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Toulon dans ses fortifications, vers 1700, gravure de Pierre Aveline
Cette estampe, vu son état, semble être une reproduction du milieu du 20ème siècle. Collection personnelle.
TOULON anciennement Telo Martius, Ville Episcopale et port
de la mer de Provence,
Capitale de la Sénéchaussée et Viguerie de même nom, l'une de celles qui envoyent des Députés aux états de Provence
Aveline fecit et excudit. C.P.R.
1. La Rade de Toulon - 2. Vieux Port - 3. Port Neuf - 4. la Seine
Voir aussi Le département du Var en 1883
Texte extrait du Dictionnaire de toutes les communes de France - éd. 1851 - Augustin Girault de Saint Fargeau TOULON-SUR-MER, Telo Martius, Telonium, ancienne, grande, belle et forte ville maritime, Var (Provence), chef-lieu de sous-préfecture (4e arrondissement) et de 2 cantons. Bonne ville n° 37. Place de guerre de Ière classe. Gîte d’étape. 2 cures. Préfecture maritime. Tribunal de lère instance et de commerce. Direction des douanes. École d’hydrographie de 2e classe. Académie. École de médecine navale. Collège communal. Bureau de poste. Relais de poste. Population 35,449 habitants. Autrefois évêché fondé au IVe siècle et réuni à l’évêché de Fréjus, parlement et intendance d’Aix, bailliage, sénéchaussée, viguerie, gouvernement particulier, amirauté, chef-lieu de recette, bureau des traites foraines, arsenal pour la marine, chapitre, collège, 11 couvents. Industrie. Fabriques de draps, bonneterie, savon, chandelles, chocolat. Teintureries, tanneries. Construction de navires. Fonderies de canons. — Commerce de grains, farines, salaisons, vins ; eau-de-vie, huile, câpres, figues, raisins secs, amandes, oranges et autres fruits excellents. — Foires les 15 mai (8 jours), et : 15 novembre. À 61 km S.-O. de Draguignan, 60 km E.-S.- E. de Marseille, 1 km O. d’Hyères. 484 km S.- E. de Paris. Latitude 43° 7' 9", longitude 3° 35' 26" E. L’arrondissement de Toulon est composé de 8 cantons : le Beausset, Collobrières, Cuers, Hyères, Ollioules, Solliès-Pont, Toulon E. et O.
Toulon passe pour avoir été fondé par Telo Martius. Les géographes Pomponius Mêla et 'Strabon n’en font pas mention. Suivant Papou, le nom de Toulon est inscrit pour la première fois dans l’Itinéraire d’Antonin. Cependant, quand on fait attention à la beauté de la plage, où les vaisseaux trouvent un abri sûr dans un bassin immense, et que l’on connaît le site et la beauté du territoire, on est porté à croire que la contrée a été habitée dès les temps les plus reculés. Dans le moyen âge, cette ville fut dévastée par les Saxons, par les Goths et par les Vandales. Saint Louis, prêt a s’embarquer à Marseille pour la première croisade, ayant reconnu l’importance militaire de la rade de Toulon, ordonna l’érection de quelques forteresses, dont il assigna lui-même la position. En 1329, le roi Robert et Philippe de Tarente ajoutèrent quelques fortifications à celles déjà établies, et firent entourer la ville d’épaisses murailles. Vers 1495, Louis XII fit jeter les fondements de la Grosse Tour, qui fut achevée sous le règne de François Ier et devint le boulevard de la ville du côté de la mer. Henri IV fit agrandir l’enceinte de Toulon, fit bâtir les bastions destinés à le défendre, les forts Ste-Catherine et St-Antonin, et jeta les fondements des deux grands môles qui flanquent le port. Sous Louis XIV, l’art des fortifications épuisa ses prodiges en faveur de Toulon : en peu de temps l’entrée de la rade fut défendue par les forts de l’Aiguillette et de St-Louis, et tous les points accessibles à une descente fortifiés par de nombreuses batteries. Ainsi fortifié, Toulon résista en 1707 aux forces réunies de l’Angleterre, de la Hollande, du duc de Savoie et du prince Eugène. La ville de Toulon prit part à l’insurrection de Marseille en 1793, et reçut dans ses murs les principaux sectionnaires marseillais ; de concert avec eux, les Toulonnais accédèrent aux propositions que fit l’amiral anglais Hood, de prendre possession de la ville et du port, au nom du roi de France, pour être rendus à la paix. Cette place fut livrée aux Anglais par la plus infâme trahison, le 16 août 1793. À cette nouvelle, le général Lapoype partit de Nice avec quatre mille hommes, accompagné des représentants du peuple Fréron et Barras, et se porta sur Saulnier, observant les redoutes du cap Brun, et la ligne comprise entre ce cap et le fort Pharon. D’un autre côté, le général Carteaux, avec les représentants du peuple Albitte, Gasparin.et Salicetti, se porta sur le Beausset et observa les gorges d’Ollioules, dont il s’empara le 10 septembre. Un plan d’attaque avait été tracé à Paris et envoyé par le comité de salut public, qui nomma Bonaparte, alors âgé de vingt-trois ans, pour commander l’artillerie du siège. Son premier soin fut d’appeler près de lui un grand nombre d’officiers de cette arme, que les circonstances de la révolution avaient éloignés. Au bout de six semaines, il était parvenu à réunir, à former et à approvisionner un parc de deux cents bouches à feu. Les représentants, témoins de la hardiesse de sa disposition, de sa valeur et de son activité, le nommèrent général de brigade. Les batteries furent avancées et placées sur les points les plus avantageux du rivage : leur effet fut tel, que les gros bâtiments ennemis furent démâtés, des bâtiments légers coulés, et les Anglais contraints de s'éloigner de cette partie de la rade. Dugommier résolut d’attaquer la redoute anglaise, et reconnut l’ouvrage conjointement avec les chefs du génie et de l’artillerie, Marescot et Bonaparte.
Cette formidable redoute, élevée au milieu de la langue de terre appelée l’Aiguillette, formait le centre d’une ligne de retranchements et d’abattis qui couvraient un camp d’environ cinq mille hommes, Anglais et Espagnols. Les Anglais l’avaient baptisée le Petit-Gibraltar. Elle consistait en un vaste ouvrage d’un profil fort élevé, et dont l’escarpe était revêtue en pierres sèches, environnée d’un large fossé ; elle avait été élevée sur les dessins d’un ingénieur français, et on la croyait imprenable. Le 18 décembre, à quatre heures du soir, les troupes s’ébranlent de leurs camps et se dirigent sur le village de Seyne ; le projet était d’attaquer à minuit. Deux colonnes sont formées, et l’on marche à l’ennemi ; la fusillade s’engage au pied du fort du Petit-Gibraltar ; les boulets, la mitraille et les balles pleuvent de toute part. Dugommier qui, selon sa coutume, marchait à la tête de la première colonne, se voyait dans la nécessité de rétrograder, lorsque le capitaine d’artillerie Muiron, adjoint au commandant d’artillerie, détaché avec un bataillon de chasseurs, débouche au pied du fort, s’élance dans l’embrasure, son bataillon le suit, et le fort est pris. Tous les canonniers anglais et espagnols furent tués sur leurs pièces, Muiron fut blessé grièvement d’un coup de pique. À la vue des flammes dont la ville est enveloppée, un cri de rage s’élève dans l’armée ; tous demandent l’assaut. Aussitôt une colonne est conduite par le général Dugommier sous les murs de la place. Quelques républicains ; habitants de Toulon, s’emparent d’une porte et l’ouvrent, et les soldats français se précipitèrent dans la ville. L’arrière-garde ennemie, taillée en pièces et poursuivie avant d’atteindre ses vaisseaux vers lesquels elle fuyait, tombe et périt dans la mer. Les représentants établirent un tribunal révolutionnaire, selon les lois du temps. Tous les coupables avaient suivi l’ennemi, à l’exception de huit ou dix personnes, qui furent immédiatement fusillées. Mais huit ou dix victimes étaient peu : on eut recours à un affreux moyen qui caractérise l’esprit de cette période de notre histoire ; on fit publier que tous ceux qui avaient eu de l’emploi dans l’arsenal du temps des Anglais, eussent à se rendre au Champ-de-Mars, afin de donner leurs noms ; on leur insinua que c’était pour les réemployer ; à peu près deux cents personnes, chefs-ouvriers, petits commis et autres gens subalternes, s’y rendirent de bonne foi ; on prit leurs noms, on constata qu'ils avaient conservé leurs emplois sous le gouvernement anglais, et aussitôt le tribunal révolutionnaire, en plein champ, les condamna à mort. Un bataillon de sans-culottes et de Marseillais, commandé à cet effet, les fusilla. Cette action n’a pas besoin de commentaire ; mais c’est la seule exécution que l’on ait faite à Toulon ; il est faux que l’on ait mitraillé qui que ce soit, le commandant d’artillerie et les canonniers de ligne ne s’y fussent pas prêtés. Aussitôt que la nouvelle de la prise de Toulon fut parvenue à Paris, le comité de salut public donna des ordres pour faire démolir les maisons de Toulon. L’absurdité de cette mesure n’en arrêta pas l’exécution : on en démolit plusieurs qu’on fut obligé de rebâtir après. — Tous les désastres de cette époque ont été réparés sous le règne de Napoléon ; les fortifications, rétablies et complétées depuis, ont fait de Toulon une place imprenable. Les armes de Toulon sont : d’azur à la croix d’or, au premier canton chargé d’un drapeau d’argent contourné ; au chef d’azur semé de fleurs de lis d’or.
Cette ville est dans une admirable situation, sur un terrain légèrement incliné vers la mer, au pied de hautes collines qui la dominent du côté du nord, et au fond d’une petite baie dont une presqu’île ferme presque l’entrée. La rade, vaste, sûre et à l’abri de tous les vents, peut recevoir en tout temps les vaisseaux de toutes grandeurs. Elle est entourée de fortifications élevées d’après le système de Vauban, et généralement bien bâtie, mais assez mal percée ; la plupart des rues sont étroites, et les places, excepté une seule, sont petites et irrégulières. Toutefois le quartier Neuf, où se trouvent les établissements de la marine, est de toute beauté. La plus grande rue, la rue Lafayette, traverse toute la ville et débouche, vers le port, sur une belle place carrée entourée d’un double rang de beaux arbres et décorée de plusieurs édifices majestueux. Le vieux quartier présente l’aspect d’une colonie formée par des peuples étrangers. Toulon est une ville très populeuse en raison de son étendue. Elle offre des marchés abondamment approvisionnés, des magasins bien fournis, des rues encombrées de piétons, qui donnent une idée avantageuse de sa prospérité. Toutefois cette splendeur est liée au plus ou moins d’activité dans les travaux de l’arsenal : l’état de paix, en condamnant nos vaisseaux de ligne à l’inaction, paralyse cette florissante industrie. Tous les établissements maritimes y portent l’empreinte d’un grandiose inconnu à nos pères, que l’on accourt visiter de tous les points de l’Europe. Le port de Toulon est l’un des plus vastes et des plus sûrs que l’on connaisse ; il se divise en deux parties, le port marchand et le port militaire, qui communiquent ensemble par un chenal. Le premier est bordé d’un superbe quai et décoré de plusieurs édifices. Le port militaire contient les chantiers de construction, les forges, la mâture, la corderie, la voilerie, les magasins et l'arsenal maritime, un des plus considérables de l’Europe. On y admire sur tous les chantiers de construction, où se trouvent deux cales couvertes, dont les immenses toitures sont destinées à abriter du soleil brûlant de l'été et des frimas de l’hiver les vaisseaux du premier rang qu’on met sur le chantier.
Magasin général. Cet édifice monumental a 100 m de long sur 8 m de large ; il est composé d’un rez-de-chaussée et de trois étages, ayant chacun 8 m de hauteur. Deux rangs de piliers en pierre de taille soutiennent les planchers et les combles, formés par des voûtes en briques creuses. Arsenal maritime. Cet arsenal, le premier en ce genre que possède la France, est fermé à tout étranger. La porte d’entrée est ornée de quatre colonnes doriques détachées, de bas-reliefs et de trophées de marine, et de deux figures, l’une de Mars et l’autre de Minerve ; au milieu est un écusson avec des trophées et des cornes d’abondance. À l’une des extrémités de l’attique, on voit un génie qui tient un faisceau de palmes ; aux extrémités sont des instruments relatifs aux sciences. 3,000 ouvriers et autant de forçats sont employés dans ce vaste établissement. Le parc d’artillerie, placé au-delà du pont de la Boulangerie, est remarquable par le nombre des bouches à feu et par l’immense quantité de projectiles qui s’y trouvent réunis. La salle d’armes a peu d’apparence à l’extérieur, mais elle contient une grande quantité d’armes de toutes les espèces, disposées de manière à présenter l’histoire des progrès de l’artillerie. La corderie est un vaste bâtiment composé d’un long corps de logis avec pavillon à chaque extrémité. Fort la Malgue. Cette importante citadelle est un des forts construits avec le plus de soin que nous ayons dans aucune de nos places fortes. Fort Faron. Il est bâti sur l’un des sommets les plus élevés des montagnes qui environnent Toulon. De ce point, on découvre la ville et ses nombreuses forteresses, le terrain, de la Garde, celui de Solliès, le vaste horizon de la mer, les îles d’Hyères. La Grosse Tour est une forteresse gothique, : construite sous le règne de Louis XII ; elle n’a de remarquable que sa belle position à l’entrée I de la petite rade, et ses immenses cachots souterrains. L’hôtel de ville est un bel édifice dont le balcon est soutenu par deux cariatides à gaine sculptées par le Puget : le caractère de la force est heureusement exprimé dans ces deux figures, et le célèbre Milon de Crotone, auquel le Puget avait préludé par ces deux morceaux, prouve que ce genre de composition était conforme à son génie. Le grand hôpital de la marine renferme plusieurs établissements : l’hôpital proprement dit ; l’école de médecine navale ; la pharmacie centrale ; l’observatoire de la marine ; le musée d'histoire naturelle. Le bagne, spécialement consacré à la détention des condamnés aux travaux forcés à temps, est établi sur de vieux vaisseaux auxquels on a donné le nom de bagnes flottants. Monuments religieux. La cathédrale, qui porte le nom d’église Majeure, est petite, sombre et mal située ; elle n’est remarquable que par quelques ouvrages du Puget qui en décorent l’intérieur. — La façade de l’église Notre-Dame est d’un style noble et remarquable. — L’église St-Jean est petite et peu digue d’attention. — Le portail de l’église St-Louis offre une colonnade d’un effet très agréable. Place du Champ-de-Bataille. Peu de places en France peuvent rivaliser avec celle du Champ-de-Bataille ; quoique peu vaste, plusieurs bataillons peuvent y manœuvrer avec facilité. De nombreux cales, les allées d’ormes et de platanes d’une hauteur prodigieuse dont elle est entourée, concourent à son embellissement. Le Cours est une promenade longue et symétrique, occupée dès le point du jour par une foule de jardiniers, de bouquetières et de marchands de fruits et de volailles. On remarque encore à Toulon : l’école d’artillerie de la marine ; la bibliothèque publique, renfermant 8,600 volumes ; le musée de la marine ; le collège ; l’arsenal de terre ; les casernes ; l’entrepôt général des voiles et cordages, ainsi que plusieurs autres beaux établissements de la marine ; la tour de l’horloge ;la préfecture maritime ; la salle de spectacle ; la maison du Puget ; le jardin botanique, de naturalisation, etc., etc.
Biographie.
Bibliographie.
Texte extrait du Dictionnaire universel de laFrance - éd. 1771 - Robert de Hesseln - (collection personnelle). TOULON, ville, évêché suffragant d’Arles, port de la mer Méditerranée, dans la basse Provence» parlement et intendance d’Aix, bailliage et chef-lieu d’une recette, siège d’une sénéchaussée, d’une maréchaussée et d’une amirauté ; à 16 lieues au levant d’hiver d’Aix, à 12 au même point de Marseille, et à 177 de Paris ; sous le 25 degré, 36 minutes, 10 secondes de longitude, et sous le 43 degré, 7 minutes, 24 secondes de latitude. On y compte environ 4200 habitants. Cette ville est dans une situation admirable : elle est exposée au midi, et couverte du côté du nord par des montagnes élevées jusqu’aux nues ; son port est un des plus beaux, des plus vastes et des plus sûrs du monde. C’est une assez grande ville, mais généralement très malpropre en beaucoup d’endroits : Le quartier neuf est assez bien bâti. La place est un carré long, bordé d’arbres, et les gardes de la marine y font l’exercice. Dans une des rues de la ville il y a une allée d’arbres qui forment une espèce de cours. L’Hôtel-de-ville est dans le vieux quartier, et sa principale entrée est sur le quai, règne le long du port : ce bâtiment n’est remarquable que par deux beaux termes de pierre, qui sont, aux côtés de la grande porte ; ils paraissent soutenir un balcon, et ressemblent à deux hommes dont la figure avait déplu au sculpteur : c’est l’ouvrage du fameux Pierre Puget, et il a fait l’admiration du cavalier Bernin. Le parc ou l’arsenal est à une des extrémités du quai : il est composé de tous les lieux nécessaires pour la construction et l'armement des vaisseaux. La corderie d’abord est un endroit qui étonne par sa longueur ; elle est à perte de vue et toute voûtée : on y fait les câbles, et l’étage de dessus est rempli d’une infinité d’ouvriers qui préparent les chanvres et des filasses. Les écoles des gardes de la marine y sont établies pour les faire travailler aux mathématiques, au dessein, pour leur apprendre à faire des armes, à voltiger, et les appliquer aux autres exercices dont ils ont besoin. La salle d’armes est un grand magasin, où se sont les mousquets, fusils, pistolets, hallebardes et autres armes nécessaires aux armements des vaisseaux, La Sainte-Barbe est un autre magasin destiné pour tous les ustensiles des canonniers : l’artillerie y est aussi dans un très bel ordre. Les curieux vont encore voir les lieux où se fait la menuiserie et la tonnellerie, où dans un lieu très vaste on leur montre un nombre infini de futailles pour embarquer les vivres et les boissons. De là on passe à côté dans un autre lieu, où on travaille à leur construction, et où les maillets font un si grand bruit, qu’il est très difficile de s’entendre parler. On passe ensuite au parc de l’artillerie, où l’on voit des canons en piles, comme on met des planches dans un chantier : on y voit aussi un nombre infini de bombes, de grenades, de mortiers, de boulets à deux têtes et de différentes espèces, le tout rangé dans un ordre qu'on ne saurait assez admirer. Les ancres bordent tout le tour du canal, qui entoure le parc ; et on découvre de là au loin les cyclopes qui travaillent aux forges. La salle des voiles est une pièce fort longue, et on s’y perd dans tout ce qu’on voit à la fois : on y trouve tout ce qui est nécessaire à un vaisseau. On y voit une infinité d’ouvriers occupés chacun à sa besogne.
La baie de Toulon a de bons mouillages : elle est de l’autre côté du cap Sepet, environ 2 milles vers l’ouest-nord-ouest de la pointe du cap ; et au-dedans du cap il y a une petite calanque entre deux grosses pointes, qu'on appelle ordinairement le creux de Saint-George, vis-à-vis duquel on mouille avec les galères par 8, 10, 11, 15 brasses d'eau (1 brasse = 1,83 m). Les vaisseaux du roi et autres mouillent un peu plus au large dans le lieu qu’on appelle ordinairement la grande rade. Entre la pointe du cap Sepet et celle du creux Saint-George il y a une grande infirmerie, appelée l’hôpital de S. Louis ou S. Mandri ; et lorsqu'on va du cap Sepet et à S. George, ou à la grande rade, il faut prendre garde à une madrague qu’on met pendant l'été presqu'à à moitié chemin, vis-à-vis d’une grosse pointe. À environ une demi-lieue au nord-ouest de la pointe de S. George est une grande tour ronde, revêtue et armée de canons, et située sur le bord de la mer : on l'appelle la tour de Balaquier. Entre les deux il y a un enfoncement dans lequel est le Lazaret ou l'infirmerie : ce sont des terres basses, bordées de grandes plages de sable, où les vaisseaux mouillent ordinairement en temps de contagion pour, faire quarantaine. À environ 360 toises au nord-quart de nord-est de la tour de Balaquier, il y a une autre grande tour carrée revêtue d’une fausse braye (revêtement de terre), et située sur le bord de la mer : on lui donne le nom de tour d’Eguillette. On peut y mouiller entre ces deux tours à discrétion, par 4, 5 à 6 brasses d’eau. À l’est de la tour de l'Eguillette environ 560 toises il y a encore une autre tour sur le bord de la mer, qu'on appelle la Grande-Tour. Elle est aussi revêtue d’une fausse braye. Toutes ces tours sont très bien armées : elles descendent généralement toutes les rades de la baie et les approches de Toulon. Celles de la Grande-Tour sont dangereuses, à cause des bas-fonds qui se trouvent auprès. De l’autre côté de ces deux dernières tours, en allant vers le nord : il y a encore un grand enfoncement, et du côté de la grande tour à environ un mille et demi est la ville de Toulon. Au, couchant de la ville de Toulon, à environ quinze milles, il y a un grand enfoncement, au fond duquel est un grand village nommé la Seine, situé sur le bord de la mer, devant lequel il y a des bas-fonds vaseux avec de grands herbiers.
A environ un quart de lieue de la Grande-Tour est le fort des Vignettes : c’est une espèce de tour ou ras d’eau qu'on y a fait nouvellement : elle est défendue par une batterie du côté de l’est. Au nord du cap Sepet, à environ 4 ou 5 milles est la pointe de Sainte-Marguerite, qui est très escarpée : on voit sur le haut une église avec quelques maisons auprès, La côte est haute et fort escarpée entre la Grande-Tour et cette pointe : on y voit 3 à 4 batteries de canons et de mortiers. Enfin à 3 ou 4 milles vers le sud-est de la pointe de Sainte-Marguerite il y a une grosse pointe qu’on appelle Querqueragne, formant du côté du nord-ouest une petite anse de sable, où en cas de nécessité on peut mouiller avec des galères dans 5 à 6 brades d’eau, fond d’herbe vaseux. La pointe de Querqueragne termine la baie de Toulon de ce côté-là. Le port de Toulon est un des plus connus et assurés de la Méditerranée ; il est destiné particulier ment aux vaisseaux de guerre ; on y distingue même deux différents ports, le vieux et le nouveau, qui font de la communication l’un à l’autre, étant partagés pat une grosse jetée de pierres. Les vaisseaux du roi sont ordinairement dans l’un ou l’autre port qui se ferment le soir à la chaîne ; mais lorsqu’ils arment, ils viennent mouiller à la petite rade proche de la Côte de l’est dans un endroit appelé le Morillon. Ce port est en même temps un des plus spacieux, ayant 9000 pas de tour. Son entrée est défendue par plusieurs forts, et ces ouvrages ont été augmentés depuis que la Provence fut envahie en 1707, par une grande armée ennemie, commandée par Victor Amédée II, duc de Savoie, et soutenue pat une flotte formidable. Toulon eut cependant le bonheur de résister à tant de forces combinées pour l’attaquer. On a ajouté depuis de nouvelles fortifications aux anciennes, et même une citadelle. On entre d’abord dans une grande rade, la plus sûre qu’il y ait, et dont l’entrée est défendue par un grand nombre de batteries et de forts, et surtout par une grosse tour qui est le fort le plus considérable : le port se trouve à une des extrémités de cette rade, et son entrée est si étroite que les vaisseaux ne peuvent y entrer que l’un après l’autre : cette rade est défendue par plusieurs bonnes batteries revêtues, et bien munies de canons. Au fond de ce golfe est la ville, qui embrasse le port et le couvre du côté de la terre. On voit quelquefois sur ce port un spectacle assez amusant, qu’on appelle le Targue ; c’est une espèce de joute. On arme plusieurs bâtiments, sur lesquels on met horizontalement une planche large de 9 à 10 pouces, et d’environ 4 pieds de saillie. Le champion qui doit jouter, est debout sur l’extrémité de cette planche et en caleçon, tenant de la main droite une larme sans pointe, et de la gauche une espèce de bouclier nommé Targue qui donne le nom à ces joutes ; les bâtiments, ayant chacun leurs combattants, vont les uns contre les autres à force de rames et au bruit des trompettes ; ils se couvrent de leurs targues, et se présentent leurs lances pour se culbuter : celui qui en renverse le plus grand nombre sans s’ébranler, remporte le prix.
La ville de Toulon a subi les mêmes révolutions que le reste de la Provence. Elle fut ruinée par les Sarrasins vers le commencement du dixième siècle, et ne fut rétablie qu’après l’an 1000 par les vicomtes de Marseille qui en étaient seigneurs. Mais les Sarrasins, puissants par mer, reprirent Toulon deux fois, en 1176 et en 1197 ruinèrent de nouveau la ville, emmenèrent les habitant esclaves en Barbarie. Les Marseillais, après avoir acquis la vicomté de Marseille, cédèrent à Charles Ier ce qui avait appartenu à ces vicomtes, tant à Toulon qu'aux villes voisines. Depuis ce temps-là Toulon se maintint, et s'accrut sous la protection de ses princes, les rois de Sicile et de Naples, pour lors comtes de Provence, comme les rois de France l’ont été depuis. Il n’est pas question de l’église de Toulon, ni de son évêque, avant le milieu du cinquième siècle : on croit que S. Honoré ou Honorât fut le premier évêque de Toulon, depuis lequel on en compte soixante-six ; saint Cyprien, mort avant l'an 549, fut le troisième ou quatrième, et il est second titulaire ou patron de l’église, après la Sainte Vierge. On honore encore un martyr de ce nom dans la même ville. Le diocèse de Toulon est d’une très petite étendue, n’ayant dans son diocèse que 28 paroisses dans le nombre : desquelles Six-fours et Cuers sont collégiales depuis l’an 1650 : l’église d’Hyères l’est aussi depuis 1472. Le prélat qui est à la tête de ce diocèse jouit d’environ 1500 livres de rente, et la taxe pour ses bulles est de 400 florins. Le bâtiment de l’église cathédrale, sous l’invocation de Notre-Dame-de-Sede, n’est pas bien considérable ; mais la chapelle de Notre-Dame est un lieu de dévotion, qui y attire une grande affluence de peuple. On ne connaît dans le diocèse de Toulon qu’une abbaye de filles, de l'ordre de Cîteaux, fondée l'an 1243 près du château d'Hyères. Les troubles de la guerre l'ont ensuite fait transférer en l’église de S. Etienne-du-Pont, qui est aussi du diocèse de Toulon, cette abbaye jouit de 10000 livres de revenu. Il y a dans Toulon cinq couvents de religieux, savoir, des Carmes déchaussés, des Augustins réformés, des Dominicains, des Capucins et des Minimes, sans compter une maison des pères de la Mercy et une des pères de l'Oratoire ; ces derniers ont la direction du collège. Il y a aussi des Ursulines, des filles de la Visitation, des filles de sainte Claire et des Bernardines. Nous ne savons encore quelles sont les nouvelles dispositions que l’on a faites par rapport à la maison que les Jésuites occupaient ci-devant dans le quartier neuf, et dans laquelle était établi le séminaire, sous la direction de ces pères, qui servaient aussi d'aumôniers sur les vaisseaux : sans doute qu’ils sont bien remplacés. Cette ville a été fort assiégée de la peste vers le mois de mars de l'année 1721. Au reste Toulon étant un gouvernement de place, du gouvernement militaire de Provence, le grand nombre d'officiers et de soldats de mer et de terre, qui remplirent cette ville, la rendent peu commode aux marchands : aussi n’y en voit-on guère. L’importance de la ville consiste moins en son commerce que dans les arsenaux qui s'y voient, et dans le nombre considérable de vaisseaux qui remplissent son port, et font paraître ce lieu comme une ville ou une forêt flottante, qui fait l’admiration de tous les étrangers. Cependant on fabrique dans Toulon des Pinchinats (étoffe de laine non croisée, espèce de drap gros et fort,) assez estimés, et le territoire de cette ville rapporte des quantités prodigieuses de câpres, dont il se fait un grand débit par toute l'Europe. Toulon est la patrie de Louis Ferrand, avocat au parlement de Paris, et fort savant dans l’antiquité et dans les langues grecques et orientales. Il naquit dans cette ville en 1645 et mourut à Paris en 1699 : nous avons de lui plusieurs ouvrages, entr’autres un gros commentaire sur les psaumes.
Histoire maritime détaillée de Toulon Texte de Léon Guérin extrait de l'Histoire des villes de France d'Aristide Guilbert - 1859 - collection personnelle Toulon, malgré l’absence totale de preuves sur son antiquité, n’a pourtant pas été privé de ces légendes merveilleuses dont l’imagination des hommes se plaît à envelopper les commencements des villes fameuses, comme ceux des héros. Un document curieux inséré dans les Mémoires de Trévoux, à la date de novembre 1723, et qu'on y dit extrait d’un manuscrit provençal remontant à sept siècles, nous apprend quelles étaient les prétentions des anciens habitants de Toulon au sujet de la noble origine de leur ville. La célèbre Massalie elle-même, à les en croire, serait obligée de baisser pavillon devant une si haute antiquité. « Nous lisons, dit le document en question, dans un manuscrit dont l’original, écrit en vieux langage provençal depuis six à sept siècles, a été longtemps conservé dans les archives de Toulon, que Fan 1642 avant la naissance de Jésus-Christ, les Camatalans, peuple de la haute Allemagne, abordèrent, sous la conduite de Talamon, dans le même endroit où Toulon est à présent ; que la situation du lieu leur ayant plu, charmés de la bonté et de la richesse du terroir, ils y bâtirent une ville qu’ils nommèrent le Grand-Talon ; que, soixante-dix ans après, les Anatalans vinrent assiéger cette ville naissante, la prirent d’assaut et la ruinèrent entièrement. Pline, ajoute l’auteur du document, fait mention, dans le troisième livre de son Histoire naturelle, de certains peuples qu’il nomme Camatulliniens et Anatiliens, et il les place sur la côte de la Gaule Narbonnaise. Serait-ce là ces Camatalans et ces Anatalans, les uns fondateurs, les autres destructeurs de Toulon ? » Suite (20 pages) sous format PDF
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