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Les villes à travers les documents anciens

 

La Guadeloupe en 1830, par Abel Hugo

 

Carte de la Guadeloupe vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
Carte de la Guadeloupe vers 1830 - pour voir les détails Vers la vue agrandissable par zoom

 

Article de l'ouvrage "La France pittoresque" d'Abel Hugo ( frère de Victor Hugo ) - édition de 1835
Version exceptionnelle aux gravures en couleur aquarellée (collection personnelle)

 

TOPOGRAPHIE

Le gouvernement colonial de la Guadeloupe comprend l’île de la Guadeloupe, les îles de Marie-Galante, des Saintes, de la Désirade et les deux tiers de l’île Saint-Martin, dont la partie méridionale est occupée par les Hollandais. — Toutes ces îles font partie des Petites-Antilles ou Iles-du-Vent.

L’île de la Guadeloupe, découverte en 1495, par Christophe-Colomb, est située dans la mer des Antilles, par les 15° 59’ et 16° 40’ de latitude nord et entre les 63° 20’ et 64° 9’ de longitude ouest, méridien de Paris. Son nom primitif était Karou-Kera : le nom de Guadeloupe lui fut donné par les Espagnols qui la consacrèrent à Notre-Dame de Guadelupe, une des madones les plus révérées de l’Estramadure. Sa superficie est d’environ 85,000 hectares.
La Guadeloupe est séparée en deux parties par un canal (la rivière salée), qui a une lieue et demie de longueur sur 30 à 120 mètres de largeur, et qui n’est pas navigable pour les gros bâtiments ; elle forme ainsi deux îles, l'une occidentale, hérissée de hautes montagnes que domine un volcan encore en activité : c’est la Guadeloupe proprement dite ; l’autre, orientale, généralement plate ou n’offrant que des coteaux de peu d’élévation, on la nomme la Grande-Terre.

Montagnes. — Les montagnes boisées dont la chaîne occupe le centre de la Guadeloupe, sont d’origine volcanique. Leur hauteur moyenne est d’environ 700 mètres. La plus élevée est le morne qui porte le nom de la Soufrière. Cette montagne, dont les éruptions ont formé la plus grande partie du territoire méridional de l’île, présente un cône oblique et tronqué dont la base doit avoir 72,000 mètres de circonférence et dont la hauteur est de 1,557 mètres au-dessus du niveau de la mer. Une immense fissure divise sa région supérieure, et donne naissance dans son prolongement au sommet de la montagne, à une des bouches d’où s’échappent des fumeroles abondantes : c’est le principal cratère du volcan qui en a plusieurs. A la fin du XVIe siècle, et après un violent tremblement de terre, le cratère vomit une grande quantité de pierres brûlées, de sable et de cendres enflammées.— En 1798 et en 1799, de nouvelles éruptions eurent lieu. — Les abords du cratère sont parsemés d’énormes rochers que recouvrent des cristallisations et des stalactites produites par le soufre.
Outre la Soufrière, on reconnaît dans l'île d’autres volcans aujourd’hui éteints ; ce sont : la Grosse-Montagne, qui par ses éruptions a formé la pointe septentrionale de l'île ; les pitons qu’on nomme les deux Mamelles et le piton de Bouillante : ces trois derniers paraissent appartenir au même système. Leur point culminant s’élève à 957 mètres. Il existe dans leurs environs plusieurs sources sulfureuses assez chaudes pour qu’on puisse y faire cuire des œufs.
Les autres montagnes remarquables de l'île sont : le groupe de Houelmont, d’environ 800 m. de hauteur et le Morne-sans-Touché, situé sur les limites de la partie de l’île qui est restée inexplorable. Tous les sommets des montagnes sont taillés en cônes, et de leurs flancs s’écoulent un grand nombre de cours d’eau.

La Soufrière à la Guadeloupe vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
La Soufrière vers 1830, dessiné par Fleury

Côtes. — On évalue le développement des côtes de l'île à 80 lieues. Les côtes orientales de la Guadeloupe proprement dites, exposées aux vents réguliers de l’est, sont les plus élevées et les plus saines ; tandis que les terres basses de l’ouest, auxquelles la partie orientale intercepte les vents alisés, sont à la fois arides et malsaines. L’île possède plusieurs ports et rades qui offrent un abri aux bâtiments : les plus importants sont ceux de la Basse-Terre et de la Pointe-à-Pitre.

Rivières. — Le nombre des rivières et des ruisseaux de la Guadeloupe est d’environ 70 ; la plus considérable est la Rivière-à-Goyaves, qui a sa source dans les hautes  montagnes impraticables du centre de l’île et qui coule du sud au nord.— Cette rivière est très poissonneuse, ainsi que toutes celles qui sont un peu fortes.
Le cours des rivières est très rapide, parce que, à l’exception de la Rivière-à-Goyaves, elles n’ont à parcourir qu’un espace d’environ trois lieues pour arriver à la mer ; leur pente, surtout dans la partie occidentale de l'île, a 3 pouces par mètre. — La plupart de ces rivières coulent dans des lits escarpés et encaissés qui, en quelques endroits, ont jusqu’à 150 pieds de profondeur.

Forêts. — Pâturages. — Les forêts de la Guadeloupe sont considérables, mais rien n’est réglé pour leur exploitation. Parmi les arbres qui y prospèrent on remarque le gaïac, dont le bois est un sudorifique excellent ; le santal, le campêche, l’acajou, l’acacia, le bois de fer, le catalpa, le gommier, le savonnier, etc. — Ces forêts couvrent environ la cinquième partie de la colonie. — Les montagnes de la Guadeloupe offrent des pâturages excellents et bien arrosés, où il serait sans doute facile de former des établissements pour l’éducation des bestiaux.

Sol, — Le sol de la Guadeloupe proprement dite est d’une nature médiocre, et doit sa fécondité à la chaleur et à l’abondance des eaux. Il est composé principalement de détritus végétaux et de matières volcaniques.
Grande-Terre. — Le sol de la Grande-Terre est une terre grasse et fertile qui repose sur une base calcaire ; les coquillages, les madrépores et les fossiles dont il est rempli, offrent de nombreuses traces du séjour de l’Océan. Le pays est généralement plat. Les plus hautes collines n’ont pas 35 mètres d’élévation. Toutes les hauteurs voisines de la mer sont composées de madrépores pétrifiés qui ont acquis la dureté de la pierre de taille ordinaire. Aucune rivière n’arrose la Grande-Terre. Quelques sources et des puits d’une eau saumâtre, sont la seule ressource pour l’arrosement des jardins. L’eau des puits recueillie dans des citernes ou dans des mares sert à la boisson des habitants. — La chaleur est plus forte qu’à la Guadeloupe proprement dite ; le climat y est aussi moins sain. Les côtes marécageuses de la Grande-Terre sont couvertes de manguiers, d’oliviers sauvages, de corossoliers des marais, de mancenilliers et d’autres végétaux qui, en interceptant la circulation de l'air, y entretiennent l’humidité et augmentent le méphitisme de ces terrains inondés.

Routes. — Il existe dans la colonie 9 routes qui portent le titre de routes royales. — Celle de la Basse-Terre à la Pointe-à-Pitre est la plus importante. — Leur largeur est fixée à 7 mètres, et dans les passages difficiles ne peut être réduite à moins de 6. — Il n’y a dans la colonie d’autres voitures que des chars à bœufs appelés cabrouets. — Les chemins manquent de ponts et sont fréquemment interrompus dans la saison pluvieuse par les torrents qui coulent dans tous les ravins.

NOTES BIOGRAPHIQUES
Parmi les hommes distingués qui sont nés à la Guadeloupe, nous citerons l’illustre général Dugommier, général en chef de l’armée de la République, mort glorieusement sur le champ de bataille de la Montagne- Noire, en chassant les Espagnols du territoire national ; un des braves officiers de l’Empire, le général de division Gobert ; le colonel Saint-Georges, célèbre par son caractère chevaleresque, ses talents pour l’escrime et l’équitation et sa science musicale ; le peintre Lethière, membre de l’Institut, auteur du beau tableau représentant la mort des fils de Brutus ; le poète Leonard, auteur d’idylles gracieuses et de poésies pastorales estimées ; son neveu Campenon, poète agréable et spirituel, auteur de l'Enfant Prodigue, successeur de Delille à l’Académie française.

Le poète guadeloupéen Vincent Campenon - reproduction © Norbert Pousseur
Le poète Vincent Campenon
Le peintre guadeloupéen Lethière - reproduction © Norbert Pousseur
Le peintre Guillaume Guillon Lethière

 

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE

1493 — Découverte de la Guadeloupe par Christophe-Colomb.— L’île, habitée par les Caraïbes, se nommait alors Karou-Kera.
1625 — A cette époque les Caraïbes possédaient la canne à sucre.
1635 — Premier établissement des Français à la Guadeloupe. — L’Olive et Duplessis y conduisent 500 engagés et 4 dominicains. — Construction du fort Saint-Pierre sur un emplacement compris aujourd’hui dans le quartier Sainte-Rose. — Misère des nouveaux débarqués. — Mort de Duplessis.
1636 — Guerre avec les Caraïbes, qui se retirent à la Grande-Terre, d’où ils continuent leurs incursions dans la Guadeloupe proprement dite.
1640 — Traité de paix avec les Caraïbes, après des victoires obtenues à l’aide de secours venus de Saint-Christophe.
1643 — Arrivée du sieur Houel, sénéchal et gouverneur pour la compagnie des îles d’Amérique. — Arrivée de la demoiselle Lafayolle avec une cargaison de femmes. — Troubles dans la colonie.
1644 — Commencement de la fabrication du sucre par les colons.
1646 — Guerre entre Thoisy-Patrocles, lieutenant général des îles, pour le roi, et le commandeur de Poincy, gouverneur de Saint-Christophe. — Etablissement d’un conseil souverain pour rendre la justice à la Guadeloupe.
1647 — Révolte de la Guadeloupe contre le général Patrocles. — La paix fut faite et une amnistie accordée au sieur Houel, moyennant 61,715 livres de tabac.
1650 — Dissolution de la première compagnie des  îles d’Amérique. — Achat de la Guadeloupe par le sieur Boisseret. — La compagnie n’avait tiré d’autre produit annuel de ses îles que 100 livres de tabac et 50 livres de coton par tête d’habitant.
1654 — La Guadeloupe donne asile aux Hollandais chassés du Brésil par les Portugais.—Les Anglais se présentent devant la colonie, la bonne contenance des habitants les empêche de débarquer.
1656 — Révolte des noirs comprimés. — Ravage des ouragans.
1657 — Houel augmente les droits seigneuriaux et porte l’impôt de capitation à 278 livres de tabac par tête. — La colonie se révolte contre lui, et il est obligé de les réduire. Il établit plus tard la dîme.
1660 — Paix générale entre les Français, les Anglais et les Caraïbes, conclue à la Guadeloupe. — On réserve aux Caraïbes, réduits à 6,000 individus, la possession pleine et entière de la Domingue et de Saint-Vincent. (En 1732 il n’en restait plus que 938. )
1664. — Le Roi rachète toutes les îles françaises des Antilles. — Création d’une nouvelle compagnie d’Amérique et d’Afrique, dont les nobles peuvent devenir membres sans déroger. — Introduction de la culture du cacaotier ; cette culture n’acquit de l’extension qu'en 1684.
1665 — La Guadeloupe secourt le gouverneur de la Martinique, menacé par le soulèvement des colons.
1666 — Une flotte anglaise vient attaquer la Guadeloupe ; elle est détruite par un ouragan qui cause à la colonie des ravages évalués à plus de 1,500,000 livres.
1668 — La Guadeloupe est placée sous l’autorité du gouverneur de la Martinique.
1670 — Réduction du service des engagés de 3 ans à 18 mois. — Ordonnance qui prescrit à tous bâtiments allant aux Antilles, d’y porter 2 juments, 2 vaches ou 2 ânesses.
1674 — Dissolution de la compagnie d’Amérique et d’Afrique ; en dix ans, elle s’était endettée de 3,523,000 livres tournois.
1675 — Les colonies des Antilles sont réunies au domaine de l’Etat. Le commerce y est déclaré libre avec la France.
1685 — Arrivée d’une cargaison de 100 femmes envoyées de France à la Guadeloupe.
1691 — Les Anglais attaquent la Guadeloupe et sont repoussés.
1703 — Nouvelle et infructueuse attaque des Anglais.
1713 — Paix d’Utrecht. — Un ouragan ravage la Guadeloupe.
1724 — Coup de vent suivi d’une disette.
1728 — Création de la léproserie de la Désirade.
1788 — Les ravages causés par un coup de vent ruinent un grand nombre d’habitants et les obligent à quitter la colonie.
1759 — Prise de la Guadeloupe par les Anglais.
« Le succès avec lequel cette colonie avait repoussé, en 1691 et en 1703, les attaques dirigées contre elle, donnait une haute idée de sa force aux ministres français, qui se dissimulaient les changements survenus pendant cinquante-six années, dans l’intérieur de l’île. L’usage avait été longtemps, pendant les guerres coloniales, de détruire, par le fer et par le feu, tout ce qu’il était impossible d’enlever ; aussi tous les habitants, sans distinction, rivalisaient et d’audace et de patriotisme, pour concourir à la défense commune. Mais les progrès de la civilisation, en abolissant l’usage de ces déposessions, avaient malheureusement amorti l’ardeur et changé l’esprit de la défense. Les habitants n’étaient plus ces anciens flibustiers qui, au premier signal de guerre, allaient chercher sur la mer des ressources qu’ils employaient à la culture de la fertilisation. Ils étaient circonscrits dans la ville de la Basse-Terre, qu’ils avaient enrichie par les nombreuses prises de leurs corsaires. Les petits propriétaires, qui font la force des colonies, avaient cédé la place aux grands colons. Ceux-ci n’avaient plus la même énergie pour défendre des biens qu’il n’était plus question de leur ravir ; ils voyaient d’ailleurs avec dépit l’espèce d’abandon où les laissait la France, et l’accusaient d’être la cause de leur ruine par le bas prix où elle avait maintenu les denrées coloniales. »
1768 — La Guadeloupe est rendue à la France : elle devient indépendante de la Martinique. — Fondation de la Pointe-à-Pitre.
1764 — Établissement d’une imprimerie.
1765 — Établissement de la poste aux lettres.
1766 — On refait tous les chemins de la colonie.
1767 — Plusieurs familles allemandes s’établissent à la Guadeloupe, sur les hauteurs du Matouba. — Ordre de conserver ou de planter le dixième du terrain en bois, dans chaque habitation.
1769 — La Guadeloupe est replacée dans la dépendance de la Martinique.
1775 — Elle recouvre définitivement son indépendance.
1778 — Révolte du régiment d’Armagnac.—Massacre des habitants, par les soldats, à la Basse-Terre.
1782 — Combat naval de la Guadeloupe. — Défaite du comte de Grasse par l’amiral Rodney. — Incendie de la Basse-Terre ; cette ville existait déjà en 1660.
1786 — Établissement de paquebots entre la France et la Guadeloupe. Ils étaient au nombre de douze, partaient tous les mois alternativement du Havre et de Bordeaux, et faisaient le service des Antilles, en touchant à la Martinique, à la Guadeloupe et à Saint-Domingue.
1787 — Création des assemblées coloniales.
1789 — Troubles dans la colonie ; insurrection des noirs comprimée. —  On y envoya, en 1791, des commissaires du gouvernement, ils eurent à lutter contre les autorités de la colonie. — La guerre civile et le trouble durèrent plusieurs années. — Introduction, dans la colonie, de la canne à sucre d’Otaïti et du Mangoustan.
1794 — Prise de la Guadeloupe par les Anglais, et reprise de l’île par Victor Hugues.
1797 — Elle forme un département divisé en 27 cantons.
1801 — Révolte des hommes de couleur. — Le capitaine général Lacrosse se retire à la Dominique. — Gouvernement du conseil provisoire.
1802 — Arrivée du général Richepanse. — Pacification de la Guadeloupe.
1810 — Elle est reprise par les Anglais.
1814 — Elle est rendue à la France.
1833 — Nouveau régime politique. — Admission des gens de couleur libres à tous les droits de citoyens. — Création d’un conseil colonial.


VILLES, BOURGS ET QUARTIERS

La Guadeloupe se divise en deux arrondissements territoriaux, qui se subdivisent en paroisses ou quartiers. Chacun des arrondissements renferme une ville qui est son chef-lieu, et un certain nombre de bourgs.

Les quartiers de la Guadeloupe sont ceux :

  • de la Basse-Terre,
  • du Parc-et-Matouba,
  • du Baillif, des Habitants,
  • de Bouillante, de la Pointe-Noire,
  • de Deshayes, de Sainte-Rose,
  • de Lamentin,
  • de la Baie-Mahaut,
  • du Petit-Bourg,
  • de la Goyave,
  • de la Capesterre,
  • des Trois-Rivières,
  • du Vieux-Fort.

Les quartiers de la Grande-Terre sont ceux :

  • des Abymes,
  • du Gosier,
  • de Sainte-Anne,
  • de Saint-François,
  • du Moule,
  • de l’Anse- à-Bertrand,
  • du Port-Louis,
  • du Petit-Canal,
  • du Morne-à-l’Eau.

La Basse-Terre, sur la côte occidentale de la Guadeloupe proprement dite, ville chef-lieu et résidence du gouvernement colonial. Pop. environ 9,000 hab., dont 4,000 esclaves. — La fondation de la Basse-Terre remonte à 1635. — En 1660, elle comptait déjà plusieurs rues, une belle église, deux couvents, et un grand nombre de maisons à deux étages. — Elle fut pillée, brûlée et saccagée par les Anglais en 1691, 1703 et 1759 ; néanmoins elle avait déjà réparé ses ruines, lorsqu’en 1782, un épouvantable incendie y occasionna un désastre dont elle ne s’est pas complètement relevé. — La population était alors de 18,000 habitants ; la perte des maisons fut évaluée à un million, et celle des marchandises à 1,200,000 livres. — La Basse-Terre a eu encore à souffrir, en 1794, d’un incendie, pendant lequel la populace noire pilla et détruisit l’hôpital, l’intendance, les archives et un quartier de la ville basse. — En 1802, les nègres révoltés s’emparèrent du fort, et firent éprouver à la ville de nouveaux désastres. — En 1821, elle fut victime d’un ouragan terrible. — Cette ville est située au pied des montagnes, au bord de la mer, sur un emplacement resserré, beaucoup plus long que large. — Elle forme deux quartiers, et possède deux paroisses, Notre-Dame-du-Mont-Carmel, à l’est, et Saint-François, à l’ouest. Ces deux quartiers sont séparés par la rivière aux Herbes, qui prend sa source à la Soufrière, et sur laquelle existent deux ponts, l’un en pierre et l’autre en bois. — La ville est protégée du côté de terre par le fort Richepanse, et du côté de la mer par plusieurs batteries. — Le fort Richepanse, où se trouve le tombeau du brave général dont il porte le nom, est bâti sur l’emplacement du Donjon (maison carrée, fortifiée par des parapets et des fossés), que le gouverneur-propriétaire Houel avait fait construire, en 1647, pour se garantir des surprises des Caraïbes. — Sur un des mornes voisins de la ville, dans un lieu sain et bien aéré, est établi le Camp Saint-Charles, formé de baraques en bois, solides et élégantes, destinées au logement des troupes de la garnison.
Les environs de la Basse-Terre, entourée de collines qui s’élèvent en amphithéâtre, parées de riches moissons de cannes, couronnées de bois, et parsemées de jolies habitations, offrent un aspect charmant et pittoresque. — La ville est propre et bien bâtie ; on y remarque entre autres édifices, l'hôtel du gouvernement ; le palais de justice ; l’hôpital, qui est vaste et bien distribué ; les deux églises paroissiales ; l’arsenal ; la belle promenade dite Cours Nolivos, plantée de magnifiques tamarins ; le Champ d’Arbaud, près de la maison du gouverneur. — Le jardin colonial mérite aussi d’être visité. — La ville possède de jolies fontaines publiques. Le quartier Saint-François est le plus moderne et le plus populeux ; ses rues sont larges et bien percées. — Un port manque à la Basse-Terre. Elle n’a qu’une rade foraine ouverte à tous les vents. Les navires sont obligés d’aller hiverner aux Saintes ou à la Pointe-à-Pitre, qui attire ainsi tout le commerce de la colonie.

Matouba. — Ce quartier, le plus petit de l’île, est le seul qui ne touche pas à la mer. — Adossé aux mornes qui forment la base de la Soufrière, il est le plus sain et le plus agréable de tous pour les Européens. Son climat peut être comparé à celui du midi de la France ; néanmoins l’air y est plus humide.

Le Baillif. — On remarque dans ce quartier, sur la rive droite de la Rivière-des-Pères, au milieu des halliers qui couvrent la plage, la tour à demi ruinée du Père-Labat, que ce moine ingénieur fit construire en 1703, pour couvrir deux habitations que son couvent possédaient dans ce quartier, et que les Anglais avaient déjà ravagées en 1691.— Le bourg du Baillif, sur la rivière de ce nom, a été détruit deux fois par les Anglais, et est maintenant à peu près désert.— Non loin de ce bourg, sur une hauteur qui domine la mer, se trouvent les ruines du château fortifié de la Madeleine, construit en 1659, par MM. de Boisseret neveux, co-seigneurs de la Guadeloupe. Les Anglais ont détruit ce château en 1691.

Bouillante. — Ce quartier renferme un bourg qui a été brûlé et saccagé par les Anglais, en 1703, et qui se dépeuple tous les jours à cause de son insalubrité. — Le sol de Bouillante porte des traces de l’action récente des feux souterrains. On trouve, en creusant à un pied de profondeur, la terre et le sable très chauds, à un pied plus bas ils deviennent brûlants, et exhalent une fumée sulfureuse. — Le quartier renferme plusieurs sources d’eaux thermales, dont une, qui jaillit sur le rivage est assez chaude pour cuire un œuf et pour échauffer, dit-on, les eaux de la mer dans un rayon de quelques pieds. Non loin de cette source est une mare de 45 à 50 pieds de diamètre, dont l’eau blanchâtre est aussi très chaude, sent le soufre, et laisse continuellement échapper de grosses bulles d’air. -— Toutes ces eaux passent pour très bonnes contre les hydropisies, les engorgements et les maux de nerfs ; mais il n’y a aucun établissement pour les administrer.

La Pointe-Noire. — Le bourg a peu d’importance ; il ne se compose que de quelques maisons, d’une église et d’un presbytère. Bien qu’il ait été formé par la réunion de trois autres petits bourgs, il est fort peu peuplé. Le quartier doit son nom à la couleur des roches volcaniques, dont le terrain est couvert. Un camp de nègres marrons existe dans les montagnes presque inaccessibles qui le dominent.

Sainte-Rose. — Le bourg est beau et bien entretenu, il renferme des magasins, une église, un presbytère et un assez grand nombre d’habitations. — C’est dans le quartier Sainte-Rose que Lolive et Duplessis firent, en 1685, leur premier établissement : ils y avaient construit deux petits fortins dont on ne voit plus de traces. On nomme encore le lieu où ils débarquèrent l'Anse du Vieux-Fort, — Les nègres marrons se sont réunis sur les montagnes les plus élevées de ce quartier, et dans ces endroits fourrés et presque inaccessibles, ils ont établi un camp qui communique avec celui des hauteurs de la Pointe-Noire. — Leur nombre était de mille environ, en 1822. — Lorsque, dans une battue générale, des chasseurs parviennent jusqu’à eux, ils se sauvent dans les bois ; mais, le danger passé, ils reviennent construire leurs ajoupas (cases à nègres) et replanter leurs vivres. Leur existence est celle de vrais sauvages, ils vendent parfois du gibier aux nègres des habitations voisines, avec lesquels ils ont toujours des communications secrètes ; ils se nourrissent des fruits, des légumes et des racines qu’ils cultivent ; et ils préfèrent cette liberté, toute misérable qu’elle est, à l’aisance dont ils pourraient jouir en travaillant sur une habitation.

Le Lamentin. — Le bourg est peu habité à cause du mauvais air qu’on y respire. Le quartier est séparé de celui de Sainte-Rose par la grande Rivière-à-Goyaves, dont le cours est de plus de 4 lieues, que les navires peuvent remonter jusqu’à 1,000 toises et les bateaux jusqu’à 2 lieues de son embouchure. — On trouve dans ce quartier une source d’eau minérale chaude, qu’on dit excellente pour les rhumatismes et les paralysies. On vient s’y baigner des quartiers environnants ; mais il n’y a d’autre établissement pour prendre ces eaux que quelques mauvaises cases à nègres éparses le long du ravin où elle coule.

La Baie-Mahaut. — Le bourg, dont l’église et le presbytère sont en ruines, n’est formé que de quelques chaumières éparses au bord de la mer. Ce quartier, le plus bas, le plus inondé et le plus couvert de mangles et de palétuviers de toute l’île, en est aussi le plus malsain. Il est bordé d’un côté par la rivière Salée. — Ce bras de mer, long d’environ 6,000 mètres, n’est navigable que pour les bateaux, parce que les hauts-fonds de ses deux embouchures ne répondent pas à la profondeur de son canal. — La Baie-Mahaut où s’ouvre l’embouchure nord, se nomme aussi le Grand-cul-de-Sac, elle est fermée en partie par huit îlots et par plusieurs rangs de hauts-fonds qui forment un bassin de 5 à 6 lieues de long, et de 1 à 3 de large, où les vaisseaux peuvent se mettre en sûreté. — Le Petit-cul-de-Sac, où s’ouvre l’embouchure sud de la rivière Salée, forme la baie de la Pointe-à-Pitre.

Le Capesterre. — Le bourg de Capesterre ou du Marigot est un des plus considérables de l’île. — On trouve dans le quartier les ruines du bourg Saint-Sauveur, incendié en 1802, par les nègres révoltés. — L’anse Saint-Sauveur est commode pour le cabotage, mais elle présente à l’ennemi extérieur un point facile de débarquement. — Le quartier renfermait autrefois le marquisat de Sainte-Marie qui a appartenu à MM. de Boisseret. — On y remarque une habitation jadis seigneuriale, entourée de belles allées de poiriers, ces arbres n'y portent malheureusement aucun fruit.

Les Trois-Rivières. — Ce bourg, incendié en 1802, a été rétabli depuis : il possède une belle église construite en 1812.

Le Vieux-Fort. — Ce quartier renfermait autrefois le château que M. Houel, propriétaire de la Guadeloupe, habitait avant de se fixer à la Basse-Terre. — Les Anglais l’ont détruit en 1703. — La côte, de ce côté, est taillée à pic et n’offre partout qu’une falaise escarpée et coupée de précipices qui en interdisent l’accès. C’est dans une des vallées abritées et bien exposées au sud, formées par les mornes de ce quartier, qu’a été faite la première plantation de girofliers.

Pointe à Pitre vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
Pointe à Pitre vers 1830, dessiné par Fleury

La Pointe-à-Pitre. — Dans la Grande-Terre, au fond de la baie qui porte ce nom, à l’embouchure de la rivière Salée, port et chef-lieu d’arrondissement, à 12 lieues N.-E. de Basse Terre. Population 12,000 hab. — Cette ville, qui manque d’eau douce, est environnée de marais ; l’air y est malsain surtout pendant l’hivernage, mais la sûreté et la commodité de son port, sa position, au centre des cultures de l’île, lui assure le premier rang parmi les villes commerciales des Antilles. — Elle a été fondée récemment, en 1763. Jusqu’en 1772 elle porta le nom de Ville-du-Morne-Renfermé. Celui de la Pointe-à-Pitre, nom du pêcheur qui habitait l’emplacement où les premières maisons furent construites, a prévalu plus tard. La ville fut incendiée en 1780, depuis elle a été rebâtie en pierres tirées des mornes voisins ; elle est propre, élégante et régulière, ses rues sont larges et bien alignées, quelques-unes ont des trottoirs. Le port, où règne une grande activité dans les temps favorables au commerce, est bordé par de belles maisons et de vastes magasins. Il est toujours rempli de bâtiments de toutes les nations, dont les pavillons variés et les banderoles flottantes donnent à la ville un air de fête et un aspect pittoresque. — Il serait facile de remédier au manque d’eau douce, qui est un des plus graves inconvénients de la Pointe-à-Pitre, en y en conduisant de la partie orientale de la Guadeloupe, au moyen d’un aqueduc et à travers la rivière Salée. Les plans dressés pour cette entreprise de première nécessité, prouvent qu’elle est non-seulement possible, mais encore facile ; elle fut même partiellement et momentanément exécutée pendant la Révolution au moyen d’un aqueduc en bois incorruptible qui amena l’eau au bord de la rivière Salée, travail utile détruit en 1802 lors de la révolte des nègres. — La Pointe-à-Pitre possède une jolie église, quelques beaux édifices particuliers et trois places publiques, parmi lesquelles on remarque celle de la Victoire, vaste, entourée d’arbres et située au fond du port. — L’entrée de ce port est défendue par l’Ilet-à-Cochons, où s’élèvent deux batteries dont le feu se croise avec celles du fort Saint-Louis, construit sur la côte opposée. — Au-dessus du fort Saint-Louis, et à 1,000 toises plus à l’est sur le prolongement de la côte, s’élève le fort Fleur-d'Epée, environné de fossés, armé de bastions, et renfermant une citerne, des casemates, des casernes, des magasins et les établissements nécessaires à une garnison de 150 hommes. Ce fort est malheureusement dominé par le morne Mascotte et exposé, malgré sa position, aux miasmes morbidiques si pernicieux dans les environs de la Pointe-à-Pitre. Il fut, en 1794, le théâtre d’un fait d’armes honorable pour la mémoire du commissaire de la Convention, Victor Hugues qui reprit la Guadeloupe aux Anglais.

Le Gosier. — Ce bourg, situé dans le plus petit quartier de la Grande-Terre, et celui où les mornes ont le plus d’élévation, a été ravagé et incendié en 1802 ; il n’y reste que quelques maisons éparses. Les matériaux des autres et ceux de l’église ont servi, en 1795 à augmenter les fortifications du fort Fleur-d’Épée.

Sainte-Anne. — Ce bourg, situé à 4 lieues S.-E. de la Pointe-à-Pitre, était autrefois le tribunal de sénéchaussée de la Grande-Terre, — Il eut beaucoup à souffrir lors de la révolte des nègres, en 1789 et en 1802, c’est néanmoins après le Moule, le plus beau et le plus grand bourg de la colonie. — On y voit une église et bien ornée et un presbytère bien bâti. Le curé porte le titre de curé de Sainte-Anne et du Gosier.

Saint-François. — Ce bourg, situé sur une côte basse, au bord de la mer, est peu considérable, quoiqu’il possède une église et un presbytère. — Le quartier renferme environ 2,000 hectares de landes et de terres vagues et stériles, où paissent des moutons qui sont réputés les meilleurs de la colonie. Ces landes forment une longue terre, la plus orientale de l’île, qu’on nomme la Pointe-des-Châteaux. —  A 2 lieues en mer au S.-E., se trouvent deux îlots très bas, d’une lieue de longueur sur deux tiers de lieue de largeur et qu’on appelle la Petite-Terre, — Ces îlots paraissent susceptibles de culture, mais ne sont visités que par des pécheurs.

Le Moule. — Sur la côte N.-E. de la Grande-Terre. Ce bourg est agréable, propre, bien bâti et a l’aspect d’une petite ville. Il possédait, avant la révolution, une sénéchaussée, supprimée en 1783. Au commencement de la révolution, on y établit un tribunal de première instance qui a été supprimé en 1802. — Le Palais-de-Justice et les prisons construits en pierre, y sont encore sans destination et tombent en ruines. L’église et le presbytère sont en bon état. Cette paroisse est une des plus lucratives de la colonie. Le port du Moule est peu considérable, et peu sûr, il ne reçoit que des bâtiments d’un faible tirant d’eau ; il est exposé aux raz de marée ; néanmoins, la ville est assez commerçante.

Anse-à-Bertrand. — Ce quartier manque d’église, ses habitants se rendent à celle de Saint-Louis. — Sur sa côte orientale, à l'anse du Petit-Port-Land, on trouve un hameau composé de quelques cases où vivent sept à huit familles descendant des Caraïbes, uniques restes de ces anciens et infortunés habitants de la Guadeloupe. —  Ces familles qui ne s’occupent que de pêche, paraissent avoir surtout conservé du caractère de leurs aïeux, un irrésistible penchant à l’oisiveté. En examinant les individus qui les composent on reconnaît que leurs cheveux sont noirs et lisses, leurs yeux gros et saillants, leurs membres épais comme ceux des Caraïbes, mais ces Indiens dégénérés se confondent avec les mulâtres, par la couleur de leur peau et par leur langage.

Port-Louis. - Ce bourg, à 6 lieues de la Pointe-à-Pitre, est vaste, bien bâti et ombragé. Il possède une grande église et un presbytère bien entretenu ; on y trouve, une rade, protégée par des récifs contre les vagues du large, et défendue en temps de guerre par deux batteries ; mais elle ne peut servir qu’aux bâtiments caboteurs.

Le Gripon. — Dans le quartier du Morne-à-l’Eau. Après la destruction, en 1802, du bourg du Morne-à-l’Eau, ce petit bourg s’est formé par la réunion des cases destinées à servir de boutiques aux nègres des quartiers environnants qui s’y rendent chaque dimanche pour y vendre les denrées de leurs petites cultures ; ce marché très fréquenté ressemble au marché du Lamentin, si connu à la Martinique.

 

Une sucrerie à la Guadeloupe vers1850 - reproduction © Norbert Pousseur
Une sucrerie à la Guadeloupe, extrait de La France illustrée de Malte-Brun, éd. ~1860

 


HABITATIONS, TRAVAUX, ETC.

Habitations. — Sucreries. —- Les bâtiments qui composent une manufacture à sucre sont coûteux et en assez grand nombre. Nous allons les mentionner successivement :
Cases à nègres. — Les logements des nègres se composent de cases ou maisons en planches, couvertes en paille de cannes. — Elles ont de 18 à 20 pieds de longueur, sur 10 à 12 de largeur. Chaque case renferme 2 chambres, et chaque chambre est occupée ou par un nègre marié, ou par deux nègres non mariés.
L’hôpital. — Ce bâtiment doit être construit près de la maison d’habitation et dans un lieu aussi sain que possible ; il renferme au moins trois salles : une pour les hommes, une pour les femmes malades, et une pour les femmes en couches. Il est entouré d’un mur, afin d’empêcher les malades de communiquer au dehors. Les visites du médecin ont lieu régulièrement deux fois par semaine, et plus souvent dans les cas graves,
Sucrerie — Les bâtiments de la sucrerie comprennent :
1° le moulin, pour exprimer le jus des cannes, qu’on nomme vesou. La canne qui a passé par le moulin et dont tout le sucre a été exprimé, se nomme bagasse. Les moulins sont de quatre espèces, à eau, à vent, à manège et à vapeur.
2° la sucrerie proprement dite ; bâtiment, tout en maçonnerie et couvert en tuiles, qui contient le fourneau et les quatre chaudières formant ce qu'on appelle l’équipage d’une sucrerie, et où le vesou doit passer successivement  avant d’arriver à l’état de sucre.
3° les cases à baguasses, vastes hangars sous lesquels on empile pour les faire sécher les baguasses vertes qui sortent du moulin.
4° la purgerie, où l’on fait égoutter, dans des formes, le sucre qui sort des chaudières.
5° l'étuve, bâtiment hermétiquement fermé, où l’on fait sécher, au moyen d’une chaleur douce, le sucre qui est déjà resté trois semaines dans la purgerie.
Rhumerie, — Ce sont les ateliers où l’on distille le rhum ce qu’on nomme guildiverie à l’île Bourbon,
Écuries à mulets. — Grands hangars destinés à recevoir les mulets du manège, qui ont toujours chaud, lorsqu'ils reviennent du travail.
Magasins. — Il en faut deux dans chaque habitation, l’un pour les vivres, et l’autre pour les denrées fabriquées.
Gragerie. — On appelle ainsi une presse destinée à presser le manioc râpé, pour le purger de son eau, qui est un poison. Cette presse a pour accessoires des fourneaux, où on fait sécher la fécule avant de la donner aux nègres comme nourriture. Dans quelques habitations, le râpage du manioc se fait au moyen d’un moulin.
Tonnellerie. — Toutes les sucreries possèdent un atelier pour la fabrication des tonneaux et boucauds qui leur sont nécessaires.
Grande case. — On nomme ainsi la maison du planteur, elle contient les bâtiments nécessaires à son logement et à celui de sa famille ; le logement des économes, la cuisine, l’écurie, etc.
Embarcadères et canaux. — Afin d’éviter les frais de transport au port du quartier, chaque habitation voisine de la mer a, sur la côte, un embarcadère particulier, où on charge les sucres dans le canot qui doit les porter au négociant commissionnaire chargé ; d’en opérer la vente. Un canot est aussi un des objets nécessaires à une grande exploitation coloniale.
Ateliers et travaux. — On nomme atelier, chez les planteurs, les nègres réunis pour les travaux des plantations, et principalement des sucreries. On nomme jardins, les plantations en général. — Dans les sucreries, les nègres sont, suivant leurs forces, partagés en grands et petits ateliers. Le grand atelier comprend les individus des deux sexes, qui sont propres aux forts travaux, qui sont la fouille et la coupe des cannes sur le terrain ; le chauffage des fourneaux, et l’écumage du sucre dans la manufacture. —  Le sarclage des cannes, le transport des plants dans les fosses préparées ; le soin de mettre en faisceaux les cannes coupées, et de les transporter au moulin ; celui d’empiler les baguasses vertes dans les cases où on les fait sécher, et de fournir les baguasses sèches aux chauffeurs qui alimentent le feu des chaudières ; tels sont les travaux du petit atelier. Les deux ateliers sont éveillés à cinq heures du matin par les nègres commandeurs. Après la prière, qui a lieu au point du jour et pendant laquelle on voit si quelque esclave est en retard, les nègres des ateliers se rendent, avec l’économe et les commandeurs, aux champs de cannes où les travaux du jour doivent avoir lieu. —  Chaque nègre porte une houe, un coutelas pour couper les cannes, un bâton pour écarter les pailles, demeure ordinaire des serpents ; une corde pour lier les pailles qui doivent servir au chauffage ; et enfin, un panier rempli de fumier, dont le contenu est déposé dans un des champs de l’habitation. — Le transport des engrais se fait ainsi insensiblement. — Au lieu du travail, les nègres se rangent sur une seule ligne, ayant à chaque extrémité un commandeur et l’économe au milieu. Ils travaillent ainsi rangés. Cette méthode a pour but de rendre la surveillance plus facile. — Le travail dure depuis six heures du matin jusqu’à six heures du soir. Les travailleurs ont une heure pour déjeuner, de 8 à 9, et deux heures pour dîner et se reposer, de midi à 2 heures. En revenant à l’habitation, chaque travailleur doit rapporter un paquet d’herbe pour les bestiaux. La prière se fait à sept heures du soir ; c’est alors que l’administrateur donne, aux économes et aux commandeurs, les ordres qui doivent être mis à exécution le lendemain. Après la prière, la journée des nègres est finie ; ils rentrent dans leurs cases et s’y reposent ou s’occupent, à leur volonté, des travaux qui leur sont personnels.
Punitions. — Nourriture et vêtements des esclaves.
Des ordonnances rigoureusement observées défendent, sous les peines les plus sévères, aux administrateurs, économes et commandeurs d’habitations, de porter des bâtons avec lesquels, dans un moment d’emportement, ils pourraient frapper les nègres qui auraient commis quelques fautes graves. Ces ordonnancés défendent aussi de donner en punition plus de vingt-neuf coups de fouet aux esclaves, et d’employer contre eux le cachot quand il s’agit de discipline d’habitation ; lorsque les crimes sont de nature à intéresser le maintien de la société, ou doit livrer le délinquant, avec les preuves, aux tribunaux du gouvernement ; une caisse particulière, dite des nègres justiciés, sert à indemniser le propriétaire du nègre coupable, et dont le crime entraîne la peine capitale. — La nourriture que les règlements coloniaux assurent aux nègres consiste en trois livres de morue, 2 pots 1/2 de farine de manioc par semaine, et environ un gallon de sirop par mois. — Leurs vêtements annuels garantis par les ordonnancés, se composent de deux chemises, de deux pantalons de grosse toile et d’un chapeau.
Bestiaux. — Les mulets et les bœufs sont les seuls animaux employés aux cultures et aux charrois. — On laisse les mulets vaguer dans les savanes pendant le jour, on les met en parc pendant la nuit. Leur prix varie depuis 1,000 jusqu’à 1,500 livres coloniales. — On les tirait autrefois en grande partie de la côte ferme du continent d’Amérique. Les mulets d’Auvergne et des États-Unis, accoutumés à la nourriture dans l'écurie, avaient, ainsi que ceux de Buenos-Aires, mal réussi dans les Antilles ; néanmoins, il paraît qu’on a trouvé le moyen de les y acclimater ; en 1833 on en a importé de France 1,228 à la Martinique et à la Guadeloupe. — Les bœufs sont créoles en grande partie. On les laisse aussi vaguer dans les savanes, ou on les attache dans les broussailles, en ayant soin de les changer de place deux fois par jour. — Les bœufs étrangers que la colonie reçoit, viennent du cap Vert et surtout de Porto-Rico ; ces derniers sont les meilleurs pour le travail : leur valeur est d’environ 150 livres coloniales.

Une habitation de à la Guadeloupe vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
Une habitation de colon à la Guadeloupe, ou 'grande case'

 

GOUVERNEMENT, ADMINISTRATION,  ETC.

Gouvernement. — Le gouverneur de la Guadeloupe et de ses dépendances est un officier général des armées navales. — Il réside à là Basse-Terre ; ses pouvoirs sont les mêmes que ceux du gouverneur de la Martinique.

Conseil Prive. —— Ce conseil, dont le gouverneur est président, se compose en outre de neuf membres à la nomination du Roi : le commandant militaire, l’ordonnateur, le directeur général de l’intérieur, le procureur général, trois conseillers coloniaux, l’inspecteur colonial et le secrétaire archiviste.

État-major. —- L’état-major de la colonie comprend : 1 colonel commandant militaire ; —  2 capitaines de l'état-major du gouverneur ; — 1 chef de bataillon, commandant la place à la Pointe-à- Pitre ; — 1 capitaine, adjudant de place à la Basse-Terre ; — 1 chef de bataillon, commandant à Marie-Galante ;—- 1 capitaine, commandant aux Saintes, et 1 capitaine, commandant la partie française de Saint-Martin.

Administration. — Il y a à la Guadeloupe : — 1 commissaire principal de marine, ordonnateur ; — 1 commissaire de marine de 1re classe, inspecteur colonial ; — 1 commissaire de marine de 2e classe ; — 6 sous-commissaires de marine de 2e classe, et 1 trésorier.  — Le service des ports comprend — 2 capitaines de port (à la Basse-Terre et à la Pointe-à-Pitre ) ; —  1 lieutenant de port à Saint-Martin.

Direction générale de l’intérieur. — Outre le directeur général, ce service comprend : — 1 vérificateur de l’enregistrement ; — 4 receveurs conservateurs des hypothèques ( à la Basse- Terre et à là Pointe-à-Pitre, — à Marie-Galante et à Saint-Martin) ; — 1 receveur de l’enregistrement (2e bureau) à la Pointe-à-Pitre. — Le service des douanes compte 1 directeur ; 1 inspecteur et 2 sous-inspecteurs  (à la Pointe-à-Pitre et à la Basse-Terre).

Justice. — Il y à à la Basse-Terre une cour royale composée de 9 conseillers (dont un président), de 3 conseillers auditeurs, d’un procureur général, d’un substitut et d’un greffier en chef ; — et un tribunal de première instance. — Un autre tribunal de première instance siège à la Pointe-à-Pitre. — Ces tribunaux sont formés chacun d’un juge royal, d’un lieutenant de juge, de deux juges auditeurs, d’un procureur du roi, d'un substitut et d'un greffier. — La Guadeloupe possède en outre 4 justices de paix (à la Basse- Terre, à Capesterre, à la Pointe à-Pitre et au Moule. — Les assises pour la colonie se tiennent à la Basse-Terre et à la Pointe-à-Pitre. — Marie-Galante a un tribunal de première instance ( composé de 2 juges, 1 procureur du roi et 1 greffier), et un tribunal de paix. — Il y a à Saint-Martin un tribunal de paix.

Culte. — Il y a à la Guadeloupe et dans ses dépendances un préfet apostolique et un vice préfet. — On y compte en outre 13 Curés ou desservants.

Hôpitaux. — Service de Santé. — Outre les hôpitaux de la marine, la Colonie renferme 1 hospice de charité, et 1 hospice pour les lépreux (à la Désirade). — Il y a 2 comités de vaccine, à la Basse-Terre et à la Pointe-à-Pitre. — Le service de santé est confié à 2 médecins, 4 chirurgiens et 1 pharmacien appartenant à la marine.

Instruction publique. — On compte à la Guadeloupe 18 écoles, dont 5 à la Basse-Terre, 5 à la Pointe-à-Pitre, et 8 réparties dans divers quartiers. — Il y a 3 écoles à Marie-Galante.

Établissements divers. — Il existait à la Pointe-à-Pitre une banque fondée en 1827, et qui avait le titre de Banque de la Guadeloupe. Elle a été mise en liquidation en 1831. — La Basse-Terre possède une imprimerie ; on y publie une Gazette officielle.

 

GARNISON ET MILICES.

La défense de la colonie est confiée à des troupes envoyées de France, et aux milices ou gardes nationales. La garnison, en temps de paix, se compose d’une compagnie de gendarmerie, de la 5e compagnie et d’un détachement de la 4e compagnie d’artillerie de marine, d’un détachement de la 3e compagnie d’ouvriers, et des 1er, 2e et 3e bataillon du 2e régiment d’infanterie de marine. — La garnison de la Guadeloupe fournit des détachements à Marie-Galante, aux Saintes, à Saint-Martin, etc.
La garde nationale est nombreuse et bien tenue. Elle est soumise aux mêmes lois et règlements que celle des autres colonies françaises.
Il y a à la Guadeloupe une direction d’artillerie, qui comprend un chef de bataillon d’artillerie, directeur, et deux capitaines d’artillerie de la marine, et une sous-direction du génie, comprenant un chef de bataillon du génie, sous-directeur, et deux capitaines de sapeurs.

Esclaves à la Guadeloupe vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
Esclaves de la Guadeloupe, dessiné par Lacauchie

 

POPULATION

Elle était au 1er  janvier 1833, de :
Population libre.
Hommes, 11,049 ; femmes, 12,306 ; total ................ 23,355
Population esclave.
Hommes, 47,959 ; femmes, 51,505 ; total ................. 99,464

Total général ......................................................... 122,8119


Le mouvement de la population libre avait été en 1832 :
877 naissances. — 658 décès.

La population générale était ainsi répartie :
Villes et bourgs : 24,362 habitants, dont 12,920 esclaves.
Habitations rurales : 98,457 habitants, dont 86,544 esclaves.

Affranchissements. De décembre 1830 à novembre 1833,
Le nombre des affranchissements a été de 2,873 (Dont 1950 patronnés et 923 esclaves.)
Et celui des déclarations de liberté, de ...... 1,798
Total ........................................................... 4,671 

 

RÉGIME POLITIQUE

Deux lois, promulguées la 24 avril 1833, établissent et régularisent l’exercice des droits des citoyens  dans Les colonies. L’une accorde à toutes les personnes nées libres ou ayant acquis légalement la liberté (blancs, mulâtres ou nègres), la jouissance des droits civils et politiques. — L’autre règle le régime législatif des colonies.
D’après cette loi, il existe à la Guadeloupe une assemblée représentative de la colonie, qu’on nomme conseil colonial, et qui est composée de 30 membres élus par les collèges électoraux. Tout Français âgé de 25 ans, né ou domicilié à la Guadeloupe, payant 300 francs de contributions directes, ou justifiant qu'il possède des propriétés mobilières ou immobilières d’une valeur de 30,000 francs, est électeur de droit. — Tout électeur âgé de 30 ans, payant 609 francs de contributions ou possédant des propriétés d’une valeur de 60,000 est éligible.
Il y à à la Guadeloupe (ses dépendances comprises) 9 arrondissements électoraux, qui nomment :
Le 1er, comprenant la Basse-Terre (intra-muros, extra-muros), Baillif, Parc et Matouba ........ 3 députés
Le 2e, Pointe-à-Pitre (intra-muros, extra-muros) et Abymes .................................................... 6
Le 3e, Anse-Bertrand, Port-Louis, Petit-Canal et Morne-à-L’eau ............................................. 3
Le 4e, Moule, Saint-François, Sainte-Anne, Gosier et Désirade .................................... .......... 5
Le 5e, Deshayes, Bouillante, Pointe-Noire et Vieux-Habitants .................................................. 2
Le 6e, Goyave, Capesterre, Trois-Rivières, Vieux-Fort et les Saintes ...................................... 3
Le 7e, Sainte-Rose, Lamentin, Baie-Mahaut et Petit-Bourg ...................................................... 4
Le 8e, Marie-Galante (île) ......................................................................................................... 3
Le 9e, Saint-Martin (partie française) ........................................................................................ 1

Le conseil colonial de la Guadeloupe nomme 2 délégués de la colonie près le gouvernement français, et qui résident à Paris,


RECETTES ET DÉPENSES

Eu 1833, les dépenses du service colonial de la Guadeloupe avaient été arrêtées, par ordonnance royale, à 1,857,642 f., Dont le montant devait être couvert par les produits présumés des droits et revenus locaux.
Nous ignorons quel a été, pour 1834, le budget voté par le conseil colonial de la Guadeloupe.

Une ordonnance royale a fixé les dépenses auxquelles donneront lieu, en 1834, le traitement du gouvernent, le personnel de la justice et des douanes, à la somme totale de 632,100 fr., à prendre sur les fonds généraux affectés au service intérieur de la colonie.

 

AGRICULTURE

On comptait dans la colonie en 1832 :
26,380 hectares en cannes à sucre.

5,684

 

en café.

1,122

 

en coton.

78

 

en cacao.

10,720

 

en vivres.

25,442

 

en savanes.

21,517

 

en bois debout.

26,201

 

en terrains non cultivés,

117,144 hectares,

Elle renfermait environ : 1,800 chevaux. — 6,200 mulets. — 400 ânes. — 18,000 bêtes à cornes (race bovine), — 10,000 moutons et cabris. — 5,000 porcs.
Les habitations rurales étaient au nombre de 1513, et avaient les destinations spéciales suivantes :
583 sucreries, employant .... 42,015 esclaves.
556 caféries ...........................9,160
133 plantations de coton ....... 1,665
2 plantations de cacao ............... 20
239 plantations de vivres ........8,810

 

COMMERCE

En 1832, la valeur des importations dans la colonie a été de :

Denrées et marchandises françaises
Venant de France ................. 14,579,841 f. 96 c
Ven. des col. et pêcher .............. 644,176 f. 15 c ....15,224,018 f. 11c.

Denrées et marchandises étrangères,
Par navires français. .................... 878,037 f. 30 c
Par navires étrangers ............... 1,693,870 f. 19 c .... 2,571,907 f. 49c

Total des importations .......................................... 17,795,925 f. 60c

Dans la même année, la valeur des exportations a été de :

Denrées et marchandises de la colonie.
Pour la France ........................... 14,803,723 f. 20c    
Pour les colonies françaises .............. 17,840 f.
Pour l’étranger ................................. 473,158 f. 42c
..................................................... 15,294,721 f. 62c

Denrées et marchandises réexportées.
Françaises ..................................... 1,377,443 f. 91c
Etrangères .......................................... 63,469 f. 25c
........................................................ 1,440,913 f. 16c

Total des exportations ....................16,735,634 f.78c


L’excédant de l’importation sur l’export., a été de 1,060,290 f.82c
La balance du commerce avec la métropole est au profit de la colonie de. 223,881 f.24c

Les articles d’importations à la Guadeloupe sont les mêmes qu’à la Martinique.
Les produits de la colonie exportés en 1832, ont été : — des sucres bruts et terrés ; des mélasses, tafias, sirops et confitures, pour une valeur de 14,052,115 fr. 24 c. ; des cafés pour une valeur de 1,127,428 fr. 18 c. ; du cacao, du girofle, de l’écorce de quinquina, du coton ; du tabac ; du bois de Campêche ; des peaux brutes ; des écailles de tortues ; du cuivre vieux, etc. ; ces divers articles pour une valeur de 115,178 fr. 20 cent. ; le total de ces diverses sommes donne 15,294,721 fr. 62 cent., valeur des exportations.

Voici quel a été en 1832 le mouvement de la navigation :
Bâtiments entrés,
467 français d’ensemble 71,707 tonneaux, et portant 4,782 marins. 216 étrangers.
Bâtiments sortis.
481 français d’ensemble 72,268 tonneaux, et portant 4,966 marins. 308 étrangers.

 

MONNAIES


Pour les transactions habituelles, on calcule aux Antilles par livres, sous et deniers, mais dans les comptes publics, on se sert des dénominations du système monétaire français.
Les espèces fabriquées pour l’usage des colonies ont, relativement aux espèces ayant cours en France, une valeur intrinsèque moindre de deux cinquièmes ; ainsi un sou vaut 3 centimes ; une livre coloniale = 60 centimes ; 10,000 livres équivalent à 6,000 francs.
.../...
La monnaie de billon est rare et recherchée. Une pièce de 6 liards vaut 2 sous 6 deniers aux Antilles. On y connaît aussi une monnaie idéale, l'escalin, qui vaut 15 sous.

 


POIDS ET MESURES

La toise, l’aune, le pied de douze pouces, la livre de seize onces, sont les mêmes que ceux qui étaient en usage à Paris avant l’adoption des mesures métriques.
Mesures agraires, — Le pas, de 3 pieds. — Le carré, de 100 pas sur chaque côté, et qui a une superficie 90,000 pieds carrés.
Mesures de capacité pour les liquides. — Le pot, contenant 116 pouces cubes, ou 2 pintes de Paris. La pinte se subdivise en 2 chopines, la chopine en 2 roquilles, la roquille en 2 muces. — On se sert aussi dans la colonie du gallon, mesure anglaise qui équivaut à 2 pots.
Mesure de capacité pour les légumes secs. — Le baril, qui contient 52 pots, et qui se subdivise en demi, quart, et demi-quart.

 

DEPENDANCES DE LA GUADELOUPE

MARIE-GALANTE
Cette île, à 7 lieues. S.-E. de la Guadeloupe, dont elle est la principale dépendance, est située par les 16° 3’ de latitude nord et par les 63° 29’ de longitude ouest méridien de Paris. — Elle a 14 lieues de circonférence. Sa forme est presque ronde. — On évalue sa superficie à 16,500 hectares. Des mornes, dont le plus élevé n’a que 200 mètres, y forment une chaîne qui se prolonge de l’est à l’ouest. — Cette île n’a point de port, elle n’est accessible que du côté de l’ouest et même dans cette partie, le rivage y est traversé par une barre de récifs qui s’étendent vers l’est jusqu’à la Capesterre. Toutes les côtes sont défendues par des falaises élevées, taillées à pic, et au pied desquelles sont des gouffres et des brisants qui ne permettent pas d’en approcher. — L’île manque d’eau douce, elle ne renferme que quelques sources et des mares, les habitants sont obligés de recueillir avec soin les eaux pluviales. — Le sol est fertile et propre aux mêmes cultures que celui de la Guadeloupe. — Ou trouve dans l’île et proportionnellement plus de bois de campêche et plus d’animaux. — Elle produit d’excellents chevaux qui, malgré leur petite taille, sont très estimés dans les Antilles.
Marie-Galante a été découverte par Colomb, en 1493. Les Caraïbes l’habitèrent seuls jusqu’en 1648 ; alors quelques Français de la Guadeloupe y formèrent un premier établissement. Elle fut au nombre des îles achetées par M. de Boisseret en 1650. — En 1653, les Caraïbes de la Dominique y détruisirent les habitations et massacrèrent un grand nombre de colons. On y envoya des renforts de la Guadeloupe, et les Caraïbes, vaincus en plusieurs rencontres, se hâtèrent de faire la paix. Ils furent, plus tard, entièrement chassés de Marie-Galante. — L’île a eu jusqu’en 1763 un gouverneur particulier. A cette époque elle fut placée dans la dépendance de la Guadeloupe et on n’y envoya plus qu’un commandant et un aide-major. — Elle a eu beaucoup à souffrir des attaques des Anglais qui l’ont prise et reprise, en 1691, 1763, 1759, 1794 et 1808. — Elle a été aussi dévastée par les ouragans. Celui de 1776 a anéanti presque entièrement ses cultures.

Division, topulation, cultures, etc. — Marie-Galante se divise en trois paroisses ou quartiers, où la population se trouve ainsi répartie :

Blancs,

Hommes de couleur libres Esclaves.

Total

Grand-Bourg. 750

520 4,600

5,870

Capesterre, . . 550

100 3,000

3,650

Vieux-Fort. . 260

60 2,000

2,820

1,560

680 9,600

11,840

Marie-Galante envoie 3 députés au conseil colonial siégeant à la Guadeloupe. — La partie cultivée de l’île est ainsi divisée . 1,800 hectares en cannes à sucre ; — 460 h. en café ; — 600 h. en coton ; — 8 h. en cacao. — Il y a de plus 6,400 h. en friches ; — 1,250 h. en bois ; — 8,800 h. en savanes. — L’île renferme environ : 400 chevaux ; 450 mulets, 10 ânes ; 2,500 bêtes à cornes (race bovine), et 2,800 moutons et cabris.

Bourgs et quartiers
Grand-Bourg ou Marigot, au sud de l’île chef-lieu, siège du tribunal de première instance et du tribunal de paix. — Le commandant militaire y fait sa résidence. — Ce bourg, protégé par un  petit fort, renferme une dizaine de rues et environ 200 maisons. Sa population est de 1,400 habitants Quelques-unes des maisons sont fort jolies. L’édifice en bois qui sert de logement au commandant a été construit en 1811 par les Anglais. Il offre un bel aspect et des distributions commodes. L’église est assez belle. Les trois paroisses de Marie-Galante étaient autrefois desservies par les carmes, un seul curé aidé de vicaires les dessert aujourd’hui. La rade de Grand-Bourg, quoique mauvaise, est toujours ouverte au cabotage. Le quartier est très sain, et le mieux cultivé de l’île.
Capesterre. Ce bourg, situé à l’ouest de l'île, n’offre rien de remarquable. L’église est en mauvais état, le quartier est sain, mais moins bien cultivé que celui du Grand-Bourg.
Vieux-Fort. Ce bourg, situé au nord-ouest de l'île, doit son nom à une ancienne fortification qui est aujourd’hui ruinée. Son église est aussi dans le plus grand état de délabrement. Le quartier, environné de marais et couvert de palétuviers, est malsain.
Saint-Louis. Ce hameau, situé à 2 lieues sud du Grand-Bourg, près d’une rade qui porte son nom et qui est la moins mauvaise de l’île, est le reste d’un bourg autrefois populeux, maintenant ruiné et abandonné. La plaine qui l’entoure est riche et fertile, mais malsaine.

LES SAINTES.
À 3 lieues au S.-E. de la pointe méridionale du Vieux-Fort de la Guadeloupe, se trouve par les 15° 54’ de latitude nord, et 64° 1’ de longitude ouest, méridien de Paris, un groupe de deux petites îles, de deux îlots et de quelques rochers que Colomb nomma les Saintes, parce qu’il les reconnut le jour de la Toussaint. — Ces îles, découvertes en 1493, furent occupées par les Français, pour la première fois, en 1648. — Elles ont toujours été sous la protection et la dépendance de la Guadeloupe, dont elles ont partagé toutes les vicissitudes. — Les Anglais les ont occupées deux fois en 1794 et en 1809. — Elles sont peu cultivées, mais leur position et la bonté du mouillage les rendent importantes en temps de guerre pour la Guadeloupe dont elles protègent les communications et le cabotage. La plus grande des deux îles, nommée Terre-d’en-Haut, ou du vent, est la moins stérile, la plus peuplée et renferme presque tous les établissements. — L’autre île, au sud-ouest de la première, est appelée Terre-d’en-Bas ; elle n’offre que peu de culture. — Il en est de même du Grand-Îlet, situé au sud. — Le petit îlet, placé au nord et qu’on nomme l'îllet-à-Cabris, forme, avec la Terre-d'en-Haut, une rade vaste et sûre où peuvent mouiller à l’abri des vents huit vaisseaux de ligne, autant de frégates et le double de bâtiments inférieurs : c’est là que les vaisseaux de la marine royale attachés à la station de la Guadeloupe, passent le temps de l’hivernage. — L’air des Saintes est très salubre, il y a un petit hôpital pour les militaires en convalescence. Le sol est néanmoins sec et aride, offrant partout des mornes, dont le plus élevé (dans la Terre-d’en-Haut) a 314 mètres. — Les Saintes manquent d’eau, il n’y existe qu’une petite source qui tarit dans les temps de grande sécheresse. — La pêche est abondante sur les côtes, on y trouve même quelques tortues.
Population, cultures, etc. — Les Saintes font partie du sixième arrondissement électoral de la Guadeloupe. — Leur population est d’environ 1,250 habitants, dont 100 gens de couleur libres et 750 esclaves. — Leur superficie est évaluée à 600 hectares parmi lesquels il y en a 200 en culture et 200 en bois et savanes. — Elles renferment environ 400 têtes de bétail dont 120 bœufs et vaches.
Bourg. — Il y avait autrefois deux églises aux Saintes, que le curé résidant à la Terre-d’en-Haut desservait alternativement : il ne reste plus que celle de la Terre-d’en-Haut Le bourg est composé de quelques maisons pour les habitants, des casernes, de l’hôpital et du logement du commandant, belle habitation en bois, construite du temps des Anglais.

LA. DÉSIRADE
Cette île, située au vent des autres Antilles, fut, en 1493, la première découverte de Colomb, qui lui donna le nom de Désirade ; elle est située à 2 lieues N.-E. de la Guadeloupe, par les 16° 20’ latitude nord, et les 63° 22’ longitude ouest de Paris. — Elle fit partie des îles acquises par M. de Boisseret, et depuis lors placée dans la dépendance de la Guadeloupe, elle en a toujours partagé le sort. — On y établit, en 1723, une léproserie pour la Guadeloupe et ses dépendances. — Cette léproserie fut aussi, en 1786, affectée aux malades de la Martinique. — En 1788, le nombre des lépreux s’élevait à 95 : à cette époque, un officier de milices, qui fui chargé du commandement de la Désirade, s’appropria le terrain de la léproserie, pour s’y créer une habitation, et vendit ou distribua aux habitants, ces malheureux, à l’exception de 14 ou 15 mutilés, qui furent abandonnés à leur triste sort et qui périrent de misère ; nous regrettons de ne pas connaître le nom de cet officier, afin de le vouer à l’infamie qu’il mérite. — La léproserie de la Désirade fut rétablie au commencement de la Révolution. — Victor Hugues consolida, en 1795, cet établissement, que les Anglais, maîtres de l’île en 1808, eurent la barbarie de détruire. Ils le rétablirent néanmoins en 1811 ; et depuis on a continué à l’entretenir. — Les malades sont au nombre d’environ 60, on leur a affecté une vingtaine d’hectares autour de la source où ils s’abreuvent, et dont l’eau, coulant à travers les racines de gayac, s’imprègne des sucs de cet arbre, et  vient une espèce de tisane sudorifique naturelle. Ils sont nourris aux frais de l’administration coloniale. — L’île a aussi renfermé, depuis 1763 jusqu’en 1790, un établissement correctionnel pour les mauvais sujets, fils de famille. — La Désirade a deux lieues de long sur une lieue de large. — Le canal qui la sépare de la Grande-Terre, est toujours houleux. — Elle est traversée, dans sa longueur, par une chaîne de montagnes où l’on reconnaît les traces d’un ancien volcan, et qui renferme plusieurs cavernes curieuses. — Elle possède plusieurs sources d’eaux abondantes et bonnes. On y trouve deux salines qui pourraient devenir importantes. — Il n’y a ni ports, ni rades ; l’anse du galet où est le mouillage, est exposée à de fréquents raz de marée. — L’air est salubre, le sol sablonneux et aride, produit seulement du coton, qui passe pour le meilleur des Antilles. — On y cultive aussi, mais en petite quantité, des vivres et des fruits. Les bois y sont principalement composés de gaïacs.
Population, cultures, etc. — La Désirade fait partie du 4e arrondissement électoral de la Guadeloupe. — Sa population est d’environ 1,250 habitants, dont 800 blancs et 50 gens de couleur libres. — Sa superficie est d’environ 2,600 hectares. — Les cultures en occupent 550. Il y en a 300 en savanes et bois. — Le nombre des bestiaux est d’environ 550, parmi lesquels on compte 5 chevaux et 275 bœufs.
Bourg. — L’île ne renferme qu’un petit bourg formé de quelques cases et magasins groupés auprès de l’église. — Les habitants ont divisé le territoire en sept parties, qu’ils appellent : la Baie-Mahaut, le Souffleur, le Désert, la Grande-Anse, le Galet, le Latanier et la Montagne.

SAINT-MARTIN.
Cette île, située à 45 lieues N.-O. de la Guadeloupe par les 18° 4’ de latitude nord, et 65° 25’ de longitude ouest, a 6 lieues de long, 5 de large et 18 de circonférence. — On évalue la superficie à 50,000 hectares. — L’intérieur est hérissé de montagnes dont la plus haute a 600 mètres d’élévation. — Le sol est léger et pierreux, exposé à des sécheresses fréquentes. — Le ciel est pur et le climat très sain. — Les côtes sont coupées par des baies profondes ; il n’y a point de ports, mais d’excellents mouillages. — Elle ne renferme aucune rivière, mais elle possède des sources qui ne tarissent jamais, et des étangs dont l’eau limpide quoique un peu saumâtre est suffisamment potable. — Cette île était déserte lorsque le commandeur de Poincy en prit possession en 1639. — Les Français ne s’y établirent point alors. Les Hollandais qui y construisirent un petit fort, en furent d’abord chassés par les Espagnols, mais ils ne tardèrent pas à y revenir. — Un neveu de M. de Poincy qui y passa en 1648, avec 800 Français de Saint-Christophe pour y faire un établissement, y trouva les Hollandais déjà de retour. Les deux chefs se réunirent sur un morne appelé depuis Montagne-des-Accords, et arrêtèrent le partage de l’île entre les deux nations. — La partie du nord échut aux Français et celle du sud aux Hollandais. Les limites furent fixées et désignées. — Il fut convenu que la pêche, la chasse, les salines, les rivières, les étangs, les bois de teinture, les mines et minéraux, les rades et les baies seraient communs aux deux peuples ; qu’ils vivraient en bonne intelligence, et en cas d’attaque extérieure se prêteraient un mutuel secours ; cet engagement a été fidèlement observé. — Saint-Martin fit partie des îles achetées d’abord par l’ordre de Malte et rachetées en 1665 pour le roi. En 1674 elle fut réunie au domaine de la couronne et annexée au gouvernement de la Guadeloupe. — Les Anglais ont occupé cette île en 1781, en 1794, en 1809 et en 1810. Elle a été restituée à la France en 1814. — Les dix-neuf vingtièmes des habitants de Saint-Martin sont anglais, ils possèdent presque toute l’île sous le nom des deux nations auxquelles elle est censée appartenir.
Division, population, cultures, etc. — La partie française de Saint-Martin forme le neuvième arrondissement électoral de la Guadeloupe, et envoie un député au conseil colonial. — Elle est divisée en quatre quartiers : le Marigot, le Colombier, la Grande-Case et Orléans. — Sa population est d’environ 3,600 habitants, dont 400 blancs et 200 hommes de couleur libres. — Sa superficie est d’environ 33,200 hectares : mais ses cultures se bornent à 1,200 en vivres, en cannes et en coton ; 1,250 en savanes, et 600 en bois debout. — Ses produits annuels sont évalués à 900,000 kilogrammes de sucre, 11,000 kil. de sirop, et 50,000 gallons de rhum. Toutes ces denrées sont exportées et vendues en fraude à Saint-Barthélemy et dans les îles voisines. — On compte, comme appartenant aux colons français, 2,500 têtes de bétail, dont 200 chevaux, 150 mulets, 100 ânes, 1,000 bêtes à cornes (race bovine), et le reste moutons et cabris.
Bourg. — Le Marigot, chef-lieu de Saint-Martin, est composé d’environ 50 maisons assez mal bâties. On n’y trouve ni église, ni hôpital, ni magasins. — Il est défendu par un fortin en assez mauvais état, où se trouvent un logement pour le commandant militaire, et une caserne pour la garnison. — Il possède un tribunal de paix. La vaste baie qui lui tient lieu de port et au fond de laquelle il est placé, offre un bon mouillage.


 

Nota : les propos ci-dessus reflètent les idées de l'époque sur les colonies et leurs habitants. Il s'agit bien de notices historiques à replacer dans leur contexte. Ces textes ne correspondent en aucun cas à la position de l'auteur de ce site.

 

Pour inspecter le détail de cette carte de la Guadeloupe dans les années 1830,
utilisez la fonction zoom.
Pour plus de détails, voir la carte de Vuillemin de 1883,
accompagné du descriptif de cet époque.

 

 

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