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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de La Normandie de William Duckett - reproduction © Norbert Pousseur

Arques en Normandie et son église vers 1860

 

Vue de l'église d'Arques vers 1860 par Ludwig Robock - reproduction © Norbert Pousseur
Église d'Arques vers 1860, par Ludwig Robock

 

Gravures extraites de l'ouvrage "La Normandie" de William Duckett - édition 1866 - ainsi que le court texte ci-dessous

Ici se présente un nom bien autrement historique: celui d’Arques, rivière, bourg et bataille, dans la Seine-Inférieure. La rivière prend sa source à 8 kilomètres Sud-Est de Saint-Saens qu’elle traverse, passe par le bourg et se jette dans l’Océan, à Dieppe, après un cours de 48 kilomètres. Le bourg, qui n’a pas plus de 900 âmes, est situé à 6 kilomètres de Dieppe et à 48 de Rouen. Là se livra le 21 septembre 1589 une bataille qui a eu plus de retentissement peut-être qu’elle n’en méritait.
Au moment où le pauvre Henri III tombait sous le fer d’un dominicain fanatique, des 40,000 hommes que le roi de Navarre commandait à Saint-Cloud 33,000 désertaient ses drapeaux, les uns pour passer sous ceux de la Ligue, les autres pour rentrer dans leurs foyers; et d’Epernon, Vitry et d’autres chefs suivaient leur exemple. Sept mille braves seulement accueillaient avec joie l’avènement du Béarnais et abjuraient tout dissentiment religieux en présence de 30,000 baïonnettes soudoyées par l’Espagne et commandées par Mayenne. Mais Henri IV, forcé par la dissolution de son armée de lever le siège de Paris et ne voulant pas exposer à un ennemi aussi supérieur ceux qui lui restaient fidèles, s’était retiré du côté de Dieppe et retranché à Arques ainsi qu’au Polet, attendant, disait-il, un secours de 5,000 hommes d’Elisabeth, reine d’Angleterre.

Cette feinte retraite et la facilité avec laquelle Mayenne s’était emparé de Gournay, de Neufchâtel et d’Eu, persuadèrent à celui-ci que s’il n’était pas enfin maître du Béarnais, le nouveau roi ne lui échapperait qu’en se jetant à la mer; et c’est dans ce sens qu’il écrivit au pape et au roi d’Espagne.
Cette illusion ne dura pas longtemps. Le 15 septembre, Mayenne quittait Eu à la tête de son armée, dont le duc de Nemours commandait la gauche, et, sans se préoccuper de la perte de 300 soldats que Biron lui avait fait éprouver à Martin-Eglise, il ne doutait pas de finir la campagne par un coup décisif, comptant sur sa supériorité numérique, sur ses mesures et sur la trahison promise de quelques poignées de lansquenets. C’est dans cette confiance qu’il se présenta le 21 septembre devant les retranchements d’Arques.
Henri IV, de son côté, convaincu, que son sort va se décider sur ce champ de bataille, n’attend pas qu’une armée trois fois plus nombreuse que la sienne lui tombe sur les bras. C’est lui qui attaque Mayenne, lui tue ou prend 1,200 hommes et le force à la retraite. Jamais il n’avait couru si grand danger personnel: il faillit être tué par un capitaine de lansquenets, qui avait feint de vouloir passer dans nos rangs avec sa bande. L’arrivée du comte de Châtillon, à la tête de 500 arquebusiers, décida du gain de cette bataille qui devint le signal du triomphe complet du Béarnais: « ce fut, disait-il plus tard, un grand miracle que, dans cette affaire, je ne me perdis pas avec tout ce qui m’entourait. Dieu seul est auteur de cette victoire ! »

Aujourd’hui le château d’Arques n’offre plus que des masses de cailloux et de ciment, sans caractère, sans profils, sans le moindre vestige d’ornements architecturaux. Mais, avant la révolution de 89, il était un des plus curieux de la Normandie. On peut s’en faire une idée par un inventaire daté de 1708, que l’on conserve aux archives du château de Dieppe. Son enceinte, alors de maçonnerie très-épaisse, précédée d’un fossé de 25 à 30 mètres de largeur, était flanquée de 14 tours, grosses et petites, rondes et carrées, toutes voûtées, à 2 ou 3 étages, mais déjà comblées, pour la plupart, par la chute des parapets supérieurs. Le donjon central, de forme carrée, était séparé en deux par une muraille de refend de près de 2 mètres d’épaisseur. D’un côté, il y avait un escalier pour monter à la plate-forme, une chapelle et un grand magasin ; de l’autre, un second magasin, plusieurs prisons, un puits, un moulin, etc. Du donjon descendait un escalier de 52 marches, conduisant à 2 souterrains de 2 mètres de haut, partiellement revêtus de briques, dont l’un était poussé seulement à 34 mètres environ, tandis que l’autre conduisait jusqu’à la rivière et même, dit-on, jusqu’à Dieppe.

« On attribue la construction de ce château au comte Guillaume, oncle maternel du duc Guillaume-le-Conquérant. Il aurait donc été bâti vers 1040. A la tin du XVe siècle, on éleva un ouvrage en avant de l’entrée, pour battre le plateau situé en face du côté du Nord. On a vu comment, en s’appuyant contre ses murs, Henri IV remporta sur Mayenne sa victoire décisive de 1589. Lorsque le jeune Louis XIV vint visiter ce champ de bataille, en 1647, la forteresse conservait encore un gouverneur en titre, mais ne logeait plus que deux invalides. Vers la fin du règne de ce prince, elle tombait en ruines; et on la jugea impropre au service. Depuis 1753, il fut permis, d’abord à un certain nombre de particuliers, puis à tous les habitants d’Arques, d’en emporter des matériaux. Mis en vente en 1793, avec quelques terrains environnants, comme propriété nationale, il fut adjugé pour 8,300 livres à un nommé Reine et passa ensuite à un sieur Larchevêque, après la mort duquel il fut acquis, en 1836, par la famille Reiset. » V. Deville: Histoire du château d’Arques: Rouen 1839; Th. Bachelet, professeur d’histoire et de géographie à l’Académie de Rouen: Dictionnaire général, Paris 1863.


Voir aussi sur ce site, l'article sur l'histoire de Dieppe et en partie celle d'Arques

 

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