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Les villes à travers les documents anciens

Lorient au 18 et 19ème siècle

Lorient vers 1830 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Lorient vers 1830, gravure par Nyon J. d'un dessin de Rauch
publiée dans Le Guide pittoresque du voyageur en France - 1838
(collection personnelle).

Voici aussi Le département du Morbihan en 1883

Ci-dessous deux descriptions de la ville de Lorient - celle de 1771 (ci-dessous) et plus bas celle de 1851.
La troisième source utilisée couramment en ces pages est le dictionnaire de Thomas Corneille publié en 1708,
utilisant des sources de milieu et de la fin du 17ème siècle.
Les notices indquent que Lorient n'était qu'un petit port jusqu'en 1766 et une ville nouvelle en 1720, ce qui explique l'absence de description tant dans le dictionnaire de Thomas Corneille que dans celui de Louis Morreri de 1725.

 

Article sur Lorient, publié dans le Dictionnaire universel de la France - Robert de Hesseln - 1771
collection personnelle

Remarque : Si le titre de l'article est bien orthographié LORIENT, dans le texte, la ville devient l'Orient... On peut donc penser que l'origine du nom vient tout simplement du commerce de ce port avec l'Orient !

LORIENT, petite ville et gouvernement de place, avec un port dans la basse Bretagne, au fond de la baie de Port-Louis, à l’embouchure de la rivière de Scorf ou Corff, autrement appelée Elle, qui se jette dans cette baie avec la rivière de Blaves, à 106 lieues de Paris. La route de Paris à cette ville est la même que pour Rennes, et depuis cette ville jusqu’à l’Orient, elle va par Ponteanes, Guers, Malestroit, Vannes, Hennebont, et de là à l’Orient. Elle est du diocèse et recette de Vannes, parlement et intendance de Rennes. On y compte environ 1000 habitants. L’Orient est une ville nouvelle, qui ne s’est formée que vers l’année 1720.

Depuis le commencement de la présente année 1767, on y travaille à la contrition d’un quai qui fera un des principaux ornements de cette ville. Il se prolongera en ligne droite depuis une des extrémités de la ville jusqu’à l’autre, et aura 60 pieds de largeur. On bâtira le long de ce quai des maisons toutes uniformes.

Elle est le dépôt des marchandises de la compagnie des Indes, et c’est là que cette compagnie tient ses magasins en Europe. Dans le temps où M. Dupleix était gouverneur de Pondichéry, l’Orient était devenu célèbre par son commerce, et cette ville était devenue le rendez-vous des négociants de tout le royaume, et même des pays étrangers. Mais après le rappel le ce grand homme en France, ce commerce est insensiblement diminué, et avait été entièrement interrompu par la guerre et la destruction de Pondichéry.

Le commerce de cette ville commence à renaître aujourd’hui, et peut-être que la paix actuelle lui rendra sa première vigueur, surtout si le gouvernement fait reparaître dans les Indes un autre Pondichéry.

C’est à l’Orient que la compagnie des Indes fait ses embarquements pour Pondichéry et autres lieux de la côte de Coromandel : la vente des marchandises de cette compagnie s’y fait ordinairement pendant les mois de septembre, octobre ou novembre : elle consiste en café de Moka et de Bourbon, en thé, en laque, gomme du Sénégal, soies de Nankin, porcelaines de la Chine, mousselines, coton filé, mouchoirs des Indes, etc.
Le concours des marchands y est toujours considérable dans cette saison de l’année. Ceux qui veulent aller à l’emplète, peuvent remettre leurs fonds aux banquiers établis pour cela à Paris, dans quelques autres villes, et sur les reçus de ces banquiers, les marchandises leur font délivrées à l’Orient.

Les Anglais ont tenté en vain de s’emparer de la ville et du port en 1746.

 

Lorient et bateaux de pêche vers 1835, - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Lorient et bateaux de pêche vers 1835, gravure de Fortier, d'un dessin de L. Garneray
publiée dans La France maritime - Amédée Gréan - 1837
(collection personnelle).

Article sur Le Mans du Dictionnaire de toutes les communes de France - 1851
Augustin Girault de Saint Fargeau - collection personnelle.

LORIENT, Morbihan (Bretagne), grande et belle ville maritime, chef-lieu de sous-préfecture (3e arrondissement) et de deux cantons, place de guerre de 3ème classe. Préfecture maritime. Tribunal de 1ère instance et de commerce. Chambre et bourse de commerce. École d’hydrographie de 2ème classe. Collège communal. 2 cures. Gîte d’étape. Comité d’agriculture. Direction des douanes. Bureau de poste. Relais de poste. Popumlation 23,621 habitants.
Terrain cristallisé ou primitif.

Autrefois diocèse et recette de Vannes, parlement et intendance de Rennes. Mairie royale. Gouvernement particulier.

À 56 km O.-N.-O. de Vannes, 149 km S.-E. de Brest, 498 km O.-S.-O. de Paris.
L’arrondissement de Lorient est composé de 11 cantons : Auray, Belle-Isle, Belz, Hennebon, Lorient (1er), Lorient (2e), Plouay, Pluvigner, Pontscorff, Port-Louis, Quiberon.

Histoire brève de Lorient

Au commencement du XVIIe siècle, Lorient n’était qu’un village peu considérable qui fut donné en 1666 à la compagnie des Indes, dont les armements se faisaient alors au Havre. À l’époque où Mme de Sévigné visita Lorient, ce n’était encore qu’un entrepôt établi pour recevoir provisoirement les cargaisons qu’il avait été impossible de transporter directement, soit à Nantes, soit au Havre, où se faisaient les ventes générales ; mais déjà les avantages du port sûr et facile qu’offrait une baie profonde, au confluent de deux rivières navigables, avaient été trop bien appréciés par les directeurs de la compagnie pour qu’ils ne s’empressassent point d’en profiter. Peu de temps après le voyage de la spirituelle marquise, ils se firent concéder une parcelle de la lande de Lorient d’environ 600 toises (~1200m) de longueur sur 250 (~500m) de largeur, et en fixèrent les limites par le mur, qui sépare encore le mur qu’ils voulaient établir, de la ville à laquelle il a donné naissance.

Les ouvriers qu’ils recrutèrent dans les campagnes, certains d’être employés pendant plusieurs années à un prix bien plus élevé qu’ils ne trouvaient ailleurs, vinrent s’établir sur le terrain contigu au mur de clôture, y construisirent des chaumières, et devinrent ainsi, sans s’en douter, les fondateurs d’une des plus jolies, villes du royaume.
En 1708, le nouveau village était devenu assez considérable pour qu’il fût nécessaire de l’ériger en paroisse. Dix ans après, la compagnie des Indes s’installa définitivement dans le port, et ce fut alors qu’elle créa ces vastes et nombreux établissements qui subsistent encore ; qu’elle éleva ces magasins magnifiques, aujourd’hui abandonnés, quoique enviés par les premières villes commerçantes de l’Europe.
Le 7 juin 1738, Lorient fut constitué en corps de ville. Sa population s’élevait à cette époque à 14,000 habitants, accourus de toutes les provinces, pour se fixer sur un point qui, quarante ans auparavant, n’offrait qu’une réunion de 200 manœuvres. Enfin le 15 avril 1744, la nouvelle cité obtint l’autorisation de s’entourer de murailles. Ces fortifications ne tardèrent pas à lui être utiles, car, en 1746, les Anglais, commandés par le général Saint-Clair, firent une descente dans la baie de Pouldu à 8 km de Lorient, et s’avancèrent vers la place, dans l’espoir de la surprendre. Au lieu de brusquer un assaut qui probablement aurait eu pour eux un favorable résultat, ils perdirent un temps précieux à former un camp, à parlementer et à lancer quelques projectiles qui n’occasionnèrent que de légers dommages. On voit encore aujourd’hui incrusté dans la façade de la chapelle des Congréganistes un boulet que l’on conserve comme un trophée de ce siège.
Abandonnés à eux-mêmes, et effrayés des sommations menaçantes de l’ennemi, les habitants étaient néanmoins disposés à se rendre, lorsque le comte de Tinténiac amena un secours de quelques centaines d’hommes. Admis au conseil où l’on traitait avec le parlementaire anglais, ce brave Breton déchira le projet de capitulation, répondit sur sa tête du salut de la ville, s’empara de la garde des portes, et ordonna de battre la générale sur les remparts et dans tous les quartiers. Les assiégeants, craignant d’être attaqués par des forces supérieures, se rembarquèrent avec une telle précipitation, qu’ils firent sauter leurs poudres, et abandonnèrent quatre canons et un mortier, dont le roi fit présent aux habitants de Lorient.
Pour conserver à jamais la mémoire de cette heureuse délivrance, que les Lorientais attribuèrent à la protection de la sainte Vierge, le corps municipal, dans sa gratitude, vota une statue d’argent à son auguste libératrice, et arrêta qu’elle serait portée en triomphe, chaque année, dans une procession solennelle fixée au premier dimanche d’octobre.
Après la mort du capitaine Marion, dévoré par les naturels de la Nouvelle-Zélande, la famille de cet infortuné obtint l’autorisation de décorer de la croix de Saint-Louis, qu’il avait obtenue, la même effigie de Notre-Dame-de-Victoire, qu’on vit depuis la porter en écharpe jusqu’au moment où l’une et l’autre furent englouties dans l’immense creuset révolutionnaire.

En 1763, la ville continua à s’embellir et à s’organiser ; des écriteaux indiquèrent le nom des rues.
En 1764, une école gratuite de dessin y fut créée.


Navires devant les quais de Lorient vers 1840 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Navires devant les quais de Lorient vers 1840, gravure de Outhwaite d'un dessin de Jules Noël
publiée dans La Bretagne - Jules Janin - 1844
(collection personnelle).

En 1770, le gouvernement, ayant retiré à la compagnie des Indes son privilège, se chargea de la liquidation de ses affaires, et prit possession du port, des vaisseaux, des magasins et de toutes ses propriétés. Le port de Lorient devint alors un des quatre départements de la marine royale. Mais ce ne fut qu’après la catastrophe financière du prince de Rohan-Guéméné que la ville fut affranchie de la suzeraineté de ce seigneur, moyennant une somme de onze millions, pour laquelle il céda au roi ses droits de Mouvance. Trompée par les avantages que semblait lui promettre la franchise de son port, elle crut compenser la perte du monopole dont elle avait joui durant un demi-siècle, en obtenant cette nouvelle faveur. À peine lui fut-elle accordée, que ses magasins ne purent suffire pour recevoir tous les produits de l’industrie anglaise, dont elle ne put tirer aucun parti, puisque l’exportation dans l’intérieur lui en était interdite, à moins de supporter des droits dont ils étaient passibles en sortant de ses murs. Elle reconnut alors combien elle s’était abusée, et s’estima trop heureuse de ce que le gouvernement voulut bien consentir à la débarrasser du fardeau qu’elle s’était elle-même imposé par l’impéritie de ses administrateurs.
Pour la consoler d’une bévue aussi grossière, le ministre Galonné s’imagina aussi facilement qu’elle, et que plusieurs courtisans ruinés, qu’en rétablissant une nouvelle compagnie des Indes Lorient recouvrerait son ancienne splendeur, et la France sa prépondérance sur la Péninsule et sur les bords du Gange. L’arrêt de cette résurrection trop tardive parut en 1785 ; mais on ne put trouver les principaux actionnaires que parmi quelques ministres et grands seigneurs, devenus commanditaires d’une douzaine d’agents plus ou moins obscurs, et qui furent placés à la tête de l’administration. La masse des premiers capitaux fut si modique, que, dans l’impossibilité de se procurer les vaisseaux nécessaires pour l’exploitation d’un si grand commerce, on fut obligé de traiter pour leur fret et leur armement avec un armateur de Lorient, qui bientôt ne put lui-même remplir ses obligations qu’à l’appui des arrêts de surséànce qu’on lui délivrait annuellement.
La France ne possédant plus dans l’Inde que trois ou quatre comptoirs discrédités, les agents de la nouvelle association ne purent jamais lui procurer pour ses retours que le rebut des Anglais. Ainsi végéta cette compagnie, jusqu’au moment où tous les privilèges furent à la fois anéantis. Il faut cependant reconnaître que, pendant son existence éphémère, la ville reprit un aspect florissant. Sa population s’accrut d’un cinquième. Beaucoup de riches négociants vinrent s’y établir ; de nouvelles rues se formèrent comme par enchantement ; une multitude de baraques furent remplacées par des édifices plus dignes d'une ville redevenue le rendez-vous annuel des principaux commerçants de la France et de la Suisse ; enfin l’exécution de nombreux projets, arrêtés pour son accroissement, son embellissement et son utilité, allait commencer lorsque la révolution éclata.

Vaisseaux de ligne devant Lorient, vers 1870 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Vaisseaux de ligne devant Lorient, vers 1870, gravure de Gérard
publiée dans la Géographie pittoresque des cinq parties du Monde - Eugène Domergue - 1874
(collection personnelle)

A dater de cette époque, la prospérité renaissante de cette cité déclina de jour en jour, et bientôt ses malheureux citoyens n’eurent plus qu’à gémir sur le triste sort qui leur était réservé. Le commerce maritime une fois anéanti, un grand nombre de négociants et de capitalistes allèrent se fixer dans d’autres contrées, et une foule d’habitants cosmopolites ne tarda pas à imiter cet exemple. En moins de deux années l’émigration devint si considérable, que les revenus communaux ne purent plus suffire pour faire face aux dépenses les plus urgentes. Ce fut alors que le corps municipal crut devoir, pour combler tout ce déficit, recourir à une partie de la population rurale et étrangère, dont le territoire s’étendait jusqu’au pied des glacis de la place. Il sollicita en conséquence du gouvernement républicain une indemnité de quelques milliers de villageois pour compenser la perte de ses ex-administrés. Cette pétition singulière fut non-seulement accueillie avec faveur, mais aussitôt suivie du décret qui métamorphosait cinq mille campagnards en citadins externes, c’est-à-dire en citoyens d’une ville close, avec laquelle ils ne pourraient cependant communiquer que lorsque les portes leur en seraient ouvertes à des heures réglées. Ainsi fut formé le premier extra muros des villes du Morbihan.

En l’an IV(1796) il fut formé à Lorient un bagne, qui depuis a été affecté aux militaires condamnés pour insubordination. Ce bagne offre un tout autre intérêt que ceux destinés aux forçats ; car les hommes qu’il renferme ne sont pas des criminels. Il faut assurément punir l’insubordination ; mais il y a loin de cette faute aux crimes qui envoient les forçats aux galères. On peut être honnête homme et n’être pas né pour l’état militaire, dont la discipline a besoin d’être rigoureuse. Cependant, je le dis à regret, le régime alimentaire, le coucher, l’ordre des travaux, les chaînes, l’habillement et le trousseau sont absolument comme à Toulon, Rochefort et Brest. L’intérieur des salles présente absolument le même coup d’œil que celui des bagnes. L’âge moyen des soldats détenus à Lorient est de trente-quatre ans. Les récompenses journalières sont, après la première année, d’être mis en chaîne brisée ; la seconde année de porter la manille  ; et enfin la troisième année de porter seulement une manille beaucoup plus légère, et ils restent ainsi jusqu’à leur libération, s’ils se conduisent bien.

Les armes de Lorient sont : de gueules au vaisseau d’argent voguant sur une mer de sinople, à un soleil d’or levant derrière des montagnes d’argent : au franc quartier d’Hermine ; au chef d’azur chargé de trois besants d’or.

Plan de Lorient et de Port-Louis au 18ème siècle - gravure conservée et reproduite par l© 'INHA,restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Plan de Lorient au 18ème siècle,
Plan de Lorient et du Port-Louis avec les projets de M. de La Rozière
pour mettre ces deux places en état de défense
.
numérisée et conservée par © l'INHA
Retravaillée numériquement par © Norbert Pousseur


Situation de Lorient
La ville de Lorient est située sur l’Océan, au fond de la baie de St-Louis, à l’embouchure de la rivière de Scorf ; elle est grande, très bien bâtie, et entourée de fortifications. Les rues sont spacieuses, larges, bien pavées, tirées au cordeau, et bordées de maisons d’une architecture agréable. Les places publiques sont vastes et régulières ; les promenades très agréables. Le port est grand, sûr et très commode ; il est entouré de bâtiments magnifiques, bordé de beaux quais où les plus gros navires peuvent faire leurs chargements, et précédé d’une superbe rade, où peuvent mouiller en sûreté les plus fortes escadres. Ce port peut être considéré comme un des premiers chantiers du royaume par la quantité des cales qu’il renferme, et où l’on peut construire à la fois trente vaisseaux de guerre.

Cale couverte de Lorient pour navires à voiles - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Cale couverte de Lorient pour navires à voiles, gravure de Th. Ruhierre d'un dessin de L. Garneray
publiée dans La France maritime - Amédée Gréan - 1837
(collection personnelle).

On remarque dans le port l’hôtel de la préfecture maritime, la salle des ventes, le parc d’artillerie, la machine à mâter, la poulierie mue par une machine à vapeur, qui fait aussi mouvoir de grandes forges et alimente une fonderie ; la cale couverte ; le bassin de construction, où se trouvent plusieurs cales découvertes pour les vaisseaux, les frégates et les corvettes ; la tour des signaux, haute de 37 m et demi, située sur une petite montagne au sud du port. Cette tour sert à la fois de phare, de girouette pour reconnaître les aires du vent, et d’observatoire : de son sommet, et d’un seul coup d’œil, on découvre entièrement le plan du port, ses arsenaux, ses vaisseaux, ses chantiers et ses beaux jardins. Les magasins de la marine sont grands et vastes. Les divers bâtiments qu’avait fait construire l’ancienne compagnie des Indes ont été convertis en une caserne pour les marins. Les casernes de l’artillerie sont remarquables, et peuvent contenir 1,800 hommes.

Lorient et sa rade vers 1875 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Lorient et sa rade vers 1875, gravure de Massigo
publiée dans le Géographie générale -physqiue, politique et économique - Louis Grégoire - 1877
(collection personnelle).

La place Royale, plantée de plusieurs rangs de tilleuls, offre de jolies constructions. La place du marché est décorée d’une colonne en granit, élevée en 1833 à la mémoire de l’intrépide Bisson ; elle a 8 m de hauteur, et est surmontée de la statue en bronze du jeune héros.

Le quartier le plus beau est celui du quai, dont les maisons sont construites sur un plan uniforme ; quatre rangées d’ormes y donnent un ombrage agréable, à l’abri duquel on peut jouir de la vue de la rade et du port. C’est sur le quai, près de cette promenade, que les navires caboteurs viennent décharger leurs marchandises. On y remarque une belle fontaine, dont la cuvette ou citerne contient 1,200 barriques d’eau.
La salle de spectacle est jolie, mais petite.

L’église paroissiale offre dans son architecture une bizarrerie qui étonne ; cet édifice devait le disputer en grandiose à nos plus belles basiliques. On lui avait donné d’immenses proportions ; mais, après trente ans de travail, désespérant de le terminer, on prit la singulière résolution d’en démolir une partie pour finir le reste.

L’hôtel de ville est mal situé, mais bien distribué. Oh y remarque surtout la salle où se font les mariages ; elle a la forme d’un prétoire antique et est d’une décoration simple et élégante. Les boucheries de Lorient méritent d’être citées à cause de leur extrême propreté.

Les faubourgs de la ville sont également assez bien bâtis ; le plus considérable est celui de Kerentreich.

À 2 km de Lorient se trouve un vaste polygone pour les exercices de l’artillerie et le tir des bouches à feu. Au milieu de la rade est l’île St-Michel, sur laquelle on a construit il y a peu d’années un vaste lazaret, d’où l’on découvre un panorama magnifique.

Industrie. Premier port de constructions navales de France, cale couverte, bassin pour la réparation des vaisseaux, atelier pour la fabrication des machines à vapeur, fonderies, forges, presses hydrauliques pour l’essai des fers.
Fabriques de chapeaux. Pêche de la sardine.
Commerce de vins, eaux-de-vie, cire, miel, sardines, sel. Commerce d’importation et d’exportation avec les principaux ports de l’Europe, de l’Amérique et des Indes. Navigation au long cours ; grand et petit cabotage.
Le commerce de Lorient, quoiqu’il ne puisse être comparé à ce qu’il était autrefois, est encore très important ; les exportations consistent en farines, vins, eaux-de-vie, liqueurs et autres provisions de bouche ; draps, fer, plomb, étoffes de laine et de coton, quincaillerie, mercerie, horlogerie, etc.
Foire de 15 jours le dimanche des Rameaux.

Biographie.
Lorient est le lieu de naissance de plusieurs personnages distingués, parmi lesquels on cite :

  • Le philologue Cambry, ancien préfet de l’Oise, mort en 1807.
  • L’architecte Mazois, membre de l’Institut.
  • Mlle S. Ulmac de Tremadeure, auteur de romans estimés publiés sous le pseudonyme de Mlle Dudrezène.
  • Le littérateur et auteur dramatique Fontan.
  • Les amiraux Bouvet, Bompart, te Marrant, Daugier.
  • Le général Bourke, membre de la chambre des pairs.
  • Le général Monistrol, etc., etc.


Bibliographie. Appert (B.). Voyage aux bagnes de Brest, Lorient et Rochefort, in-8, 1828.

Bretons aux alentours de Lorient, à Pluvigner vers 1840, - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Bretons aux alentours de Lorient, à Pluvigner vers 1840,
breton pioche au pied, timbale de terre cuite et cuillère à la main,
devant deux jeunes bretonnes en tablier gravure de Guillaumot

gravure signée PSO et Bertrand
publiée dans La Bretagne - Jules Janin - 1844
(collection personnelle).

 

Histoire de Lorient
article de 1859 d'Aristide Guilbert
in 'Histoire des villes de France' - Aristide Guilbert

Page de garde de l'Histoire des villes de France - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

« Nous avons fait depuis trois jours, » écrivait madame de Sévigné, le 13 août 1689, à madame de Grignan, « le plus joli voyage du monde au Port-Louis, qui est une très belle place, située comme vous savez ; toujours cette belle pleine mer devant les yeux.... Le lendemain, nous allâmes en un lieu qu'on appelle Lorient, à une lieue dans la mer ; c’est là qu’on reçoit les marchands et les marchandises qui viennent d’Orient. Un M. Le Bret, qui arrive de Siam et qui a soin de ce commerce, et sa femme qui arrive de Paris, et qui est plus magnifique qu’à Versailles, nous y donnèrent à dîner : nous fîmes bien conter au mari son voyage, qui est fort divertissant. Nous vîmes bien des marchandises, des porcelaines, des étoffes ; cela plaît assez.... Nous revînmes le soir, avec le flux de la mer, coucher à Hennebont par un temps délicieux : votre carte vous fera voir ces situations. »

À l’époque où madame de Sévigné faisait cette curieuse description à sa fille, il n’y avait guère plus de vingt ans que la nouvelle compagnie des Indes, constituée par les lettres-patentes de Louis XIV du 26 mai 1664, s’était établie à Lorient.

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Suite de l'article sur Lorient, en PDF, complet en 6 pages,


 


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