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Les villes à travers les documents anciens

Page de garde de l'Histoire des villes de France - reproduction © Norbert Pousseur
Les villes de France décrites
par Aristide Guilbert en 1859

Histoire de SARLAT, ville du Périgord


Voir aussi

le reportage de 2012 sur Sarlat

La page sur Sarlat dans la section de photographies de la semaine

 

 

Sarlat était considéré autrefois comme la seconde ville du Périgord ; il n’en est plus depuis longtemps que la troisième. Situé dans un vallon étroit, humide, ouvert au vent du nord, et entouré de coteaux âpres, escarpés, et peu féconds, il renferme 5,000 habitants, et l’arrondissement dont il est le chef-lieu 111,343.

D’après les traditions locales, Sarlat aurait été bâtie par Chlodwig, mais les esprits sérieux ont toujours repoussé cette supposition comme une fable. Il n'en est pas de même de la croyance qui attribue à Pépin la fondation de l’abbaye de l'ordre de Saint-Benoît autour de laquelle devait croître la ville ; cette dernière opinion a été assez généralement admise comme fort probable, et les Bénédictins l’ont à peu près adoptée. Cependant on a aussi rapporté l’origine du monastère à des temps postérieurs. De toutes ces conjectures il n’en est pas une dont la critique puisse entièrement se contenter ; à notre avis, Sarlat daterait de l'époque des invasions normandes, qui, ayant chassé les religieux de l’abbaye de Calabrum (On a cru que le monastère île Calabrum était situé dans un lieu appelé actuellement Calviac ; mais il reste, à cet égard, des doutes qu'on n'expliquerait pas facilement.) située sur les bords de la Dordogne, les forcèrent à se retirer dans l’intérieur des terres, et à chercher pour retraite le vallon étroit et obscur où se trouve actuellement la ville. Au reste, quelle qu’en soit l’origine, il est certain qu’au commencement du Xe siècle ce n’était encore qu’un couvent dédié à saint Salvador, et à l’abri duquel se groupaient quelques maisons appartenant en toute propriété à Bernard, comte de Périgord.
Dans le cours de ce siècle, sous le règne de Louis-d’Outre-Mer, le comte, ayant rendu l’abbaye indépendante, et la règle de Cluny y ayant été introduite peu de temps après, une grande prospérité fut la conséquence naturelle et presque immédiate de ces améliorations, qui permirent au couvent d’agrandir ses domaines, et d’accroître son influence en donnant aux familles placées sous sa protection des garanties de repos et de sécurité. Cet état de choses fut tellement favorable qu’au XIIe siècle, Sarlat était déjà un gros bourg plein de vie et d’activité et que continuant à se développer sans obstacle, il put, au commencement du XIIIe siècle, se constituer en ville, avec un consulat et des institutions municipales, pour la conservation desquels il eut à soutenir une longue lutte contre l’abbé et le couvent. L’époque précise de l’introduction des formes municipales à Sarlat n’est pas connue, mais il n’est pas probable que la nouvelle ville se soit organisée avant la guerre des Albigeois. Environ un siècle plus tard, l’abbé et les religieux étaient obligés de reconnaître cette nouvelle puissance et de transiger avec elle ; l’acte par lequel les droits de la commune sont reconnus et proclamés, est de l’année 1299. A partir de ce moment l’existence légale du maire et des consuls de Sarlat ne fut plus sérieusement contestée par le couvent dont quelques tracasseries attestèrent seulement de temps à autre la secrète hostilité.

En 1317, Sarlat érigé en évêché par le pape Jean XXII, fut donné à Raymond de Roquecor, qui occupa ce siège pendant six ans et quatre mois, sans qu’il se passât aucun événement remarquable sous son épiscopal C’est sans doute à son érection en évêché que Sarlat a dû l’avantage d’avoir été considéré pendant longtemps comme la seconde ville de la province, quoique par sa position topographique, sa population et son commerce, il n’ait jamais pu rivaliser avec Bergerac.

Les premiers évêques de Sarlat ne s’occupèrent guère que de l’administration de leur évêché ; aussi ne trouve-t-on leurs noms mêlés à aucun événement important. Il est d’ailleurs vrai de dire qu’il en fut de même de la ville. De 1317 à 1368, toujours sincèrement attachée aux rois de Fiance dont elle n'avait pas oublié les bienfaits, elle n’eut point l’occasion de leur donner des preuves de son dévouement.

Plus d'une fois, pendant les guerres de la Guyenne, sous Charles-le-Bel et Philippe de Valois, elle se mit en mesure de faire face aux éventualités d’une attaque, mais tout se borna à des manifestations. Il en fut autrement quand l’appel des grands vassaux à la couronne de France, au sujet des vexations du Prince Noir, fit de nouveau tirer l’épée : les Sarladais secondèrent énergiquement la lutte engagée par les Français contre les Anglais, sous la conduite du duc d’Anjou, et seuls ils chassèrent ces derniers de divers châteaux qu’ils occupaient sur les bords de la Dordogne. Pour récompenser leur fidélité, Charles V confirma leurs privilèges, leur accorda une exemption de vingt années pour toute espèce d’impôt, et permit aux marchands et aux autres habitants de la ville de parcourir le royaume, d’acheter, vendre et transporter des marchandises pendant le même espace de temps, sans payer aucuns droits (1370).
Au commencement du XVe siècle, la position de Sarlat devint plus difficile : commandé de tous cotés par des châteaux-forts, dont les Anglais étaient les maîtres, et reconnaissant l’impossibilité de leur opposer une résistance efficace, il se vit contraint, pour échapper à une ruine certaine, de traiter avec eux vers 1410. Cependant la ville ne fut pas livrée aux Anglais, il fut seulement stipulé qu’ils pourraient y acheter des vivres et commercer avec les habitants. En 1445, cette singulière position se renouvela jusqu’à l’époque où les troupes étrangères furent enfin obligées d’évacuer les forteresses environnantes (1446).

Mais l’époque la plus intéressante de l’histoire de Sarlat, c’est celle qui comprend la période des guerres de religion. Cette ville, où déjà la réforme avait essayé ses forces avec peu de succès, quelques années auparavant, tomba, en 1574, au pouvoir des religionnaires, commandés par Vivans, et resta pendant trois mois entre leurs mains. En 1587, après la bataille de Coutras, Henri de La Tour d’Auvergne, duc de Bouillon et vicomte de Turenne, se porta sur Sarlat avec huit à neuf cents chevaux et cinq ou six mille fantassins, investit la place le 25 novembre, la battit en brèche pendant dix-neuf jours et se vit contraint de se retirer honteusement le vingtième sans avoir pu la réduire. Depuis ce siège, les habitants, en mémoire de leur délivrance, firent tous les ans, le 14 décembre, une procession générale autour de la ville.
Les troubles de la Fronde donnèrent une seconde fois à Sarlat l’occasion de montrer son courage et son dévouement à la royauté. Tombée au pouvoir du prince de Condé, le 1er janvier 1653, la ville, moins de trois mois après, forme et exécute le projet de chasser les frondeurs de ses murs. La lutte, engagée le 23 mars, était terminée le 24 à quatre heures du matin, malgré une garnison de plus de douze cents hommes, qui ne put résister à la vivacité de l’attaque. Le fameux Chavagnac, chef des troupes du prince, fut assassiné à l'hôtel de ville.
La présence d’un évêque dans Sarlat et l’existence d’un grand nombre d’établissements religieux avaient empêché la réforme d’y pousser des racines vivaces ; aussi, la révocation de l'édit de Nantes ne porta-t-elle aucune atteinte à la prospérité de cette cite, où l'on ne compta jamais qu’un petit nombre de protestants. Quand la révolution de 1789 éclata elle y souleva d’abord des haines assez violentes parmi les classes privilégiées. Cependant les idées nouvelles y furent bien accueillies par la bourgeoisie, et, depuis cette époque, à part quelques agitations insignifiantes, la plus parfaite tranquillité et un excellent esprit n’ont pas cessé d’y régner.

Gravure de 1850 sur Sarlat - reproduction  © Norbert Pousseur
La lanterne des morts derrière l'église de Sarlat
('Le Magasin pittoresque' - 1850 - Dessin de Léo Drouyn)

Comme toutes les villes du moyen-âge, Sarlat est mal bâti ; ses rues sont tortueuses et étroites, et l’air qu’on y respire est généralement malsain. Au milieu de cet amas confus de maisons vieillies et noircies par le temps et l'humidité, on voit pourtant s’élever plusieurs monuments remarquables : nous plaçons, en première ligne, l’église paroissiale, jadis cathédrale de l’évêché, dont le vaisseau est fort beau. Sarlat était jadis le siège d’une sénéchaussée, d’un présidial et d’une élection ; il possède encore un collège, un séminaire et un hôpital dignes de fixer l’attention.

Cette ville a produit plusieurs hommes remarquables. Les plus anciens sont deux troubadours, Elias Cairels et Aimeri, surnommé de Sarlat, dont les poésies ont été en grande partie conservées ; Etienne de Laboëtie, auteur du Traité de la servitude volontaire, né le Ier novembre 1530, mort le 18 août 1565 ; Pierre Roussel, né en 1635, mort en 1684, a laissé des poésies patoises un peu érotiques, mais pleines d’intérêt et de verve, et une comédie en cinq actes ayant pour titre Lou jolous otropal (le Jaloux dupé). Ses poésies ont été réimprimées avec de nombreuses additions en 1839, par M. J.-B. Lascoux, sorti lui-même de Sarlat. Dans une commune voisine, appelée Sainte-Mondane, existe un beau château, fort bien conservé, et connu encore aujourd’hui sous le nom de château de Fénelon. C’est là que, le 6 août 1651, naquit François de Salignac de Lamotte-Fénelon, archevêque de Cambrai, et précepteur du duc de Bourgogne. Un de ses ancêtres, Bertrand de Salignac de Lamotte-Fénelon, outre une relation du siège de Metz en 1552, nous a laissé des lettres au cardinal de Ferrare, et sa correspondance, comme ambassadeur en Angleterre, qu’on a publiée dernièrement en sept volumes in-8°. Citons encore, parmi les hommes éminents de l’arrondissement, Pierre Thomas, patriarche de Constantinople, dans le XIVe siècle ; Gauthier de Costes, seigneur de La Calprenède, né au château de Tulgou, dans la commune de Salignac, vers 1612, et si connu par l'humeur gasconne de ses romans et de ses tragédies ; Jean Tarde, sorti du village de Larogue, au XVIIe siècle, auteur d'une Chronique du Périgord et du Sarladais, dont le manuscrit existe encore ; Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, né au château de La Roque, en 1703, et mort le 12 décembre 1781 ; et le marquis Jacques de Malleville, l’un des rédacteurs de notre Code civil, qui naquit à Dôme en 1741 et y mourut le 23 novembre 1824.
Quoique la position topographique de Sarlat soit peu avantageuse, il n’en est pas moins une ville industrielle et commerçante. On y fabrique et l’on en exporte une grande quantité d'huile de noix. On y fait aussi le commerce des bestiaux et celui des truffes. Les armes de Sarlat étaient de gueules à une salamandre d'or couronnée de même, et un chef cousu d'azur, chargé de trois fleurs de lys d'or.

 

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