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Les villes à travers les documents anciens

Le Havre descriptions de 1708 à 1851



Pour zoom : La Jetée sud-est du Havre vers 1830, par Ambroise Louis Garneray - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
La Jetée sud-est du Havre vers 1830, estampe couleur de Ambroise Louis Garneray.
Collection personnelle
Une autre version de cette gravure en ces pages, presque (mais pas) semblable au niveau des couleurs et du ciel

 

Voir et lire aussi

Le Havre à travers ses gravures et estampes

Le Havre vers 1860 par William Duckett

L'histoire du Havre jusqu'en 1850 par Auguste Billiard

Le département de la Seine Maritime (ex Inférieure) en 1883

 

Texte extrait du Dictionnaire de toutes les communes de France - éd. 1851 - Augustin Girault de Saint Fargeau
(collection personnelle).

 

HAVRE (le)-, Gratiae Portas, Franciscopolis, grande, belle, riche ‘et forte ville maritime, Seine Inférieure (Normandie). Chef-lieu de sous-préfecture. Chef-lieu du 1er arrondissement et d’un canton. Tribunal de 1ère instance et de commerce ; Chambre et bourse de commerce. Chambres d’assurances. Consulats étrangers. École d’hydrographie de 1ère classe. Cure. Gîte d’étape. Relais de poste. Bureau de poste. Population 27,154 habitants.
Terrain crétacé inférieur, grès vert.
Établissement de la marée, 9 heures 30 minutes. Feu de la pointe du Hode, à 9 m 25 cm en amont de l’entrée du Havre, de 6 km de portée. Feu de la pointe du Hoc, à 3 m en amont de l’entrée du Havre ; hauteur, 8 m ; portée, 8 km.

Autrefois diocèse, parlement et intendance de Rouen, élection de Montivilliers, vicomté, justice royale, gouvernement particulier, intendance de la marine, amirauté, manufacture et bureau du tabac, séminaire, couvents de capucins et d’ursulines.

À 97 km O. de Rouen, 213 km. N.-O. de Paris. Latitude 49° 29' 14", longitude 2° 13' 27" O.

L’arrondissement du Havre est composé de 9 cantons : Bolbec, Criquetot-L’Esneval, Fécamp, Goderville, le Havre, Ingouville, Lillebonne, Montivilliers, St-Romain.

Quais du port du Havre vers 1850, par J.M.W. Turner  - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Quais du port du Havre vers 1850, gravure de J.M.W. Turner
(in River scenery of France - Williem Turner - 1853 )
Collection personnelle

 

Histoire brève du Havre

Le Havre n’est pas une ville ancienne. Il n’en est pas même question avant le XVe siècle ; c’est à la ruine d’Harfleur qu’il a dû son origine. On voit qu’en 1450 deux tours qu’on y avait fait construire furent emportées de vive force sur les Anglais, qui venaient d’être chassés d’Harfleur. Les sables mouvants qui obstruent l’embouchure de la Seine ayant comblé le port de cette ancienne ville, on sentit de quelle importance il était d’en créer un nouveau qui offrît à la fois un refuge assuré aux vaisseaux de guerre et aux bâtiments de commerce, et qui commandât l’entrée d’un fleuve à la faveur duquel les Anglais avaient si souvent pénétré jusqu’au sein du royaume. Louis XII conçut le premier ce projet utile : il jeta les fondements du Havre en 1509, et s’occupa d’en augmenter les fortifications ; mais c’est à François Ier que cette ville est redevable des premiers développements de sa splendeur maritime.

À l’avènement du monarque au trône, en 1515, le Havre n’était alors qu’une crique où les pêcheurs de la côte cherchaient un refuge dans les gros temps ; les jetées du port étaient encore fort courtes, et le sol était exposé à être souvent submergé, surtout à l’époque des grandes mers. Ce monarque, chargea Bonnivet de faire un rapport sur la position géographique du Havre, et d’exposer les avantages et les inconvénients d’une ville fortifiée à l’embouchure et sur la rive droite de la Seine, mission dont.il s’acquitta à la satisfaction du souverain. Guyon le Roi, seigneur du Chaillon, eut la charge de bâtir la nouvelle cité et de perfectionner le port ; il divisa la ville en trois grands quartiers, fit bâtir l’hôtel-de-ville, depuis l’hôtel de la sous-préfecture, et la tour dite de François Ier, qu’il plaça à l’entrée du port, et qui subsiste encore aujourd’hui.

François Ier n’épargna aucun sacrifice pour engager les habitants des environs à venir se fixer dans cette nouvelle ville, qui sortait pour ainsi dire du sein des eaux, et qui ne paraissait pas devoir jouir de longtemps des bienfaits du commerce. Il accorda des exemptions de taille et de grands privilèges ; il abandonna à la ville naissante le revenu total des fermes publiques ; les nouveaux habitants eurent le franc-salé pour eux et leurs navires. Deux foires franches par an et deux marchés francs par semaine furent établis à perpétuité.

Ce n’est pas sans d’immenses travaux que l’on est parvenu à disputer à la mer le sol d’alluvion sur lequel le Havre est assis ; plusieurs fois même ce redoutable élément faillit reprendre ce qu’il n’avait cédé qu’à regret aux efforts de l’homme. Dans la nuit du 15 janvier 1525, époque remarquable, parce que ce fut l’année où François Ier fut fait prisonnier à Pavie, la mer, poussée par des vents d’ouest avec une extrême violence, déborda avec tant de fureur, qu’elle couvrit entièrement la ville, engloutit la plus grande partie des habitants, renversa la plupart des maisons, et poussa vingt-huit bateaux pêcheurs jusque dans les fossés du château de Graville. Ce funeste événement fut appelé la mâle marée. Depuis ce temps la ville a été élevée de 2 m. Le 30 décembre 1705, une tempête fit des ravages terribles dans le port du Havre. La violence de la mer emporta la moitié de la jetée, qui était de bois et avançait fort avant dans la nier, ainsi qu’une batterie qui la terminait à son extrémité. L’entrée du port fut presque toute comblée par des galets. Les barques des lamaneurs furent jetées par les vagues sur la place d’armes. Le long du quai, aucune des amarres des navires ne résista à tant d’impétuosité ; ils furent tous enlevés vers la grande barre, beaucoup même furent perdus.

 

Navire Francis Depau sur mer démontée au port du Havre en 1836 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Navire Francis Depau, sur mer démontée, drossé sur la jetée du Havre en 1836, gravure de Jugelet
La France maritime - Jules Lecomte - 1837
Collection personnelle

En 1718 la mer fit encore sentir au Havre la terreur de son voisinage ; elle s’enfla tellement par la violence d’une tempête, qu’elle ne perçut pas la moindre marque de reflux. Un coup de vent, connu sous le nom de vent de St-Félix, emporta un canon de 36 avec son affût. La tempète de 1785, connue sous le nom de coup de vent de St-François, y causa aussi beaucoup de désastres. Enfin, en septembre 1749, un fort coup de vent y coula à fond deux navires.

Le premier de ces désastres, qui devait anéantir les espérances du fondateur, fut assez promptement réparé ; le Havre se rétablit, son port fut désigné pour la construction des vaisseaux destinés à une expédition contre l’Angleterre, et bientôt cette puissance ne vit pas sans alarmes sortir des rades du Havre, en 1544, une flotte considérable qui la contraignit à la paix.

Henri II succéda à François Ier en 1547. À son avènement au trône, le Havre commençait à avoir l’apparence d’une ville fortifiée ; ses remparts étaient soutenus par d’assez fortes murailles ; trois portes donnaient entrée dans son enceinte. On y remarquait deux places publiques assez vastes et trois fontaines abondantes. Les remparts du nord, plantés d’arbres, servaient de promenades, et le port était rempli de bateaux pêcheurs et de vaisseaux de la marine royale. Le Havre enfin présentait un aspect animé. Cependant son commerce était presque nul, et cette place n’acquit une véritable importance qu’à l’époque où le prince de Condé, traître à son devoir et à son pays, le livra à la reine d’Angleterre, qui en fit prendre possession en son nom. On sentit de quel intérêt il était pour la France de ne pas laisser entre les mains de l’étranger une place qui le rendait maître du cours de la Seine ; aussi le Havre fut-il repris en 1563. Warwick, qui était enfermé dans la place avec six mille hommes de troupes choisies, capitula après la plus honorable résistance. Pour conserver les titres de leur occupation, les Anglais enlevèrent, en se retirant, les actes notariés qui se trouvaient au Havre. Ils sont déposés à la tour de Londres, où les habitants du Havre sont obligés d’aller les consulter lorsque leur intérêt l’exige.

Appelé à être une des clefs de la France, le Havre vit augmenter ses fortifications ; on y construisit une citadelle qui fut rasée sous Louis XIII, pour être rebâtie sur un plan nouveau d’après les ordres du cardinal de Richelieu, qui s’en fit nommer gouverneur. Ce fut dans cette citadelle que Mazarin, successeur de Richelieu au ministère, fit enfermer les princes de Condé, de Conti et de Longueville, coupables d’avoir formé des projets contraires aux intérêts de l’état.

Ce fut au Havre que furent armées, en 1682, les premières galiotes à bombes qui aient été mises à la mer, celles-là mêmes qui réduisirent Alger en cendres sous les ordres de Duquesne. La mort de Colbert, qui survint l’année suivante, fut une perte pour le Havre, que ce ministre avait doté d’établissements utiles et dont il avait agrandi le commerce. Trois ans après cet événement, la révocation de l’édit de Nantes vint affliger plus vivement encore la prospérité de cette ville, qui renfermait un grand nombre de protestants, presque tous livrés aux spéculations commerciales ou industrielles.

Le 25 juillet 1694, la flotte de Guillaume III, Roi d’Angleterre, qui avait brûlé Dieppe, vint mouiller devant le Havre, qu’elle bombarda ; sept maisons furent consumées durant ce siège, et toute la ville aurait peut-être été écrasée sous les bombes de l’ennemi, si la flamme d’une grande quantité de matières combustibles, transportées par prudence au-delà des murs, et auxquelles le feu fut mis à l’entrée de la nuit, n’eût trompé les Anglais, dont toutes les batteries furent dirigées sur ce point jusqu’au moment où la marée les força de quitter leur position, et, le jour naissant, de reconnaître leur erreur.

Les armes du Havre sont : d’azur à la salamandre couronnée d’or ; au chef d’azur chargé de trois fleurs de lis d’or,
Alias : au navire d’azur aux voiles déployées d’argent.
Alias : de gueules à une salamandre d’argent couronnée d’or sur un brasier de même, et accompagnée de trois fleurs de lis d’or, deux en chef et une en pointe.

 

Description du Havre en 1860

Depuis son origine, le Havre a subi plusieurs changements ; il fut d’abord composé de deux quartiers partagés, dans la direction du nord au sud, par l’arrière-port et le bassin du roi, le seul qu’il y eût alors. On nommait le plus grand Notre-Dame, et le plus petit St-François, par allusion aux églises qu’ils renfermaient. Sa forme était à peu près celle d’un carré long : la tour de François Ier et celle de Vidame, élevées à l’entrée du port, en défendaient l’approche ; la citadelle dont nous avons parlé protégeait la ville du côté de la Seine. Sous Louis XVI, l’enceinte de la ville fut augmentée d’une superficie presque aussi considérable que l’ancienne, et dans une situation qui lui est parallèle ; une partie des fortifications et la porte dite d’Ingouville furent démolies, et la citadelle fut remplacée par un quartier militaire.

Le Havre est maintenant entouré d’un triple fossé arrosé d’eau de mer, qu’on y introduit au moyen d’écluses. Les remparts extérieurs sont soutenus par des rangs de pieux ; celui intérieur est appuyé de fortes murailles. Ce dernier est surmonté d’un parapet et orné de superbes allées d’arbres. On entre dans la ville par cinq portes à pont-levis ; la plus remarquable est la porte Royale, construite en arc de triomphe. L’ancienne ville n’était jadis composée que de maisons de bois, désagréables à la vue ; mais peu à peu elles disparaissent pour faire place à d’autres construites en briques ou en pierres. On y a bâti de fort beaux hôtels, qui réunissent, aux recherches du luxe, des emménagements propres aux plus vastes spéculations commerciales. Le quartier de la nouvelle enceinte, quoique n’étant pas entièrement bâti, présente néanmoins un aspect très régulier ; plusieurs maisons d’un fort bon goût s’y remarquent çà et là. Les rues qui le traversent sont ce qu’on peut imaginer de plus propre à en rendre le séjour salubre ; elles sont larges, et leurs ouvertures tellement disposées, que les vente dés principales régions peuvent dissiper les exhalaisons qui s’élèvent fréquemment des endroits populeux.

Le Havre est agréablement situé au bord de l'Océan, à l’embouchure et sur la rive droite de la Seine, dans une plaine fertile occupée avant le XVe siècle par des marais salants, et que l’eau de la mer a dû couvrir entièrement à une époque peu reculée.

 

Les quais du port du Havre vers 1850 sous le soleil voilé, parJ.M.W. Turner - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Les quais du port du Havre vers 1850 sous le soleil voilé, gravure de J.M.W. Turner
(in River scenery of France - Williem Turner - 1853 )
Collection personnelle

 

Le port du Havre

Le port du Havre est le plus accessible de la France. Son étroite entrée formée par deux longues jetées qui s’étendent de l’est à l’ouest, est pratiquée entre deux bancs de sable et de galets, que l’on est obligé de déblayer sans cesse pour conserver à ce port la seule issue qu’il offre aux navires. La hauteur de l’eau à la pleine mer varie dans le chenal à chaque marée en raison de l’élévation de ces marées, Dans les plus grandes mers, elle est de 6 m 66 cm, et de 3 m 33 cm dans les petites mortes eaux.
L’entrée si resserrée du Havre, et qui n’a guère que la largeur de quatre navires ordinaires, conduit à l’avant-port, dont la forme irrégulière figure sur le front du bassin un trapèze un peu arrondi vers ses angles. Cet avant-port, d’une assez médiocre étendue, et qui, comme le chenal de l’entrée, assèche à basse mer, sert de refuge ou de relâche à une multitude de caboteurs qui peuvent échouer sans inconvénient. Mais les grands navires, un peu fins de façon et un peu lourdement chargés, ne mouillent sur le fond vaseux de cette crique artificielle que le temps strictement nécessaire pour pouvoir se loger dans les bassins avec la marée dont ils ont profité pour entrer dans le port.
Une circonstance phénoménale, et unique dans les vicissitudes qu’éprouvent les marées, a donné au port du Havre toute l’importance dont il jouit, à l’exclusion des autres ports de la Manche. Il résulte de sa position, par rapport au cours de la Seine, que, lorsque la mer est haute dans l’avant-poste, la Marée, après avoir atteint son maximum d’élévation, reste pleine pendant trois heures de suite, tandis que sur les autres parties du rivage environnant la marée commence à descendre presque aussitôt qu’elle a cessé de monter. Cette exception à la loi générale des marées, en faveur du port du Havre, a pour effet de donner aux navires entrants et sortants le tirant d’eau nécessaire à la durée de tous leurs mouvements, et les personnes qui ont attribué à une préférence arbitraire le choix que le commerce maritime semble avoir fait du port du Havre à l’exclusion des autres ports de la Manche, en apparence aussi bien situés que lui, ne se sont pas assez attachées à se rendre compte du véritable et unique motif de cette prédilection. S’il ne gardait pas son plein plus longtemps que les autres ports, il n’aurait jamais acquis l’importance qu’il possède. Mais l’avantage qu’il a de garder son plein pendant trois heures explique suffisamment toute sa prospérité par la commodité qu’il offre aux navires qu’il reçoit.

Le Havre compte quatre bassins à flot : le bassin de la Barre, commencé en 1800, et terminé en 1818 ; le bassin du Commerce ou d’Ingouville, terminé en 1818 ; le bassin du Roi ou le vieux bassin, creusé il y a plus d'un siècle, et reconstruit ou réparé à plusieurs époques ; le bassin de Vauban, construit il y a quelques années, et non encore achevé. Le vieux bassin, le plus petit des quatre, et le bassin de la Barre, dont les portes s’ouvrent sur l'avant-port, sont liés entre eux par le bassin intérieur d’Ingouville, qui partage la basse ville en deux parties.
Les radoubs, d’après la commodité des grands appareils stationnaires et mobiles, s’y font en très peu de temps.
Les quais, qui sont immenses par les circuits des quatre bassins, offrent de vastes embarcadères et débarcadères.

À 10 km de l’entrée du port du Havre est établi, sur la même rive droite de la Seine, à l’entrée de la petite rivière de Harfleur, un lazaret, où sont envoyés en grande quarantaine les navires venant des lieux actuellement affectés de maladies pestilentielles, ou qui ont des malades suspects à bord. Ce lieu, qui n’a d’autre protection que celle des maisons rases de l’infirmerie, des magasins et de la chapelle, est d’un très mauvais mouillage.

Il y a deux rades au Havre : l’une, appelée Petite-Rade, n’est éloignée que d’une demi-portée de canon du rivage ; l’autre, qu’on nomme la Grande-Rade, est à plus de 8 km en mer. Elles ont toutes deux le défaut des rades foraines. Dans les grains et coups de vent du sud-ouest au nord-ouest, les navires qui sont à l’ancre souffrent beaucoup ; mais la tenue du fond est excellente, et avec de bons câbles on y peut essuyer sans danger les plus rudes tempêtes. Trois postes de signaux télégraphiques sont établis au Havre et sur les hauteurs environnantes : le premier est placé au Havre, sur la tour de François Ier ; le second à Bléville, et le troisième au cap la Hève. Des affiches, posées le matin, à midi et à deux heures, font connaître les navires reconnus en mer.

Les environs du Havre ont, du côté du nord, un aspect riant et pittoresque, soit que le spectacle qu’ils présentent prenne son charme des beautés agrestes d’une végétation dans toute sa force, soit qu’il les reçoive des imposantes scènes que lui prête l’Océan.

« La vue de la jetée principale, dit M. A.-M de St-Amand, mérite surtout la plus grande attention. Quel spectacle ravissant sur la gauche se dessinent au loin les pointes de Quillebeuf et de Tancarville, presque en face de Honfleur et ses environs bocagers ; à droite, l’immensité, Le ciel et l’eau se confondent, et l’on ne voit pas sans effroi le faible esquif luttant, à l’horizon, contre les flots et les vents conjurés. Ici est le promontoire de la Hève ; deux phares le dominent, et indiquent au nocher les passages dangereux et ceux qui lui seront favorables... Monté au haut des phares où sont placés ces fanaux, élevés à 136 m au-dessus du niveau de la mer, quel sublime aspect ! La plus pompeuse description ne ferait qu’affaiblir les sensations que l’on éprouve en embrassant à la fois quatre des plus riches départements de la France et le cours sinueux de cette majestueuse rivière qui vient à vos pieds  porter le roi des eaux. »


La tour de François Ier du port du Havre vers 1850 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
La tour de François Ier du port du Havre vers 1850, gravure de J.M.W. Turner
(in River scenery of France - Williem Turner - 1853 )
Collection personnelle

Les monuments remarquables du Havre

La tour de François Ier, solidement construite en pierres calcaires, et dont la hauteur est de 21 m et le diamètre de 26, se termine par un parapet découpé de 12 embrasures ; la plate-forme qui masque ce parapet supporte aujourd’hui un télégraphe marin, qui correspond avec celui de la Hève, à 8 km au nord du Havre, et qui transmet aux bâtiments de la rade les signaux du port. Vis-à-vis de cette même tour, de l’autre côté du port, on voyait autrefois une petite tour, appelée la tour Vidame, qui servit longtemps de phare. Cette construction, qui gênait la navigation du port, ne subsiste plus depuis près de quarante ans. C’était à ces deux tours qu’on attachait la chaîne qui fermait le port.

L’ancien hôtel de ville, bâtiment de mauvais goût, construit au XVIème siècle par le seigneur du Chaillon, le même qui éleva la tour de François Ier. Devant cet édifice se trouve une cour d’honneur, sous laquelle est une immense citerne destinée à garder l’eau en cas de siège, si l’ennemi se rendait maître des canaux qui alimentent les fontaines de la ville. L’hôtel de ville du Havre était le palais des anciens gouverneurs ; il est remarquable par l’admirable vue dont on jouit du balcon de sa façade extérieure, d’où l’œil découvre toute la Hève, toute la rade et l’embouchure de la Seine.

L’église Notre-Dame, fondée vers l’an 1540. Jusqu’alors le seul temple qui existât au Havre était à peine couvert de chaume, et d’ailleurs exposé de telle sorte aux inondations périodiques de la mer, qu’on était obligé de régler l’heure de l’office sur celle des marées. « Et aussi, rapporte un vieux chroniqueur, avant qu’on eut pris ce soin, force était à l’officiant de monter sur une escabelle pour célébrer la sainte messe, et à ceux des fidèles qui avaient des chevaux de se tenir dans les arçons, en dehors du portail, comme aux plus pauvres de demeurer baignés jusqu’aux genoux, tant que la mer gardait son plein. » Ce ne fut guère que vers la fin du XVIe siècle que l’église de Notre-Dame fut achevée. Son clocher, bâti en pierres de taille, et placé au sud du vaisseau, parut d’abord destiné à devenir plutôt une tour de guerre que le beffroi d’un saint lieu. Deux coulevrines étaient placées sur la plate-forme, qui supportait aussi un phare ; cette plate-forme avait alors une élévation presque double de la hauteur actuelle du clocher. Telle qu’elle est aujourd’hui, l’église de Notre-Dame est bâtie en forme de croix, dans le style de l’architecture florentine ou de la Renaissance, mélange bizarre, de l’antique et du gothique. La longueur du vaisseau est de 80 m ; sa voûte est soutenue par 24 arcades en plein cintre, entre les développements desquelles pendaient autrefois des culs-de-lampe maintenant abattus.

L’église St-François, commencée en 1553, sous Françojs Ier, et terminée en 1681.

La salle de spectacle construite en 1817, incendiée en 1843 et réédifiée en 1844.

On remarque encore au Havre la citadelle, Ou plutôt le quartier militaire, renfermant l’arsenal, dont les salles, d’une beauté remarquable, peuvent contenir 25,000 fusils ; le logement du gouverneur, des magasins et 8 corps de caserne, tous bâtis sur un plan uniforme, entourent la place d’armes, qui présente un carré parfait et est ornée de belles fontaines ; l’arsenal de la marine, édifice construit en 1669 ; la manufacture royale des tabacs ; l’entrepôt général ; la bourse ; la douane ; la bibliothèque publique, contenant 15,000 volumes ; la maison où naquit Bernardin de St-Pierre, simple et vieil édifice situé rue de la Corderie, n° 19.

 

Vue générale du Havre, depuis la côte vers 1835 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Vue générale du Havre, depuis la côte vers 1835, gravure de Rauch
(in Guide pittoresque du voyageur en France - 1838)
Collection personnelle

 

Industrie et Commerce

Industrie. Fabriques d’acide vitriolique dont les produits sont évalués à 150,000 fr. ; de faïence, dentelles, amidon, papiers, huiles pour la peinture et à brûler. Raffineries de sucre ; taillanderies. Nombreuses tuileries et briqueteries qui, emploient 238 ouvriers, et dont les produits, évalués à 180,000 fr., sont exportés aux colonies. Faïencerie, qui donne pour 40,000 francs de produits. Brasseries, Corderies de la marine et du commerce. Construction de navires renommés pour leur beauté et leur solidité. Armement pour la pêche du hareng, de la morue et de la baleine. Manufacture royale des tabacs, qui fait travailler plus de 300 ouvriers.
Ingouville et le Havre entretiennent dix-sept ateliers où travaillent 78 ouvriers, qui font pour 136,000 francs de chaises, en grande partie exportées aux colonies.

Commerce considérable d’importation et d’exportation avec tous les pays maritimes du globe : plus de 1,100 navires fréquentent annuellement le port du Havre.
Les marchandises principales d’exportation qui forment le chargement des navires partant du Havre se composent surtout des articles de manufactures françaises, tels que les soieries, les indiennes, la quincaillerie, l'argenterie, la vaisselle, les modes, les glaces, les meubles, les papiers de tenture, les toiles, les fournitures de bureau, les instruments d’art et de labour, les comestibles, les vins, les liqueurs, les farines, les salaisons, les briques, les tuiles et quelques objets de charpente. Mais ces articles, qui pour la plupart présentent une grande valeur sous une assez faible capacité d’encombrement, ne procurent qu’un fret médiocre et peu productif aux bâtiments qui les transportent. Aussi arrive-t-il le plus souvent que les navires partants se trouvent dans la nécessité de compléter par une forte proportion de lest en pierre le poids indispensable à la stabilité de la mer.
Les voyages de retour, c’est-à-dire les voyages d’importation, offrent plus de ressources à la navigation des navires français, et compensent en quelque sorte les pertes qu’ils éprouvent le plus ordinairement sur leurs voyages d’aller. Les principaux articles encombrants d’importation sont les cotons, les sucres, les cafés, les riz, les drogueries, les épices, les indigos, les thés, les bois du Nord, et en général toutes les denrées et productions coloniales. Des relations toujours entières entre le Havre et les Etats-Unis, les Antilles, le nord et le midi de l’Europe, le Brésil, le Mexique, le Pérou, l’Inde et la Chine entretiennent ce commerce immense qui ne s’élève guère annuellement au-dessous de 500 millions et qui procure à la douane une recette moyenne de 23 millions.
Entrepôt réel, entrepôt de sel.
Foire le jour de St-Michel.

 

Biographie. Le Havre est la patrie de :

  • Mme de la Fayette, romancière célèbre.
  • Bernardin de St-Pierre, mort en 1814.
  • Clémence, savant helléniste.
  • Cas. Delavigne, poète et auteur dramatique, membre de l’Institut, mort en 1844.
  • L' abbé Grain ville, littérateur et auteur dramatique.
  • J.-F.-A. Angelot, littérateur et auteur dramatique, membre de l’Institut.
  • Pierreval, littérateur.
  • J.-B. Levée, littérateur.
  • Marseille, Duboccage de Bléville, et J. Morlent, historiens du Havre.
  • Le jurisconsulte Laignel.
  • Le sculpteur Beauvallet.
  • Le peintre Bonvoisin.
  • Lesueur, voyageur et naturaliste.
  • J.-E. Faure, membre de la convention nationale, mort en 1818.
  • Après de Mannevillette, célèbre hydrographe.
  • L’ingénieur hydrographe M.-J. Cordier.
  • Le contre-amiral Laignel.
  • Le naturaliste Dicquemare.
  • Le docteur en médecine Marc.
  • Le lieutenant général Rouelle.

 

Bibliographie.

  • Pleuvry (l’abbé). Histoire, Antiquités et Description de la ville et du port du Havre-de-Grâce, avec un traité de son commerce et une notice des lieux cir- convoi s ins de cette place, in-12, 1765.
  • Lendri (l’abbé)  Histoire, Antiquités et Description de la ville et port du Havre-de-Grdce, in-12, 1796.
  • Morlent (J.). Le Havre ancien et moderne et ses environs, description statistique de son port, état de son commerce, etc., 2 vol. in-12, 1825.
  • Description du Havre, ou Recherches historiques, par A.-P. L., in-8, vues et portraits, 1825.
  • Legros (A.-P.). Précis historique sur la ville du Havre, depuis François Ier jusqu’à Charles X, in-16, 1826.
  • Labutte (A.). Esquisse historique sur la ville du Havre, in-8, 1841.
  • Guilmeth (Aug.). Histoire de la ville et des environs du Havre, in-8, 1842.
  • Toussaint (A.-V). Notice historique sur l*ancien hôtel de ville du Havre, in-8, 1842.
  • Levée. Biographie, ou Galerie historique des hommes célèbres du Havre, in-8, 1822-1828.
  • Catalogue des livres de la bibliothèque publique du Havre-de-Grâce, in-4, 1838.
  • Coup d’œil sur les progrès du commerce maritime du Havre, in-4, 1824.
  • Du Bocage de Bléville. Mémoires sur le port, la navigation et le commerce du Havre-de- Grdce, 1751.
    2e édit., in-8, 1753.
  • Le Berrier (A.). Projet d’agrandissement de la ville et du port du Havre, et suppression des fortifications,
    in-4, 1834.
  • Frissard (P.-F.). Premier Mémoire sur les divers projets relatifs à l’extension de la ville et du port du Havre,
    in-4, 1834, et 4 plans. — Deuxième Mémoire relatifs (sic) aux projets d’extension de la ville et du port du Havre, in-4,1836. — Histoire du port du Havre, in-4, 1838, 1839,1840.
  • Massas (Ch. de). Études sur le Havre, ou Examen des divers systèmes proposés pour l’extension de ce port en 1838, in-4, 1838. — Lettres sur l’agrandissement de la ville du Havre, projeté par la haute commission ; publiées dans la Revue du Havre, etc., in-8, 1838.
  • Dégénetais (Victor). Mémoire sur l’enquête pour l’extension du port et de la ville du Havre, in-8, 1838.
    De la plage comprise entre la jetée nord- ouest et la Hève, et de sa défense, in-8, 1838.
    Réponse aux demandes des conseils communaux du Havre, d’Ingouville, de Sanvie et de Ste-Adresse,
    in-8, 1838.
  • Dégénetais (Victor). Le Havre et Cherbourg comparés dans leur utilité nationale ; agrandissement du port, de la ville et des fortifications du Havre, in-8, 1841.
  • Montigny (J.-B.). Mémoires sur l’importance du Havre-de-Grâce, in-8.
  • Cochet (l’abbé). Les Églises de l’arrondissement du Havre, in-8 (1ère livraison, juillet 1844
  • Le Gros (Prosper). Description du Havre, in-8,1825.
  • Masson de St-Amand (fils). Lettres d’un Voyage à l'embouchure de la Seine, in-8, 1828. Contient une description du Havre. — Le Havre, vu des hauteurs d Ingouville, in-4, 1833.
  • Mordent. Souvenirs pittoresques du Havre et de ses environs, album composé de 26 sujets, etc., in-8,1833.
    La Normandie pittoresque ( 1ère série, le Havre et son arrondissement), in-8, 1839.
    Album du voyageur au Wavre, in-8, 1841.
    Le Havre et ses Environs, recueil de marines et paysages, représentant des vues du port et les environs de cette ville, in-folio, et 12 planches, 1843,
  • Pinel. Essais archéologiques, historiques et physiques sur les environs du Havre, in-8.
  • Masson (L.). Entretiens sur le Havre, in-18.
  • Brltelle (l’Héritier de). Le Havre en 1860. — Conte fantastique, in-8, 1836.
  • Morlent (J.). Guide du voyageur au Havre, in-12, 1827 ; 2e édit., in-18, fig., 1834.

    Vue d'optique du Havre, depuis la mer vers 1770  - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
    Vue d'optique du Havre, depuis la mer
    Estampe de Jean Baptiste Crépy, réalisée vers 1770, numérisée et conservée par © l'INHA
    Retravaillée numériquement par © Norbert Pousseur

Article extrait du Dictionnaire universel géographique et historique - Thomas Corneille - 1708
(collection personnelle
)

HAVRE DE GRACE. Ville de Normandie dans le pays de Caux, avec un bon Port de mer, en Latin Portus Gratia.
Elle est située à l'embouchure de la Seine dans un lieu marécageux, et dans un terrain uni à douze lieues de Caen, à dix-huit de Rouen, à huit de Fécamp et de Lillebonne, à sept de Quillebeuf, et à deux de Montivilliers et d’Harfleur.

Cette ville considérable par la beauté de quantité d’édifices doit son commencement au Roy Louis XII qui en jeta les fondements en 1509. François Ier la fit fortifier afin d’en faire un rempart contre les Anglais qui désolaient les Pécheurs, et on y bâtit par son ordre une très grosse Tour de guerre qui subsiste encore, et qui a un Commandant particulier avec Brevet de Sa Majesté ; on y entretient garnison.
Henri II et ses successeurs y ont aussi fait travailler, et Louis XIII n’a rien épargné pour en faire une bonne ville, et une clef du Royaume. Il y a fait faire une double enceinte flanquée de bons bastions et autres ouvrages. C’est ce même Prince qui a fait bâtir la Citadelle dont Louis le Grand a augmenté les dehors aussi-bien que de la ville, le tout avec une dépense somptueuse.

La ville est composée d’environ quarante rues toutes pavées, et dont plusieurs sont larges et spacieuses, et tirées à la ligne. Il y en a six qui la traversent depuis les Boulevards de la Porte à Ingouville jusques au Port. Ses belles fontaines distribuées dans tous les quartiers et les Carrefours, y sont d’un grand ornement. On remarque entr’autres celle de la grande Place où se terminent quatre grandes rues. Sur cette fontaine qui jette l’eau par quatre côtés, ainsi que celle de la Place du Marché et de Saint François, est élevée une figure pédestre du Roy, représentée en pierre bronzée, et vêtue à la Romaine.

Panoramas du Havre depuis la mer, vers 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Panoramas du Havre depuis la mer, vers 1830, gravure de Garneray
(in La France maritime - Jules Lecomte - 1837)
Collection personnelle

La ville du Havre a trois portes, et à peu près vingt-quatre mille habitants. Outre un Intendant de Marine, il y a un Commissaire, un Contrôleur, un Capitaine, un Lieutenant de Port et quantité d’Officiers de Département pour les Vaisseaux du Roy, des écoles pour la Marine, pour les Mathématiques et pour l’exercice du canon, et un Collège pour les humanités. Il y a aussi Bailliage, Vicomté, Amirauté, Grenier à Sel, un Lieutenant de Police, un Maire, quatre Échevins, une Compagnie privilégiée, et quatre Compagnies de Bourgeois avec leurs Officiers.

Les églises de Notre-Dame et de saint François, et les monastères des Capucins et des Ursulines, sont dans l’enceinte de ses murailles ; mais la Paroisse de S. Michel, le Convent des Pénitents, l’Hôpital Général, et la Chapelle de saint Roch avec les Maisons des Pestiférés sont dans le faubourg au-delà du marais du côté du Nord, et au pied de la côte. Les Chapelles de la Citadelle, et de l’Arsenal sont desservies par les Capucins qui ont aussi un petit Hospice du titre de Notre-Dame des Neiges derrière la Citadelle, au-delà des Thuileries. M. le Prince de Conty, comme Marquis de Grasville, présente à la Cure de saint Michel d’Ingouville, faubourg du Havre, dont dépendent les églises de Notre-Dame et de saint François dans la ville ; de sorte que le curé de cette première église gouverne toutes les trois, exerçant ses fonctions curiales dans celle de Notre-Dame, et mettant des Vicaires pour desservir les deux autres avec un Clergé convenable.
Notre-Dame est une église bâtie en croix, grande, belle et ornée d’architecture et de sculpture. Un corridor, et un rang de Chapelles règnent à l'entour ; celle de la Vierge derrière le Chœur, y attire un grand concours de dévotion. Le grand portail est un beau morceau d’architecture qui présente trois portes sur la grande rue, pour entrer sous les corridors et dans la Nef. Ce portail est accompagné d’une belle Tour avec d’assez bonnes cloches et une grosse horloge. Les deux portes de la croisée sont aussi ornées d’architecture, et de sculpture, et une belle balustrade de pierre couronné en dehors toute cette église.
Le Séminaire de saint Charles est une grande Maison dans laquelle plusieurs prêtres vivent en commun avec leur Pasteur, et il y a une chapelle avec trois autels. L’église de saint François a un air de propreté dans toute son étendue, mais elle n’est pas encore entièrement achevée dans son dessin.
La Maison de ville sait face à l’entrée du Port. Elle est en bel air, assez jolie, très logeable, et a une avant-cour ornée d'un corridor ouvert des deux cotés, et au-devant une grande Place.

La ville est couverte d’un côté par la Citadelle, dont elle est séparée par un double fosse à fond de cuve rempli d'eau ; de l'autre côté, bordée de la Seine, et divisée de son faubourg par une longue chaussée, aux deux côtés de laquelle on peut inonder tous les marais par le moyen des écluses. Le canon de la grosse Tour terrassée accompagnée d’une grande Plateforme, défend les jetées du canal d'entrée de la mer, et la petite rade. Le gros canon de ses Bastions et de ses Boulevards plantés d'arbres, et défendus par des demi-Lunes et des Ravelins, fraisés et palissadés, peut foudroyer tout ce qui sort du Faubourg, pour entrer dans la ville. C’est tout le long de la plus grande Place que ce Port a son étendue. II n’est séparé du canal de la Seine, que par une basse muraille terrassée.

Le Quay est aussi terrassé de pierres de taille, et assez large, pavé et bordé de maisons. Le reflux de la mer, qu’on appelle la Marée, entre tous les jours deux fois dans ce Port, ou elle apporte jusqu'à dix-huit pieds d’eau quand elle est forte. En passant sur le Pont qui sépare le Port Marchand d’avec le Bassin du Roy, et le quartier de Notre-Dame de celui de saint François, on voit ce Bassin, dans lequel on entre par quatre grandes portes. Il est clos partout de murailles, excepté du côté du Pont qu’il est fermé par un treillis de fer porté sur un mur d'appui, afin que ceux qui passent de ce côté-là puissent avoir le plaisir de voir les vaisseaux.
Ce bassin revêtu de pierres de taille, est de figure pyramidale, assez à l’abri des vents, avec un large Quai qui règne tout à l’entour. On y retient ordinairement avec le secours des Écluses seize pieds d’eau, et il peut contenir à flot une Escadre de vaisseaux de guerre de différentes grandeurs. En 1690 on y fit entrer et séjourner onze Galères du Roy.
On rafraîchit les eaux de ce bassin en ouvrant les écluses pour recevoir par le canal du Port les eaux de la marée lorsqu’elle est dans son plein, et on les renferme quand elle commence à s’en retourner. Ces écluses sont deux grandes Portes doubles, dont l'une soutient d’un côté les eaux du bassin, et l’autre celles du Port. On les ouvre, et on détourne le dessus du Pont, lorsqu’on veut y faire entrer, ou en faire sortir des vaisseaux.

À droite et à gauche sur les Quais de ce Bassin, on voit quantité de canons et d’ancres, comme en magasin, les mats, les agreils (agrès ?) et autres pièces de vaisseaux désarmés. Au bout de ce bassin il y a un grand espace de terrain, qu’on nomme le chantier, dans lequel on peut en même temps tirer trois vaisseaux de soixante à quatre-vingts canons ; mais quand ces grands vaisseaux bâtis au Havre en sont une fois sortis, ils n’y rentrent plus, et sont du Département de quelqu’un des plus grands Ports de France, comme de Brest, de Port-Louis, de Toulon et de Rochefort.

L’Arsenal pour la Marine est toujours en état de fournir tout ce qui est nécessaire pour l’armement et l’équipement des vaisseaux du Département du Havre. Cet Arsenal consiste en une cour de bâtiments. Dans le bas sont la Chapelle, la sainte Barbe où l’on tient l’école pour le canon, différents Bureaux pour les Officiers, et des salles où l’on conserve les désarmements des vaisseaux. Au-dessus des appartements bas on tient la Juridiction de l’Amirauté, l’école de la Marine, et celle des Mathématiques. Dans d’autres salles sont les Magasins pour les armes. La Corderie du Roy où l’on fait les cordages pour les vaisseaux de guerre est une longue galerie construite le long de la muraille de la ville du côté de la mer. Sa longueur est de plus de cent vingt-quatre toises. Elle est couverte et fermée de toutes parts, et a ses cours et ses Magasins particuliers où l’on conserve les cordages. On y entre par trois grandes portes, donc celle qui est au bout paraît comme le portail d'une église. Lorsque l’on sort du bassin par les portes de fer qui sont aux côtés du Pont, on entre sur la paroisse de saint François. Ce quartier est entouré d'eau, et composé d’une vingtaine de rues tirées à la ligne, et dressées par compartiments comme les planches d'un parterre à fleurs. La plus spacieuse de ces rues est celle qu’il faut prendre pour aller à la Citadelle.

Vue de la ville du Havre du côté du port, la citadelle au premier plan  - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Vue de la ville du Havre du côté du port, la citadelle au premier plan
Estampe de Georg Balthasar Probst, réalisée vers 1770, numérisée et conservée par © l'INHA
Retravaillée numériquement par © Norbert Pousseur

Cette Citadelle est très forte, et des plus régulières qu'on puisse voir. Elle a quatre Bastions Royaux, bâtis de brique a chaînes de pierres de taille. Ses larges fossés à fond de cuve, remplis d’eau, sont revêtus de pierre et de brique, aussi bien que toutes les demi-Lunes, et autres ouvrages de ses dehors. Il y a dans son enceinte cinq ou six Magasins considérables remplis de toutes sortes de munitions. Les eaux de fontaine y sont très abondantes, et l’on y conserve dans plusieurs citernes les eaux de pluies par précaution. Sa grande Place d’armes et ses Boulevards sont plantés d’arbres qui forment de belles allées pour la promenade, et l'on découvre de dessus ses Bastions quantité d’objets qui forment des vues charmantes, tant sur le Port et la mer que sur la côte. La grande Jetée ou Môle qui a cent soixante toises de longueur, vingt-quatre à trente pieds de hauteur sur neufs ou environ de largeur entre les deux parapets, est très solidement bâtie de grosses pièces de bois enclavées dans de fortes coulisses arrêtées sur des pilotis. Elle est remplie de gros galets ou cailloux, et fermée par-dessus en manière de coiffe. Au bout de cette Jetée qu’on doit encore prolonger de quatre-vingts toises, est une Tour de bois et une batterie de douze gros canons, pour défendre les approches de la ville, et les bords de la mer et de la Seine qui sont aussi garnis de batteries de canon et de mortiers à bombes. On a commencé une autre grande jetée de pierre pour soutenir les eaux du canal d’entrée,

Le commerce du Havre consiste principalement dans la Navigation et dans la Manufacture des dentelles de fil qui sont fort recherchées. Ses habitants très habiles et très expérimentés sur mer, montent des vaisseaux pour aller négocier dans toutes les parties du monde. Plusieurs Compagnies de Commerce ont été établies en cette ville. Celles d’Afrique, du Sénégal, de Guinée, des Isles Françaises et plusieurs autres y ont leur département en temps de paix ; mais la Navigation la plus commune est celle de Terre-Neuve où l’on va pécher des Morues dans une cinquantaine de vaisseaux, de deux, de trois et de quatre cens tonneaux bâtis, et destinés uniquement pour cet usage. Le Roy, pour donner un rang distingué à la ville du Havre, en a fait un Gouvernement en Chef, qui comprend la partie Occidentale du pays de Caux dans la haute Normandie ; savoir, la Ville et la Citadelle du Havre Chef de Caux; la ville et le château de Fécamp; la Ville d'Harfleur ; la Ville et Vicomté de Montivilliers ; les Châteaux du Bec Crépin, de l’Orcher, de Tancarville, et autres. Ce Gouvernement qui s’étend plus de huit lieues à la côte de Caux, et sept à huit à la côte de Seine jusque dans les environs de Lillebonne, a de circuit près de trente lieues, et est mis au nombre des Gouvernements de Province.

Le Havre de Grâce a été la patrie de Monsieur et de Mademoiselle de Scudéry qui se sont acquis l’un et l’autre une grande réputation par leurs ouvrages. Georges de Scudéry, Gouverneur de Notre-Dame de la Garde, a été un des premiers qui ait travaillé pour le Théâtre, dans le temps que les pièces d’Alexandre Hardy avaient encore quelque cours. Il en a fait imprimer seize, et comme elles n'ont point été mises en recueil, ceux qui les voudront avoir, les doivent chercher sous ces titres, Ligdamon, le Trompeur puni, le Vassal généreux, la Comédie des Comédiens, Orante, le fils supposé, le Prince déguisé, la mort de César, Didon, l’Amant libéral, l’Amour tyrannique, Eudoxe, l’illustre Bassa, Andromire, Axiane et Arminius, Nous avons de lui plusieurs autres Ouvrages tant en Vers qu’en Prose, et parmi ceux-là un Poème Épique, intitulé Amalazonte et l’illustre Bassa, roman en quatre volumes.
M. de Scudéry était de l’Académie Française, et mourut en 1668.

Magdelaine de Scudéry sa sœur, à qui la beauté de son esprit a fait mériter le nom de Sapho, s’est fait admirer de tout le monde par la composition de deux Romans, le Grand Cyrus et Clélie, qui rendront sa gloire immortelle. On y lit avec un plaisir extrême diverses conversations remplies de la plus fine morale. Elle est morte au commencement de ce Siècle, âgée de 94 ans.

 

 

Pour zoom, La Jetée sud-est du Havre vers 1830, par Ambroise Louis Garneray - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Pour zoom, Vue d'optique du Havre, depuis la mer vers 1770  - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Pour zoom, Vue de la ville du Havre du côté du port, la citadelle au premier plan  - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

Pour zoom, La tour de François Ier du port du Havre vers 1850 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Pour zoom, Quais du port du Havre vers 1850, par J.M.W. Turner  - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Pour zoom, Les quais du port du Havre vers 1850 sous le soleil voilé, parJ.M.W. Turner - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

Pour zoom, Vue générale du Havre, depuis la côte vers 1835 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Pour zoom, Panoramas du Havre depuis la mer, vers 1830 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur   Pour zoom, Navire Francis Depau sur mer démontée au port du Havre en 1836 - gravure reproduite puis restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

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