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La Jetée sud-est du Havre vers 1830, estampe couleur de Ambroise Louis Garneray.
Collection personnelle
Une autre version de cette gravure en ces pages, presque (mais pas) semblable au niveau des couleurs et du ciel
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Texte extrait du Dictionnaire de toutes les communes de France - éd. 1851 - Augustin Girault de Saint Fargeau
HAVRE (le)-, Gratiae Portas, Franciscopolis, grande, belle, riche ‘et forte ville maritime, Seine Inférieure (Normandie). Chef-lieu de sous-préfecture. Chef-lieu du 1er arrondissement et d’un canton. Tribunal de 1ère instance et de commerce ; Chambre et bourse de commerce. Chambres d’assurances. Consulats étrangers. École d’hydrographie de 1ère classe. Cure. Gîte d’étape. Relais de poste. Bureau de poste. Population 27,154 habitants. Autrefois diocèse, parlement et intendance de Rouen, élection de Montivilliers, vicomté, justice royale, gouvernement particulier, intendance de la marine, amirauté, manufacture et bureau du tabac, séminaire, couvents de capucins et d’ursulines. À 97 km O. de Rouen, 213 km. N.-O. de Paris. Latitude 49° 29' 14", longitude 2° 13' 27" O. L’arrondissement du Havre est composé de 9 cantons : Bolbec, Criquetot-L’Esneval, Fécamp, Goderville, le Havre, Ingouville, Lillebonne, Montivilliers, St-Romain.
Histoire brève du Havre Le Havre n’est pas une ville ancienne. Il n’en est pas même question avant le XVe siècle ; c’est à la ruine d’Harfleur qu’il a dû son origine. On voit qu’en 1450 deux tours qu’on y avait fait construire furent emportées de vive force sur les Anglais, qui venaient d’être chassés d’Harfleur. Les sables mouvants qui obstruent l’embouchure de la Seine ayant comblé le port de cette ancienne ville, on sentit de quelle importance il était d’en créer un nouveau qui offrît à la fois un refuge assuré aux vaisseaux de guerre et aux bâtiments de commerce, et qui commandât l’entrée d’un fleuve à la faveur duquel les Anglais avaient si souvent pénétré jusqu’au sein du royaume. Louis XII conçut le premier ce projet utile : il jeta les fondements du Havre en 1509, et s’occupa d’en augmenter les fortifications ; mais c’est à François Ier que cette ville est redevable des premiers développements de sa splendeur maritime. À l’avènement du monarque au trône, en 1515, le Havre n’était alors qu’une crique où les pêcheurs de la côte cherchaient un refuge dans les gros temps ; les jetées du port étaient encore fort courtes, et le sol était exposé à être souvent submergé, surtout à l’époque des grandes mers. Ce monarque, chargea Bonnivet de faire un rapport sur la position géographique du Havre, et d’exposer les avantages et les inconvénients d’une ville fortifiée à l’embouchure et sur la rive droite de la Seine, mission dont.il s’acquitta à la satisfaction du souverain. Guyon le Roi, seigneur du Chaillon, eut la charge de bâtir la nouvelle cité et de perfectionner le port ; il divisa la ville en trois grands quartiers, fit bâtir l’hôtel-de-ville, depuis l’hôtel de la sous-préfecture, et la tour dite de François Ier, qu’il plaça à l’entrée du port, et qui subsiste encore aujourd’hui. François Ier n’épargna aucun sacrifice pour engager les habitants des environs à venir se fixer dans cette nouvelle ville, qui sortait pour ainsi dire du sein des eaux, et qui ne paraissait pas devoir jouir de longtemps des bienfaits du commerce. Il accorda des exemptions de taille et de grands privilèges ; il abandonna à la ville naissante le revenu total des fermes publiques ; les nouveaux habitants eurent le franc-salé pour eux et leurs navires. Deux foires franches par an et deux marchés francs par semaine furent établis à perpétuité. Ce n’est pas sans d’immenses travaux que l’on est parvenu à disputer à la mer le sol d’alluvion sur lequel le Havre est assis ; plusieurs fois même ce redoutable élément faillit reprendre ce qu’il n’avait cédé qu’à regret aux efforts de l’homme. Dans la nuit du 15 janvier 1525, époque remarquable, parce que ce fut l’année où François Ier fut fait prisonnier à Pavie, la mer, poussée par des vents d’ouest avec une extrême violence, déborda avec tant de fureur, qu’elle couvrit entièrement la ville, engloutit la plus grande partie des habitants, renversa la plupart des maisons, et poussa vingt-huit bateaux pêcheurs jusque dans les fossés du château de Graville. Ce funeste événement fut appelé la mâle marée. Depuis ce temps la ville a été élevée de 2 m. Le 30 décembre 1705, une tempête fit des ravages terribles dans le port du Havre. La violence de la mer emporta la moitié de la jetée, qui était de bois et avançait fort avant dans la nier, ainsi qu’une batterie qui la terminait à son extrémité. L’entrée du port fut presque toute comblée par des galets. Les barques des lamaneurs furent jetées par les vagues sur la place d’armes. Le long du quai, aucune des amarres des navires ne résista à tant d’impétuosité ; ils furent tous enlevés vers la grande barre, beaucoup même furent perdus.
En 1718 la mer fit encore sentir au Havre la terreur de son voisinage ; elle s’enfla tellement par la violence d’une tempête, qu’elle ne perçut pas la moindre marque de reflux. Un coup de vent, connu sous le nom de vent de St-Félix, emporta un canon de 36 avec son affût. La tempète de 1785, connue sous le nom de coup de vent de St-François, y causa aussi beaucoup de désastres. Enfin, en septembre 1749, un fort coup de vent y coula à fond deux navires. Le premier de ces désastres, qui devait anéantir les espérances du fondateur, fut assez promptement réparé ; le Havre se rétablit, son port fut désigné pour la construction des vaisseaux destinés à une expédition contre l’Angleterre, et bientôt cette puissance ne vit pas sans alarmes sortir des rades du Havre, en 1544, une flotte considérable qui la contraignit à la paix. Henri II succéda à François Ier en 1547. À son avènement au trône, le Havre commençait à avoir l’apparence d’une ville fortifiée ; ses remparts étaient soutenus par d’assez fortes murailles ; trois portes donnaient entrée dans son enceinte. On y remarquait deux places publiques assez vastes et trois fontaines abondantes. Les remparts du nord, plantés d’arbres, servaient de promenades, et le port était rempli de bateaux pêcheurs et de vaisseaux de la marine royale. Le Havre enfin présentait un aspect animé. Cependant son commerce était presque nul, et cette place n’acquit une véritable importance qu’à l’époque où le prince de Condé, traître à son devoir et à son pays, le livra à la reine d’Angleterre, qui en fit prendre possession en son nom. On sentit de quel intérêt il était pour la France de ne pas laisser entre les mains de l’étranger une place qui le rendait maître du cours de la Seine ; aussi le Havre fut-il repris en 1563. Warwick, qui était enfermé dans la place avec six mille hommes de troupes choisies, capitula après la plus honorable résistance. Pour conserver les titres de leur occupation, les Anglais enlevèrent, en se retirant, les actes notariés qui se trouvaient au Havre. Ils sont déposés à la tour de Londres, où les habitants du Havre sont obligés d’aller les consulter lorsque leur intérêt l’exige. Appelé à être une des clefs de la France, le Havre vit augmenter ses fortifications ; on y construisit une citadelle qui fut rasée sous Louis XIII, pour être rebâtie sur un plan nouveau d’après les ordres du cardinal de Richelieu, qui s’en fit nommer gouverneur. Ce fut dans cette citadelle que Mazarin, successeur de Richelieu au ministère, fit enfermer les princes de Condé, de Conti et de Longueville, coupables d’avoir formé des projets contraires aux intérêts de l’état. Ce fut au Havre que furent armées, en 1682, les premières galiotes à bombes qui aient été mises à la mer, celles-là mêmes qui réduisirent Alger en cendres sous les ordres de Duquesne. La mort de Colbert, qui survint l’année suivante, fut une perte pour le Havre, que ce ministre avait doté d’établissements utiles et dont il avait agrandi le commerce. Trois ans après cet événement, la révocation de l’édit de Nantes vint affliger plus vivement encore la prospérité de cette ville, qui renfermait un grand nombre de protestants, presque tous livrés aux spéculations commerciales ou industrielles. Le 25 juillet 1694, la flotte de Guillaume III, Roi d’Angleterre, qui avait brûlé Dieppe, vint mouiller devant le Havre, qu’elle bombarda ; sept maisons furent consumées durant ce siège, et toute la ville aurait peut-être été écrasée sous les bombes de l’ennemi, si la flamme d’une grande quantité de matières combustibles, transportées par prudence au-delà des murs, et auxquelles le feu fut mis à l’entrée de la nuit, n’eût trompé les Anglais, dont toutes les batteries furent dirigées sur ce point jusqu’au moment où la marée les força de quitter leur position, et, le jour naissant, de reconnaître leur erreur. Les armes du Havre sont : d’azur à la salamandre couronnée d’or ; au chef d’azur chargé de trois fleurs de lis d’or,
Description du Havre en 1860 Depuis son origine, le Havre a subi plusieurs changements ; il fut d’abord composé de deux quartiers partagés, dans la direction du nord au sud, par l’arrière-port et le bassin du roi, le seul qu’il y eût alors. On nommait le plus grand Notre-Dame, et le plus petit St-François, par allusion aux églises qu’ils renfermaient. Sa forme était à peu près celle d’un carré long : la tour de François Ier et celle de Vidame, élevées à l’entrée du port, en défendaient l’approche ; la citadelle dont nous avons parlé protégeait la ville du côté de la Seine. Sous Louis XVI, l’enceinte de la ville fut augmentée d’une superficie presque aussi considérable que l’ancienne, et dans une situation qui lui est parallèle ; une partie des fortifications et la porte dite d’Ingouville furent démolies, et la citadelle fut remplacée par un quartier militaire. Le Havre est maintenant entouré d’un triple fossé arrosé d’eau de mer, qu’on y introduit au moyen d’écluses. Les remparts extérieurs sont soutenus par des rangs de pieux ; celui intérieur est appuyé de fortes murailles. Ce dernier est surmonté d’un parapet et orné de superbes allées d’arbres. On entre dans la ville par cinq portes à pont-levis ; la plus remarquable est la porte Royale, construite en arc de triomphe. L’ancienne ville n’était jadis composée que de maisons de bois, désagréables à la vue ; mais peu à peu elles disparaissent pour faire place à d’autres construites en briques ou en pierres. On y a bâti de fort beaux hôtels, qui réunissent, aux recherches du luxe, des emménagements propres aux plus vastes spéculations commerciales. Le quartier de la nouvelle enceinte, quoique n’étant pas entièrement bâti, présente néanmoins un aspect très régulier ; plusieurs maisons d’un fort bon goût s’y remarquent çà et là. Les rues qui le traversent sont ce qu’on peut imaginer de plus propre à en rendre le séjour salubre ; elles sont larges, et leurs ouvertures tellement disposées, que les vente dés principales régions peuvent dissiper les exhalaisons qui s’élèvent fréquemment des endroits populeux. Le Havre est agréablement situé au bord de l'Océan, à l’embouchure et sur la rive droite de la Seine, dans une plaine fertile occupée avant le XVe siècle par des marais salants, et que l’eau de la mer a dû couvrir entièrement à une époque peu reculée.
Le port du Havre Le port du Havre est le plus accessible de la France. Son étroite entrée formée par deux longues jetées qui s’étendent de l’est à l’ouest, est pratiquée entre deux bancs de sable et de galets, que l’on est obligé de déblayer sans cesse pour conserver à ce port la seule issue qu’il offre aux navires. La hauteur de l’eau à la pleine mer varie dans le chenal à chaque marée en raison de l’élévation de ces marées, Dans les plus grandes mers, elle est de 6 m 66 cm, et de 3 m 33 cm dans les petites mortes eaux. Le Havre compte quatre bassins à flot : le bassin de la Barre, commencé en 1800, et terminé en 1818 ; le bassin du Commerce ou d’Ingouville, terminé en 1818 ; le bassin du Roi ou le vieux bassin, creusé il y a plus d'un siècle, et reconstruit ou réparé à plusieurs époques ; le bassin de Vauban, construit il y a quelques années, et non encore achevé. Le vieux bassin, le plus petit des quatre, et le bassin de la Barre, dont les portes s’ouvrent sur l'avant-port, sont liés entre eux par le bassin intérieur d’Ingouville, qui partage la basse ville en deux parties. À 10 km de l’entrée du port du Havre est établi, sur la même rive droite de la Seine, à l’entrée de la petite rivière de Harfleur, un lazaret, où sont envoyés en grande quarantaine les navires venant des lieux actuellement affectés de maladies pestilentielles, ou qui ont des malades suspects à bord. Ce lieu, qui n’a d’autre protection que celle des maisons rases de l’infirmerie, des magasins et de la chapelle, est d’un très mauvais mouillage. Il y a deux rades au Havre : l’une, appelée Petite-Rade, n’est éloignée que d’une demi-portée de canon du rivage ; l’autre, qu’on nomme la Grande-Rade, est à plus de 8 km en mer. Elles ont toutes deux le défaut des rades foraines. Dans les grains et coups de vent du sud-ouest au nord-ouest, les navires qui sont à l’ancre souffrent beaucoup ; mais la tenue du fond est excellente, et avec de bons câbles on y peut essuyer sans danger les plus rudes tempêtes. Trois postes de signaux télégraphiques sont établis au Havre et sur les hauteurs environnantes : le premier est placé au Havre, sur la tour de François Ier ; le second à Bléville, et le troisième au cap la Hève. Des affiches, posées le matin, à midi et à deux heures, font connaître les navires reconnus en mer. Les environs du Havre ont, du côté du nord, un aspect riant et pittoresque, soit que le spectacle qu’ils présentent prenne son charme des beautés agrestes d’une végétation dans toute sa force, soit qu’il les reçoive des imposantes scènes que lui prête l’Océan.
Les monuments remarquables du Havre La tour de François Ier, solidement construite en pierres calcaires, et dont la hauteur est de 21 m et le diamètre de 26, se termine par un parapet découpé de 12 embrasures ; la plate-forme qui masque ce parapet supporte aujourd’hui un télégraphe marin, qui correspond avec celui de la Hève, à 8 km au nord du Havre, et qui transmet aux bâtiments de la rade les signaux du port. Vis-à-vis de cette même tour, de l’autre côté du port, on voyait autrefois une petite tour, appelée la tour Vidame, qui servit longtemps de phare. Cette construction, qui gênait la navigation du port, ne subsiste plus depuis près de quarante ans. C’était à ces deux tours qu’on attachait la chaîne qui fermait le port. L’ancien hôtel de ville, bâtiment de mauvais goût, construit au XVIème siècle par le seigneur du Chaillon, le même qui éleva la tour de François Ier. Devant cet édifice se trouve une cour d’honneur, sous laquelle est une immense citerne destinée à garder l’eau en cas de siège, si l’ennemi se rendait maître des canaux qui alimentent les fontaines de la ville. L’hôtel de ville du Havre était le palais des anciens gouverneurs ; il est remarquable par l’admirable vue dont on jouit du balcon de sa façade extérieure, d’où l’œil découvre toute la Hève, toute la rade et l’embouchure de la Seine. L’église Notre-Dame, fondée vers l’an 1540. Jusqu’alors le seul temple qui existât au Havre était à peine couvert de chaume, et d’ailleurs exposé de telle sorte aux inondations périodiques de la mer, qu’on était obligé de régler l’heure de l’office sur celle des marées. « Et aussi, rapporte un vieux chroniqueur, avant qu’on eut pris ce soin, force était à l’officiant de monter sur une escabelle pour célébrer la sainte messe, et à ceux des fidèles qui avaient des chevaux de se tenir dans les arçons, en dehors du portail, comme aux plus pauvres de demeurer baignés jusqu’aux genoux, tant que la mer gardait son plein. » Ce ne fut guère que vers la fin du XVIe siècle que l’église de Notre-Dame fut achevée. Son clocher, bâti en pierres de taille, et placé au sud du vaisseau, parut d’abord destiné à devenir plutôt une tour de guerre que le beffroi d’un saint lieu. Deux coulevrines étaient placées sur la plate-forme, qui supportait aussi un phare ; cette plate-forme avait alors une élévation presque double de la hauteur actuelle du clocher. Telle qu’elle est aujourd’hui, l’église de Notre-Dame est bâtie en forme de croix, dans le style de l’architecture florentine ou de la Renaissance, mélange bizarre, de l’antique et du gothique. La longueur du vaisseau est de 80 m ; sa voûte est soutenue par 24 arcades en plein cintre, entre les développements desquelles pendaient autrefois des culs-de-lampe maintenant abattus. L’église St-François, commencée en 1553, sous Françojs Ier, et terminée en 1681. La salle de spectacle construite en 1817, incendiée en 1843 et réédifiée en 1844. On remarque encore au Havre la citadelle, Ou plutôt le quartier militaire, renfermant l’arsenal, dont les salles, d’une beauté remarquable, peuvent contenir 25,000 fusils ; le logement du gouverneur, des magasins et 8 corps de caserne, tous bâtis sur un plan uniforme, entourent la place d’armes, qui présente un carré parfait et est ornée de belles fontaines ; l’arsenal de la marine, édifice construit en 1669 ; la manufacture royale des tabacs ; l’entrepôt général ; la bourse ; la douane ; la bibliothèque publique, contenant 15,000 volumes ; la maison où naquit Bernardin de St-Pierre, simple et vieil édifice situé rue de la Corderie, n° 19.
Industrie et Commerce Industrie. Fabriques d’acide vitriolique dont les produits sont évalués à 150,000 fr. ; de faïence, dentelles, amidon, papiers, huiles pour la peinture et à brûler. Raffineries de sucre ; taillanderies. Nombreuses tuileries et briqueteries qui, emploient 238 ouvriers, et dont les produits, évalués à 180,000 fr., sont exportés aux colonies. Faïencerie, qui donne pour 40,000 francs de produits. Brasseries, Corderies de la marine et du commerce. Construction de navires renommés pour leur beauté et leur solidité. Armement pour la pêche du hareng, de la morue et de la baleine. Manufacture royale des tabacs, qui fait travailler plus de 300 ouvriers. Commerce considérable d’importation et d’exportation avec tous les pays maritimes du globe : plus de 1,100 navires fréquentent annuellement le port du Havre.
Biographie. Le Havre est la patrie de :
Bibliographie.
Article extrait du Dictionnaire universel géographique et historique - Thomas Corneille - 1708 HAVRE DE GRACE. Ville de Normandie dans le pays de Caux, avec un bon Port de mer, en Latin Portus Gratia. Cette ville considérable par la beauté de quantité d’édifices doit son commencement au Roy Louis XII qui en jeta les fondements en 1509. François Ier la fit fortifier afin d’en faire un rempart contre les Anglais qui désolaient les Pécheurs, et on y bâtit par son ordre une très grosse Tour de guerre qui subsiste encore, et qui a un Commandant particulier avec Brevet de Sa Majesté ; on y entretient garnison. La ville est composée d’environ quarante rues toutes pavées, et dont plusieurs sont larges et spacieuses, et tirées à la ligne. Il y en a six qui la traversent depuis les Boulevards de la Porte à Ingouville jusques au Port. Ses belles fontaines distribuées dans tous les quartiers et les Carrefours, y sont d’un grand ornement. On remarque entr’autres celle de la grande Place où se terminent quatre grandes rues. Sur cette fontaine qui jette l’eau par quatre côtés, ainsi que celle de la Place du Marché et de Saint François, est élevée une figure pédestre du Roy, représentée en pierre bronzée, et vêtue à la Romaine.
La ville du Havre a trois portes, et à peu près vingt-quatre mille habitants. Outre un Intendant de Marine, il y a un Commissaire, un Contrôleur, un Capitaine, un Lieutenant de Port et quantité d’Officiers de Département pour les Vaisseaux du Roy, des écoles pour la Marine, pour les Mathématiques et pour l’exercice du canon, et un Collège pour les humanités. Il y a aussi Bailliage, Vicomté, Amirauté, Grenier à Sel, un Lieutenant de Police, un Maire, quatre Échevins, une Compagnie privilégiée, et quatre Compagnies de Bourgeois avec leurs Officiers. Les églises de Notre-Dame et de saint François, et les monastères des Capucins et des Ursulines, sont dans l’enceinte de ses murailles ; mais la Paroisse de S. Michel, le Convent des Pénitents, l’Hôpital Général, et la Chapelle de saint Roch avec les Maisons des Pestiférés sont dans le faubourg au-delà du marais du côté du Nord, et au pied de la côte. Les Chapelles de la Citadelle, et de l’Arsenal sont desservies par les Capucins qui ont aussi un petit Hospice du titre de Notre-Dame des Neiges derrière la Citadelle, au-delà des Thuileries. M. le Prince de Conty, comme Marquis de Grasville, présente à la Cure de saint Michel d’Ingouville, faubourg du Havre, dont dépendent les églises de Notre-Dame et de saint François dans la ville ; de sorte que le curé de cette première église gouverne toutes les trois, exerçant ses fonctions curiales dans celle de Notre-Dame, et mettant des Vicaires pour desservir les deux autres avec un Clergé convenable. La ville est couverte d’un côté par la Citadelle, dont elle est séparée par un double fosse à fond de cuve rempli d'eau ; de l'autre côté, bordée de la Seine, et divisée de son faubourg par une longue chaussée, aux deux côtés de laquelle on peut inonder tous les marais par le moyen des écluses. Le canon de la grosse Tour terrassée accompagnée d’une grande Plateforme, défend les jetées du canal d'entrée de la mer, et la petite rade. Le gros canon de ses Bastions et de ses Boulevards plantés d'arbres, et défendus par des demi-Lunes et des Ravelins, fraisés et palissadés, peut foudroyer tout ce qui sort du Faubourg, pour entrer dans la ville. C’est tout le long de la plus grande Place que ce Port a son étendue. II n’est séparé du canal de la Seine, que par une basse muraille terrassée. Le Quay est aussi terrassé de pierres de taille, et assez large, pavé et bordé de maisons. Le reflux de la mer, qu’on appelle la Marée, entre tous les jours deux fois dans ce Port, ou elle apporte jusqu'à dix-huit pieds d’eau quand elle est forte. En passant sur le Pont qui sépare le Port Marchand d’avec le Bassin du Roy, et le quartier de Notre-Dame de celui de saint François, on voit ce Bassin, dans lequel on entre par quatre grandes portes. Il est clos partout de murailles, excepté du côté du Pont qu’il est fermé par un treillis de fer porté sur un mur d'appui, afin que ceux qui passent de ce côté-là puissent avoir le plaisir de voir les vaisseaux. À droite et à gauche sur les Quais de ce Bassin, on voit quantité de canons et d’ancres, comme en magasin, les mats, les agreils (agrès ?) et autres pièces de vaisseaux désarmés. Au bout de ce bassin il y a un grand espace de terrain, qu’on nomme le chantier, dans lequel on peut en même temps tirer trois vaisseaux de soixante à quatre-vingts canons ; mais quand ces grands vaisseaux bâtis au Havre en sont une fois sortis, ils n’y rentrent plus, et sont du Département de quelqu’un des plus grands Ports de France, comme de Brest, de Port-Louis, de Toulon et de Rochefort. L’Arsenal pour la Marine est toujours en état de fournir tout ce qui est nécessaire pour l’armement et l’équipement des vaisseaux du Département du Havre. Cet Arsenal consiste en une cour de bâtiments. Dans le bas sont la Chapelle, la sainte Barbe où l’on tient l’école pour le canon, différents Bureaux pour les Officiers, et des salles où l’on conserve les désarmements des vaisseaux. Au-dessus des appartements bas on tient la Juridiction de l’Amirauté, l’école de la Marine, et celle des Mathématiques. Dans d’autres salles sont les Magasins pour les armes. La Corderie du Roy où l’on fait les cordages pour les vaisseaux de guerre est une longue galerie construite le long de la muraille de la ville du côté de la mer. Sa longueur est de plus de cent vingt-quatre toises. Elle est couverte et fermée de toutes parts, et a ses cours et ses Magasins particuliers où l’on conserve les cordages. On y entre par trois grandes portes, donc celle qui est au bout paraît comme le portail d'une église. Lorsque l’on sort du bassin par les portes de fer qui sont aux côtés du Pont, on entre sur la paroisse de saint François. Ce quartier est entouré d'eau, et composé d’une vingtaine de rues tirées à la ligne, et dressées par compartiments comme les planches d'un parterre à fleurs. La plus spacieuse de ces rues est celle qu’il faut prendre pour aller à la Citadelle.
Cette Citadelle est très forte, et des plus régulières qu'on puisse voir. Elle a quatre Bastions Royaux, bâtis de brique a chaînes de pierres de taille. Ses larges fossés à fond de cuve, remplis d’eau, sont revêtus de pierre et de brique, aussi bien que toutes les demi-Lunes, et autres ouvrages de ses dehors. Il y a dans son enceinte cinq ou six Magasins considérables remplis de toutes sortes de munitions. Les eaux de fontaine y sont très abondantes, et l’on y conserve dans plusieurs citernes les eaux de pluies par précaution. Sa grande Place d’armes et ses Boulevards sont plantés d’arbres qui forment de belles allées pour la promenade, et l'on découvre de dessus ses Bastions quantité d’objets qui forment des vues charmantes, tant sur le Port et la mer que sur la côte. La grande Jetée ou Môle qui a cent soixante toises de longueur, vingt-quatre à trente pieds de hauteur sur neufs ou environ de largeur entre les deux parapets, est très solidement bâtie de grosses pièces de bois enclavées dans de fortes coulisses arrêtées sur des pilotis. Elle est remplie de gros galets ou cailloux, et fermée par-dessus en manière de coiffe. Au bout de cette Jetée qu’on doit encore prolonger de quatre-vingts toises, est une Tour de bois et une batterie de douze gros canons, pour défendre les approches de la ville, et les bords de la mer et de la Seine qui sont aussi garnis de batteries de canon et de mortiers à bombes. On a commencé une autre grande jetée de pierre pour soutenir les eaux du canal d’entrée, Le commerce du Havre consiste principalement dans la Navigation et dans la Manufacture des dentelles de fil qui sont fort recherchées. Ses habitants très habiles et très expérimentés sur mer, montent des vaisseaux pour aller négocier dans toutes les parties du monde. Plusieurs Compagnies de Commerce ont été établies en cette ville. Celles d’Afrique, du Sénégal, de Guinée, des Isles Françaises et plusieurs autres y ont leur département en temps de paix ; mais la Navigation la plus commune est celle de Terre-Neuve où l’on va pécher des Morues dans une cinquantaine de vaisseaux, de deux, de trois et de quatre cens tonneaux bâtis, et destinés uniquement pour cet usage. Le Roy, pour donner un rang distingué à la ville du Havre, en a fait un Gouvernement en Chef, qui comprend la partie Occidentale du pays de Caux dans la haute Normandie ; savoir, la Ville et la Citadelle du Havre Chef de Caux; la ville et le château de Fécamp; la Ville d'Harfleur ; la Ville et Vicomté de Montivilliers ; les Châteaux du Bec Crépin, de l’Orcher, de Tancarville, et autres. Ce Gouvernement qui s’étend plus de huit lieues à la côte de Caux, et sept à huit à la côte de Seine jusque dans les environs de Lillebonne, a de circuit près de trente lieues, et est mis au nombre des Gouvernements de Province. Le Havre de Grâce a été la patrie de Monsieur et de Mademoiselle de Scudéry qui se sont acquis l’un et l’autre une grande réputation par leurs ouvrages. Georges de Scudéry, Gouverneur de Notre-Dame de la Garde, a été un des premiers qui ait travaillé pour le Théâtre, dans le temps que les pièces d’Alexandre Hardy avaient encore quelque cours. Il en a fait imprimer seize, et comme elles n'ont point été mises en recueil, ceux qui les voudront avoir, les doivent chercher sous ces titres, Ligdamon, le Trompeur puni, le Vassal généreux, la Comédie des Comédiens, Orante, le fils supposé, le Prince déguisé, la mort de César, Didon, l’Amant libéral, l’Amour tyrannique, Eudoxe, l’illustre Bassa, Andromire, Axiane et Arminius, Nous avons de lui plusieurs autres Ouvrages tant en Vers qu’en Prose, et parmi ceux-là un Poème Épique, intitulé Amalazonte et l’illustre Bassa, roman en quatre volumes. Magdelaine de Scudéry sa sœur, à qui la beauté de son esprit a fait mériter le nom de Sapho, s’est fait admirer de tout le monde par la composition de deux Romans, le Grand Cyrus et Clélie, qui rendront sa gloire immortelle. On y lit avec un plaisir extrême diverses conversations remplies de la plus fine morale. Elle est morte au commencement de ce Siècle, âgée de 94 ans.
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