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Les villes à travers les documents anciens

Strasbourg au du 18 au 19ème siècle

 

Strasbourg et ses ponts en 1835 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Strasbourg et ses ponts vers 1835, gravure de Larbalestier
extrait de l'Atlas de la Géographie universelle de Malte-Brun, édité en 1840

Les bords de l'Ill était alors beaucoup plus animée !
Collection personnelle


Les tours de Strasbourg en 2008 © Norbert Pousseur
Les tours de Strasbourg en 2008
Quasiment la même vue, en 2008 - Cependant, la flèche de la cathédrale est ici cachée par la tour carrée de gauche.
Strasbourg - 2008 - Num 3Mpx - dscn3970


Lire et voir aussi


Article extrait de La France pittoresque, publié en 1835 par Abel Hugo - collection personnelele

Strasbourg, anciennement Argentoratum, sur la rivière d’Ill, à une petite distance de la rive gauche du Rhin ; à 102 lieues à l'Est  de Paris ; chef-lieu de préfecture Population 49,712 habitants - Fondée par Drusus, beau-fils d’Auguste ; cette ville était un des grands établissements militaires que les Romains avaient destinés à la défense de leurs frontières. Cependant les barbares s’en emparèrent, et, après en avoir été chassés successivement par Julien, par Gratien, et par Anitius, finirent par en rester maîtres. Ravagée par Attila, elle fut enlevée aux Allmands par Clovis vainqueur à Tolbiac. C’est au VIe siècle qu’elle prit le nom de Strasbourg, qu’on fait dériver de celui de Stratœbargum, que lui avait fait donner sa position au centre de plusieurs routes militaires. Après avoir fait partie du royaume d’Austrasie, elle devint le siège d’une république indépendante jusqu’à sa réunion à la France en 1681. Louis XIV en fit une des places les plus fortes de l’Europe.

Elle a une citadelle composée de cinq bastions dont les ouvrages extérieurs s’étendent jusqu’à un des bras du Rhin ; enfin son système de défense est complété par une écluse au moyen de laquelle on peut inonder la plus grande partie de ses environs. Strasbourg renferme des établissements publics importuns et des monuments remarquables ; elle est entourée de charmantes promenades et de jolies maisons de campagne. Sa bibliothèque publique contient 55,000 volumes ; la bibliothèque de l’école de médecine en renferme 10,000. Il y a à l’académie un beau cabinet d’histoire naturelle. La salle de spectacle est fort jolie, et la troupe sédentaire qui y donne des représentations généralement bonne.

La cathédrale de Strasbourg vers 1850 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
La cathédrale de Strasbourg vers 1850,
gravure colorisée de François Alexandre Pernot,
publiée dans Les beautés de la France - Girault de St-Fargeau - 1855
Collection personnelle

Cathédrale. — La cathédrale de Strasbourg a été commencée en 1015, on prétend même que le chœur est encore celui qui fut construit vers l’année 770 d’après les ordres de Charlemagne. — Les chroniques rapportent que, pendant treize ans, plus de cent mille personnes, excitées au travail par la piété, furent employées journellement à la construction de ce monument. Des indulgences, du pain et quelques racines étaient leur unique salaire. Cette ardeur se ralentit ensuite, et l’église ne fut terminée que 260 ans plus tard, en 1275. Restaient les tours à élever.

Construction de la cathédrale de Strasbourg - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Construction de la cathédrale de Strasbourg
Gravure d'un dessin de 1845 de M. Schuler, extraite du Magasin pittoresque, 1845
illustrant la construction au 14ème siècle de la cathédrale de Strasbourg.
Collection personnelle

En 1277, l’évêque de Strasbourg en posa la première pierre : d’après le plan primitif, que l’on conserve soigneusement dans les archives du chapitre, il devait y avoir deux tours absolument semblables, et elles devaient être hautes chacune de 594 pieds. Une seule, celle du côté du nord, a été achevée, et portée seulement à la hauteur de 490 pieds (ancienne mesure de Strasbourg, ce qui fait un peu plus de 437 pieds de roi =142m). L’autre tour n’a que la hauteur de la plate-forme achevée en l’année 1365. Des tremblements de terre et des incendies ont mis à plusieurs reprises l’église et la tour en péril. En 1654, la foudre brisa une portion considérable de la partie supérieure de la tour. On fut obligé, à raison des dégradations, d’en démolir 58 pieds (19m). Il fallut trois années pour les rétablir. En 1759, le tonnerre tomba sur le toit au-dessus de la nef, laquelle était alors couverte en plomb, et y mit le feu. En moins d’une heure toute la toiture fut consumée. Le feu était si ardent que le plomb embrasé tombait en cascade sur le pavé, et roulait ensuite jusque dans la rivière. Cette toiture, rétablie, a été recouverte en lames de cuivre rouge. Le 15 août 1833, la foudre est encore tombée sur l’église et y a causé de grands dégâts. On a remarqué qu’une inscription rappelant les dangers que la cathédrale a courus lors du mémorable tremblement de terre de 1728, a été particulièrement endommagée par le feu du ciel.

Façade de la cathédrale de Strasbourg vers 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Façade de la cathédrale de Strasbourg vers 1830,
gravure extraitre du Magasin pittoresque de 1834
Collection personnelle

 

— La façade du temple est décorée de trois portails auxquels on arrive par un parvis élevé de plusieurs dgrés. Le portail du milieu, le plus grand et le plus beau des trois, est orné de colonnes et de statues. La porte principale était primitivement d’airain sculpté ; elle a été fondue pendant la révolution, et convertie en monnaie de billon. C’est aujourd’hui une porte de bois qui la remplace. Au-dessus du portail, au premier étage de la tour, on voit les statues équestres de Clovis, de Dagobert, de Rodolphe de Habsbourg et de Louis XIV. Immédiatement au-dessus, est la grande rosace en vitraux peints. Sa circonférence extérieure est de 150 pieds (48m), et son diamètre de 48 (15m). Cette rosace, éclairée par les rayons du soleil, produit dans l’église un effet magique. Le clocher occupe toute la façade de l’église, c’est un large massif de forme oblongue terminé par une plate-forme, où commence le second étage de la tour. La tour, proprement dite, qui forme ce second étage, est octogone, quoique de loin elle paraisse carrée. Les quatre escaliers tournants qui conduisent à la flèche en dissimulent quatre faces. La flèche et le troisième étage de l’édifice. C’est un obélisque à jour et à huit pans, dont le travail admirable ressemble à une frêle et légère découpure ; au sommet se trouvent la lanterne, puis la couronne, et enfin le bouton octogone qui termine l’édifice et supporte une croix de pierre de 5 pieds 4 pouces de hauteur. — Suivant l'Annuaire du bureau des longitudes la flèche du Munster de Strasbourg est l’édifice le plus haut du monde, après la grande pyramide d’Egypte qui n’a que 2 mètres de plus d’élévation. — L’intérieur de l’église ne répond pas à l’extérieur. Le chœur surtout n’est pas en rapport avec le reste de la nef, dont la longueur et de 355 pieds, et la largeur de 132. La hauteur, depuis le pavé jusqu’à la voûte, est de 71 pieds 10 pouces 3 lignes A droite et à gauche, cette nef est séparée des bas-côtés par neuf piliers colossaux qui supportent l’édifice. On y remarque les orgues faites par André Silbermann, en 1714 ; la chaire, d’architecture gothique, restaurée en 1824 avec beaucoup de goût et d’élégance ; le grand autel ; le Saint-Sépulcre (chapelle souterraine au-dessous du chœur) ; l’horloge. Chef-d’œuvre du XVIe siècle, mais dont le mouvement est arrêté ; les chapelles de Sainte Catherine ou de la Croix, de Saint-Laurent, etc.

Intérieur de la cathédrale de Strasbourg vers 1850 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Intérieur de la cathédrale de Strasbourg, gravure de Rouargue frères,
publiée dans l'Histoire des villes de France - Aristide Guilbert, 1853
Collection personnelle

Du sommet de la cathédrale on jouit d’une vue magnifique. Lorsque Goethe, depuis si illustre, alors jeune et inconnu, arriva à Strasbourg, son premier soin fut d’aller visiter le Munster : « Je courus, dit-il, voir son magnifique clocher ; je me hâtai de monter sur sa plate-forme, d’où, par un beau soleil, je contemplai à mon aise cette superbe Alsace, cette grande et belle ville, ces prairies qui l’entourent et qui sont couvertes d’arbres magnifiques et d’épais ombrages. Je ne pouvais m’empêcher d’admirer, aussi loin que s’étendait mon horizon, cette végétation si riche qui décore les rives et les îles du Rhin, la plaine en pente du côté du sud que l'Iller arrose, les enfoncements des montagnes qui charment l’œil par un   mélange agréable de bois et de terres cultivées, les collines du nord, coupées par une infinité de petits ruisseaux, partout si favorables à la rapidité de la végétation. Ma vue se portait avec ravissement sur l’excellente culture de ce pays, si propre à la production, partout verdoyant, partout promettant d’abondantes récoltes ; sur les villages, les métairies qui en signalent les plus beaux sites ; enfin, sur cette grande et immense plaine, préparée pour l’homme comme un nouveau paradis, parsemée de riantes habitations, et que bornent de toutes parts des montagnes richement boisées. »

Corps de garde aux environs de Strasbourg vers 1850 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Corps de garde fortifié entre Strasbourg et le Rhin, gravure,
d'après un dessin de Lancelot publié dans le Tour du Monde - 1er semestre 1860
Collection personnelle


 

Strasbourg vue depuis sa campagne vers 1825 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Strasbourg vue depuis sa campagne vers 1825
gravure extraite de la France pittoresque d'Abel Hugo - 1835
d'après un dessin de Christophe Civeton, daté de 1827
Collection personnelle

Le texte complet d' l'Histoire de Strasbourg est lisible ici sous PDF

Ci-dessous, extrait de l'article sur Strasbourg, publié dans l'Histoire des villes de France d'Aristide Guilbert, 1853
collection personnelle

 

Strasbourg était, sous l'ancien régime, la capitale du gouvernement général de l’Alsace ; il y avait un gouverneur avec un lieutenant de roi et un commandant pour la ville, et un commandant avec un lieutenant de roi pour la citadelle. L'évêché, suffragant de Mayence, possédait lui-même un suffragant dans l'évêché d’Arath en Mésopotamie, dont le titulaire remplissait ordinairement les fonctions de vicaire général et desservait la cathédrale. L'évêque se qualifiait prince du Saint-Empire et landgrave d’Alsace ; on lui donnait toujours un évêque pour coadjuteur ; son revenu, le plus considérable de tous les sièges épiscopaux de France, ne s’élevait pas à moins de trois cent mille livres. Aux chanoines capitulaires seuls appartenait le droit de concourir à l'élection de l'évêque ; car, sur les vingt-quatre membres dont se composait le chapitre, il n'y en avait que douze qui pussent voter. Les capitulaires devaient être prêtres ; ils portaient dans le chœur un habit de velours rouge doublé d'hermine et orné de boutonnières d’or. Pour entrer dans le chapitre, il fallait faire preuve de seize quartiers. Malgré la révocation de l'édit de Nantes, la population luthérienne était presque aussi nombreuse que la population catholique ; on évaluait le chiffre des habitants des deux religions à 50,000 âmes. La ville avait quatre hôpitaux, trois civils et un militaire, deux universités, l'une protestante, l'autre catholique, un séminaire avec un collège, et plusieurs communautés religieuses d’hommes ou de femmes, telles que Récollets, Grands Capucins, Petits Capucins, Dames de la Congrégation de Notre-Dame, de Sainte-Madeleine, de Sainte-Marguerite et de Sainte- Barbe. Quant au gouvernement municipal, ce n’était jamais que l'Ammeister-régent qui se trouvait en fonction ; il avait droit de juger chez lui les affaires de police ; il sortait dans un carrosse entretenu aux frais de la ville, et se faisait précéder par deux hallebardiers, un bedeau et un huissier.

Strasbourg, aujourd’hui chef-lieu du département du Bas-Rhin, compte plus de 61,000 habitants ; l’arrondissement en contient 228,000 et le département près de 360,200. Les catholiques ont huit églises dans la ville, et les luthériens sept. L'ancienne capitale de l’Alsace a conservé son évêché ; le culte protestant y est représenté par le directoire du consistoire général de la confession d’Augsbourg, ce qui en fait la métropole des fidèles de cette communion en France.

Comme place de guerre, Strasbourg a tant d'importance qu’on l'a choisi pour chef-lieu de la cinquième division militaire ; on y a établi une école d'artillerie, un arsenal pouvant suffire à l'armement de trois cent mille hommes, et une fonderie de canons d'où l'on tirerait au besoin jusqu'à six cents bouches à feu. On trouve, en outre, dans cette ville, une direction des haras, une manufacture royale des tabacs et un hôtel des monnaies, lequel fabrique annuellement de sept à neuf millions de numéraire. Mais ce sont surtout ses institutions scientifiques qui lui assignent un rang distingué parmi les autres chefs-lieux du royaume : elle a une académie où toutes les facultés sont représentées, excepté la théologie catholique. Les professeurs et les élèves peuvent consulter des collections admirables, un muséum d'histoire naturelle, l'un des plus complets de la France, un cabinet d'anatomie, un jardin de botanique, des cabinets de physique, des collections d'antiquités, un musée de peinture, des bibliothèques spéciales, et surtout la bibliothèque de la ville, fondée immédiatement après la réforme religieuse et renfermant plus de cent trente mille volumes. Un grand nombre de sociétés savantes, où l'on s'occupe de plusieurs branches des connaissances humaines, activent le mouvement littéraire et scientifique de la grande cité.

Eglise St Thomas de Strasbourg  en 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert PousseurAutre version de l'église St Thomas de Strasbourg  en 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Eglise St Thomas de Strasbourg, gravure d'Alexandre Lacauchie
publiée en 1835 dans La France pittoresque, d'Abel Hugo
A remarquer de très légères différences entre ces 2 gravures de Lacauchie,
qui signe en tant que dessinateur et graveur.
Par exemple la pêcheur n'a pas le même chapeau, et le ciel est différent.
Voir aussi le sommet de la tour carrée - à droite, rajout (à tort) d'une pointe (par le coloriste ?).
Deux autres versions N&B de l'ouvrage que je possède (les plus courantes),
publient la version de gauche, au pêcheur au chapeau informe.

Strasbourg est arrosé par trois bras de l’Ill, qu'on y traverse sur plus de soixante ponts ; ses rues, construites en général avec irrégularité, sont presque à moitié couvertes par les parties saillantes des maisons ; on y remarque quelques places, par exemple, celles de la cathédrale et du château royal, la place d'armes, la place de la Comédie, et la Finckmatt, qui sert aux exercices militaires. La ville offre de nombreux édifices dignes de fixer l’attention. Nous avons déjà parlé de la cathédrale, bâtie sur les plans d’Erwin de Steinbach, et à laquelle on reproche un défaut de proportion entre ses diverses parties ; mais rien ne peut rendre l’impression que l’on éprouve lorsque l’on contemple pour la première fois la façade et surtout la flèche de ce magnifique monument, dont la hauteur totale n’a pas moins de cent quarante-deux mètres douze centimètres, et égale presque celle de la grande pyramide de Memphis. C’est dans la cathédrale que l’on voit la belle horloge astronomique érigée, en 1842, par M. Schwilgué. Parmi les autres édifices religieux de Strasbourg, nous citerons le temple neuf ; l’église Saint-Guillaume., dont la construction remonte vers l’an 1300 ; et l’église Saint-Thomas, qui date du XIe siècle : ce dernier monument renferme l’admirable tombeau du maréchal de Saxe, dû au ciseau de Pigale.

Lavoir sur pilotis à Strasbourg vers 1880 1840 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Une rue de Strasbourg et son lavoir sur pilotis
Peut-être est-ce le même lavoir que celui de la gravure précédente ?
Gravure de Lancelot publié dans le Tour du Monde - 1er semestre 1860
collection personnelle

Depuis la révolution de 1830, le commerce a pris un développement considérable à Strasbourg : des canaux, des lignes de bateaux à vapeur, des chemins de fer y facilitent les relations. La capitale de l’Alsace communique, en effet, avec la mer du Nord par le Rhin, avec la Manche par le canal de la Marne au Rhin, avec la Méditerranée par le canal du Rhône au Rhin, et avec la mer Noire par le canal Louis et le Danube. Il est permis de prévoir pour la vieille cité, dans un avenir très prochain, le retour de ses jours les plus brillants de prospérité. L’industrie actuelle de Strasbourg consiste en fabriques de draps, de toiles et d’étoffes de coton, de toiles à voiles, de coutellerie, de bijouterie d’acier, de papiers peints, de poêles en faïence, de garance, d’huile, de moutarde, de potasse, de savon et de produits chimiques ; on y voit, en outre, des filatures de coton, des blanchisseries de toiles, des teintureries, des brasseries, et des raffineries de sucre.

La rue Mercie à Strasbourg vers 1870 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
La rue Mercier à Strasbourg,
gravure publiée en 1871 dans Le Magasin pittoresque
collection personnelle

Il serait trop long de nommer tous les personnages célèbres nés à Strasbourg : nous nous contenterons de citer ceux dont la réputation est universelle, tels que Sébastien Brand, poète satirique, dont le curieux ouvrage intitulé la Nef des fous fut traduit, au commencement du XVIe siècle, dans toutes les langues littéraires de l’Europe ; Daniel Specklin, l’un des premiers architectes militaires de son temps ; Ulrich Obrecht, que nous avons déjà mentionné ; J.-G. Scherz, auteur d’un Glossarium medii œvi, J.-J. Oberlin, connu comme philologue et comme antiquaire ; l’abbé Grandidier, historiographe de France ; le savant helléniste Richard Brunck ; les naturalistes Hermann et Dietrich ; les anatomistes Lauth, père et fils ; les deux Schweighœuser ; les chimistes Spielmann ; les mathématiciens Arbogast et Kamp ; le sculpteur Ohmacht ; l’habile ciseleur Kirstein ; les peintres Hans Baldung Grün, élève d’Albert Durer, et Vendelin Dicterlin, auquel on attribue l’invention de la peinture au pastel ; le poète F.-G.-J.-N. Andrieux ; le musicien professeur, Dumonchau ; son neveu, Auguste Dumonchau, jeune littérateur, mort à la fleur de l’âge et qui donnait de grandes espérances ; le maréchal Kellermann, duc de Valmy, et l’illustre général J.-B. Kléber, dont on admire la belle statue sur l’une des places de la ville.

Les cigognes à Strasbourg vers 1880 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Les cigognes sur une cheminée de Strasbourg
Gravure publiée dans Europa in al zijn Heerlijkheid geschetst
(L'Europe dans toute sa splendeur), Gerard Keller - 1880
Collection personnelle


Parmi les hommes distingués qui sans être nés à Strasbourg y ont passé leur vie, nous indiquerons Jean Geiler de Keysersberg, célèbre prédicateur que toute l’Allemagne se disputait ; Jean Sturm, l’un des plus fameux pédagogues du XVe siècle ; l’historien Sleidan ; Jean Schilter ; le jurisconsulte J.-D. Schœpflin, dont les œuvres sont encore l’une des sources les plus sûres de l’histoire de la province ; Koch, continuateur de l’école diplomatique du précédent ; et Fodéré, le père de la médecine légale en France. Il est inutile d’ajouter que la ville de Strasbourg compte Jean Gutenberg au nombre de ses enfants d’adoption ; fière d’avoir donné asile à l’inventeur de l’imprimerie, elle lui a élevé une statue en bronze sur la place de son marché aux herbes. Cette belle statue est l’œuvre de notre grand sculpteur David (d’Angers), dont le nom et le génie vont de pair avec toutes les gloires et s’y rattachent naturellement : des fêtes magnifiques en accompagnèrent l’inauguration qu’on eut l’heureuse idée de faire coïncider avec le quatrième anniversaire séculaire de l’invention de l’imprimerie (24, 25 et 26 juin 1840).

Le texte complet d' l'Histoire de Strasbourg est lisible ici sous PDF


 

Strasbourg vers 1700 - gravure reproduite par la BNF puis traitée numériquement par © Norbert Pousseur
Strasbourg vers l'an 1700, gravure extraite de
l'Alsace françoise ou Nouveau recueil de ce qu'il y a de plus curieux dans la ville de Strasbourg
avec une explication exacte des planches en taille douce qui la composent

ouvrage de Guy Boucher, auteur du texte ci-cessous publié en 1706
provenant du fonds de la BNF

Texte ci-dessous de Guy Boucher publié en 1706

La Capitale ville de toute la Province de la basse Alsace est Strasbourg, très considérable par son gouvernement, son Commerce et ses fortifications ; sa situation est aussi agréable qu’avantageuse étant au milieu d’une vaste plaine, et éloignée des montagnes, de cinq à six lieues et a un grand quart de lieues du Rhin ; Elle est arrosée de la Brusch qui la traverse et s’y partage en plusieurs canaux très commodes pour le transport de toute sorte de denrées.
En sorte que l’on y compte 50 ponts tant de pierres que de bois, ce qui est d’un grand secours à la ville pour le négoce qui y est fort considérable. Cette même rivière fait tourner beaucoup de moulins dont la plupart sont enfermés dans la ville. Il y a près de 5,000 maisons dans cette fameuse ville. Elle a 7 Portes principales ; elle contient 195 Rues, et 20 places publiques.
Les églises sont marquées dans l’explication de la planche de la ville (voir la gravure ci-dessus, zoomable en fin de page). Il y a deux Universités, savoir, celle de Messieurs les Luthériens, dans laquelle on voit une belle Bibliothèque, riche par la quantité de ses anciens manuscrits, elle est jointe à l’Eglise neuve, laquelle était autrefois aux frères Prêcheurs, dits, les Dominicains ; elle fut établie par Ferdinand Ier l’an 1619.

L’autre Université est Catholique, dans le Collège Royal des Pères Jésuites ; elle fut établie l'an 1701. Je remarque en cette ville plusieurs beaux édifices ; le plus considérable est celui de l’Eglise Cathédrale.

Pour ce qui est de la maison de ville ; l’Incendie qui y arriva l’an 1686, en a beaucoup diminué, il ne laisse pas d’y rester deux corps dont l’un, qui fait face au marché aux poissons est fort bien bâti et d’une belle Architecture ; elle fut bâtie l’an 1588 l’autre n'est recommandable que par son antiquité. L’hôtel de Messieurs de la Noblesse est assez considérable et bien étendu pour sa médiocre grandeur.

Il y a quantité d’autres Hôtels appartenant à des grands seigneurs ; je ne puis ici en faire aucun détail n’y ayant pu trouver d’accès pour en connaitre les particularités.
J’oubliais de vous dire une chose très curieuse que j'ai remarquée dans cette ville ; c’est le Jardin de Messieurs les Docteurs en Médecine dans lequel on trouve toute sorte de plantes rares, et nécessaires à cet Art, il est situé à l’extrémité de la ville du côté de la Citadelle, vis à vis l’Arsenal qui est le magasin d’armes de  toute la Province. Il est le magasin à grains de la ville, lequel a 130 pas de longueur et contient six ou sept greniers l’un sur l’autre ; on y conserve des blés de plusieurs années, et on y en voit de plus de 100 ans ; on y en fait voir aussi que l’on dit être tombé du Ciel en forme de pluie.

Près de là est le bâtiment que Messieurs les Magistrats ont fait construire en 1698 pour représenter les Opéras et Comédies ; rien n'y est épargné pour l'utilité du spectacle, toutes les machines nécessaires y sont très bien entendues.

L’Hôpital Royal est aussi très remarquable par sa grandeur, puis qu’on y a vu 4,000 malades, sans compter les Officiers Chirurgiens etc. Quoiqu'il ne soit pas encore achevé, il est situé du côté de la Citadelle très avantageusement, étant entouré d’un canal vif, lequel sort d’un bras du Rhin.

 


Panorama de Strasbourg vers 1720 - gravure d'Antoine Aveline reproduite par la BNF puis traitée numériquement par © Norbert Pousseur
Plan panoramique de Strasbourg, provenant du fonds de la BNF
établi par Antoine Aveline vers 1720

Article publié dans le Dictionnaire universel de la France - Robert de Hesseln - 1771 - collection personnelele

STRASBOURG, ville très ancienne, grande, belle, et l’une des plus considérables et des plus fortes places du royaume. C'est le siège d’un évêché, suffragant de Mayence, et la capitale du gouvernement général de l’Alsace.
Elle est située dans la partie basse de cette province, dont elle est le principal lien, sur la rivière d’Ill, à quelque, distance de la rive gauche du Rhin ; à 22 lieues au septentrion de Bâle, à 30 au levant de Nancy, à 41 entre le midi et le levant de Luxembourg, à 45 entre le midi et le couchant de Vienne, et à 102 au levant de Paris ; aux 25 degré, 26 minutes de longitude, et au 48 degré, 34 minutes de latitude. Route de Paris à cette ville : par Meaux, Château-Thierry, Épernay, Châlons, Vitry-le-François, Saint-Didier, Bar-le-Duc, Toul, Nancy, Lunéville, Vic, Sarbourg, Falzbourg, Saverne, et de là à Strasbourg.

Vis-à-vis de cette ville et à un petit quart de lieue du côté du levant on passe le Rhin sur un pont de bois de près d'un quart de lieue de longueur, et qui est très remarquable. La partie supérieure de ce pont est soutenue par des bateaux cloués dans l’eau et sur le rivage ; Pour fournir aux frais de son entretien, dont la ville est chargée, elle a établi un droit de péage d’un sol pour tout ce qui passe le pont : les bêtes de somme et tous les animaux paient le même droit par individu : il y a un prix fixe pour les voitures. Il n’y a d’exempt de cette loi que l’état-major de la ville, les comtes de la cathédrale et les magistrats de Strasbourg.

Au bout du pont se trouve le fort de Kell, qui appartient à l’empire, et dont les fortifications sont abandonnées.

Strasbourg a environ deux lieues de tour : sa citadelle et ses autres forts rendent cette ville presqu'imprenable. Elle a sept portes, savoir, la porte de l’Hôpital, la porte Blanche, celle de Saverne, la porte de Pierre, celle des Juifs, celle des Pêchers, et la porte des Bouchers. On y passe la rivière d’Ill, qui traverse la ville ; d’un bout à l’autre, sur plusieurs ponts de bois, tous entretenus aux frais de la ville : les principaux sont le pont couvert, auprès duquel sont les prisons militaires ; le pont neuf, derrière le palais de l’évêché, le pont S. Martin, le pont Saint-Thomas, le pont. Saint-Guillaume, le pont Sainte-Catherine, le pont Saint-Nicolas, etc.

Les places sont en assez grand nombre dans cette ville ; la place d’armes, où la garnison descend et monte la garde, est très spacieuse, mais irrégulière. Les autres principales places sont la place Saint-Thomas, la place de Saint-Pierre-le-Jeune, la place Saint-Etienne, la place de l’Eglise-neuve, la place de la Cathédrale : ces deux dernières sont aussi deux marchés où se vendent les légumes, fruits, volaille. Ces deux marchés ne sont pas les seuls de la ville ; il y a encore le marché aux grains, le marché aux poissons, le marché aux chevaux.

Une rue de Strasbourg vers 1870 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Une rue de Strasbourg vers 1870, gravure signature illisible
publiée dans la Géographie pittoresque des cinq parties du Monde - Eugène Domergue - 1874
collection personnelle

Les rues de Strasbourg en général ne sont rien moins que tirées au cordeau : il s’y en trouve cependant de très belles, grandes, droites et bien percées, surtout celle qui conduit à la porte de Saverne, celle de la Nuée bleue, celle des Arcades, celle de la Cathédrale, celle des Juifs.

Au commencement et au bout de chaque rue on lit son nom en Français et en Allemand, comme à Paris. L'extérieur des maisons de Strasbourg n’est pas brillant : il y en a cependant de très belles, telles que le palais de l’évêché, celui du prince de Darmstat, l’hôtel de ville, l’hôtel de l'intendant, celui de Bellomba.

On y remarque encore l’hôpital des bourgeois et l’hôpital royal.

La cathédrale de Strasbourg vers 1840 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
La cathédrale de Strasbourg vers 1840, gravure de Rouargue frères
publiée dans l' Album pittoresque - La Belgique, la Hollande et le Rhin - 1850
collection personnelle

La cathédrale de cette ville est un des plus beaux édifices gothiques, de l’Europe et son chapitre un des plus nobles. On remarque particulièrement la hauteur et la solidité de cette église : sa tour en pyramide et la plus belle de toute l'Allemagne, a 174 pieds de hauteur : l’horloge, que l’on y voit, est remarquable par la quantité de ses machines, qui marquent le mouvement des constellations, le cours de la lune et des autres planètes, et on le regarde comme un chef-d’œuvre de mécanique et d’astronomie.

Strasbourg a plus de 50,000 habitants, sans compter la garnison, qui est plus ou moins nombreuse, selon les circonstances. Cette ville est une des premières du second ordre, Il y a plus de 4000 maisons privées, La religion Luthérienne, qui était autrefois dominante dans cette ville, y est encore permise, et il y a à peu près autant de Luthériens que de Catholiques. On y parle les deux langues Française et Allemande ; mais la langue Allemande est la plus dominante, au moins c’est celle du menu peuple et de l’artisan.

On y distingue deux sortes d’habitants, la bourgeoise et les manants : c'est-à-dire, ceux qui ne sont point reçus dans aucun corps de la bourgeoise. Elle est divisée en 14 communautés, qui forment autant de tribus d’artisans ou corps de métiers ; tels que la communauté des menuisiers, des tailleurs, etc. chaque communauté est gouvernée par un chef et 15 échevins qu’elle choisit dans son corps. Ils sont électifs et s’occupent de l'économie et des intérêts de leur communauté.

Le collège des magistrats de Strasbourg est divisé en plusieurs chambres, savoir, celle des Treize, des Quinze des Vingt-un, du grand et du petit Sénat.        ,

Le grand Sénat est composé de 30 juges, 10 nobles et 20 roturiers. Ces juges sont moitié Catholiques et moitié Luthériens. Les sénateurs roturiers sont tirés des échevins par élection : c’est le premier jeudi d’après les rois que se fait l’élection. Les échevins de chaque communauté ou tribu d’artisans s’assemblent à 5 heures du matin pour procéder à l’élection du sénateur qu’ils ont à fournir à ce tribunal, et dès qu’il est élu, il va se présenter à la chambre dont il doit faire membre, où il est reçu pour deux ans seulement. C’est pourquoi l’élection se renouvelle de deux ans en deux ans, et l’on est obligé d’élire successivement un catholique et un luthérien.
Les nobles sont élus de la même manière dans le corps des nobles. Un sénateur conserve son titre et peut être élu une seconde fois après ces deux années de repos. Ce tribunal connait des affaires civiles et criminelles ; ces dernières y sont jugées en dernier ressort. Quant aux premières on les juge en dernier ressort jusqu’à la concurrence de 10,000 livres : on en appelle au conseil de Colmar pour les affaires qui passent cette somme.

Le petit Sénat est composé de seize sénateurs qui sont des bourgeois tirés des tribus d’artisans comme les premiers, et six conseillers qui sont tirés du corps des gentilshommes. Ce tribunal connait des testaments, contrats et affaires de cette espèce, avec appel à la chambre des Treize.

La chambre des Treize est composée de quatre nobles, de quatre bourgeois, de quatre conseillers et du consul régent, nommé Amtmeister. Les juges de cette chambre sont tirés de la chambre des Quinze. Une fois élus, ils ne sont plus changés, et ils demeurent toujours en fonction. Ce tribunal connait de toutes les affaires graves et de conséquence.

La chambre des Quinze est composée de cinq nobles et de dix bourgeois que l'on tire de la chambre des Vingt-un, Ce tribunal est chargé de la direction et de l’économie des revenus de la ville, il connait des affaires qui concernent la monnaie, les impôts, le blé, le, sel, le vin, etc.

La chambre des Vingt-un est composée d’un noble et de vingt roturiers tirés des tribus d’artisans. Ce tribunal n’a presque d’autre fonction que de fournir des sujets qui entrent dans les deux autres chambres. Le grand Sénat se joint aussi quelquefois à cette chambre pour juger des grandes affaires.

Il y a six Stadtmeister, dont trois sont luthériens et trois catholiques : ils sont tous nobles et sont regardés comme les premiers magistrats de la ville : mais il n’y a jamais que l’Amtmeister régent qui soit en fonction. C’est le premier juge de la chambre des Treize, Il a le droit de juger chez lui des affaires de police et autres, à peu près comme le lieutenant de police de Paris : il ne peut faire emprisonner que pour 24 heures, au bout desquelles il renouvelle son ordre, jusqu’à ce que le grand sénat s’assemble : c’est à lui que l’Amtmeister est obligé de déférer celui qui est en prison.

Lorsque l’Amtmeister sort, il a un carrosse qui est entretenu aux frais de la ville : il va le pas et se fait précéder de deux hallebardiers, d’un bedeau et d’un huissier.

Le roi a aussi un commissaire dans cette ville, qui a le titre Prêteur : il a le droit d’assister à tous les tribunaux, mais sans y avoir voix décisive. Il n’y est que pour veiller à ce que l’on n’y entreprenne rien contre les intérêts du roi.

Strasbourg a un antre tribunal, appelé la Maison des Chevaliers, ou en Allemand, das Ritter-Haus. Ce tribunal n’est composé que de gentilshommes, et ne connait que des affaires des nobles : il ressemble à la connétablie, ou au tribunal des maréchaux de France.

Pour ce qui concerne le gouvernement militaire, il y a un gouverneur, un lieutenant de roi et un commandant, avec Etat-major pour la ville ; un commandant et un lieutenant de roi, avec Etat-major pour la citadelle ; un commandant pour le réduit de la porte de Pierre ou la porte de Haguenau, et un commandant pour le réduit de la porte Blanche.

La garnison de Strasbourg est toujours fort considérable : l’artillerie de cette ville est une des meilleures du royaume, et son arsenal est remarquable ; c’est peut-être la première curiosité de la ville.

L’évêché de Strasbourg est le plus riche de France : il fut érigé vers l’an 340, et il est suffragant de Mayence. Le prélat, qui est à la tête du diocèse, est prince du S. Empire et landgrave d’Alsace. II jouît d’environ 300,000 livres de revenus, et paie 2500 florins à la cour de Rome pour ses bulles : il est électif par les chanoines capitulaires, et a toujours un autre évêque pour coadjuteur.

L'évêché de Strasbourg a aussi un siège d'évêché in-partibus, pour suffragant : c'est l’évêché d’Arath en Mésopotamie. Le prélat revêtu de ce titre est ordinairement vicaire-général et dessert la cathédrale.

L’évêque de Strasbourg a une très belle maison de plaisance à Saverne.

Le diocèse s’étend au-delà et en-deçà du Rhin : il renferme 347 paroisses, dont 114 sont aux catholiques, 167 aux luthériens, et 26 sont communes aux catholiques et aux luthériens. Il a 5 abbayes d'hommes, et 3 abbayes de filles et 14 chapitres.

L'église cathédrale est sous l'invocation de Notre-Dame. Son chapitre est le premier de France : il est noble et composé de 24 chanoines, donc 12 capitulaires, c'est à dire qui ont voix de chapitre, de 12 domiciliaires où qui n’ont pas voix au chapitre : ils sont toujours absents, et laissent des vicaires à leur place. La preuve de noblesse que les chanoines sont obligés de faire, est de seize quartiers : on n’admettait autrefois à ce chapitre que des princes ou des comtes de l’Empire.

Depuis la réunion de l’Alsace à la France, le tiers des canonicats est affecté aux Français ; mais ces canonicats ne peuvent être remplis que par des sujets tirés des premières maisons du royaume.

Ce sont les chanoines capitulaires qui composent le Chapitre, et qui élisent l’évêque, comme nous l'avons observé plus haut ; ils doivent être dans les ordres sacrés. Leur habit de chœur est de velours rouge, doublé d’hermine avec des boutonnières d’or. Pour gagner leur compétence, ils sont obligés de résider pendant trois mois de l'année, et d’assister soixante fois à l'église. Les domiciliaires deviennent capitulaires, selon leur rang d’ancienneté ; ils jouissent en attendant d’un quart de la compétence.

Parmi les chanoines dont nous venons de parler, et qui forment ce qu’on appelle le grand chapitre : on en distingue cinq qui sont chanoines dignitaires, dont trois sont dits chanoines de Strasbourg : savoir, le grand prévôt, le grand doyen et le grand custos ; les deux autres dignitaires sont chanoines capitulaires : ce sont le grand camérier et le grand écolâtre.

Il y a dans cette cathédrale, outre le grand chapitre, un second corps de bénéficiers, appelé le grand chœur : il est composé de 20 prébendiers, dont 4 sont luthériens, mais ces derniers ne paraissent au chœur que pour prendre possession de leurs canonicats. Il y a de plus 4 prêtres chapelains, 16 chantres et une musique.

Strasbourg a sept paroisses catholiques et sept communes luthériennes. Les églises catholiques sont la paroisse de la cathédrale dont saint Laurent est le patron ; S. Pierre le jeune, S. Pierre le vieux ; la Toussaint, S. Louis, S. Jean et S. Etienne : les sept communes protestantes sont S. Pierre le jeune et S. Pierre le vieux, (il faut remarquer que le même corps de bâtiment de chacune de ces deux églises est divisé en deux, dont l’une sert aux luthériens et l’autre aux catholiques) S. Guillaume, S. Nicolas, S. Thomas et le temple neuf.

Quant aux monastères, il y a des Récollets, des grands Capucins, des petits Capucins ; des dames de la congrégation de Notre-Dame, celles de Sainte-Marguerite, celles de Sainte-Magdeleine, celles de Saint-Etienne et celles de Sainte-Barbe. Les Jésuites, qui avaient l’université catholique de cette ville, ont été obligés de se retirer le premier octobre 1765 : on n’a point encore disposé de leur maison : le séminaire y est attenant derrière la cathédrale : on travaille actuellement à le reconstruire.

Strasbourg a quatre hôpitaux, l’hôpital des bourgeois, l’hôpital royal, qui est pour les militaires, l’hôpital des orphelins et l’hôpital des enfants trouvés. Il y a dans cette ville deux universités, une luthérienne et une catholique. L’université luthérienne a quatre facultés, et l’université épiscopale ou catholique n’en a que deux, celle de théologie et celle des arts : la première fut fondée par le sénat de la ville en 1538 ; la seconde doit son établissement à Louis XIV, qui l’institua l’an 1702.

Le séminaire de Strasbourg, aussi bien que le collège auquel il a toujours été uni, sont dirigés par des prêtres séculiers depuis l’expulsion des Jésuites.

La ville entretient une troupe de comédiens Français.

Le commerce de Strasbourg consiste d’abord dans le produit de son terroir, dans lequel on recueille du tabac, du blé, du vin, du chanvre, du safran et de la garance, plante dont la racine sert aux teinturiers pour teindre en rouge ; secondement dans ses manufactures de moquette, de tapisserie de Bergame, de futaine, de couvertures ; dans celles d’acier de fonte ; dans sa faïencerie, située dans les environs de la ville ; dans ses tanneries, où l’on apprête toutes sortes de cuirs, principalement des peaux propres à faire des ceinturons, et dans le débit de ses suifs et eaux de vie.

Le cours du change de cette ville est presque le même que celui du reste de la France : les lettres de change n’ont aucun jour de grâce ; cependant le porteur peut absolument en accorder ; mais il doit faire protester le dixième jour. Les monnaies sont les mêmes qu’en France, à l’exception de quelques monnaies particulières d’Allemagne : savoir, le goulden, qui vaut 10 schellings, et vaut encore deux livres de France ; le schelling six creutzers, le creutzer quatre pfennings. La livre est de 16 onces, qui n’en font que 15 et demie poids de marc ; le quintal est de 104 livres, lesquelles n’en font que 103. L’aune, la même qu’à Paris. La mesure des vins est de 48 pintes dont les 140 font le muids de Paris. Celle de grains est au sac pesant 178 livres de Strasbourg, et il est composé de six boisseaux.

Strasbourg est la patrie de Jean-Gaspard Eisenschmid, habile médecin et grand mathématicien né l’an 1656, et mort en 1712, membre de l’académie des sciences de Paris ; d’Ulric Obrecht, grand jurisconsulte, né en 1646, et mort en 1701, et de Jean-Guillaume Bauv, excellent peintre, mort à Vienne en 1640.

Strasbourg était autrefois une ville impériale ; mais Louis XIV s’en rendit maître en 1681, et elle lui a été assurée par la paix de Ryswick, en 1697.

 


Strasbourg et ses nombreux pêcheurs sur la Brusch vers 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Strasbourg et ses nombreux pêcheurs sur la Brusch vers 1830, gravure d'A. Pernot
publiée dans le Guide pittoresque du voyageur en France - 1838
collection personnelle

Et pour complèter ces descriptions sur Strasbourg, il m'a semblé intéressant d'ajouter une partie de l'article sur Strasbourg publié dans le Dictionnaire universel géographique et historique de 1708 de Thomas Corneille (collection personnelle) - Il s'agit donc d'écrits de la fin du 17ème siècle, vu la date d'édition.

 

STRASBOURG. Ville d’Allemagne, capitale de la Basse Alsace, en Latin Strasburgum. Ptolémée et Ammian Marcellin la nomment Argentoratum, Tacite et César Tribocorum et Tribocum, et d’autres l’appellent Argentina. Elle est située à un quart de lieue du Rhin, au milieu d’une grande campagne où elle reçoit les rivières d’Ill et de Brusche, à dix lieues ou environ de Brissac. La dernière après avoir rempli les fossés d’une partie de ses eaux, et nettoyé la ville de l’autre, sert en même temps à y apporter plusieurs denrées, principalement du bois flotté qui descend de la Haute Alsace.

Cette rivière fait la séparation de la vieille ville, par les anciens fossés qui lui servent de canal jusqu’à ce qu’elle se joigne à l’Ill, rivière qui est bien plus grosse et qui porte de grands bateaux qui remontent du Rhin et de Hollande, ou cette rivière arrose plusieurs villes de commerce, ce qui rend celle de Strasbourg fort marchande et fort peuplée.

On lui a donné le nom qu’elle porte à cause de sa situation dans un lieu de passage fort fréquenté. Ses habitants s’étant enrichis par leur commerce, s’affranchirent de la domination des Landgraves d’Alsace, et obtinrent de l’Empereur Frédéric II que la ville fut libre et Impériale. Elle passait pour une des mieux policées d’Allemagne, et des plus considérables du Banc du Rhin.

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Cette ville se trouvant souvent exposée aux pièges de la Maison d’Autriche, chercha à s’en garantir en faisant diverses alliances avec plusieurs États de l’Empire, et ce fut ce qui la porta principalement à changer de Religion vers le milieu du seizième siècle, après s’être liguée avec les Cantons de Zurich et de Berne, moyennant une somme d’argent qu’elle leur donna sous deux conditions ; l’une que ce fond serait employé à lever des troupes pour la défendre en cas de besoin ; et l’autre que quand l’alliance finirait, ils lui restitueraient cette somme ou ce qui en resterait.
Le cas est arrivé par la soumission de cette ville à l’obéissance du Roy Louis le Grand, qu’elle reconnut pour son Souverain Seigneur et Protecteur le 30 de Septembre 1681 en exécution des Traités de Westphalie confirmés par celui de Nimègue.

On en a depuis ce temps-là augmenté les fortifications avec tant de soin et de dépense ou on peut la regarder comme une Place imprenable qui a deux mille toises de longueur. La Citadelle qu’on y a bâtie dans la prairie qui est entre la ville et le Rhin est un Pentagone régulier, avec plusieurs ravelins et un ouvrage à corne couvert par un ouvrage couronné. Le Pont l’un des plus beaux de l'Europe, est gardé par plusieurs Forts dont celui de Kell est le principal.

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Alsacienne dans son costume traditionnel des années 1870 - gravure reproduite et restaurée par © Norbert Pousseur
Alsacienne dans son costume traditionnel des années 1870
gravure publiée dans la Géographie générale, physique, politique et économique
Louis Grégoire - 1877 - collection personnelle
elle porte autour du cou une cravatte enroulée, et sa jupe est celle de tout les jours
Son corsage est brodé
voir la page sur les costumes alsaciens, sur un autre de mes sites.


 

Pour zoom, Strasbourg et ses ponts en 1840 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur    Pour zoom, vue générale de Strasbourg en 1827 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur   Pour zoom, Panorama de Strasbourg vers 1720 - gravure d'Antoine Aveline reproduite par la BNF puis traitée numériquement par © Norbert Pousseur

Pour zoom, la cathédrale de Strasbourg vers 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur      Pour zoom, Strasbourg et ses ponts en 1840 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur       Pour zoom, l'intérieur de la cathédrale de Strasbourg vers 1850 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur     Pour zoom, La cathédrale de Strasbourg vers 1840 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur    Pour zoom, la rue Mercie à Strasbourg vers 1870 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

Pour zoom, Strasbourg vers 1700 - gravure reproduite par la BNF puis traitée numériquement par © Norbert Pousseur   Pour zoom,Strasbourg  en 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur   Pour zoom, Autre version de l'église St Thomas de Strasbourg  en 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur   Pour zoom, Strasbourg et ses nombreux pêcheurs vers 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

Pour zoom, lavoir sur pilotis à Strasbourg vers 1880 1840 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur      Pour zoom, Une rue de Strasbourg vers 1870 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur     Pour zoom, la rue Mercie à Strasbourg vers 1870 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

 

 

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