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Les villes à travers les documents anciens

 

Nice, son histoire, et sa situation vers 1880

 

Plan de Nice vers 1880 - reproduction © Norbert Pousseur
Nice vers 1880, plan établi par Auguste Henri Dufour (voir pour détail en bas de page)

 

Texte extrait de l'ouvrage "La France illustrée" de Victor Adolphe Malte-Brun - édition 1881

Nice (lat. 43° 41' 38" ; long. 4° 56' 32"). — Nice [Nicœa,Nicia,Nizzia),station de la ligne de Paris à la frontière italienne, à 1,088 kilomètres de Paris, à 576 de Lyon et à 225 de Marseille, chef-lieu du département des Alpes-Maritimes, autrefois capitale du comté qui portait son nom, siège d’un évêché, de  tribunaux de commerce et de première instance, possède un lycée, une école normale d’instituteurs, un petit et un grand séminaire, et compte 53,397 habitants.

Cette grande et charmante ville est située à l’embouchure du Paillon (Paglione) et à 6 kilomètres  seulement de l’embouchure du Var, sur le versant  méridional d’une colline dont les pentes adoucies  aboutissent à la Méditerranée. Le majestueux rempart de montagnes qui arrête les vents du nord, l’incroyable richesse de la végétation, font de ces lieux la résidence la plus salubre, le séjour le plus délicieux qu’on puisse rencontrer.

Nice tire son nom d’un mot grec qui signifie victoire. C’est, en effet, en souvenir d’une victoire qu’ils venaient de remporter que les Phocéens de Marseille fondèrent cette ville, dont ils voulaient faire la rivale du port d’Hercule. On fait remonter la date de cette fondation au IIIe siècle. La prospérité de Nice fut si rapide, que, dans sa description des villes italiennes, Strabon la cite immédiatement après Rome. Pendant les guerres puniques, le grand Scipion y relâche deux fois, et les flottes romaines y trouvent tout ce qui est nécessaire à leur ravitaillement.
Nice, comme presque toutes les petites républiques de la Confédération ligurienne, prit parti contre César et perdit son indépendance après le triomphe de l'usurpateur. Pendant la triste période de l’invasion des barbares, qui firent des Alpes-Maritimes leur grande route vers l’Italie, Nice, devenue tour à tour la proie des Goths, des Vandales, des Wisigoths, des Bourguignons et des féroces Lombards, ne fut bientôt plus qu’une misérable bourgade. Elle recueillit les habitants de Cimiès, qui vinrent y chercher un asile après la destruction de leur cité, et, avec leur aide, elle releva ses propres ruines et retrouva quelque chose de son ancienne grandeur. Elle ne pouvait toutefois se passer de protecteurs, dans cet âge de violences ; elle reconnut d’abord la souveraineté des rois francs, puis se jeta dans les bras de la république génoise, sous la menace des pirates sarrasins qui commençaient à se montrer sur les côtes de la Ligurie. Gênes fut souvent impuissante, et les mauvais jours revinrent ; ils durèrent plus de deux siècles, jusqu’à la venue d’Othon le Grand, qui, secondé par un vaillant enfant de Nice, Gibalin Grimaldi, seigneur d’Antibes, délivra pour toujours le pays de ses barbares oppresseurs. Nice, après cet affranchissement, éprouva de sérieuses difficultés dans son organisation intérieure. Deux puissantes familles, les Caïs et les Badat, s’y disputaient l’influence et l’autorité. Les Caïs appuyaient leur ambition sur les prétentions des comtes de Provence ; les Badat voulaient une république ; ces derniers triomphèrent, malgré l’intervention d’une armée provençale, qui perdit son chef, Raymond-Bérenger III, dans un assaut sous les murs mêmes de la ville. Alphonse Ier d’Aragon, dix ans après, en 1176, vengea son prédécesseur. Le courage déployé par les chevaliers établis dans la cité depuis 1135 ne put la sauver. Alphonse et ses successeurs usèrent modérément de cette victoire.

Le règne de Bérenger IV compte même parmi les meilleurs jours de Nice. Nous trouvons de curieux détails sur les mœurs de cette époque dans une intéressante publication due aux recherches de M. le commandant Fervel. « Le numéraire était si rare, dit-il, qu’on prêtait légalement au taux de 20 pour 100. Une charte de 1060 établit pour les denrées de détail les prix suivants en sols melgoriens, qui représentaient la cinquantième partie d’un marc d’argent : une journée de manœuvres, 3 sols ; un bœuf, 15 sols ; un cheval, 20 sols ; un mulet, 17 sols ; une paire de souliers, 5 sols ; un manteau avec capuchon, 18 sols ; une tunique de femme, 25 sols ; une servante, gages annuels, 40 sols ; une livre de pain, 3 deniers ; de viande, 2 deniers et demi ; de poisson, 2 deniers. Les hommes des hautes classes, coiffés d’un petit chapeau de velours noir, portaient les cheveux longs flottant sur l'épaule, avec les moustaches et la barbe. La chemise, à col tombant, découvrait une partie de la poitrine. Les robes à longs plis et, en hiver, les manteaux ajoutaient à la noblesse du costume. Les paysans et ouvriers n’avaient qu’un épitoge à capuchon. Les dames nobles et bourgeoises portaient un surcot boutonné qui tombait jusqu’aux talons, et, pardessus, une tunique descendant jusqu’aux genoux. Leurs cheveux étaient bouclés, et leur tête couverte d’un long voile qui cachait entièrement la figure et la gorge. Les femmes du peuple remplaçaient la tunique par la mantille à capuchon et sans manches ; leurs cheveux étaient roulés en couronne au-dessus du front. Un chapeau de forme cubique et à larges bords, dit capellina, les préservait du soleil et de la pluie. A défaut de voiles, elles portaient des masques de différentes couleurs ; car il n’y avait que les femmes notées d’infamie qui marchassent à découvert. Elles y étaient forcées ; si elles y manquaient, toute femme honnête pouvait leur courir sus. La vie était sobre, active, réglée ; un homme de soixante ans semblait être dans toute la force de l’âge, et les centenaires n’étaient point alors des phénomènes. On parlait à Nice la langue provençale avec la prononciation italienne. Le peuple et les religieux étaient illettrés : en 1189, sur dix-huit moines profès de la célèbre abbaye de Pons, quinze ne savaient pas écrire leur nom.

La domination des comtes de Provence et de la maison d’Anjou dura jusqu’au traité de Chambéry (5 octobre 1419), qui consacra la cession de Nice à la Savoie. Cette nation, malgré l’habileté de ses princes, ne pouvait efficacement défendre une place qui devenait la base des opérations des grandes puissances occidentales dès qu’elles entraient en lutte. Nice eut donc à subir, pendant trois siècles encore, les calamiteuses alternatives auxquelles l’exposaient sa position géographique, la politique mobile de ses maîtres et l’insuffisance des forces qui devaient la protéger. Toutefois, ces luttes, quoique inégales, ne furent pas sans gloire. Nice peut citer avec fierté les exploits des frères Galléan, armateurs intrépides, qui lancèrent dans son port, le 3 avril 1489, le Saint-Jean, navire de 1,600 tonneaux, qui devint la terreur et l’admiration de la Méditerranée. Au siècle suivant, quand l’alliance de François Ier et du terrible sultan Soliman Il jeta dans de si grands périls les campagnes comme les côtes du comté de Nice, la cité assiégée, en 1543, par terre et par mer, trouve parmi ses enfants une héroïne qui, comme notre Jeanne de Beauvais, la hache à la main, renversait du haut des murailles le porte-étendard des janissaires, en criant victoire ! Elle s’appelait Catherine Ségurane. Moins poétique que nos vierges de Picardie et de Vaucouleurs, elle était d’une laideur repoussante, qui lui avait valu le surnom de Manufaccia ; elle avait trente-sept ans ; ses allures étaient viriles et soldatesques. Elle obtint les honneurs du triomphe, et on lui éleva dans la suite, sur la porte Parolière, une statue en pierre, d’un travail brut, comme le modèle. Chaque période de paix correspond à la date de quelques agrandissements ou embellissements de la ville. Après le traité de Cateau-Cambrésis (1559), la plupart des édifices sont restaurés ; les nobles, les citoyens, rivalisent avec les princes de dévouement patriotique et de générosité. La paix d’Aix-la-Chapelle, deux siècles plus tard, est le signal d’améliorations plus notables encore. On étendit alors la ville Neuve et le faubourg de la Croix-de-Marbre ; le palais épiscopal fut relevé ; les consuls décorèrent la façade de l’hôtel de ville, et une société de capitalistes organisa la belle promenade de la Terrasse. La paix, dont le pays a joui depuis 1815, a fait la ville telle que nous la voyons aujourd’hui.

Nice et son port vers 1880 - reproduction © Norbert Pousseur
Nice avec son port en premier plan, vers 1880 (Gravue à la signature illisble)

Nice se divise en vieux Nice et en ville Neuve. Le vieux Nice, situé sur la rive gauche du Paillon, ressemble à beaucoup de villes du Midi ; les rues en sont étroites, tortueuses, bâties pour éviter le soleil, et pavées de petites dalles de granit. Ces ruelles sont bordées de boutiques primitives, qui ne prennent jour que par leur porte, et sillonnées d’une foule remuante, couverte de vêtements aux couleurs vives, qui leur donnent un certain air de ressemblance avec les bazars d’Orient. il y a comme une coquetterie du hasard dans le gracieux contraste que présentent ces quartiers pittoresques avec les grandes et belles avenues de la ville Neuve, située sur la rive droite du Paillon, où brille dans tout son éclat le luxe moderne, où s’étalent avec complaisance les opulentes fantaisies de toutes les contrées de l’Europe.
L’aspect de toutes ces richesses, la réunion de toutes ces élégances cosmopolites n’est cependant pas ce qui donne à Nice son caractère le plus original et le plus saisissant. La nature y domine, y efface toutes les grâces de la civilisation, toutes les séductions de l’art. Nice, et c’est là son charme suprême, Nice n’est point une ville, c’est un grand parc, où les plus splendides palais disparaissent dans des bosquets d’orangers, sous des touffes de roses. Nice n’est pas plus dans ses rues ombragées que sur la pente de ses collines ou dans l’ombre de ses vallées ; on ne voit ni où elle commence ni où elle finit ; c’est un immense jardin où chacun semble avoir planté sa tente au hasard, sûr de trouver, n’importe sur quel point de ce paradis terrestre, la santé et le bonheur.

Nice a peu de monuments. Nous citerons cependant, dans l’ancienne ville, l’antique cathédrale Sainte-Réparade, place Rosetti ; l’église Saint-Augustin, dans laquelle Luther prêcha avant sa rupture avec Rome ; l’église Saint-Jacques ; dans la nouvelle ville, l'église du Vœu ou Saint-Jean-Baptiste, élevée en 1835 par la ville, en reconnaissance d’avoir été préservée du choléra ; l’église Saint-Pierre et la nouvelle église de Notre-Dame de Nice, rue de la Gare, construite dans le style du XIIIe siècle. Nice est une ville cosmopolite ; aussi ne peut-on s’étonner d’y voir un temple anglican, une église écossaise, une église russe, une église évangélique, un temple allemand, un temple américain, une synagogue. Parmi les monuments civils, nous nommerons : la préfecture, la mairie, la tour de l’Horloge, le tribunal de paix, le grand lycée, le petit lycée, le théâtre français, le théâtre italien incendié le 23 mars 1881, mais que l’on doit reconstruire dans un des nouveaux quartiers ; les hospices de la Croix, de la Charité, de Saint-Roch, le palais Lascaris et la galerie des Beaux-Arts, sur le boulevard du Bouchage. Les plus belles places sont : la place ou square Garibaldi, qui a successivement porté les noms de place Victor et de place Napoléon ; la place ou square Masséna, décorée de la statue du maréchal ; la place Charles-Albert et la place Cassini, près du port. Outre la promenade des Terrasses, l’une des plus anciennes de la ville, et de celle du Château, qui couronne un monticule rocheux de 96 mètres de hauteur, autrefois occupé par l’ancien château détruit en 1706 par l’ordre de Louis XIV, Nice cite avec orgueil la belle promenade des Anglais, avenue de plus de 2 kilomètres de longueur, bordée de splendides habitations et ayant pour horizon la côte, et plus loin la mer ; le jardin public et le jardin des Phocéens, où s’épanouissent les plantes des tropiques. Sur le quai Cassini et près du port, qui se compose de deux bassins, on montre la maison où est né Garibaldi. Nice n’est une ville ni très industrielle ni bien commerçante ; sa richesse essentielle consiste dans le tribut que lui payent les malades et les voyageurs. Cependant elle a un port qui exporte du chanvre, des citrons, des oranges, des fruits confits, de l’huile d’olive, du riz, de la soie, des parfumeries et des salaisons ; elle reçoit en échange des denrées coloniales, du cuir, des farines, de la mercerie, de la morue, du savon et du vin. Elle a, comme toute ville de son importance, brasseries, distilleries, tanneries, vermicelleries, tonnelleries, filatures de soie, fabriques de chaussures, de cire, d’essences, d’eaux minérales et de fruits confits. Elle fait un grand commerce de fruits confits et des fleurs de ses admirables jardins.

Nice est une des stations d’hiver des plus à la mode et des plus fréquentées ; mais si son climat est favorable aux goutteux, aux rachitiques, aux asthmatiques et à ceux que les travaux intellectuels ont affaiblis, il est juste de remarquer que ce même climat n’est plus aussi favorable aux gens affectés de maladies de cœur ou dont le système nerveux est attaqué.
Nice compte, parmi ses plus glorieux enfants, les frères Cassini et Garibaldi, dont le nom appartient désormais à l’histoire. Les opinions et les œuvres de cet homme remarquable peuvent être discutées ; mais ses adversaires eux-mêmes reconnaissent en lui une probité indiscutable, une foi indomptable, le patriotisme le plus pur et le plus ardent.
Les armes de Nice sont  : d'argent, à l'aigle éployée de gueules, reposant sur trois monts de sinople.


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Voir aussi le reportage sur Nice en ces mêmes pages

 

 

 

 

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