| Accueil | Présentation | Lieux | 900 photos | Cartes - Gravures | Thèmes | Personnages |

Le Mans depuis ses collines vers 1830, gravure de Rauch, d'après Jolivard
publiée dans Le Guide pittoresque du voyageur en France - 1838
(collection personnelle).
Voici aussi Le département
de la Sarthe en 1883
|
Selon le rédacteur des articles de chaque dictionnaire, le type de description change.
Article sur Le Mans du Dictionnaire de toutes les communes de France - 1851 MANS (le), Vindinum Camomanum, grande et très ancienne ville, chef-Iieu du département de la Sarthe (Maine), chef-lieu du 4e arrondissement et de 3 cantons. Tribunal de 1ère instance et de commerce. Chambre consultative des manufactures. Société royale d’agriculture, sciences et arts. Société de médecine. Collège communal. Cours gratuits d'accouchements et école royale de dessin. Évêché, séminaire diocésain. 4 cures. Gîte d’étape. Relais de poste. Bureau de poste. Population 25,189 habitants. — Terrain d’alluvions modernes, voisin du terrain crétacé inférieur. Autrefois évêché, parlement de Paris, intendance de Tours, chef-lieu d’élection, présidial, bailliage, maîtrise particulière, gouvernement particulier, lieutenance de maréchaussée, juridiction consulaire, société d’agriculture, chambre syndicale, collégiale, séminaire, abbayes ordres de St-Benoît et de St-Augustin, collège, couvents de Cordeliers, dominicains, minimes, capucins, ursulines, filles de la Visitation, dominicaines et filles-Dieu. Les armes du Mans sont : d’or à la croix de gueules à trois chandeliers d’église d’argent, 2 et 1, et une clef de même posée en pal sur le chandelier de la pointe ; au chef d’azur chargé de trois fleurs de lis d’or. À 214 km S.-O. de Paris, longitude occidentale 2"8, 40" ; latitude 48° 0' 30". L’arrondissement du Mans est composé de 10 cantons : Ballon, Confie, Ecommoy, Loué, le Mans (1er canton), le Mans (2e canton), le Mans (3e canton), Montfort, Sillé-le-Guillaume et la Suze. Divers évènements de l'Histoire du Mans Le Mans est une ancienne ville des Gaules, fondée dans le deuxième siècle par les Romains, qui en firent une place importante et l’entourèrent d’une muraille que l’on voit encore presque entière dans la partie nord-nord-est, sur une longueur de 4 à 500 ,, et dont il reste encore une tour ronde bien conservée. Des monuments historiques non interrompus prouvent que cette ville occupe le même emplacement que celle qui, dans la Notice des provinces, est nommée Cenomanni. L’ancien nom est Vindinum, dans Ptolémée. Les Armoriques, après avoir secoué le joug romain, s’emparèrent de cette ville en 486. Clovis la prit en 510. Thierry, roi de Bourgogne, s’en rendit maître en 598, et Clotaire II s’en empara la même année. Les Bretons et les Normands la prirent et la saccagèrent en 818, 844, 849, 865 et 866. Les Normands s’en emparèrent de nouveau en 905 et en furent chassés par Louis d’Outremer en 937. Les comtes d’Anjou s’en rendirent maîtres à plusieurs reprises en 1036, 1051,1060 et 1062. Guillaume le Conquérant la prit en 1063. En 1070, au moment où Guillaume paraissait le plus embarrassé en Angleterre par les révoltes des Saxons, les invasions des Danois et celle des Gallois, les habitants du Maine résolurent de secouer son joug.
L’établissement de Hugues d’Este dans le Maine eut cependant peu de durée : son père, proche parent de la comtesse Mathilde, et l’un des seigneurs qui avaient le plus de part aux intrigues de l’Italie, ne séjourna pas assez longtemps en France pour y affermir son parti : il laissa au Mans sa femme Garisende et son fils Hugues, sous la direction de Geoffroi de Mayenne, homme noble et d’un esprit adroit, qui acquit bientôt tant de crédit sur Garisende, que chacun supposa qu’il était son amant.
L’auteur, partisan du roi d’Angleterre et de l’évêque, regardait la formation d’une commune comme une révolte ; aussi, dit-il que,
Cette association des citoyens du Mans, qui forçaient la noblesse à s’unir à eux, et qui punissaient ses brigandages, tantôt par des supplices, tantôt en assiégeant et brûlant ses châteaux, est d’autant plus digne d’attention, que quoiqu’elle ne fût point la seule, ni probablement la première, c’est cependant la plus ancienne dont nous ayons une date fixe et authentique, et que nous y retrouvons, dès cette époque, l’esprit qui depuis a animé toutes les autres, aussi bien que les républiques d’Italie. La première commune du Mans cependant eut une fort courte durée. Hélie de la Flèche s’empara du Mans en 1088, en fut dépossédé par Geoffroy de Mayenne la même année, la reprit en 1096, en fut chassé par Guillaume le Roux en 1098, la reprit une troisième fois en 1099, en fut dépossédé la même année et y rentra en 1100. Philippe Auguste et Richard Cœur de lion la prirent sur Henri II, roi d’Angleterre, en 1189 ; Jean sans Terre la reprit en 1199 et l’abandonna de nouveau à Philippe Auguste en 1200. Les Anglais la reprirent en 1424 et en furent chassés définitivement en 1448. Vers le commencement de juillet 1592, Charles VI partit de Paris pour se mettre à la tête de l’armée qu’il voulait conduire en Bretagne : il s’arrêta sur sa route à plusieurs reprises, d’abord à St-Germain, où il séjourna quinze jours ; puis à Anneau, chez son secrétaire, Bureau de la Rivière ; puis à Chartres, et enfin au Mans. Le duc d’Orléans et le duc de Bourbon étaient partis avec le roi ; le duc de Berry, le comte de la Marche et le duc de Bourgogne vinrent successivement le joindre. Ils désapprouvaient hautement cette expédition ; mais Charles VI était devenu si violent, si emporté, qu’il était impossible de discuter avec lui ; bien plus, « depuis le premier jour d’août, dit le religieux de St-Denis, il paraissait aux officiers qui l’approchaient de plus près comme tout idiot ; il ne disait que des niaiseries et gardait des gestes et une façon de faire fort messéante à la majesté. Néanmoins il n’en était pas moins absolu, et il le fit bien voir le cinquième du mois, quand il fit publier par les hérauts et les trompettes que toute l’armée sortît en bataille de la ville du Mans. » Ce jour choisi pour mettre l’armée en mouventent était le plus chaud qu’on eût éprouvé depuis plusieurs années ; le roi sortit du Mans entre neuf et dix heures du matin par la route d’Angers ; il portait un jaque ou justaucorps de velours noir, qui l’échauffait beaucoup, et un chaperon de vermeil ; un soleil ardent dardait sur lui ; il n’y avait aucun de ses hommes d’armes qui ne souffrit cruellement de la chaleur. Comme il traversait une forêt, un fou, qui s’était caché parmi les arbres, s’élança tout à coup à la tête de son cheval. Cet homme, déchaussé, la tête nue, couvert seulement d’un sarreau blanc, saisit la bride du cheval de Charles, en s’écriant : « Roi, ne chevauche plus avant, mais retourne, car tu es trahi. » Les gardes accoururent et firent lâcher prise à ce malheureux. Le roi ne dit rien ; mais ces mots avaient frappé son imagination. Peu de moments après, étant sorti de la forêt, il se trouva dans une grande plaine sablonneuse qu'aucun ombrage n’entrecoupait. Il était alors midi ; une poussière intolérable se joignait à l’ardeur du soleil : le cortège du roi se dispersa dans la crainte de l’incommoder ; les seigneurs eux-mêmes s’écartèrent pour ne pas le couvrir de leur poudre ; quelques pages seulement le suivaient : l’un d’eux, sommeillant, laissa tomber la pointe de sa lance sur le casque d’un de ses compagnons. Ce cliquetis du fer fit tressaillir le roi ; il se crut attaqué par les traîtres dont l’homme de la forêt lui avait dit qu’il était entouré ; et, devenant aussitôt furieux, il s’écria en tirant son épée et lançant son cheval au galop : Avant, avant sur ces traîtres ! Il fondit ensuite sur les pages et les écuyers les plus proches de lui. Personne n’osait se défendre autrement qu’en fuyant, et dans cet accès de fureur il tua successivement le bâtard de Polignac, chevalier de Gascogne, et trois autres hommes. Les pages croyaient encore que l’un d’eux avait commis quelque désordre qui l’avait courroucé ; mais quand on le vit venir l’épée haute sur le duc d’Orléans, son frère, on comprit enfin qu’il avait perdu la raison. Le duc de Bourgogne fut le premier à crier : « Haro ! le grand meschet (malheur) ! Monseigneur est tout dévoyé (égaré). » Heureusement pour le duc d’Orléans, il était monté sur un très bon cheval, et il put se dérober au roi, qui le poursuivait vivement. On convint, pour arrêter celui-ci, de chercher à l’épuiser de fatigue, ainsi que son cheval, et de lui laisser donner la chasse, l’un après l’autre, à ceux qu’il lui prendrait la fantaisie de poursuivre : de cette manière il en abattit encore plusieurs, qui, quand ils ne pouvaient plus l’éviter, se laissaient choir devant le coup. Enfin, comme il était déjà tout haletant, baigné de sueur, ainsi que son cheval, qui se refusait à galoper davantage, un chevalier normand qu’il aimait beaucoup, Guillaume Martel, son chambellan, s’élança sur lui par derrière, et lui arrêta les bras. On lui ôta alors son épée et ses armes ; on le coucha par terre ; on le couvrit de son manteau : déjà la faiblesse avait succédé à ce paroxysme de fureur ; il ne parlait plus, il ne faisait plus aucun mouvement ; mais ses yeux roulaient encore dans sa tète d’une manière effrayante. Les deux oncles du roi, se trouvant alors à côté de lui, furent obéis dès qu’ils essayèrent de donner des ordres. Ils décidèrent qu’on reporterait le roi au Mans et qu’on donnerait congé à tous les gendarmes, puisque aussi bien l’expédition de Bretagne était désormais impossible. Dans un siècle superstitieux on s’empresse toujours de chercher des causes occultes aux événements naturels ; ceux qui entouraient le roi disaient qu’il avait été sans doute empoisonné ou ensorcelé. On questionna ses échansons ; on examina le vin qu’il avait bu ; enfin le duc de Berry s’écria « Il n’est empoisonné ni ensorcelé fors que de mauvais conseils. » Le lendemain, comme Charles VI n’était pas mieux, ses oncles ordonnèrent qu’il fût transporté au château de Cray-sur-Oise ; pour y être mis sous la garde des médecins, tandis qu’eux- mèmes partirent pour Paris. Le Mans ayant embrassé le parti de la Ligue, Henri IV assiéga cette ville en personne et la prit par capitulation en 1589. Pendant les troubles de la Fronde, les partisans du prince de Condé tentèrent en vain de s’en emparer. La Révolution : Le 10 décembre 1793 eut lieu sous les murs du Mans la fameuse bataille qui porta le dernier coup à la cause des Vendéens insurgés. Le commandement de l’armée de l’Ouest venait d’être donné au général Marceau, qui succédait à Rossignol. Les Vendéens s’étaient dirigés vers le Mans, lorsque la Rochejacquelin arriva dans cette ville le 10 décembre ; ce ne fut qu’après un combat très vif qu’il put y pénétrer. La tête du Pont-Lieu, et le pont même présentaient tranchées sur tranchées, canons, chausse-trapes et chevaux de frise. Les royalistes y passèrent tranquillement la journée du 11. Le rendez-vous général de l’armée républicaine était an village de Foultourte, où se réunirent toutes les divisions commandées par le général Marceau ; de là elles devaient marcher successivement sur le Mans. Westermann, suivi de la division Muller, formait l’avant-garde. La Rochejacquelin, informé le même jour que des corps ennemis s’avancaient par les routes de Tours et d’Angers, fit battre la générale et marche droit à eux. Westermann se replie sur la division Millier, et bientôt s’avance de nouveau. Arrivé sur une hauteur flanquée de bois de sapins, en avant du Pont-Lieu, il y trouve les royalistes avantageusement embusqués. Le général Marceau arrive ensuite et dirige lui-même les mouvements. Connu de l’armée entière par sa bravoure, sa présence inspire à tous une entière confiance. Il avait dit en sortant de Rennes : Je suis déterminé à me battre, n'eussè-je que trente hommes à commander. La même ardeur anime le reste de quatorze mille braves de la garnison de Mayence, qui marchait à la suite de la division de Cherbourg. Déjà la cavalerie de Westermann s’étant ralliée s’avançait de nouveau, recommençait l’attaque et chargeait sans attendre le signal : elle fut soutenue par la division de Cherbourg. Les royalistes ne purent résister à l’impétuosité de leur choc ; ils rentrèrent en désordre au Mans, ne se croyant plus en sûreté que dans les retranchements de cette ville. La Rochejacquelin les ralliait à mesure pour les placer par échelons en avant de Pont-Lieu, dont l’accès devint formidable. Marceau, prévenu contre Westermann, lui remet un billet du conventionnel Bourbotte, qui lui faisait des reproches de ce que, par son audace imprudente, il avait compromis le salut de l’armée ; il lui était enjoint, sous peine de la vie, de ne plus engager d’action, et de se borner à éclairer les démarches de l’ennemi. Le jour commençait à baisser : Marceau donne l’ordre à Westermann de prendre position pour commencer l’attaque le lendemain. « La meilleure position, répond Westermann, malgré les menaces de Bourbotte, est dans la ville même ; profitons de la fortune. » — « Tu joues gros jeu, brave homme, lui dit Marceau en lui serrant la main. N’importe, marche, et je te soutiens. » Il était quatre heures et demie, et le soleil n’éclairait plus l’horizon. Westermann, à la tête des grenadiers d’Armagnac, se porte sur le Mans dans le plus grand silence. Le capitaine Roland, monté le premier sur le pont, écarte les chevaux de frise, et veut avec sa compagnie pénétrer dans la ville. Malgré les représentations de son frère, commandant du même régiment, il se précipite en s’écriant : « Nous tenons donc enfin l’ennemi ! C’est ici qu’il faut l’exterminer ou mourir glorieusement. » Son frère marche aussitôt sur ses pas. On bat la charge ; le pont et les retranchements sont forcés au même instant, et les royalistes dissipés et mis en fuite : plusieurs sont atteints et massacrés aux portes de la ville. Une batterie masquée arrête bientôt les républicains, et quelques lâches, qui déjà voulaient prendre la fuite, sont retenus par l’intrépide bravoure des grenadiers d’Armagnac. Westermahn demeure ferme et inébranlable. La Rochejacquelin établit aussi des batteries sur toutes les avenues de la place du Mans, et place des tirailleurs dans les maisons voisines du lieu de l’action. Un feu continuel et meurtrier écarte les plus audacieux. Westermann, frémissant de rage, fond le sabre à la main sur ceux qui n’osent avancer ; mais la position redoutable des Vendéens est un obstacle insurmontable. A neuf heures du soir, Marceau, sans cesser le feu, fait halte pour prendre position. Il veut qu’aucun ennemi ne lui échappe, et dans ce dessein il a l’intention de cerner la ville. Westermann suit son exemple, et fait arrêter sa troupe, considérablement affaiblie. Marceau lui envoie du canon pour empêcher les royalistes d’avancer, et fait occuper la route de Paris par uue colonne qui file à sa droite. En même temps Westermann garnissait toutes les rues adjacentes à la grande place, qui était devenue le quartier général et le dernier retranchement des Vendéens. Une fusillade terrible, entremêlée de coups de canon, s’engage malgré les ténèbres. Un hussard républicain est tué par Talmont, qu’il avait défié au combat ; Herbault est blessé à mort. La Rochejacquelin a deux chevaux tués sous lui ; il quitte un instant le champ de bataille pour aller donner quelques ordres dans l’intérieur de la ville ; son absence alarme ses soldats, et au moment où il reparaît au milieu d’eux sa voix ne peut se faire entendre ; elle est étouffée par le tumulte et les gémissements d’un grand nombre de femmes éplorées. Dès ce moment il ne put ni rien prévoir ni rien préparer. Une grande partie des Vendéens, plongés soit dans l’ivresse, soit dans le sommeil, se réveille au bruit du canon ; cette multitude accourt et veut prendre part au combat ; mais ce n’est partout que désordre et confusion. Les rues sont bientôt jonchées de cadavres, et les cris affreux des blessés et des mourants jettent partout l’épouvante et la consternation. L’encombrement des voitures augmente encore le tumulte ; les hommes, pêle-mêle avec les chevaux, s’écrasent et se tuent. Tous les efforts de la Rochejacquelin et des autres chefs sont inutiles ; croyant la bataille perdue sans ressource, pour éviter un massacre général, ils se ménagent une retraite. Ils rassemblent quelques cavaliers, et gagnent la route de Laval, la seule qui n’était point occupée par les républicains ; les fuyards s’y étaient déjà portés, et l’on n’en put rallier qu’un petit nombre. Le bruit de l’artillerie se faisait toujours entendre : la Rochejacquelin jugea qu’une partie de son armée soutenait encore le combat, il tourne bride et court au galop joindre l’arrière-garde ; mais il est de nouveau entraîné par les fuyards qui lui crient que tout est perdu, qu’il n’y a plus d’espoir : et tous ses efforts sont désormais inutiles. Cependant les républicains combattaient depuis quatre heures de l’après-midi, sans avoir pu pénétrer dans la place du Mans, dont une artillerie foudroyante défendait les approches. Les batteries étaient servies par quelques Vendéens intrépides voués à uue mort certaine ; une pièce de douze chargée à mitraille emportait des rangs entiers des assiégeants. Vers les deux heures du matin on resta des deux côtés en observation jusqu’au point du jour, soit que la terreur, la lassitude ou l’impuissance de rien entreprendre eussent forcé les combattants à suspendre leurs coups. Mais Westermann reçut un renfort de nouvelles troupes que lui envoya le général Kléber, qui venait d’arriver avec la division mayençaise. Quoique blessé, Westermann, après avoir eu deux chevaux tués sous lui, n’avait point quitté le poste périlleux de l’avant-garde. Il recommença l’attaque, tandis que le général Carpentier, voulant enfin triompher de l’opiniâtre résistance des Vendéens, fait pointer tour à tour du canon chargé à boulets et à mitraille sur les batteries ennemies et sur les fenêtres des maisons situées dans les angles de la place. En même temps les chasseurs des Francs et de Cassel, réunis aux grenadiers d’Aunis et d’Armagnac, fondent, la baïonnette à la main, sur tout ce qui est devant eux. Rien ne put résister à cette dernière attaque. Tout ce qui échappa au fer des vainqueurs se sauva par la route de Laval, abandonnant l’artillerie presque entière, les bagages, les femmes, les enfants et les blessés. L’armée républicaine, réunie au faubourg de Pont-Lieu, fait en ce moment son entrée dans la ville au pas de charge. Le Mans, dont les rues sont encombrées de morts, de monceaux d’armes, de voitures brisées, de chevaux étouffés, de canons, de caissons, de bagages, présente l’horrible spectacle d’une ville prise d’assaut et livrée à la fureur du soldat. Les maisons, les rues, les places publiques offrent le spectacle le plus affreux ; tout est couvert de morts. Marceau, qui voit en gémissant tous les excès auxquels se portent les soldats, ne peut mettre un terme qu’en faisant battre la générale. Westermann, à la tête des grenadiers d’avant-garde, poursuit avec acharnement les fuyards sans s’arrêter au Mans. La déroute des royalistes ne s’arrêta qu’à la Chartreuse-du-Parc, et pendant l’espace de 56 km il ne se trouvait pas 2 m de terrain qui ne fussent couverts de quelques cadavres. Les paysans, soit qu’ils voulussent mettre un terme aux calamités d’une guerre qui menaçait leur vie et leurs propriétés, soit qu’ils s’empressassent de prendre le parti des vainqueurs, firent des battues dans les bois, parcoururent les fermes et les habitations, où ils tuèrent un grand nombre de fuyards. La Rochejacquelin arriva dans la soirée du 13 à Laval, où tous ses partisans qui avaient évité le fer et le feu des républicains vinrent bientôt le rejoindre. Ce fut alors que les chefs vendéens purent juger de la faiblesse de leur parti. La défaite du Mans venait de leur enlever leurs plus braves soldats, leur artillerie, leurs munitions : tous pensèrent que la prudence exigeait qu’ils se rapprochassent de la Loire, pour en tenter le passage à quelque prix que ce fut. Le 15 octobre 1797 la ville du Mans fut assaillie à l’improviste par les chouans, qui, après avoir pillé les caisses publiques et les maisons particulières, l’évacuèrent le 17.
Situation du Mans La ville du Mans est dans une situation agréable, sur la croupe et sur le penchant d’un coteau au pied duquel coule la Sarthe, que l’on y passe sur trois ponts : le premier, nommé le pont Ysoir, sépare le quartier de Gourdaine de celui du Pré ; le second, appelé pont Perrin ou de St-Jean, conduit au quartier de ce nom ; le troisième est le pont Napoléon, où passe la route de Bretagne, qui aboutit sur la place des Halles. La partie de la ville située sur les bords de la Sarthe est généralement mal bâtie ; les rues en sont étroites, tortueuses et impraticables aux voitures. Mais la ville haute, sans être régulière, est belle, spacieuse et bien bâtie ; la plupart des maisons sont construites en pierres de taille et couvertes en ardoises. Le quartier neuf est surtout agréable ; la place des Halles où sont la plupart des auberges et où aboutissent les principales rues, est très vaste et assez belle. Deux promenades publiques concourent à l’agrément de la ville : celle des Jacobins offre un vaste parallélogramme rectangle en gazon, entouré d’une double rangée de tilleuls et environné de terrasses où l’on monte par des escaliers ; celle du Greffier longe la rive gauche de la Sarthe, le canal et le port, et a pour perspective les fertiles et verdoyantes prairies qui bordent la rive opposée, et le riche coteau où se font remarquer les belles maisons de campagne de la Futaye, du Buisson et de Château-Gaillard ; des quais bordent les rives de la Sarthe à partir du port jusqu’au pont Napoléon.
Les monuments du Mans La cathédrale du Mans est un bel édifice gothique, construit sur l’emplacement d’une maison convertie en église par saint Julien dans le in" siècle. Saint Innocent, premier successeur de Julien, agrandit cette église, dont il restait fort peu de chose à la fin du VIIIe siècle. L’évêque Fracon Ier la rétablit de 772 à 792, et saint Alderick y fit de grandes augmentations de 862 à 876. A peine les travaux étaient-ils achevés qu’ils furent exposés à la dévastation des Normands, dont les ravages ne furent réparés que par l’évêque Maynard de 940 à 960. L’évêque Vulgrin entreprit la reconstruction de cette cathédrale de 1055 à 1064 ; mais le peu de solidité des fondations força son successeur Arnaud de les recommencer. Les fondements des bras de la croix et des tours furent jetés en 1055 ; à partir de 1081 les travaux furent poussés avec activité, le toit fut posé, les ailes terminées, et les croisées décorées de superbes vitraux coloriés. Un violent incendie causé par la foudre consuma une partie de cette basilique et de la ville en 1126. Philippe Auguste ayant permis d’étendre la cathédrale au-delà des murailles de la ville, l’évêque et les chanoines firent construire de 1216 à 1291 la chapelle de Notre-Dame du chevet à l’extrémité orientale des bas-côtés du chœur, et de nombreux arcs-boutants s destinés à augmenter la solidité de cette chapelle et de tous les bas-côtés. L’évêque Geoffroy d’Assé travailla de 1274 à 1277 à l’augmentation de l’édifice, et laissa de l’argent pour exhausser et voûter une croisée. De 1398 à 1434 Adam Chastelain fit achever la croisée du bras septentrional de la croix, avec les croisées et la rose où sont encore les beaux vitraux dont nous parlerons ci-après. On peut fixer à cette époque l’entier achèvement de cette église, dont la construction dura près de quatre siècles.
L’orgue de la cathédrale du Mans, ouvrage de la fin du XVIe siècle, est remarquable par la beauté de sa masse, par ses ornements et par ses statues. Les stalles en bois ont été exécutées au XVIIIe siècle, en imitation des superbes boiseries de Notre-Dame de Paris qu’elles ne valent pas, mais qui néanmoins ne sont pas sans mérite ; on remarque dans l’intérieur de l’église le tombeau de la reine Berangère ; le mausolée en marbre blanc de Laugey-Dubellay ; le sarcophage de Charles IV, comte d’Anjou et du Maine.
Il existe dans la cathédrale du Mans trois vitraux fort curieux représentant différentes scènes relatives à la fabrication de la monnaie à l’époque de l’exécution de ces vitraux, qui date du XIIe siècle. M. de la Saussaye en a donné la description dans la Revue de numismatique. Deux des vitraux forment la moitié d’un rond composé en quatre compartiments ; le troisième vitrail est renfermé dans un encadrement carré. Sur le premier, un ouvrier paraît occuper à placer dans un instrument destiné à la frappe ou à en retirer des pièces de monnaie ; sur le deuxième, les ajusteurs les pèsent avant de les encaisser ; sur le troisième, des changeurs viennent chercher la monnaie nouvellement fabriquée. Dans ces trois petits tableaux, et au premier plan, on a représenté des tables avec des sébiles et des vases remplis de numéraire. Le premier tableau est celui qui offre le plus d’intérêt ; mais il est difficile de bien se rendre compte de l’opération à laquelle se livre le monnayeur. En examinant le quart de rond sur lequel il se trouve, M. Richelet a pensé que le cylindre percé d’une longue mortaise et traversé par un levier où le monnayeur semble introduire le denier d’argent, n’était autre chose qu’une vis de pression qu’on faisait agir au moyen du levier. Dans cette hypothèse, le cylindre était terminé par une vis, au bout de laquelle se trouvait la matrice, qui aurait été composée de diverses pièces enchâssées dans un composteur, à peu près comme lès caractères d’imprimerie. Près de la cathédrale, rue St-Michel n° I, est la maison qu'habita Scarron.
L’église de la Couture est un édifice dont la construction date du milieu du XIIIe siècle, et réunit les deux styles roman et gothique. Cette église, où l’on ne voit plus qu’une seule nef, doit sa disposition actuelle à la suppression faite au XIIe siècle par les bénédictins, des colonnes qui la divisaient en trois parties parallèles, à l’instar des basiliques. Pour l’établissement d’une seule voûte, il fallut renforcer les murs au moyen d’un contre-mur intérieur élargi à sa base par trois grands arcs ogivés, très ouverts, sans autre profondeur que l’épaisseur du double mur. Au-dessus de ces arcs règne une corniche portée par des mascarons variés dont quelques-uns sont fort originaux.
L’église Notre-Dame du Pré, classée au nombre des monuments historiques, est l’un des plus anciens et des plus intéressants monuments en ce genre que possède la ville du Mans. Construite, à ce que l’on présume, dans le milieu du XIe siècle j elle présente la forme d’une croix latine. Le portail occidental, cintré, est orné de colonnes grêles adossées, et surmonté d’une fenêtre légèrement ogive. Les croisées, longues, étroites et cintrées, sont surmontées d’un cordon de modilions. L’intérieur offre également partout l’emploi du style roman dans ses piliers et fûts de colonnes à chapiteaux sans entablements, avec des figures de monstres et d’animaux imaginaires : par ses arceaux voûtés supportés par des mascarons et des marmousets ; par ses niches à plein cintre régnant tout le long de la partie inférieure des murs des bas-côtés. L’église de l’Ancienne Visitation. Si le moyen âge nous offre des monuments qui excitent notre admiration, le dernier siècle a produit aussi ses chefs-d’œuvre, au nombre desquels nous classons, dans la ville du Mans, la charmante église de l’Ancienne Visitation, bénite en 1737, et construite à très grands frais d’après les plans de Soufllot. Son plan, en forme de croix, offre une longueur dans son œuvre de 30 m et une largeur de 16,65. Le tout surmonté d’un dôme à huit arcades, couvert en plomb et ardoise, élevé au-dessus du sol d’environ 40 m. Sa façade, tout en calcaire blanc de haut appareil, élevée de quinze degrés, se compose d’un avant-corps, de quatre colonnes accouplées et cannelées d’ordre corinthien à feuilles de lauriers.
On remarque encore au Mans
Industrie et Commerce Fabriques de toiles, grosses étoffes de laine, bougie, dentelles, savon vert, bonneterie et couvertures de laine. Ateliers de marbrerie. Blanchisseries de toiles et de cire. Filatures de laine. Papeterie. Tanneries, corroieries et mégisseries. Biographie.
Bibliographie.
Article sur Le Mans, publié dans le Dictionnaire universel de la France - Robert de Hesseln - 1771 MANS (le), ville capitale du Maine, située dans la partie basse de cette province, sur la Sarthe, une lieue au-dessus de son confluent avec l’Huigne, à dix lieues au midi d’Alençon, à dix-sept au couchant d’été de Tours, à vingt au levant d’été d‘Angers, à trente au couchant d’Orléans, à la même distance au levant de Rennes, et à cinquante de Paris, au 17 degré 49 minutes de longitude, et au 48 degré de latitude. La route de Paris au Mans passe par Houdan, Dreux, Château-neufs, Rémalard, Bellême, Bonne-Étable, et de là au Mans. Ç’est le siège d’un évêché suffragant de Tours, d‘un présidial, d’un bailliage, d’une élection, d’un grenier à sel, d’une maîtrise particulière des eaux et forêts, d’une maréchaussée, avec un bureau de la société royale d’agriculture du département de Tours, et d’une juridiction consulaire ; parlement de Paris, intendance de Tours. On y compte environ 12 000 habitants. L‘évêché du Mans est fort ancien et on fixe l’époque de son érection à la fin du règne de Constantin ; Liboire, ami de S. Martin, passe pour en avoir été le premier évêque. Le diocèse renferme 696 paroisses et 74 annexes sous six archidiaconés ; savoir, le grand archidiaconé du Mans, l’archidiaconé de Sablé et ceux de Château-du-Loir, de Laval, de Pascais et de Montfort ; seize abbayes d’hommes, cinq de filles, et dix chapitres. Le prélat qui est la tête jouit d’environ 26 000 livres de rente ; la taxe en cour de Rome est de 2216 florins. Il se dit le premier suffragant de l’archevêque de Tours, et il prétend avoir en cette, qualité le droit de faire les fonctions de métropolitain en son absence, et la préséance sur tous les autres évêques de la province ; ce qui lui est contesté.
L’église cathédrale du Mans, sous l’invocation de saint Julien, n’est remarquable que par une horloge dont l’invention est merveilleuse, et que le cardinal Philippe de Luxembourg fit construire pendant son épiscopat. On y voit aussi un tombeau en marbre de Charles d’Anjou, comte du Maine. Le chapitre de cette église est composé de neufs dignitaires : savoir, d’un doyen, d’un chantre, d’un scholastique, d’un grand archidiacre, de cinq archidiacres, et de 38 chanoines prébendés, outre quatre semi-prébendés, 100 chapelains et officiers, un maître de spalette, et dix enfants de chœur pour le bas chœur. Ce chapitre a 40 cures à sa nomination. Le doyenné est électif-collatif par le chapitre ; les autres dignités et canonicats sont à la nomination de l’évêque. On compte seize églises pareilles au Mans pour la ville et ses faubourgs : savoir, celles de la Couture, du Crucifix, de Gourdaine, de la Magdeleine, de Notre-Dame du Pré, de S. Benoît, de S. Germain, de S. Gilles, de S. Hilaire, de S. Jean de la Chevrie, de S. Nicolas, de S. Pavin de la Cité, du grand S. Pierre, de S. Pierre le Réitéré, de S. Vincent, et de S. Ouen sur les fossés. Il y a outre cela une église collégiale, trois abbayes d’hommes et une de silles, plusieurs autres communautés d’hommes et de filles, un séminaire, un collégiale, et plusieurs hôpitaux. La collégiale est sous l’invocation de S. Pierre de la Cour. Son chapitre est composé d’un doyen, d’un chantre, et de dix-huit chanoines à la présentation du roi. Le revenu de ces bénéfices est fort médiocre. Il y avait encore dans la ville du Mans l’église collégiale du Guy de Mauny, mais le roi, par deux arrêts de son conseil d’état, l’un du 23 mai 1741, l’autre du 30 juin de la même année, et par ses lettres-patentes données à Versailles le 20 août 1741, ordonna que les chapelains titulaires et honoraires, et les clercs de la chapelle royale du Gué-de-Mauny seraient transférés dans l’église royale et collégiale de saint Pierre de la Cour, et y prendraient séance parmi les chanoines et grands chapelains ou semi-prébendés, suivant le rang et ancienneté des uns et des autres, chacun dans leur église. Les abbayes d’hommes de cette, ville sont celles de S. Vincent, de la Couture, et de Beaulieu, La première, située dans un des faubourgs de la ville, est occupée par des Bénédictins de la congrégation de saint Maur, et fondée dans le sixième siècle par S. Domnole, évêque du Mans. Il n’y a que quelques années qu’elle est en commende. Elle était auparavant triennale et élective. Son revenu est considérable. Sa taxe en cour de Rome est de 300 florins. La seconde, du même ordre et de la même congrégation, est aussi en commende : elle a été fondée vers la fin du sixième siècle par S. Bertrand, évêque du Mans, dotée par Hugues I, comte du Mans, et par d’autres seigneurs du pays. Cette abbaye vaut environ 15 000 livres à son prélat, qui paie 300 florins à la cour de Rome pour ses bulles. La troisième, connue dans les pouillés sous le nom de Beaulieu-les-Mans, est située dans un des faubourgs au couchant de la rivière de Sarthe, et occupée par des chanoines réguliers de la congrégation de France. Elle a été fondée en 1114, par Bernard, baron de Sillé-le-Guillaume. Cette abbaye vaut environ 5000 livres à son abbé commendataire, qui paie 112 florins à la cour de Rome pour ses bulles. L’abbaye du Pré, occupée par des Bénédictines, est la quatrième de la ville du Mans ; elle est située à la droite de la Sarthe, entre les paroisses de S. Germain et de Se Jean. Cette abbaye est très ancienne. Parmi les autres communautés de la ville tant d’Hommes que de filles, on compte celles des Cordeliers, des Capucins, des Dominicains, des Minimes, des Ursulines, des filles de la Visitation, des filles-Dieu, des Dominicaines, etc. Le séminaire est gouverné par les missionnaires de la congrégation de S. Lazare, et jouit d’environ 10 000 livres de rente. Le collège de la ville est dirigé par les prêtres de l’Oratoire ; Ils y furent établis en 1624, du consentement du clergé et du corps de ville, par Charles de Beaumanoir, évêque du Mans. On y enseigne les humanités, la philosophie et la théologie. Il y a six régents pour les humanités, deux pour la philosophie, et deux pour la théologie. La sénéchaussée et siège présidial de cette ville n’est plus composé du même nombre de juges depuis l’édit de 1764, Sa majesté a supprimé par cet édit les deux offices de président du siège présidial, et celui de lieutenant-général de police de la ville. En conséquence de ces suppressions, le lieutenant général préside aux jugements de toutes les affaires civiles au premier ou au second chef de l’édit des présidiaux, et le lieutenant criminel au jugement de toutes les affaires criminelles jugées préalablement, tant à l’audience, qu’en la chambre du conseil, sans néanmoins que le lieutenant-général pusse présider aux affaires criminelles, ni le lieutenant criminel aux affaires civiles. Par le même édit, les fonctions du lieutenant général de police sont unies à perpétuée à l’office de lieutenant général, ainsi que les honneurs, droits, gages et revenus attachés à ces offices. Les gages et le franc salé de l’office du président, sont accordés aux lieutenants général et criminel à raison dés deux tiers au lieutenant général, et l’autre tiers au lieutenant criminel. L’Office de commissaire-enquêteur-examinateur, dont le lieutenant général est pourvu, ainsi que celui dont le lieutenant particulier est titulaire, sont unis à perpétuité aux offices de lieutenant général et lieutenant particulier, pour être exercés par eux concurrement, sans qu’à cause de cette réunion, ils puissent prétendre aucune fonction au criminel. Les quatre, offices de conseillers en la sénéchaussée, sont éteints, et leurs gages sont attribués au procureur du roi de ce siège. Le même édit supprimé, lorsqu'ils deviendront vacants, les deux offices de conseillers honoraires les deux de conseillers clercs, et les deux de conseillers, laïques, de même que celui que possède un des avocats du roi. Les trois offices de substituts du procureur du rois sont aussi supprimés : leurs fonctions, à l’exception de celle de postuler, sont réunies à perpétuité aux deux offices des avocats du roi, lesquels ont, aux audiences de police, le même service qu’à celle de la sénéchaussée et siège présidial ; ils jouissent en commun des gages des deux offices dont ils sont pourvus, et de ceux de l’office vacant aux parties casuelles. Lorsque l’office de greffier de police deviendra vacant, il sera uni avec ses foncions, droits et émoluments, celui de greffier civil en chef de la sénéchaussée, et toutes les minutes, registres et papiers du greffe de police, doivent être remis au greffe civil, afin qu’on en puisse délivrer telle expédition qu’il appartiendra. L’office de conseiller auditeur des comptes des consignations et saisies réelles est pareillement supprimé ; en sorte que la sénéchaussée et siège présidial du Mans n’est plus composé, suivant le même édit, que d’un sénéchal, d’un lieutenant général, d’un lieutenant criminel, d’un lieutenant particulier civil, d’un lieutenant particulier assesseur criminel de douze conseillers laïques, de deux avocats du roi, et d’un procureur du roi, d’un greffier civil en chef, d’un greffier criminel en chef, et de vingt-quatre avocats-procureurs, d’un premier huissier-audiencier, de six autres huissiers-audienciers, de deux commissaires de police, d’un receveur des consignations, d’un commissaire aux saisies-réelles, et de douze huissiers ou sergents, sans que ce nombre puisse être augmenté sou quelque prétexte que ce soit, même les offices d’huissiers et procureurs, en exécution de la déclaration du 23 mars 1672. Le même édit veut que tous ces officiers ne soient pourvus à d’avenir que sous la dénomination primitive de leurs offices, leur défend de prendre d’autre qualités, notamment celle de président, et les dispense de payer autres ni plus grands droits de prêt, annuel, sceau, marc d’or, et autre frais de provision et de réception que ceux qu’ils payaient ci-devant, à cause de leurs offices. La ville du Mans a une fabrique d’étamines qui portent son nom. On y travaille et blanchit de la cire, dont on fait de belle bougie. Cette ville a plusieurs foires, par an, presque toutes sont des bestiaux, entr’autres celle du 29 mai et celle de saint Gervais. Le Mans est la patrie du père Marin Mersenne, Minime, savant théologien et mathématicien ; du père Bernard Lamy, prêtre de l'Oratoire, auteur de plusieurs savants ouvrages, et en particulier d’une introduction à la lecture de l’écriture sainte ; des jurisconsultes Brodeau et Blondeau ; de l’Herminier, docteur de Sorbonne, auteur d’un cours de théologie ; de Nicolas Denisot, peintre et poète ; de Martin Cureau-de-la-Chambre, habile médecin, et de plusieurs autres. La ville du Mans est l’une des plus anciennes de la France. Elle souffrit beaucoup des courses des Normands dans le neuvième siècle ; des guerres des comtes d’Anjou et des ducs de Normandie dans le douzième siècle, ainsi que des incendies arrivés en divers temps. Elle embrassa le parti de la ligue sous les rois Henri III et Henri IV. Le maréchal de Bois-Dauphin, à la tête de cent gentilshommes, et de vingt compagnies d’infanterie, se jeta dans cette ville pour la défendre ; mais après avoir employé vingt-cinq mille écus en fortifications aux dépens des habitants, après avoir brûlé pour cent mille écus de maisons, fait du dégât dans le plat pays pour plus de six cents mille livres il fut obligé de rendre la ville par composition au roi Henri, le 2 décembre 1589.
Et pour complèter ces descriptions sur Le Mans, il m'a semblé intéressant d'ajouter ces extraits de l'article sur Le Mans publié dans le Dictionnaire universel géographique et historique de 1708 de Thomas Corneille (collection personnelle) - Il s'agit donc d'écrits de la fin du 17ème siècle, vu la date d'édition. L’église des Ursulines a de très belles peintures, et le dôme qui la couvre est fait à l’Italienne. Il est facile de voir que ce faubourg a été bâti nouvellement, par la largeur de la rue qui le traverse dans toute son étendue, et par quelques maisons très belles, tant pour leur architecture que pour leurs jardins, que l’on découvre en montant à la ville par la porte de S. Pierre. C’est par là que l’on arrive à la rue de la Cigogne, embellie au Beffroi de l’horloge de la ville par dessous laquelle on passe pour aller au pont Perin, et de là à celui d’Isoard, où commence la rue de la Tannerie, l’une des quatre principales du Mans. Les trois autres sont la grande rue, la rue d’Orée et celle de la Cigogne. Il y en a encore plusieurs, mais étroites et tournoyantes, ce qui fait connaître que cette ville est très ancienne.
L’église de saint Pierre de la Cour est un Chapitre Royal. Cette église est d’autant plus estimée qu’elle est dépositaire des Reliques de sainte Scolastique que les habitants ont toujours révérée comme leur Patronne, depuis que par son intercession, les Prétendus Reformés qui s’étaient multipliés en grand nombre dans la ville, dont ils s’étaient rendus maîtres à la faveur de quelques gens de guerre de leur même Religion, saisis d’une terreur panique l’abandonnèrent tout à coup sans être poursuivis des Catholiques, après avoir pillé les églises et surtout la Cathédrale, d’où ils emportèrent entre plusieurs riches ornements, un Crucifix d’argent aussi précieux pour sa matière que celui qu’on porte le jour des Rameaux à la Procession qui se fait de l’Abbaye de saint Vincent à l’église de saint Julien, où il est exposé pendant la semaine Sainte à la vénération des fidèles. Cette Procession est fort solennelle en ce qu’elle est accompagnée de Lanciers. Ce sont douze hommes à cheval armés de pied en cap avec la lance à la main, qui après la procession vont à la place des halles tirer les lances en présence des Officiers de Police. Il se fait au Mans une autre solennités fort curieuse à la procession de la Fête-Dieu, l’une des plus belles de France, à cause des torches que chaque corps de métier à coutume d’y porter. C’est à l’envi l’un de l’autre à qui fera mieux paraître ce qu’il y a de plus beau dans l’architecture par une sorte de Château tout de cire que ces torches représentent, de telle grosseur, qu’on y voit des figures grandes au naturel, et des bas-reliefs d’Histoires du Vieux ou du Nouveau Testament. L’église de saint Vincent très considérable par la grandeur de son édifice, renferme un fort grand trésor puisque l’on y voit les châsses où sont les Reliques de saint Domnole et de plusieurs autres évêques du Mans, une partie du crâne de saint Jacques le Majeur, du bras et du gril de saint Laurent, l’un des Patrons de l’église, dont le maître-Autel est orné de plusieurs figures très bien travaillées. L’Abbaye Dupré qui est de filles de l’Ordre de saint Benoît a dans son église un maître-Autel d'une fort grande beauté. Ce lieu est d’autant plus digne de vénération que saint Julien, premier évêque du Mans y a été enterré, ainsi que plusieurs autres saints évêques. On trouve quelques belles promenades aux environs de l’Abbaye de Beaulieu, dans les belles prairies que forme la rivière de Sarte. Les jardins de cette Abbaye répondent à la beauté de l’église, aussi bien que les appartements des Chanoines Réguliers de saint Augustin qui la desservent. Ils sont très commodes et très propres.
Histoire du Mans
|
Pour voir les détails de ces gravures sur Landerneau
utilisez la fonction zoom, après avoir cliqué sur chacune d'elles.
Les textes ont été transcrits et les gravures corrigées des défauts d'impression et de vieillissement.
Tout le contenu de la page est donc sous Copyright
![]()
Dépôt de Copyright contre toute utilisation commerciale
des photographies, textes et/ou reproductions publiées sur ce site
Voir explications sur la page "Accueil"
| Plan de site | Recherches | Qualité | Liens | Contact |