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Les villes à travers les documents anciens

Genève au 18 au 19ème siècle

Vue générale de Genève vers 1855 - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Vue générale de Genève prise de la gare du chemin de fer de Lyon à Genève, gravure signée A. Guesdon
publiée dans L'Illustration - 1858
Collection personnelle

Voici 4 articles sur Genève, provenant de dictionnaires ayant chacun leur spécificité.
Il serait sans doute possible d'en faire un seul résumé, mais en perdant l'originalité de chacun.
J'ai donc préférée les laisser tels que, chacun apportant une précision supplémetaire.

 

Article sur Genève du Dictionnaire généréral de géographique universelle - Ennery et Hrth - 1840
Collection personnelle

GENEVE (la ville de), Augusta Allobrogum, Geneva, capitale du canton de ce nom et la ville la plus considérable de la Suisse ; se trouve sous 46° 12' 5” latitude septentrionale, et 3° 49' 54" longitude orientale ; elle occupe une position charmante, à l’extrémité du lac de Genève.

Histoire brève : Genève, ancienne ville des Allobroges, et dont Jules César fit une de ses places d’armes, reçut, dit-on, le christianisme déjà au troisième siècle ; elle fut, pendant quelque temps, la capitale du premier royaume de Bourgogne, au centre duquel elle était située. Puis, ville impériale depuis le onzième siècle y elle augmente peu à peu ses franchises pendant les sanglantes querelles de ses évêques et de ses comtes, et bientôt le pouvoir des premiers fut considérablement restreint par les syndics élus du sein de la bourgeoisie. Mais elle eut à soutenir une lutte longue et difficile avec le duc de Savoie, dans les états duquel elle se trouvait enclavée, et qui depuis longtemps cherchait, par tous les moyens, à s’arroger la domination sur Genève. Aux prétentions du duc venaient se joindre celles de la noblesse. Enfin, au commencement du quinzième siècle, les bourgeois de Genève adoptèrent la réforme, classèrent leur évêque et les partisans du duc de Savoie, se constituèrent en république et, avec le secours des Bernois, leurs alliés, maintinrent leur indépendance contre les ducs de Savoie. Cette ville devint le foyer du calvinisme.
En 1793, on y introduisit une constitution semblable à celle qui régissait la république française, ce qui amena de graves dissensions. En 1798, elle fut réunie à la France et devint le chef-lieu du département du Léman. Lorsque les Autrichiens y entrèrent en 1813, Genève fut de nouveau proclamée ville libre, et, en 1815, elle entra comme vingt-deuxième canton dans la confédération helvétique. Dans la même année, son territoire s’augmenta de quelques communes catholiques retranchées de la France et de la Savoie, et parmi lesquelles se trouvent d’un côté Uersoi, de l’autre la ville de Carouge.

Le pont et le quai des Bergues de Genève vers 1835 - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Le pont et le quai des Bergues de Genève vers 1835, gravure signée Girard et Outwaite
publiée dans les Alpes pittoresques - description de la Suisse - Alride de Forestier - 1837
Collection personnelle

Situation : De la place Maurice et de la promenade de la Treille on jouit des points de vue les plus beaux et les plus variés. Le Rhône, à sa sortie du lac, partage la ville en deux parties, dont l’une, la plus grande, située sur la rive gauche, est appelée la Cité, tandis que l’autre, jadis un simple faubourg, porte le nom de St-Gervais.

Genève est entourée de fortifications anciennes et étendues, mais insignifiantes.
Ses principaux édifices sont : l’église de St.-Pierre, d’une belle architecture gothique ; l’hôtel de ville, au faîte duquel on peut monter en calèche ; le théâtre, l’observatoire, et la halle aux blés.

Genève renferme une population de 28,000 habitants.
Elle possède une université, avec des facultés de théologie, de droit et de médecine, fondée en 1368 et renommée surtout sous le rapport des sciences naturelles et mathématiques ; une école des arts ; une bibliothèque de 39,000 volumes ; Un collège ; 12 écoles primaires et plusieurs établissements d’éducation privés ; une école des sourds-muets, fondée en 1815 ; un musée, un beau jardin botanique et plusieurs collections remarquables d’objets d’art ou d’histoire naturelle et appartenant à des particuliers ; enfin plusieurs sociétés savantes : des sociétés de médecine, d’industrie, des arts, d’agriculture, de physique et d’histoire naturelle, etc.
Les principaux établissements de bienfaisance sont : l’institution des sourds-muets déjà nommée, l’hôpital et l’hospice des orphelins.

Son industrie : Genève est une ville très importante par son industrie, dont la principale branche est l’horlogerie ; elle y fut introduite en 1587, par un Français nommé Charles Cusin, et elle est depuis longtemps fort estimée et envoie au loin ses nombreux produits. La bijouterie, la fabrication de boîtes à musique occupent également un grand nombre de personnes. Enfin il y a aussi des fabriques d’impression pour les toiles, des tanneries, des corderies, des fabriques de chapeaux, etc. Située sur les limites de la Suisse, de la France et de l’Italie, Genève fait, outre un grand commerce d’exportation, un commerce de transit très- considérable.

Cette ville a été la patrie de plusieurs hommes célèbres : de J.-J. Rousseau, du médecin et naturaliste Bonnet, du financier Necker et de sa fille, Mme de Staël, de Saussure, des Pictet, etc.

 

Genève et ses quais vers 1875 - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Genève et ses quais vers 1875, gravure signé d'un B
publiée dans la Géographie générale -physique, politique et économique - Louis Grégoire - 1877
Collection personnelle

 

Article sur Genève du Dictionnaire géographique et statistique de la Suisse - Marc Lutz - 1859
Collection pessonnelle

GENÈVE, capitale du canton ; 46°, 42’ 47” de latitude et 8°, 49’ 36” de longitude.
Si elle n’est pas la plus grande ville de la Suisse, elle est du moins la plus peuplée ; elle est le centre d’un arrondissement fédéral des péages et des postes, et le siège d’un bureau des télégraphes.

Le Rhône, qui y quitte le lac Léman, forme une île de 780 pieds de long sur 130 pieds de large et coupe la ville en deux parties, dont la plus petite, le faubourg St. Gervais, est habitée principalement par la classe ouvrière ; 4 grands ponts les mettent en communication.

Depuis 1848 et 1849 les fortifications qui entouraient la ville ont commencé peu à peu à être rasées sur un décret du grand conseil ; le terrain ainsi gagné est nivelé et vendu par parcelle pour des constructions.
La position de Genève est l'une des plus belles de l'Europe et a été souvent chantée en vers et en prose par ses habitants et les étrangers.
L'intérieur de la ville perd de jour en jour davantage son caractère sombre et sévère ; les anciennes rues sont étroites, montueuses, et les maisons hautes souvent de 5 ou 6 étages.

Les plus beaux quartiers sont :

  • les Quais, avec leurs belles constructions et leurs hôtels ;
  • la Corraterie,avec une belle rangée d'élégants magasins,
  • et la place Bel-Air.

 

Genève depuis les quais, vers 1900 - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Genève depuis les quais, vers 1900, gravure non signée
Collection personnelle

Les bâtiments publics les plus remarquables sont :

  • l’église-cathédrale de St Pierre, située sur la hauteur, avec trois tours et un beau style byzantin, malheureusement défiguré dans la façade par une reconstruction postérieure. Elle contient, entre autres, les tombeaux d’Agrippa d’Aubigné, le brave, courageux et savant ami d’Henri IV, du duc de Rohan, le bienveillant général français, connu par ses guerres dans les Grisons contre les Autrichiens, et de son fils Tancrède. Les peintures sur verre dans le chœur sont du 18e siècle.
  • On vient de terminer une magnifique église catholique qui a été consacrée le 8 septembre 1859 ;
  • une église anglicane épiscopale a été inaugurée en 1853 ;
  • un temple israélite l’a été le 1er juillet 1859 ;
  • un temple maçonnique sera bientôt terminé ;
  • près de là est le Conservatoire, tout récemment construit, grâce à la générosité de M. F. Bartoloni ;
  • la maison de ville, où l’on peut monter à cheval jusqu’aux étages supérieurs par un chemin en spirale ;
  • la machine hydraulique, qui approvisionne la ville d’eau ;
  • l’arsenal, le théâtre, construit en 1782 ;
  • le bâtiment électoral, la grande halle aux blés ;
  • la maison pénitentiaire et de correction, organisée d'après le système américain ;
  • les deux grands entrepôts ;
  • la maison des aliénés,
  • l’établissement des sourds-muets,
  • la nouvelle maison des orphelins,
  • l’hospice cantonal,
  • l’académie.

La tour de César de Genève vers 1855 - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
La tour de César de Genève vers 1855, gravure signée Girard et Lepetit
publiée dans La Suisse historique et pittoresque - 1858
Collection personnelle

Parmi les institutions scientifiques,

  • il faut citer le musée Rath,fondé en 1826 et donné à la ville par le Genevois Rath, général au service de Russie. Une décision du gouvernement l’a séparé dernièrement de la Société des arts, qui y avait eu son siège jusqu'alors. On y admire des chefs-d'œuvre de peintres anciens et modernes, mais surtout des célèbres peintres suisses Calame, Diday, Hornung, Morel-Fatio, Coindet, etc.
  • La Bibliothèque de la ville,fondée en 1551 par Bonivard, contient 30,000 à 35,000 volumes et 500 manuscrits, parmi lesquels des autographes et des lettres très importantes et très intéressantes de Calvin, Bullinger, Bèze, 44 volumes de sermons de Calvin, une traduction française de Quinte-Curce faite par le Portugais Vasco et offerte par lui à Charles le Téméraire ; une histoire de la Bible avec de magnifiques peintures ; un manuscrit de sermons de St. Augustin, sur papyrus et remontant au 6ème siècle.
  • Le Musée d'histoire naturelle est surtout riche en objets suisses ; il contient les collections géologiques de de Saussure, botaniques de Brognard et de de Candolle, zoologiques de Boissier et de Necker ; enfin le cabinet de physique de Pictet, et nombre d'objets rares, curieux ou antiques.
  • Il faut citer encore les écoles de dessin et de modelage,
  • celle d'industrie,
  • le Conservatoire de musique
  • et un grand nombre d’instituts particuliers, dont quelques-uns ont une grande réputation.

Parmi les nombreuses institutions charitables,

  • il faut mettre en première ligne l’hôpital des bourgeois, qui a un fonds de 3,5 millions et soigne environ 800 personnes par an.
  • Les établissements et sociétés de bienfaisance sont fort nombreux à Genève. Elle fut longtemps regardée par la Suisse et les pays voisins comme la citadelle du protestantisme ;
  • les sociétés Bibliques et de Missions qui envoient l’Évangile et des prédicateurs dans toutes les contrées du monde, et cela au prix de sacrifices fort considérables, prouvent que le zèle religieux ne s’y est point refroidi.

Parmi les objets qui excitent la curiosité des étrangers, il y a entre autres les maisons de Calvin (rue des Chanoines, 116), l’emplacement qu’occupait celle de Rousseau dans le faubourg St. Gervais, les maisons de Bonnet, de de Saussure, l’élégant palais du philhellène Eynard ; le relief de la chaîne du Mont Blanc par Séné, sur la nouvelle promenade du grand Quai ; les aigles près des boucheries, qui doivent être les armoiries vivantes de la ville ; le monument de Rousseau sur l'île, enfin le Square de Grenus, non encore terminé, qui doit être un monument à l’honneur de feu le baron Grenus, le bienfaiteur de la ville et de la Confédération.

Genève vers 1860 avec une roue de moulin  - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Genève vers 1860 avec une roue de moulin en premier plan, gravure signée Rouargue frères
A inspecter le plan couleur (un peu plus bas dans la page) il semblerait qu'il s'agisse du moulin Cotteau
(... ou celui 'A poudre' ?)
Gravure publiée dans Voyage en Suisse - Xavier Marmier - 1862
Collection personnelle

Pour le commerce et l’industrie de Genève, la ville compte un grand nombre d’imprimeries et de librairies ; elle en avait déjà de célèbres dans le 15e et le 16e siècle. Il y a des sociétés de lectures et un casino où les étrangers ont l’accès le plus facile et trouvent tous les journaux du pays et de l’étranger et de riches bibliothèques. Les moyens de se divertir n’y manquent pas non plus, et les amateurs de la belle nature trouvent partout dans les environs les plus beaux buts de promenade. Dans l’intérieur même de la ville il y a celles de la Treille, de St. Antoine, du jardin botanique, le jardin anglais ; dans les environs les plus rapprochés, le tour des jardins, le chemin de Chambésy, le Petit Saconnex, sur la route de Fernex (Voltaire), celle du grand Salève.

Il n’est pas nécessaire de rappeler, en fait d’exercices plus lointains,
la vallée de Chamouni, la Dôle, le Môle, puis le Valais, et Vaud par le lac.

Hôtels : Métropole, Bergues, Couronne, Lac, Grand Aigle, Lion d'or, Angleterre, Ecu de Genève.

Cafés : Nord, Couronne, Poste, Levant, Paris, etc.

34,238 habitants, dont 9,322 catholiques.

 

Article sur Genève de la Géographie de Busching - tome 6 – Bérenger - 1779 - Collection personnelle

Geneve en allemand Gent, autrefois Gebenna, Janoba et Janua, est située sur une colline qui s’élève à l’extrémité du lac de son nom, dans le lieu où le Rhône en sort : ce fleuve la partage en trois parties inégales, jointes par quatre beaux ponts La plus grande partie est située vers la Savoie ; une des autres s’appelle S. Gervais, et est du côté de la France. Entre les deux est la troisième, environnée par le Rhône, longue de 700 pieds, large de 200.
Elle eut autrefois six faubourgs, réduits à deux par la nécessité de se resserrer pour fortifier la ville ; les deux qui existent encore font partie de son enceinte, ce sont ceux de St. Gervais et du Four.
Les maisons y sont, toutes de pierres, bien bâties, et plusieurs sont magnifiques. Dans la partie basse, le devant des maisons est couvert par des dômes élevés ; c’est là que se fait plus grand commerce.

On y compte cinq églises, donc une seule est moderne ; la principale d’entre elles est dédiée à St. Pierre, et fut bâtie sous les empereurs, ou même, sous les derniers rois de Bourgogne ; on l’a décorée d’une nouvelle façade, imitée du Panthéon de Rome.,
Les luthériens y ont aussi une belle salle qui leur sert d’église ; ils y ont été protégés par les ducs de Saxe-Gotha.
Les catholiques y exercent leur culte dans la chapelle du résident que la France y entretient.

L’hôpital général est un édifice vaste et magnifique, ses revenus ne lui ont pas suffi, et ils montent à plus de 100000 livres.
Les réfugiés français y ont un hôpital particulier qu’on nomme bourse-française.
Il en est une encore pour les Italiens.

La maison de ville est dans la partie de la ville la plus élevée ; elle est vaste, bâtie avec plus de grandeur que de goût ; on y remarque un escalier sans degré où l’on peut monter en voiture ; on en trouve de semblables en divers autres lieux.

Elle a un arsenal un parc d’artillerie, divers magasins à poudre, munis de conducteurs électriques pour en éloigner la foudre.

Son académie est composée de 13 professeurs, et son collège de neuf classes ; elle a une école de dessin. Sa bibliothèque est nombreuse et renferme diverses curiosités naturelles. Ses promenades sont charmantes : on y jouit d’un air pur, d’une situation magnifique,

le commerce et les arts y prospèrent ses environs sont peuplés et riants, semés de jolies maisons, de palais et de jardins. La nature en a fait un des plus beaux lieux de la terre, et l’art n’y dépare point ce que fit la nature.


Histoire : Elle fut une ville des Allobroges : César y vînt et en parle ; dans le cinquième siècle elle fut soumise aux rois de Bourgogne ; et c’est peut-être alors qu’un évêque y établit son siège ; elle fit partie de l’empire de Charlemagne, puis du second royaume de Bourgogne, d’où elle retomba à l’empire. Les évêques y avaient acquis le titre de prince ; les comtes du Genevois établis par les empereurs pour rendre la justice, devenus héréditaires par la faiblesse et l’éloignement de leurs maîtres, se firent les vassaux de cet évêque, et bientôt lui disputèrent ses droits : ces rivalités firent le bien du peuple, en ce qu’elles préparèrent sa liberté ; déjà depuis longtemps, il avait ses assemblées générales, composées de tous les pères de familles, citoyens, bourgeois et habitants, convoquées par ses chefs ou les évêques : par elles, il faisait des lois, des alliances, sans consulter l’évêque qui pouvait y accéder pour son compte ; il exerçait une grande partie du pouvoir souverain.
Les ducs de Savoie en héritant des possessions des comtes du Genevois devinrent, les ennemis du peuple qu’ils voulurent asservir, et probablement ils y auraient réussi, si la réformation, devenue la religion de l’État en 1535, n’eut éloigné pour toujours les évêques devenus les instruments aveugles du duc : Genève tantôt en guerre ouverte avec ce prince, tantôt dans une paix apparente, se maintint libre par son courage et son alliance avec les cantons. Elle fut comme la tête de la religion réformée.
Diverses révolutions, surtout dans ce siècle, ont changé successivement quelque partie de son gouvernement ; et ce qu’il est aujourd’hui ne sera plus peut-être dans quelques années : on pense à en perfectionner les lois. Disons cependant un mot de son gouvernement actuel.

Organisation : Le peuple y est divisé en trois classes ; les citoyens, les bourgeois, les natifs et habitants ; les premiers sont, ceux qui sont nés dans l’enceinte des murs de pères reconnus bourgeois ; ils parviennent à toutes les charges : les bourgeois sont, ceux qui en ont acheté le titre et les droits ; ils ne peuvent parvenir que dans le grand-conseil : ceux-là seulement sont membres du conseil général dès qu’ils ont atteint l’âge de 25 ans : ils sont le souverain. Les natifs sont nés dans la ville de pères habitants ; ils jouirent de quelques privilèges dans les arts et métiers ; mais, n’ont point de droits politiques.
Trois conseils y forment le gouvernement : le petit conseil composé de 25 membres exerce sa haute police, délibère le premier sur tous les objets politiques et économiques, juge des causes civiles en second ressort, et des causes criminelles en dernier ressort ; le grand conseil en élit les membres et doit les choisir dans son corps. Le conseil, des soixante est formé du petit conseil et de 35 membres du grand : il ne sert qu’à donner du poids aux délibérations du petit conseil dans les affaires importantes. Le grand conseil est formé de 250 membres, dans lesquels sont compris ceux du soixante ; il est juge suprême des causes civiles, et peut faire grâce ou modérer la peine dans les procès criminels : il délibère et décide sur tous les objets qu’on présente au conseil généra, et est élu en partie par le petit conseil, en partie par le peuple.

Par la loi, le peuple élit divers magistrats ; tels. sont les quatre syndics, qui sont les chefs de l’État et président à tous ses tribunaux ; ils sont élus dans le sénat ; mais quand le peuple a rejeté tous les, sénateurs éligibles, on les lui présente tous à la fois joints à quatre membres du grand conseil, et il choisit sur tous : tel est le trésorier pris aussi dans le sénat, qui est en charge trois ans, et peut étant confirmé, l’exercer durant six : le lieutenant, chef du premier tribunal civil et criminel, et choisi ordinairement parmi les anciens syndics : les auditeurs qui sont les assesseurs du lieutenant, et sont choisis dans le grand conseil ; ils sont en charge trois ans : le procureur général qui veille sur les lois, qui parle pour le public dans les procès, dans les objets qui intéressent la constitution, est, le protecteur des pupilles, et le contrôleur des tutelles ; son office dure trois ans, mais par une réélection, il peut l’exercer pendant six.

Les hommes en état de porter les armes dans la ville y sont partagés, en quatre régiments, un corps d’artillerie, un de navigation, et une compagnie de dragons à cheval : elle soudoie une garnison .de 720 hommes divisés en 12 compagnies. Ses premiers chefs militaires sont membres du sénat.

Les pasteurs présidés par un syndic assistés de quelques membres du grand conseil, forment le consistoire.

Les divers conseils se divisent en diverses chambres qui veillent sur différents objets de policé : celle des blés est la plus remarquable : elle doit toujours avoir plusieurs milliers de coupes de blés dans les greniers publics, elle fournit du pain à tous les particuliers qui n’en font pas, et à un prix plus haut qu’il ne doit être dans les temps d’abondance ; mais aussi plus bas que dans ceux de disette : si elle gagne, c’est pour l’État, mais ses pertes sont aussi à la charge de l’État.

Genève est fortifiée régulièrement : tous ceux qui l’habitent doivent être soldats : on compte environ 28 mille âmes dans, l’enceinte de ses murs : il y en a 5 à 6000 dans son territoire divisé en neuf paroisses.

Elle a des foires, mais elles ne sont plus comme autrefois le rendez-vous des commerçants Suisses, Français, Italiens.

Son commerce a pour base les divers objets qu’on y fabrique, et il s’en fait encore un de commission qui est considérable. On y comptait 840 maîtres horlogers
il y a quelque temps : la joaillerie y a été florissante, et y existe encore, mais sans éclat ; on y fabrique peu de draps ; cependant ce commerce y est encore assez florissant. On y travaille les cuirs, on y fabrique des toiles peintes : il en est une manufacture qui seule occupe 600 personnes.

Il y a un grand nombre de citoyens qui vivent des rentes qu’ils le sont procurées en Angleterre et plus encore en France., et leurs richesses qui sont un bien pour eux, sont un mal pour l’État.

Genève s’allia en 1519 avec Fribourg, en 1526 avec Fribourg et Berne, en 157O elle eut été membre de la Confédération sans les intrigues de la Savoie et de l’Espagne ; en 1584 elle fit une alliance perpétuelle avec Zurich et Berne.
Elle est alliée de la France depuis Longtemps, et enfin la Savoie, en 1754, reconnut sa pleine indépendance.

Ce petit État est heureux, ou peut l’être ; il est libre, il est riche, le peuple y est plus instruit qu’on ne l’est ailleurs, et il a peut-être plus de mœurs qu’il n’y en a ordinairement dans les villes opulentes.

 

 

Plan de Genève en 1773 - gravure conservée et numérisée par la © BNF, restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Plan de Genève en 1773 établi par Nicolas Chalmandrier
Plan de la ville de Genève dédié au très magnifiques et très honorés seigneurs le Conseil et sindic de la République
par leur très humble et rès obéissant serviteur Nicolas Chalmandrier, graveur 1773

Plan conservé et numérisé par la © BNF et retravaillée numériquement par N Pousseur

 

Article extrait du Dictionnaire universel géographique et historique - Thomas Corneille - 1708
(collection personnelle)
- Il s'agit donc d'écrits de la fin du 17ème siècle, vu la date d'édition.

GENÈVE. Ville des anciens Allobroges, en Latin Geneva, Genneba, Aurelia Allobrogum, Genevensium, anciennement Ceneva, Ganuba et Genabum.

Plan de Genève du temps des romains - gravure conservée et numérisée par la © BNF, restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Plan de Genève du temps des romains, détail du plan précédant
Plan conservé et numérisé par la © BNF et retravaillée numériquement par N Pousseur


Elle est à deux lieues du pays de Vaud et de la ville de Berne, à sept d’Annecy, à douze de Lausanne, à quinze de Chambéry, à vingt-quatre de Lyon, et située à l’endroit où le Rhône sortant du Lac Leman, dit de Genève, la divise en deux parties. Celle qui est vers le Midi est la plus grande, et conserve le nom de Genève. L’autre qui est bâtie dans le pays de Gex, est appelée Saint Gervais.

Cette ville est très considérable pour son antiquité, pour sa situation avantageuse, pour le grand nombre de ses habitants, et pour son commerce. César voulant empêcher les courses des Helvètes, y fit faire un retranchement de dix-neuf mille pas de long, et de seize pieds de haut, depuis le Lac Léman jusqu'au mont Jura. On en voit encore quelques restes, proche de Gingin, à une lieue de Nyon. Au bout de la ville, le Rhône reçoit la rivière d’Arve qui est un second rempart qu’elle a au Midi.

La grande église de saint Pierre, qui fut autrefois la Cathédrale, sert aujourd’hui de prêche aux Calvinistes qui sont maîtres de Genève. On y voit encore dans un des côtés du Chœur les restes des portraits des douze Apôtres peints sur du bois, et de l’autre côté les Images de la Sainte Vierge et de saint Pierre, qui sont dans une des fenêtres. On voit dans la même église le tombeau du Duc de Bouillon, général des troupes allemandes, appelées vulgairement Reîtres en France, qui furent défaites à Aulmau par le Duc de Guise.
Du haut de la Tour où sont les cloches, et où contre les règles de toutes les églises, demeurent trois ou quatre familles, hommes, femmes et enfants, on découvre un pays fort agréable, composé de six territoires différents ; savoir, de celui de Genève, de celui de France, de celui de Savoie, de la Suisse, de la Valteline et de la Franche-Comté.

L’Arsenal est petit, mais en très bon ordre, et bien garni d’armes. On y montre par rareté les échelles que les Savoyards y apportèrent quand ils voulurent surprendre la ville. Ayant été découverts, on les prit eux-mêmes, et ils furent décapités sur le champ.

La Maison de ville où les Magistrats tiennent leur Conseil, a un escalier fort remarquable pour sa singularité.

Le vieux Genève au 17ème siècle  - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Le vieux Genève au 17ème siècle.
publiée dans l'Histoire de la Suisse racontée au peuple - Albert Gobat - 1899
Collection personnelle

Les fortifications de cette ville sont très régulières, et il y a de jolies rues, mais surtout le long du Lac. Celle qui est appelée rue de la Riviere, y en fait trois différentes. Dans le milieu elle a un passage pour les chevaux et pour les carrosses, et entre deux on voit des boutiques, qui forment une nouvelle rue de chaque côté, jusques aux maisons, avec de grands toits qui sont soutenus sur des piliers, de sorte que les injures du temps n’y font rien souffrir.

Diverses inscriptions font connaitre que Genève a été considérable du temps des Romains. Le feu l’ayant consumé presqu’entière sous Héliogabale, Aurélien la fit rebâtir. Les Bourguignons en chassèrent les Romains, et après le renversement du Royaume de Bourgogne, elle devint ville Impériale. L’Empereur Charles IV y fonda une Université vers l’an 1368. Elle a eu des Comtes Particuliers, et l’on tient que le premier nommé Ratbert vivait en 880.
Ces Comtes appelés Comtes de Genevois, disputèrent la Souveraineté de Genève aux évêques, qui en avoient été établis Seigneurs Temporels et Spirituels. Ils possédaient en Fief de cette église tout ce qui est compris aujourd’hui sous le nom de Genevois ; Pierre, Comte de Genève étant mort sans enfants en 1392 reconnut pour son héritier Humbert de Villars son neveu, qui mourut en 1400 après avoir disposé de sa succession en faveur d’Odon de Villars son oncle. Ce dernier vendit le Genévois à Louis, Comte de Savoie en 1401 et le Syndic de l’Empire ayant réclamé ce Fief vaquant par le défaut des mâles de la Maison de Genève, ce Prince fut obligé de demander une nouvelle investiture que l’Empereur Sigisinond lui accorda en 1424. Elle fut confirmée par Maximilien I en 1519 et par Charles-Quint onze ans après.

L'escalade de Genève en 1602r - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
L'escalade de Genève en 1602, gravure d'une eau-forte de Matthias Quad
publiée dans l'Histoire de la Suisse racontée au peuple - Albert Gobat - 1899
Collection personnelle


Gennève, bien connu en Savoie, un village joyeux et une région fertile, a longtemps été en conflit avec le duc et a connu bien des querelles.

 

Le duc a mené une grande campagne militaire, a pris la ville pendant la nuit et avait pour ainsi dire déjà remporté la victoire, si seulement l'ennemi avait pris le temps de réfléchir. Et en retenant ses troupes, Ce qui a attiré de nombreux citoyens, Et si le combat devient pénible pour l’ennemi, Qui peut s’enfuir par-dessus les remparts de la ville ? Quatorze bourgeois y trouvèrent la mort ; ceux-là se retrouvèrent peu après dans une grande détresse, car ceux qui ne périrent pas au combat furent par la suite jugés et pendus.

Comme les Ducs de Savoie établissaient des Juges et des Notaires à Genève, qu’ils faisaient garder les portes et battre monnaie, ils prétendirent que cette ville fût soumise à leur domination, mais la seule faiblesse des évêques qui n’avaient pu l’empêcher, était cause qu’ils s’étaient approprié ces droits. L’Empereur Charles IV révoqua par un décret tout ce qu’il avait fait au préjudice de l’évêque en faveur de la Maison de Savoie, et l’Empereur Venceslas réserva l’église de Genève, des Vicariats de l’Empire qu’il donna à Amédée, Duc de Savoie. Quand l’Empereur Sigisinond l’en eut privé, il confirma la Souveraineté Temporelle de cette église, ce que Charles-Quint renouvela l’an 1531. Il est certain que les évêques en étaient les légitimes Seigneurs, et qu’on faisait les cris publics en leur nom, ou en celui de leur Vidame. Tous les Officiers subalternes dépendaient d’eux. Ils les déposaient selon qu’ils le jugeaient à propos, et les Magistrats recevaient d’eux le pouvoir de juger les causes criminelles quand les coupables n’étaient pas ecclésiastiques.

Farel et Calvin s’étant introduits dans cette ville avec leur Clergé Anarchique, en chassèrent l’évêque Pierre de la Baume l’an 1536 et y établirent une espèce de Démocratie, ou plutôt d’Aristocratie, composée de Laïques et de Ministres. L’évêque ne laisse pas d’en conserver encore aujourd’hui le titre, et fait sa résidence à Annecy, petite ville de Savoie, aussi-bien que le Chapitre qui jouit de ses revenus et de ses terres, qui se sont trouvées heureusement hors des limites de la Juridiction de Genève, qui a fort peu d’étendue.

Saint François de Sales, homme d’une douceur et d’une piété extraordinaire, mêlée de beaucoup de zéle et de prudence, en fut autrefois évêque. On dit de lui qu’il fit quatre mille Prédications pendant sa vie.

Les Genevois ayant donné dans l’hérésie de Calvin, firent alliance avec les Cantons de Zurich. et de Berne. La forme de leur Gouvernement est presque semblable à celle des Cantons Suisses. La Souveraineté réside dans le Grand Conseil, appelé aussi le Conseil des deux cent. On en tire vingt-cinq personnes qui forment le petit Conseil. La Magistrature appartient à l’un de ces Conseils, et le Gouvernement à l’autre. Le petit a inspection sur le grand, dont il nomme les Conseillers, et le grand examine tout ce que sait le petit. Il y en a un troisième, composé de soixante personnes tirées de celui des deux cent. C’est lui qui donne ses avis au petit Conseil sur les affaires importantes. Tous ceux qui entrent dans ces Conseils y sont à vie, et pour y être reçu, il faut être marié et jouir du droit de Bourgeois. Les Syndics, dont les Charges sont les premières de la République sont aussi à vie. L’élection s’en fait par les Bourgeois assemblés dans l’Hôtel de ville.
* Lassels, Voyage d’Italie. Audiffret, Géographie ancienne. et moderne tome 2.

Genève depuis les bords de l'eau vers 1835 - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Genève depuis les bords de l'eau vers 1835, gravure signée C. Frommel et H. Winkles
publiée dans Vues classiques de la Suisse - Henri Schokke - 1838
Collection personnelle


Entre Genève et la ville de Lausanne est le Lac fameux appelé Lac de Genève à l’un de ses bouts, et Lac de Lausanne à autre. Son rivage est bordé de divers petits pelotons de terre si bien ordonnés qu'il semble que l’art s’en soit mêlé ; et quant au pays qui touche ses bords, le penchant de ses coteaux droits et unis, et le ras de ses campagnes sont une perspective très agréable. Ce Lac qui est d’une fort grande étendue doit avoir plus de cinq cens brasses de profondeur en quelques endroits, puisqu’on n’en saurait trouver le fond.
Il donne beaucoup d’excellents poissons ; mais dont le nombre diminue sensiblement, jusque-là qu’une espèce toute entière y a disparu, ce qu’on attribue non seulement à la voracité du brochet, mais à une autre sorte de poisson qu’on appelle Moutail, que l’on n’y voit que depuis trente ans, et qu’on présume y être venu par des canaux souterrains du Lac de Neuchâtel, et de quelques autres Lacs de la Suisse où il s’est vu de tout temps.
L’eau de ce Lac est claire et fraiche. Elle vient du Rhône et de plusieurs grandes sources qui y sont répandues, et qui apparemment se forment de certaines eaux que les montagnes voisines renferment dans leurs cavités et dont elles se déchargent dans son sein.
Le Rhône ne traverse pas le Lac de Genève sans y mêler ses eaux avec celles qu’il y trouve, comme l’ont cru quelques voyageurs qui se sont fondés sur ce qu'on voit courir çà et là certains petits vents qui soulèvent doucement l’eau sur laquelle ils passent, en sorte qu’en un endroit elle parait en repos, et en l’autre elle semble être en mouvement. C’est de-là qu’ils ont conclu que ce Fleuve passait au travers du Lac sans se mêler à ses eaux.
* Burnet, Voyage de Suisse.

 

Paysanne des environs de Genève vers 1835 - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur
Paysanne des environs de Genève vers 1835, gravure signée Octavie Rossignon
publiée dans Les Alpes pittoresques - description de la Suisse - Alride de Forestier - 1837
Collection personnelle


 

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Pour zoom, Plan de Genève du temps des romains - gravure conservée et numérisée par la © BNF, restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur  Pour zoom, La tour de César de Genève vers 1855 - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur   Pour zoom, Paysanne des environs de Genève vers 1835 - gravure reproduite et restaurée numériquement par  © Norbert Pousseur 

 

 

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