite aussi d’être vue. Ce sont de grands magasins remplis de diverses sortes de marchandises qui viennent des Indes, où les navires Hollandais vont toutes les années, aussi  bien que sur la mer Baltique et dans la Méditerranée.
On voit encore divers arsenaux, celui des vaisseaux de la flotte des Indes, et celui des vaisseaux de guerre, qui sont près l’un de l’autre.
L’église de St Nicolas, qu’on appelle le vieux temple, est la plus grande de la ville. Il y en a plusieurs autres, et entre autres celle de sainte Catherine, où l’on dit que la chaire du ministre a coûté 22.000  écus, et les orgues cent mille. Le tombeau de Ruyter, qui est un bel ouvrage, est dans cette église. Il y a aussi un couvent de béguines.
La maison qu’on appelle de correction, est pour les libertins qui ne veulent point obéir à leurs parents. Quand Ils continuent à ne rien valoir, on les met dans une cave qui se remplit d’eau, et ils doivent continuellement travailler à l’en tirer par le moyen des pompes, autrement ils seraient en danger de se noyer ; mais cette espèce de correction a été abolie depuis l'an 1690.

La vieille église d'Amsterdam - reproduction © Norbert Pousseur
Amsterdam, la vieille église, dessin de Rouargue
in Le Magasin pittoresque, éd. 1860


Il y a encore à Amsterdam diverses maisons pour les orphelins, pour les malades, pour les filles débauchées, pour les insensés et d’autres, où toutes choses sont réglées avec beaucoup de charité et de prudence. Au reste, Amsterdam est la retraite de toute sorte de sectes, et presque toutes les religions y ont exercice public, hors la Catholique. L'on y comptait pourtant vers la fin du XVII  siècle 1300 Catholiques, qui célébraient les saints mystères dans des lieux particuliers, qui leur tenaient lieu d’église, où l’on disait tous les jours plusieurs messes, et dans plusieurs on y jouait des orgues, comme on fait dans toute l'étendue des états.
Il y a un grand nombre d’Anabaptistes, de Trembleurs et de Juifs ; et ces derniers y ont deux synagogues : l’une pour les Portugais, qui est un fort beau bâtiment ; aussi sont-ils extrêmement riches, et l’un d’eux nommé Emmanuel de Belmont était résident de Charles II  roi d’Espagne, et fut honoré du titre de comte par l’empereur. L’autre synagogue est un vilain lieu, et appartient aux Juifs Allemands ; leur quartier est  proche de la grande place du neuf marché de saint Antoine.

Amsterdam a aussi produit de savants hommes ;  comme Alard, Janson, Opmeer, Horstius, Sandaeus, Cornélius Crocus, Cornélius Dunius, Spigelius, Episcopius, Plempius, et divers autres.

Les armes de la ville sont timbrées d’une couronne impériale : c’est un privilège qui lui fut accordé par   l’empereur Maximilien I  en 1490. La bulle impériale de cette concession est rapportée par Isaac Pontanus par  Pierre Berthius, et par d’autres auteurs. Ces armes sont d’or au pal de gueule chargé de trois sautoirs d’argent. Le P. Menestrier a très bien remarqué que ce pal signifie la chaussée de l’Amstel, et que les sautoirs marquent les levées et les digues.

Du gouvernement de la ville d'Amsterdam
Cette grande ville est gouvernée, pour ce qui regarde les affaires d’état, par un sénat composé de trente-six personnes. Ces sénateurs ne perdent ces charges qu’avec la vie, et ils étaient autrefois choisis par les plus riches bourgeois de la ville ; mais depuis les bourgeois ont cédé ce droit au sénat, qui choisit maintenant ceux qu’il juge capables de remplir les places vacantes. C’est ce qui rend ce gouvernement presque oligarchique, n’y ayant qu’un petit nombre qui commande, et non pas tout le peuple.
Toutes les villes de la Hollande ont suivi l’exemple d’Amsterdam, quoiqu’elles aient mis quelque différence dans le nombre de leurs sénateurs, et dans la manière de les choisir. Ce  sénat choisit les principaux magistrats de la ville, comme les bourgmestres et les échevins. Il y a quatre bourgmestres à Amsterdam, dont on en choisit trois tous les ans ; parce que l’un des anciens magistrats demeure en charge deux ans. On appelle les trois qui ont été élus les derniers, les bourgmestres en charge ; et après les trois premiers  mois, ils président l’un après l’autre.
Le bourgmestre de l’année précédente préside pendant le premier quartier, afin que les nouveaux puissent s’instruire des devoirs de leurs charges, aussi bien que de l’état des affaires de leur ville. On fait élection des bourgmestres dans le sénat, à la pluralité des voix de tous ceux qui ont été autrefois bourgmestres ou échevins. Ces magistrats font les honneurs de la ville dans toutes sortes d’occasions ; ils disposent de plusieurs charges qui sont sujettes à la leur ; ils tirent du trésor public l’argent qu’ils jugent nécessaire ; et ils ont seuls le pouvoir de régler tout ce qui concerne la sureté et le bien de la ville. Ils gardent la clef de la banque d’Amsterdam ; et on ne l’ouvre jamais qu’en présence d’un des bourgmestres. Ils ne sont point obligés de faire plus de dépense que les autres, ni dans leurs habits, ni dans leur train, ni dans leur table, ni en quelque autre occasion que ce soit. Certain nombre de domestiques payés par la ville le servent dans toutes les cérémonies publiques, et on les décharge toujours des frais qu’ils sont obligés de faire, lorsqu’ils donnent quelquefois à manger à des princes ou à des ministres étrangers.
Les échevins sont les juges de chaque ville Il y en a neuf à Amsterdam : on n’en choisit tous les ans que sept, parce qu’il en reste deux de l’année précédente, qui continuent d’exercer. Le sénat en nomme quatorze, entre lesquels les bourgmestres en élisaient sept, quand il n’y avait point de stathouder, ou gouverneur ; mais cette élection s’est faite depuis l'an 1673. par Guillaume III roi d’Angleterre, qui eut cette charge. Ils sont juges absolus dans toutes les causes civiles et criminelles : cependant en payant une amende, on peut appeler de leurs jugements à la cour de justice, établie dans la province.
Il y a sous ces magistrats souverains plusieurs officiers, dont les principaux sont les trésoriers ou receveurs des revenus de la ville. Le schout est comme un prévôt et commissaire de police. Le pensionnaire est une personne savante dans les lois et dans les coutumes du pays, qui en instruit le sénat et les bourgmestres, lorsqu’il en est besoin, et qui fait toutes leurs harangues dans les occasions publiques.

De la banque et des revenus d'Amsterdam.
La banque d’Amsterdam passe pour le plus riche trésor du monde. Elle est placée dans une grande voûte, sous la Maison de ville. On prend toutes les précautions imaginables pour la tenir en sureté ; et on ne l’ouvre jamais qu’en présence d’un des bourgmestres : c’est pourquoi personne ne sait au vrai à quoi peuvent monter toutes les richesses qui y sont enfermées. C’est comme un dépôt général, où tout le monde apporte son argent, parce qu’on l’y croit plus en sureté que dans une maison particulière. Et ce sont les billets qu’on en tire, qui sont les paiements les plus ordinaires des marchands les uns avec les autres.
Les revenus d’Amsterdam consistent dans un droit qu’on lève sur toutes les marchandises qui s’y vendent ; dans les rentes des maisons et des terres qui appartiennent à la ville ; et dans quelques impositions ou levées extraordinaires.

 

 

 

 


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