Accueil Présentation Lieux 900 photos Cartes - Gravures Thèmes Personnages

 

Les villes à travers les documents anciens

 

Le Portugal à travers quelques notices historiques

 

Carte du Portugal vers 1850 - reproduction © Norbert Pousseur
Voir ci-dssous la même carte du Portugal vers 1850, avec zoom
Carte extraite de l'Atlas de Géographie universelle de Malte-Brun, édition vers 1852

 

Extrait du dictionnaire universel du Commerce de Jacques Savary des Bruslons, édité en 1723, les statistiques de cet article étant arrêté à l'année 1716.

 

Commerce de PORTUGAL dans les années 1700

Il n'y a guère d’État dans l'Europe, qui porte titre de Royaume, & qui ait un Roy particulier, qui ait moins d'étendue que celui de Portugal ; & il n’y en a guère cependant qui ait poussé le Commerce plus loin, & qui l'ait soutenu avec plus de réputation.
Ses grandes conquêtes dans l’une & l'autre Inde, ses établissements dans plusieurs endroits des Côtes d’Afrique, & la possession des Îles Açores, de Madère, & du Cap-vert, avaient longtemps soutenu ce Commerce, qui peut-être encore conserverait son premier éclat, si l’union du Portugal & de l’Espagne n'était jamais arrivée.
Cette union, si fatale au Commerce des Portugais, arriva en 1580,après la mort du Cardinal Henry, successeur de l’infortuné Sébastien., tué en Afrique, à la journée d’Alcacer, le 4 Août 1578.
Les Portugais devenus sujets du Roy d’Espagne, eurent de redoutables ennemis dans les Hollandais, qui combattaient pour leur liberté, presque en même temps que ceux-là commençaient à subir le joug des Espagnols, que ceux-ci venaient de secouer.
Bientôt le Brésil, à peu de places près, fut enlevé aux Portugais. Ils perdirent une partie de leurs conquêtes des Indes Orientales, dont ces nouveaux Ennemis se rendirent maîtres, autant par leurs intrigues, que par la force ouverte : & ayant aussi perdu quelques-unes de leurs Colonies sur les Côtes de Guinée, à peine leur resta-t-il la force de soutenir une partie de leur Commerce d’Afrique, qui leur était auparavant également glorieux & lucratif.
Il est vrai, qu'après soixante ans d’une union forcée, le Portugal rentra dans ses premiers droits; que tout ce qui lui restait d’États dans les trois autres Parties du Monde, reconnut avec lui pour Roy, Jean Duc de Bragance, qui fut proclamé le premier Décembre 1640.
Mais le coup fatal au Commerce des Portugais était frappé ; & quoiqu'ils soient rentrés depuis en possession du Brésil, & qu’on leur ait restitué les forts & les établissements de la Côte d’Afrique, celui des grandes Indes ne s’est jamais bien rétabli ; en sorte que quelque soit encore celui qui se fait à Lisbonne, il n’est rien en comparaison de leur ancien Commerce, lorsque toutes les richesses du sein Persique, de l’Arabie, des États du Mongol, des Côtes de l’Inde, de la Chine, du Japon, & de toutes les îles de cette vaste partie de l’Océan, au-delà de la Ligne, venaient se rassembler à Goa, la Capitale de leurs conquêtes aux Indes Orientales, & arrivaient à Lisbonne sur de nombreuses flottes, pour y être distribuées à toutes les Nations de l’Europe, par les mains seules des Portugais.
Le Commerce du Portugal, tel qu’il est présentement, se fait, ou par les Nations Étrangères, Française, Anglaise, & Hollandaise, qui chargent leurs vaisseaux pour Lisbonne,& Porto, les seuls Ports considérables de ce Royaume ; ou par les Portugais eux-mêmes, qui viennent apporter leurs marchandises chez leurs voisins, & y chercher celles qui leur manquent.
Cette dernière sorte de Commerce est moins ordinaire ; & il l’est davantage, de voir les vaisseaux étrangers dans les ports de Portugal, que de voir les navires Portugais sur les Côtes, & dans les ports des étrangers.
L’on a dit que le Portugal n'était pas d’une grande étendue ; & en effet, à peine contient-il la sixième partie de toute l’Espagne ; cependant il est si fertile, que si on le compare à tous les Royaumes, qui reconnaissent en Europe la domination Espagnole, on s'exagérera pas, quand on dira qu'il produit lui seul presque autant de marchandises propres au Commerce, que tout le reste de l’Espagne.
On tire de Portugal, des laines, des vins, des huiles, des anis, des raisins, des figues, des oranges, & des citrons, ou frais, ou confits ; enfin, des sels ; qui toutes sont marchandises du crû du Pays.
Celles du dehors leur arrivent des grandes Indes, du Brésil, de Madère, du Cap-vert, de S. Thomé, de la Côte de Melynde, de Mozambique, & de plusieurs Colonies des Côtes de Guinée, d’où il part tous les ans de riches flottes, particulièrement de Goa, dans les Indes d’Orient, & de la Baie de tous les Saints ; & de Pernambouc, dans celles d’Occident.

Les plus précieuses de ces marchandises, sont, des perles, des diamants bruts, & de toute sorte de joaillerie : les autres consistent en cotons, sucres, canonnades, tabacs, gingembre, indigo, bois de Brésil & de Campêche, & autres bois propres à la teinture, & à la marqueterie ; des peaux de bœuf, des vins de Madère, & toutes espèces de drogues médicinales,& autres ; enfin, du poivre, & même quelque cannelle.
C’est de toutes ces marchandises que les Étrangers font leurs retours : & l'on peut juger de la quantité qu’ils en enlèvent ; puisqu'il passe pour constant, que les seuls Hollandais tirent tous les ans de Portugal, la charge de dix à douze vaisseaux seulement de citrons & d’oranges, sans compter beaucoup d’écorces & de citrons confits, & d'autres excellentes confitures, qui se font, tant en Portugal, qu’au Brésil ; & dans les îles de Madère, & de Fayal.
Il est vrai qu’il s’en faut bien, que les vins de Portugal approchent de la bonté de ceux d'Espagne, & de Canaries : & les Anglais ayant voulu, pendant la guerre pour la Succession de cette dernière Monarchie, en enlever, pour se passer des autres, & de ceux de France, ont été obligés d’en abandonner le négoce, non seulement à cause d'un certain dégoût, ou déboire, comme parlent les Gourmets de vin, que l'usage ne peut surmonter; mais principalement pour leur qualité âcre & corrosive, que les Médecins Anglais estiment très dangereuse, & peu convenable au tempérament de la Nation.

Les marchandises étrangères propres pour le Portugal, sont,des froments, des seigles,des orges, .& toutes sortes de légumes : des soieries, des sels, des toiles, du ruban de fil, de la mercerie, de la quincaillerie, du papier, des cartes, des cuirs préparés, des habits tout faits ; en un mot, les cargaisons & les assortiments pour le Portugal, sont peu différents de ceux destinés pour l’Espagne : & c’est aussi ( comme on l’a dit de celle-ci ) au Brésil, & dans les autres Colonies Portugaises de l’Amérique, & des Côtes d’Afrique, que se fait la plus grande consommation des marchandises que les vaisseaux Français, Anglais & Hollandais transportent à Lisbonne.
Les Français ont fait longtemps seuls presque tous les envois des étoffes de soie, qui se vendaient en Portugal ; & jusqu'en 1667, il n’y avait guère que les Marchands de Paris, de Lyon, & de Tours, qui en fissent le Commerce.
Deux choses ont fait tomber ce négoce, d’un grand profit pour la France ; l’une, l’infidélité des Commissionnaires Français ; l’autre, l’établissement des Manufactures de soie à Lisbonne, & dans quelques autres Villes de Portugal, qui ont aussi enfin détruit le Commerce des Génois, Florentins, Vénitiens, & autres Italiens, qui avaient profité de la décadence de celui des Français.
On peut ajouter une troisième raison à ces deux premières ; c’est la défense qu’on fit en France, des sucres, & des tabacs de Portugal, pour favoriser le débit de ceux de la Compagnie Française des Indes d’Occident, établie en 1664 ; les Portugais, par une espèce de représailles, ayant aussi de leur part interdit dans leurs États, le Commerce des Manufactures de France.
Il se fait cependant encore en Portugal, quelque négoce d’étoffes de soie de fabrique Française, particulièrement des plus beaux brocards, surtout de ceux d’or & d’argent, dont les Dames de la Cour font une estime singulière. On en peut dire de même des perruques faites par les Perruquiers de Paris, dont les seigneurs Portugais ne se peuvent passer.

Ce sont les Hollandais qui ont le plus profité de ces contretemps, & de cette mésintelligence entre les deux Nations, si unies depuis les secours que les Français avaient si généreusement donnés dans la révolution de Portugal.
Un des premiers foins du nouveau Roy, fut de traiter avec les Hollandais, en leur faisant représenter, par un Ministre qu’il leur envoya, que l’union des Portugais avec les Espagnols ayant cessé, ceux-là ne devaient plus être considérés comme Ennemis par les États Généraux.
La représentation fut suivie d'un Traité de Trêve en 1641. Elle devait durer dix ans, pendant lesquels la navigation restait libre, & chacun en possession de ce qu’il occupait.
Les Portugais se plaignant d’une inobservation de la Trêve de la part des Hollandais aux Indes Orientales, la rompirent de leur côté dans le Brésil en 1646, & s’y remirent en possession de ce dont ils y avaient autrefois été les maîtres. La guerre repassa, ensuite la Ligne ; & les deux Nations se la déclarèrent en Europe, où elle dura jusqu'au mois d'Août 1661, que la paix se conclut entre elles, par la médiation de Charles II. Roy d’Angleterre, qui voulait épouser l’Infante de Portugal.

Les Hollandais n’ont point depuis ce temps-là interrompu ce Commerce, que quantité d’articles favorables du nouveau Traité leur rendaient plus avantageux, & plus facile à soutenir, qu’à aucune des autres Nations de l’Europe. Ils y emploient tous les ans quarante à cinquante vaisseaux, depuis quinze jusqu'à trente pièces de canon.
Les bâtiments qui vont charger des sels à Saint Ubez, ne sont que des flûtes de trente à quarante tonneaux, qui vont toujours en flotte, & avec un convoi, à cause des Corsaires de Barbarie.
L’on s’étonnera peut être, que l’on porte du sel en Portugal, d’où les Anglais & Hollandais en tirent une si grande quantité par S. Ubez : mais cela vient de ce que les Portugais préfèrent pour leur usage, le sel de broyage au leur ; & qu’au contraire, celui de S. Ubez est plus estimé dans une partie du Nord, où il y a longtemps qu’on s’en sert, & où les vaisseaux d’Angleterre & de Hollande le portent, que celui du Pays d’Aunis, & du Comté Nantais.


Porto en 1842 - reproduction © Norbert Pousseur
Porto en 1842, extrait du Précis de la Geographie universelle de Malte-Brun

Commerce de Porto.

Toutes les Nations qui trafiquent à Lisbonne, ont aussi des établissements, & des Consuls, à Porto. Les Anglais, & les Hollandais, surtout les premiers, y font un Commerce considérable. Celui des Français y est médiocre, quoiqu'il leur fût aisé de l’augmenter de beaucoup. Les vaisseaux qui y viennent de France, ne passent guère le nombre de huit, au plus vont-ils jusqu'à dix.

Lire la suite sur la page sur Porto et son histoire


 

Le PORTUGAL au milieu des années 1800

 

Article tiré de la Géographie universelle de Malte-Brun, édition vers1855

Benderillo des taureaux - reproduction © Norbert Pousseur
Le benderillo des taureaux , illustration de l'article de Malte-Brun

 

LIMITES, SUPERFICIE, POPULATION. — Le royaume de Portugal s’étend, du nord au sud, entre le 42e et le 37e degré de latitude; et, de l’est à l’ouest, entre le 9e et le 11e de longitude. Au nord, il a pour limites politiques la province espagnole de Galice et une partie de celle de Zamora; à l’est, celles de Salamanque et d’Estrémadure, et le royaume de Séville.
Ses limites naturelles sont, au nord, une partie du cours du Minho et des montagnes de Penagache et de Segondera; à l’est, une partie du Duero, le cours du Turon, celui du Herjas, une partie du Tage, le Sever, une portion de la Guadiana, de la Chandza et de la basse Guadiana, depuis sa réunion avec cette rivière jusqu’à son embouchure ; l’Océan forme les confins méridionaux et occidentaux de ce royaume. Sa plus grande longueur, du nor4 au sud, est de 550 kilomètres ; et sa plus grande largeur, de l’est à l’ouest, est d’environ 200. Sa superficie est de 91,285 kilomètres carrés, et sa population était en 1854 de 3,499,121 habitants pour la partie continentale seulement; mais si l’on veut y joindre les Açores et Madère, qui dépendent directement de la mère-patrie et sont considérées comme provinces maritimes, il faut ajouter à ces nombres 3,844 kilomètres carrés pour la superficie, et 344,998 pour la population, ce qui donne pour la superficie du Portugal 95,129 kilomètres carrés, et pour sa population, en 1854, 3,844,119 habitants.
CLIMAT, TEMPÉRATURE. — L’espace peu étendu que comprend le Portugal, du nord au sud, devrait faire supposer partout une température assez uniforme; mais l’inégalité du sol, la direction des vallées, la proximité plus ou moins grande de l’Océan, modifient considérablement son climat. Un intervalle de quelques kilomètres suffit pour passer de la température de l’Allemagne à la température élevée de Lisbonne. Depuis le littoral jusqu’aux plus hautes cimes, la chaleur, d’abord très-forte, diminue par degrés; cependant plusieurs causes locales modifient les règles connues d’augmentation ou de diminution. Ainsi, dans la province de Trasos-Montes, où le sol est assez élevé, on éprouve pendant l’été des chaleurs excessives, surtout aux environs de Lamego; mais on a remarqué que les collines d’ardoises qui environnent le territoire de celte ville s’abaissent vers le sud, tandis que le Marao s’élève en offrant une barrière au souffle des vents du nord. L’éloignement de la mer, qui permet difficilement à la brise qu’elle produit de parvenir jusque sur ce territoire ; le calorique rayonnant qui se développe dans cette étroite vallée, celui qui s’exhale des collines d’ardoises brûlées par le soleil, sont les causes qui contribuent à déterminer le climat qui y règne, et qui en font une des régions les plus chaudes du Portugal dans la belle saison.
Les parties basses de ce royaume jouissent d’un double printemps et d’un hiver très-court. Le premier commence en février; les autres mois sont tantôt froids et pluvieux, d’autres fois chauds et secs. La moisson se fait en juin; dès la fin de juillet les chaleurs dessèchent les plaines, l’herbe jaunit, les arbres languissent, et les plantes potagères ne doivent leur conservation qu’aux soins actifs des jardiniers. Cependant les soirées et les nuits sont rafraîchies par la brise de mer. Tandis que le littoral est exposé à une chaleur qui dépasse souvent celle de la zone torride, les régions plus élevées ressentent la plus douce température (la différence de température entre le littoral et la région élevée est d’environ 6 degrés centigrades). Vers la fin de septembre ou le commencement d’octobre, les régions basses se parent d’une seconde végétation ; aux fleurs de l’automne succèdent tout à coup des fleurs printanières; les prairies se garnissent d’une herbe jeune et fraîche; les arbres semblent reprendre un nouveau feuillage ; et les orangers, qui refleurissent, donnent au mois d’octobre tous les charmes du plus beau printemps. L’hiver commence en novembre et règne jusqu’au mois de février. C’est la saison des grandes pluies et des violents ouragans ; c’est alors que les torrents se frayent un chemin jusqu’aux rivières, dont les débordements interceptent les communications.
Mais le froid n’est jamais rigoureux, il gèle même rarement la nuit ; Cependant, au delà du Duero, dans les montagnes de la province de Tras-os-Montès et sur les sommets de la Serra d’Estrella, de la Serra de Mamès et de celle d’Estremos (les Espagnols disent surru, et les Portugais serra), le froid est assez vif. La neige s’y amoncèle, mais rarement les cours d’eau sont gelés. Suivant le témoignage de plusieurs Portugais dignes de foi, le sommet du Gaviarra, dans la province de Minho, quelques cavités du Marao et des cimes de l’Estrella, recèlent de la neige pendant les plus fortes chaleurs de l’été. Hors de ces montagnes, les parties les plus froides ne la conservent qu’un mois, et dans le royaume d’Algarve elle est tout à fait inconnue. Dans la province d’Entre-Douro-et-Minho et dans celle de Tras-os-Montès, Je vent du nord règne pendant l’hiver; dans celles de Beira, d’Estrémadure et d’Alem-Tejo, c’est le vent du sud-ouest qui domine pendant cette saison, et les grands froids sont produits par le vent d’est que refroidissent les sommets neigeux de la Castille. Dans les autres saisons, et particulièrement pendant l’été, le nord-ouest souffle le matin et le sud-ouest l’après- midi.
On a remarqué qu’à Lisbonne et dans le bassin de l’embouchure du Tage, l’hiver dure pendant les mois de décembre, janvier, février et mars; le printemps, pendant les mois d’avril et de mai; l’été, depuis le 1er juin jusqu’à la fin de septembre; et l’automne comprend octobre et novembre. Le bassin du Mondego, aux environs de Coïmbre, est plus tempéré que celui de Lisbonne, mais il est plus humide et moins salubre; celui de Porto et de Penafiel, non moins humide, est plus nébuleux et plus froid en hiver, mais très -chaud en été. Dans l’Algarve, au contraire, l’hiver offre une douce température; les prairies sont toujours émaillées de fleurs; pendant les mois de juillet, août et septembre, la pluie est peu abondante; et lorsque le mois d’octobre est pluvieux, il n’est pas rare de voir fleurir de nouveau les arbres fruitiers en novembre.
Les mois les plus humides sont ceux de décembre et de janvier. L’abondance des pluies en avril est un signe de la richesse des moissons. Un fait assez intéressant dans l’histoire des phénomènes atmosphériques, c’est que pendant le mois de mai le vent tourne ordinairement avec le soleil, c’est-à-dire qu’il souffle de l’est au lever de cet astre, du sud à midi, du nord-ouest le soir et du nord pendant la nuit. De là le nom de vento rodeiro que lui donnent les Algarviens.
Les montagnes qui couvrent le Portugal sont la Serra de Mon- chique qui se termine au cap Saint-Vincent, la Serra d’Estrella qui se termine au cap de la Roca, et la Serra de Gérés ; elles sont toutes dirigées parallèlement du nord-est au sud-ouest. Malgré ces montagnes, le pays est rarement exposé aux désastres causés par la grêle et les orages : le tonnerre n’y gronde que pendant l’automne et l’hiver.
SALUBRITÉ DU CLIMAT DU PORTUGAL. — Les détails que nous venons de donner sur la température nous engagent à dire un mot sur la salubrité du climat. Le Portugal jouit, à cet égard, d’une grande réputation en Angleterre. Plusieurs exemples de longévité suffisent peut-être pour attester que cette opinion n'est point un préjugé ; quelques localités jouissent même d’une certaine prédilection sous ce rapport. On cite parmi les lieux salubres, Braga, Ponte-de-Lima et presque toute la province de Minho; Mirandella, Villa-Pouca, Montalègre et plusieurs autres villes du Tras-os-Montès. Au centre, toute la vallée supérieure du Mondego, depuis Guarda jusqu’à Ponte-di-Marcella; dans l'Estrémadure, Ourem, Lonres et Lisbonne; dans l’Alem-Tejo, Béja, Evora, Ourique; et dans I ’Algarve, Monchique, au nord, et sur le littoral, Faro et Tavira. Cependant quelques lieux, et principalement ceux qui sont humides et marécageux, ont une influence dangereuse sur la santé : tels sont dans cette province, à l’est de Faro, Quarteira, Lagos et les salines de Silvès et do, San-Marcos d’Asserra; dans l'Alem-Tejo, Silveiras et Monte-Moro-Novo; dans l'Estrémadure, Almeïrim, et presque
toute la rive méridionale du Tage, depuis le rio Almanzor jusqu’auprès de Lisbonne; dans la province de Beira, les pentes méridionales do l’Estrella, et les bords du Mondego, depuis Coïmbre jusqu'à Figuerra; enfin, dans le Tras-os-Montès, Pezzo-de-Regoa,
Chaves, Bragance et Miranda.
RICHESSES MINÉRALES INEXPLOITÉES DU PORTUGAL. — Si l’on en jugeait par le peu d’avantage que le pays en retire, on aurait une fausse idée des ressources territoriales du Portugal ; les renseignements publiés par Adrien Balbi ont heureusement fourni les moyens d’en apprécier l’importance. Il est peu de contrées en Europe qui possèdent une plus grande quantité de sources minérales : on en compte 10 dans la province de Minho, 6 dans le Tras- os-Montès, 17 dans le Beira, 12 dans l'Estrémadure, 9 dans l’Alem-Tejo et 2 dans l’Algarve. Ces eaux sont gazeuses, salines, sulfureuses, ferrugineuses, ou simplement chaudes ; toutes sont d’une température plus ou moins élevée. Ce pays, où les Carthaginois allaient chercher leurs métaux, qui possède des mines d’or, d’argent, de fer, de plomb, d’étain, et d autres minéraux moins utiles, est cependant tributaire de l’étranger pour ces mêmes richesses, qui, exploitées avec intelligence, pourraient devenir une branche importante d’exportation. Ses mines de houille commencent ' à être mises en valeur par les Anglais; les marais salants donnent seuls des produits; le sel de Setubal (Saint-Ubes) s’exporte au loin, et l’on en estime à 8 ou 10 millions de kilogrammes la production annuelle.
AGRICULTURE ET PRODUCTIONS NATURELLES. — L’agriculture dans la plupart des provinces, à l’exception de celles de Minho, Beira, Tras-os-Montès, est loin d’être aussi avancée en Portugal que dans les autres pays agricoles de l’Europe; ce royaume ne produit point de quoi satisfaire à sa consommation. 11 importe annuellement 150,000 muids de céréales, dont la valeur représente plus de 35,000,000 de francs, et dont un sixième seulement vient de ses colonies. A. Balbi a cependant calculé que le royaume fournit, année commune, de quoi nourrir sa population. Il faut donc attribuer ces importations aux besoins de la consommation de Lisbonne, qui, faute de routes, ne peut recevoir de l’intérieur les approvisionnements nécessaires. Cette cause n’est pas sans influence sur l’agriculture. La franchise du port de Lisbonne, ne fait qu’aggraver le mal en y attirant les blés de l’étranger; d’autres causes nuisent encore au développement de l’industrie agricole : les principales sont: les impôts considérables qui frappent les terres et les paysans ; la grande quantité de terres privilégiées appartenant à la couronne, à la noblesse, au clergé et aux communes; le manque de bras, causé par le service de la milice, qui pèse principalement sur l’habitant des campagnes; l’habitude qu’ont les nobles de ne point vivre dans leurs terres, et de les affermer à longs termes à des fermiers qui les sous-louent aux laboureurs ;. enfin le défaut de communications causé par le mauvais état des grandes routes. Le gouvernement a cherché, il est vrai, à mettre fin à tous ces abus, mais les divisions intestines et la pénurie dans les finances n’ont pas peu contribué à empêcher l’exécution de la plupart des améliorations projetées.
Le mauvais état de l’agriculture a nécessairement de l’influence sur la quantité et la qualité du bétail que nourrit le Portugal ; cette influence réagit ensuite sur la culture elle-même. Le nombre de jours où l’on s’abstient de manger de la viande, et qui forme près du tiers de l’année, force à recevoir annuellement de l’étranger
280,0 quintaux de morue valant 10,000,000 de francs. La mauvaise qualité des pâturages que l’agriculteur ne cherche point à améliorer; le peu de parti que le paysan tire du lait de ses vaches, et qui est tel qu’il ne sait point en faire du fromage et du beurre, tandis que la Hollande et l'Angleterre approvisionnent le Portugal de ces denrées : que faut-il de plus pour expliquer la dépendance de ce pays à l’égard de l’étranger? L’huile qu’il retire de ses oliviers négligés est loin d’être une véritable richesse pour son sol, tant elle est mal fabriquée. En déduisant, année commune, la valeur des importations de celle des exportations, on voit qu’il reste à la charge du pays une valeur de 60,000 francs sur ce seul produit; tandis qu’il paraîtrait naturel que le Portugal en approvisionnat non-seulement ses colonies, mais plusieurs pays étrangers.
Les provinces de Minho, de Tras-os-Montès et de Beira sont riches en produits, mais principalement en céréales. Dans le Minho et le Beira, on cultive particulièrement le maïs, et dans le Tras- os-Montès le seigle. La plus grande partie de l’Estrémadure et de l’Algarve est inculte; cependant le maïs réussit dans la première, lies principaux produits dp la seconde consistent en froment, en figues et en amandes. Dans les autres parties du royaume, on recueille des poires et des pommes excellentes; on cite celles de Colarès et de Portalègre, comme les figues d’Almada. L’Estrémadure s’enrichit par ses oranges et ses citrons, renommés dans tout l’univers, et l'Alem-Tejo produit beaucoup d’olives. Le châtaignier abonde dans tout le Portugal. Les vins de ce royaume sont fort estimés; on connaît celui du haut Douro, vendu sous le nom de vin de Porto, si recherché par les Anglais; le muscat de Carcavelos et de Setubal, et les vins blancs de l’Algarve, principalement ceux de Faro et de Sines. Parmi les vins rouges, on doit citer, dans la province de Lisbonne, ceux de Torres-Vedras, plus légers que ceux de Porto ; dans le Tras-os-Montès, ceux de Galafura et de Covelinhos, ainsi que ceux de Rancâo, Barca et Romaneiras.
En 1853 il a été exporté pour 6,186,680 francs de ces vins à l’étranger; la plus grande partie pour l’Angleterre et les colonies européennes.
PRODUITS DU RÈGNE ANIMAL. — On est étonné que dans un pays soumis à une température aussi favorable, l’éducation des vers à soie et des abeilles soit pour ainsi dire dans l’enfance ; le Portugal pourrait en tirer un grand avantage. Les autres produits du règne animal sont tout aussi négligés. Ses brebis devraient être une source de richesse : leurs troupeaux sont nombreux, surtout dans la province de Beira, d’où ils émigrent l’hiver pour celle de l’Alem-Tejo : leur laine, moins fine que celle des brebis espagnoles, est cependant recherchée par les étrangers; l’exportation des laines ne dépasse pas une valeur annuelle de 400,000 francs. Les chevaux sont inférieurs à ceux de la Castille et de l’Andalousie : ils sont petits, mais légers et bien faits. L’éducation et la culture pourraient facilement améliorer leur race et augmenter leur nombre, trop peu considérable. Plus nombreux, les mulets, grands, forts et dociles, pourraient ajouter à la richesse du pays.
La faune portugaise se compose d’un petit nombre d’animaux. Les loups peuplent les forêts et les montagnes; le chat sauvage habite les contrées désertes; la chèvre, également sauvage, n’est plus en aussi grand nombre qu’autrefois, cependant on la rencontre encore dans la Serra de Gérés; le cerf, le daim et le sanglier se montrent quelquefois dans les bois ; les lièvres y sont rares, et les lapins moins nombreux qu’en Espagne. Suivant un témoignage que nous ne récuserons pas, on trouve dans les bruyères des insectes du nord de l’Afrique, sur le revers de l’Estrella des papillons du midi de la France, et dans les montagnes de Tras-os-Montès des scarabées du nord. Toutes ces montagnes recèlent des vipères et d’autres reptiles venimeux. Dans les champs et jusque dans les maisons, on rencontre souvent le gecko de Mauritanie, saurien de la famille des lézards, objet d’horreur et de dégoût pour les Portugais, qui lui supposent des qualités malfaisantes, et qui n’apprécient pas les services qu’il rend en détruisant mille insectes nuisibles.
Les fleuves et les côtes du Portugal abondent en poissons de toute espèce ; on y pêche des aloses et des anguilles d'eau douce et de mer, une immense quantité de sardines, des soles, des carrelets, des trigles, la murène tachetée (murœna ophis), le scombre bonite ( scomber pelamis ) et le xiphias espadon. Cette abondance de poissons, qui devrait être une des principales richesses du Portugal, fait regretter que le gouvernement ait laissé tomber d’importantes pêcheries. Loin de pouvoir, comme il y a trois siècles, aller rivaliser avec les pêcheurs hollandais sur le banc de Terre- Neuve, les pêcheurs portugais ont à peine les moyens d’explorer avec avantage les côtes de leur propre pays ; et cependant, malgré les frais considérables qu’exige leur profession, malgré les droits excessifs dont leurs produits sont surchargés, malgré l’état de délaissement dans lequel ils se trouvent, leur nombre s’élevait encore, il y a quelques années, à plus de 18,000; mais, dégoûtés de leur état, on dit que chaque année ils fournissent à la marine anglaise d’excellents et intrépides matelots.

DIVISIONS POLITIQUES. — Le royaume de Portugal est divisé administrativement, en y comprenant Madère et les Açores, en huit provinces. Les six provinces continentales sont : l'Estrémadure, le Beira (haut et bas), le Tras-os-Montès, le Minho, l'Alem-Tejo et l'Algarve. Ces six provinces sont subdivisées en 17 districts ou comarcas, comprenant 386 communes (concelhos) et 736 paroisses (freguezias ou parochias ). La partie insulaire forme quatre districts, les Açores orientales, les Açores centrales, les Açores occidentales et Madère.
Nous allons visiter successivement chacune de ces provinces, en signalant les villes et les lieux les plus importants à connaître ; et nous commencerons notre excursion par la province de l'Estrémadure et par Lisbonne, qui est à la fois son chef-lieu et la capitale de la monarchie portugaise.
ESTRÉMADURE, LISBONNE. — Il est difficile de se faire une idée du magnifique spectacle qu’offre le port de Lisbonne (Lisboa), que tous les marins s’accordent à regarder comme un des plus beaux mouillages du monde. Il est défendu par le fort Bugio, situé sur une île à l’embouchure du Tage, et par celui de San-Juliao, placé sur sa rive droite. Le fleuve, après avoir formé une sorte de lac de
2,500 mètres de pourtour, où les flottes peuvent mouiller et se mouvoir à volonté sans être exposées aux canons des côtes, se resserre tout à coup à la partie occidentale contre la tour de Bélem et la vieille tour, et coule dans l’Océan. Les deux rives du Tage sont bordées do batteries, et la barre est coupée par un banc de rochers sous-marins appelés os Cachopos. Lisbonne s'élève majestueusement en amphithéâtre sur la rive droite du fleuve et couvre sept collines, Elle occupe un espace d’environ 12 kilomètres de longueur sur une largeur de plus de 4. Le Tage, malgré la vaste baie qu’il remplit, n’offre aux navires qu’un passage étroit et dangereux ; la barre que forment ses eaux, qui luttent contre les flots de l’Océan, oblige le navigateur prudent à ne tenter d’entrer dans le port que lorsqu’il est guidé par un pilote côtier. La vue de cette vaste capitale ferait croire qu’elle renferme une immense population, si l’on ne savait, par des renseignements exacts, que ses habitants ne s’élèvent pas à plus de 276,000. Elle est divisée en deux villes : l’ancienne, qui, échappée au terrible désastre de 1755, n’est qu’une réunion de rues tortueuses, étroites et sales; et la nouvelle, qui, formée de rues larges, presque toutes bien alignées et garnies de trottoirs, s'augmente de jour en jour. La plupart des maisons, composées de trois à cinq étages, présentent des façades régulières et s'adossent à des jardins. On compte dans les,deux quartiers environ 351 rues droites et 215 rues de traverse, 60 places, dont 12 seulement méritent ce nom. Les deux plus importantes sont la place du Commerce (praça do Commercio), dite aussi place du Palais (Terreiro do Paço), bornée d’un côté par le Tage, et ornée de beaux édifices, qui comprennent la bourse, la douane, la maison des Indes, l’intendance de la marine, la bibliothèque royale, et d’autres bâtiments dont quelques-uns ne sont point encore achevés : au centre s’élève la statue équestre en bronze de Joseph Ier; la place du Rocio, moins grande que la précédente, et que borde le vaste palais de l’Inquisition, qui renferme aujourd’hui les bureaux des différents ministères : plus bas sont les prisons du Saint-Office. Les seuls édifices que l’on puisse citer à Lisbonne sont le palais royal, construit dans le faubourg d’Ajuda, et qui est l’un des plus vastes de l’Europe; deux autres palais du roi : celui de Bemposta, dans lequel il donne audience, et celui de Necessidades, destiné à loger les princes étrangers ; l’arsenal de la marine, où l'on voit une salle d’une grandeur extraordinaire ; le collège des nobles, remarquable par son beau manège ; le palais de Calhariz, édifice réservé à l’académie des sciences et à celle de fortification; le théâtre de San Carlos, qui, par ses dimensions, peut être comparé aux théâtres de second ordre de l’Italie; la cathédrale, connue sous le nom de Basilica de Santa-Maria, vieil édifice restauré dans le goût moderne depuis le célèbre tremblement de terre; l’église du couvent de Jésus, bâtiment remarquable par la hardiesse de son dôme, et le plus magnifique qui ait été construit à Lisbonne depuis cette affreuse catastrophe ; enfin l’église des Martyrs, élevée sur l’emplacement où Alphonse Ier défit les Maures ; édifice antique que les révolutions physiques ont épargné, comme pour rappeler aux Portugais l'énergie avec laquelle ils conquirent leur indépendance.
Les églises sont en général construites dans un très-mauvais goût : elles sont surchargées de tours et de corniches et entourées de bizarres frontons. Les rues sont pleines de mendiants, vieux, jeunes, aveugles, étalant aux regards des plaies hideuses, Les plus belles rues de la ville nouvelle sont la rue de l’Or (rua do Ouro ), la rue de l’Argent (rua de Plata), et la rue Auguste (rua Augusta).
Lisbonne renferme plusieurs établissements dont les noms seuls suffisent pour attester leur utilité : nous placerons au premier rang l’observatoire de la marine, dont plusieurs travaux ont servi à l’avancement de la physique céleste ; l’académie royale de marine, qui a fourni plusieurs marins distingués ; l’école royale de construction et d’architecture navale ; l’académie royale de fortification, d’artillerie et de dessin ; l’école royale de chirurgie et celle de sculpture. Nous citerons encore l’école de commerce, le collège royal militaire, celui des nobles, les écoles royales du monastère de Saint-Vincent de Fora, où l’on enseigne les langues anciennes et le français, la physique, la géométrie et la philosophie ; l’école royale de dessin et d’architecture civile, dont les cours durent cinq années; l’institut de musique (seminario musical), où l’on enseigne le chant, la musique instrumentale et la composition; le collège royal de Saint- Patrice, créé en 1590 pour l’instruction des prêtres missionnaires irlandais; le collège royal des catéchumènes, fondé en 1579 pour instruire dans la religion les infidèles convertis; le collège de Saint-Antoine et de Saint-Pierre, destiné aux orphelin? et aux enfants vagabonds; les écoles royales de la congrégation de l’Oratoire, où l’on enseigne principalement le latin; enfin les écoles de grammaire, de rhétorique et de philosophie, établies à l’hospice royal de Notre-Dame des Necessidades. A ces différents collèges se joignent encore plusieurs établissements particuliers.
L’académie royale des sciences de Lisbonne est le premier corps savant du royaume; cette ville a depuis peu une société d'encouragement pour l’industrie nationale; elle possède des bibliothèques, un musée d'histoire naturelle, un jardin botanique, et d'autres collections scientifiques, mais qui ne peuvent soutenir aucune comparaison avec ceux des principales capitales de l'Europe, Lisbonne est la plus industrieuse et la plus commerçante des villes du royaume ; on y fabrique de la bijouterie, des chapeaux, des confitures et du chocolat estimé, et la plupart des objets que le luxe et la civilisation rendent nécessaires dans une grande ville. Son port, qui est très-fréquenté, est le centre d'un mouvement commercial très-actif; on en exporte des citrons, des oranges, du vin, de la laine, de l’huile et des cuirs. Lisbonne n’a encore qu’un tronçon de chemin de fer qui la joint au bourg de Carregado; cette ligne, qui a été inaugurée en octobre 1856, doit gagner la frontière d'Espagne et se souder avec celui qui plus tard conduira en France, La grandeur imposante de quelques-uns des édifices de Lisbonne n’est rien en comparaison de l’aqueduc de Bemfica ( agoas livres), qui porte 4 cette capitale la plus grande partie des eaux qu’elle consomme. C est l’un des plus magnifiques ouvrages de l’Europe moderne, Il peut supporter la comparaison avec ce que les anciens ont fait de plus beau dans ce genre. Sa longueur totale est de 18,790 mètres ; il se compose de 35 arches dont la plus grande a 85 mètres de hauteur et 35 d'ouverture.
Les environs de la ville offrent de beaux sites et quelques lieux intéressants par les souvenirs, Oeiras, maison de plaisance donnée par le roi Joseph au marquis de Pombal, fut, en 1775, habitée par le monarque pendant qu’il prenait les eaux d’Estoril, et Je ministre profita du séjour de ce prince pour transformer une simple foire de village en une exposition des produits de l'industrie portugaise : idée ingénieuse qu'on n’a fait que modifier depuis dans d’autres pays, et particulièrement en France, où elle a excité une émulation salutaire. Cintra est célèbre par la capitulation en vertu de laquelle l’armée française, épuisée, évacua le Portugal en 1808; et Torrès~Vedras, sur le Sizandro, par les retranchements que Wellington y éleva pour arrêter l’armée française. Mafra, sur le revers occidental de la chaîne à laquelle appartient le Monte Junto, est remarquable par le couvent, le palais et l’église qu’y fit bâtir Jean V, afin d’accomplir le vœu qu’il avait fait pour la naissance d’un fils. Ces trois constructions, dues au talent d’un architecte étranger, et embellies par des peintres et des sculpteurs de différentes nations, forment le plus magnifique édifice du royaume. Loires, à 15 kilomètres de Lisbonne, est connue par ses plantations d'orangers qui fournissent les plus belles oranges du Portugal. Campo-Grande, peuplée de 1,300 habitants, est le rendez-vous de la noblesse portugaise : c’est dans sa grande plaine, entourée d’arbres et de jardins, que la cour et la ville vont étaler le luxe de leurs chevaux et de leurs équipages. Les différents lieux que nous venons de citer ne sont point des villes privilégiées (citades), mais des bourgs ou petites villes sans municipalité (villas).
Le reste de l'Estrémadure renferme peu de villes importantes ; il faut cependant citer Leiria, petite ville épiscopale, située au confluent du Liz et de la Lena, où l’on voit encore le palais ruiné du roi Denis, auquel les Portugais décernèrent le titre de grand; le bourg de Batalha, dont le superbe couvent, bâti par Jean Ier, est l'un des plus beaux morceaux d’architecture gothique, et qui renferme le mausolée de son fondateur, et les chapelles mal entretenues destinées à la sépulture des rois. Santarem, ville de 9,000 âmes, qui fait aujourd’hui un grand commerce.de vins, bâtie sur une haute montagne et défendue par une vieille forteresse, fut pendant longtemps la résidence des souverains ; enfin Sétubal, dont la population s’élève à 15,000 âmes, peut passer pour une ville importante. Ses nombreuses salines, ses vins et ses oranges alimentent son commerce. Quelques savants ont pensé qu’une langue de terre appelée encore Troja, qui s’étend à peu de distance de l’embouchure du Sado, et sur laquelle on a trouvé plusieurs restes d’antiquités, annonçait l’emplacement d’une colonie phénicienne.
PROVINCE DE BEIRA. Dans la province de Beira, Coïmbre ou Coimbra, sur les flancs d’une colline qui domine le Mondego, est aussi triste à habiter qu’elle est agréablement située ; cependant l’importance de cette ville sous les Romains, les Alains et les Maures, et plus encore sa population, la beauté de quelques-uns de ses édifices, le nombre de ses établissements publics, la réputation attachée à son université et à son observatoire, l’avantage dont elle jouit comme siège de la direction générale de l’instruction publique du royaume, lui ont depuis longtemps mérité le rang de chef-heu qu’elle occupe; elle a 15,200 habitants: c’est la quatrième ville du Portugal. La petite ville épiscopale d'Aveiro, à l'embouchure de la Vouga, recouvre l’importance maritime et la salubrité qu’elle semblait avoir à jamais perdues.
Dans les montagnes où le Mondego prend sa source, l’antique cité de Viseu, résidence d'un évêque, s’enrichit par son commerce de bijouterie, d'orfèvrerie et de draperie; elle compte 6,500 habitants. A l'extrémité septentrionale de la province, Lamego, peuplée de 8,800 âmes, dans une campagne fertile, entre le mont Pénude et le cours du Douro, est célèbre par la réunion des cortès de 1114, qui fondèrent une constitution par laquelle l’autorité royale était retenue dans de justes limites, et qu'Alphonse Ier jura de maintenir au nom de ses successeurs.
PROVINCE DU MINHO. — Plus petite que les précédentes, la province du Minho ou d'Entre-Douro-et-Minho a pour chef-lieu Braga, ville de 30,000 âmes, bâtie sur une hauteur, entre le Cavado et la Deste. Los plus beaux édifices sont le palais de l'archevêque, le séminaire, et la cathédrale, antique église, dont une des chapelles est consacrée au rite mosarabique. Cette ville renferme encore plusieurs restes imposants de la domination romaine, tels qu'un aqueduc, un temple et un amphithéâtre. Porto ou Oporto, la seconde ville du royaume par sa population que l’on porte à 80,000 âmes, occupe une position magnifique à l'embouchure du Douro, sur deux collines nommées la Sé et la Victoria. Elle est divisée en ville basse et ville haute, partagée en cinq quartiers, dont deux sont entourés d’une muraille de 10 mètres de hauteur, et les trois autres ouverts. Douze places principales, de belles églises, plusieurs établissements d’instruction et de bienfaisance, une école de marine et de commerce, une de chirurgie et d'anatomie, le
palais de la cour d’appel, l’hôtel de ville, l’évêché, l’hôpital royal, a cathédrale, l'église des Clerigos, de vastes magasins destinés pour ses excellents vins, sont dignes de l’importance de cette cité commerçante. L'industrieuse Guimaraens ou Guimaraes, que l'on pourrait surnommer la jolie, fut anciennement la capitale du royaume; elle compte 6,000 âmes.
PROVINCE DE TRAS-OS-MONTÈS. — Miranda, petite cité épiscopale que l'on surnomme Miranda de Douro pour la distinguer d une autre Miranda dans la province de Beira, est la capitale de la province de Tras-os-Montès; elle renferme environ 6,000 habitants. Moncorvo ou Torre de Moncorvo, l'antique Forum Narbasorum, est mal bâtie et moitié moins peuplée. Bragance ou Bragança, l’ancien Brigantinum, s’élève au milieu d’une fertile plaine ; c'est dans ses murs que dom Pedro le Justicier épousa secrètement l’infortunée Inès de Castro. Peso da Begoa est un bourg important par la grande foire de vins qui s'y tient ; sa position au confluent de la Corga avec le Douro favorise d’ailleurs son commerce. Chaves, sur un plateau près de la Tamega, qui coule encore sous le pont de 18 arches bâti par Trajan, était célèbre chez les Romains par ses eaux minérales, qu’ils appelaient Aquœ-Flaviœ Turodorum.
PROVINCE D’ALEM-TEJO. — La province d’Alem-Tejo, c’est-à- dire au sud du Tage, non moins montagneuse que celle de Beira, mais plus étendue, trois fois moins peuplée, et la moins riche du royaume, ne renferme que des villes de peu d’importance. Evora, sa capitale, siège d’un archevêché, porte le titre pompeux de seconde ville du Portugal, quoiqu'elle n’ait pas plus de 12,000 âmes. Elle doit ce titre à la faveur qu’elle eut de servir de résidence à plusieurs rois. Elle est située sur un plateau de la chaîne qui forme la prolongation de la Serra d’Estremoz ; son ancien nom d'Ebora annonçait l’abondance, comme celui de Cerealis que lui donne Pline. La flatterie de ses municipaux lui valut l’honneur de porter le surnom de Liber alitas Julia ; on y voit encore des restes de cette libéralité des empereurs, qui employaient une partie de l’or des peuples asservis à la construction de quelques monuments. Le bel aqueduc attribué à Quintus Sertorius s’y fait remarquer par sa belle conservation. Vers son extrémité, un petit monument circulaire rappelle par son élégance celui qu’à Athènes on connaissait sous le nom de lanterne de Démosthène. Un autre monument, où les sacrifices aux dieux ont été remplacés par des sacrifices aux hommes, est le temple de Diane, qui sert aujourd’hui de boucherie. On a rassemblé dans un musée les objets d'antiquité découverts à Beja. Estremoz est connue par ses poteries et Ses vases de terre, dont la porosité favorise l’évaporation de l'eau en abaissant sa température. Sur une colline escarpée, à 8 kilomètres de la rive droite de la Guadiana, s’élève la vieille ville épiscopale d’Elvas, la plus forte place de guerre du Portugal ; on y voit une vaste cathédrale, un aqueduc et un théâtre ; sa population est de 12,400 habitants. Beja, ville de 6,000 âmes, fondée par les Romains sous le nom de Pax Julia, renferme encore quelques monuments antiques. Serpa est importante par son commerce de contrebande, Portalegre par sa grande manufacture de draps et Villaviçosa par son château royal et son port immense.
PROVINCE DES ALGARVES. — Dans la petite province des Algarves, à laquelle les souverains du Portugal ont conservé le titre de royaume (Royaume des Algarves), on ne compte que quatre villes dignes d’être'nommées. Faro, la capitale, assez bien bâtie, avec un port à l'embouchure du Valformoso, fait de grandes exportations en oranges et en autres fruits ; Tavira, sur la côte, à 35 kilomètres à l’est, est une jolie cité presque entièrement peuplée de pécheurs; à 40 kilomètres à l'ouest de Faro, Villa Nova de Porti-mao possède un petit port très-fréquenté ; Lagos, située au milieu d’un terrain fertile, et dont le port fut, dit-on, creusé par les Carthaginois, serait celui de Lacobriga; Sagres, petite place fortifiée, doit son nom au Sacrum promontorium, aujourd'hui le cap Saint-Vincent; enfin, sur le revers de la Serra de Monchique, on trouve la jolie petite ville de Monchique, que sa situation romantique et ses sources chaudes ont mise à la mode parmi ceux qui vont chercher aux eaux la distraction autant que la santé.
LES ILES AÇORES. — Une navigation occidentale de près de
1,0 kilomètres nous conduit à l'archipel des îles Açores, qui appartient évidemment à l'Europe, et qui a tiré son nom de la grande quantité de milans (falco milvus, en portugais azor) dont elles se trouvaient peuplées lors de la découverte. On les appelle aussi Terceiras, d’après la plus grande d’entre elles, ou Flamandes, Flamengas, d’après les navigateurs flamands qui s'y rendirent presque en même temps que les Portugais, et qui les peuplèrent en partie. Les Anglais les ont désignées quelquefois sous le nom de Western Islands, îles occidentales. Découvertes au commencement du quinzième siècle par un marchand flamand, elles étaient alors inhabitées et couvertes de forêts; plus tard, en 1432, Cabrai débarqua à Sainte-Marie, et prit possession de l’archipel au nom du roi de Portugal.
Elles gisent du sud-ouest au nord-est en formant trois districts. Celui du sud, le plus proche de la route que suivent les vaisseaux venant d’Europe, prend le nom d’Açores orientales; il se compose des Mes Sainte-Marie et Saint-Michel. Le groupe du milieu ou des Açores centrales, comprend Terceire, Saint-George, Gracieuse, Fayal et Pico, ou l’île du Pic ; au nord se trouvent Flores et Corvo : elles prennent le nom d’Açores occidentales. L’air y est sain, le climat agréable et plus doux que dans les pays de l’Europe situés sous la même latitude. La chaleur de l'été est tempérée par des brises de mer, et l'hiver se marque seulement par des temps couverts, des pluies et des vents qui prennent quelquefois la force d’un ouragan. Jamais le froid n'y est assez sensible pour forcer les habitants à chauffer leurs appartements. La neige et la glace ne paraissent que rarement sur le sommet des plus hautes montagnes. Les tremblements de terre sont le seul fléau de ces îles fortunées, dont la nature volcanique est attestée par la forme des montagnes, par des cratères, des déchirements dans leurs flancs, de nombreuses cavernes, par des laves, pierres ponces et cendres qu’on y foule partout, et surtout par neuf volcans actifs répartis dans cinq de ces îles. Les côtes sont généralement hautes, escarpées; le sol est peu profond, mais très-fertile, et bien arrosé par des ruisseaux frais et limpides. On y récolte et l'on en exporte du lin, du froment, de l'orge, du maïs, du millet, des légumes, des olives, des oranges, des citrons, et une quantité de bon vin qui passe fréquemment pour du madère. Jadis on en évaluait le produit à 34,100 pipes; il a dû augmenter par les demandes des Anglais. Le pastel y formait autrefois une importante branche de commerce; on y cultivait aussi la canne à sucre. Parmi une grande variété d’arbres, on remarque le bananier, mais surtout le citronnier-cédrat, qui forme le plus bel ornement des forêts. Les coteaux brillent d’une verdure perpétuelle. Il y a de très-gros bœufs, beaucoup de cochons et de moutons, de bons mulets et des ânes.
La mer offre une étonnante richesse de poissons délicats, des tortues de la petite espèce et plusieurs testacés, parmi lesquels on distingue deux sortes d’excellentes huîtres appelées dans le pays lapas et cracas. La pêche du cachalot, aujourd’hui négligée, y était autrefois très-lucrative.
L’excellent climat des îles Açores en favorise tellement la population, qu'elles ont pu fournir des colons au Brésil et même a la province d’Alem-Tejo, dans le Portugal. D’après un recensement publié en 1789, le nombre des habitants s'élevait à 150,174; en 1826, on le portait à 220,000, et en 1854 le recensement a accusé 243,547 habitants. Saint-Michel, Fayal et Gracieuse sont les mieux peuplées. Les habitants sont tous blancs, à l'exception d'un petit nombre de nègres employés comme domestiques. La noblesse, qui est nombreuse, possède une grande partie du terrain. Les habitants, laborieux, sobres et de bonne constitution, manquent de moyens d'instruction. Dans les bonnes années, les Açores peuvent expédier pour le Brésil, le Portugal, l’Angleterre et d'autres pays du nord, une cinquantaine de vaisseaux chargés de grains, fruits, miel, légumes, farines, viandes salées, lard, orseille, grosses toiles, eau-de-vie, vin, vinaigre, etc. ; mais le manque absolu d’un port spacieux, sûr et profond, empêchera toujours le commerce de ces îles d’acquérir une haute splendeur.
AÇORES ORIENTALES. — Saint-Michel ou San-Miguel, la plus proche du Portugal, a 70 kilomètres de longueur et 9 à 25 de largeur. Sa population est de plus de 100,000 âmes.
De hautes montagnes bordent la côte à l’est et à l’ouest ; vers le milieu, les hauteurs abaissées prennent des formes coniques : toutes portent des traces d’éruptions volcaniques, dont la dernière eut lieu en 1652. Aujourd’hui les cratères qu’on voit encore sur la plupart des montagnes, principalement à l’ouest, sont transformés en lacs. Les naturalistes admirent entre autres, dans la partie de l'est, un vallon profond et très-romantique appelé Furnas, qui paraît être un volcan écroulé. Il a la forme ovale, et un peu plus d'un mille géographique de circonférence. Des montagnes hautes, escarpées et couvertes de cèdres en marquent le pourtour. Une partie de ce vallon offre l'aspect d'un paradis terrestre, tandis que l'autre, plus enfoncée, est remplie presque entièrement de pierres ponces réduites en poudre. L'enfoncement est occupé par un lac assez considérable d'eau douce, et par plusieurs sources d’eaux minérales et sulfureuses, tant chaudes que froides ; elles donnent naissance à la Ribeira-Quente, petite rivière dont les eaux fumantes se frayent un passage à travers les fentes des rochers, et débouchent au sud-est à la mer, où, à une distance considérable de la côte, ou voit en quelques endroits l'eau bouillonner avec violence.
L’Ile, en général bien arrosée et très-fertile, est médiocrement cultivée. On ne tire pas non plus tout le parti convenable des productions minéralogiques, telles que soufre, sel ammoniac, marne, fer oxydé rouge, sulfure et sulfate de fer et pierres ponces. Les Hollandais exportaient jadis de la terre à foulon, et au seizième siècle il y avait dans le val de Furnas une fabrique d’alun qui en fournit 4,833 quintaux dans un espace de dix ans. La végétation brille du plus bel éclat, et de nombreux bosquets diversifient les paysages ; les champs produisent, sans grands frais, d’excellent froment, du maïs, un peu d’orge, des fèves et du riz en quantité. Dans les jardins, on cultive des oranges d’excellente qualité, et beaucoup d’autres fruits. Les vignes, établies principalement sur la lave décomposée, donnent annuellement 5,000 pipes de vin. Les pâturages sont bons et abondants. Le val de Furnas fournit du miel délicieux ; la côte, des éponges qu’on néglige; et la mer surtout, des sardines qui nourrissent le bas peuple.
Les habitants fabriquent de grosses toiles qu’on envoie au Brésil.
Punta-Delgada, à la fois la capitale de l'île et celle du district des Açores orientales, peuplée de 20,000 habitants, fait un commerce considérable des productions du pays, tant avec l’Europe qu’avec l’Amérique. Elle n’a cependant qu’une mauvaise rade, défendue par le fort de Saint-Braz. Ribeira-Grande, ville de 8,000 âmes, a de nombreux métiers pour toiles. Villa-Franca en compte 5,000.
Sainte-Marie, la plus au sud-ouest des Açores, et l’une des plus petites, n’a que 36 kilomètres de circonférence et ne renferme que 8,000 habitants. Le sol, très-haut élevé dans l’est, descend un peu vers le couchant. On y extrait du marbre et une terre argileuse qui donne la plus fine poterie. Elle possède encore une espèce d’oiseau marin de Guinée, appelée garajâo. On en exporte du froment, du vin, des bestiaux, de la chaux et de la poterie. Porto et Villa de Santa-Maria sont les principaux lieux habités : ce dernier en est le chef-lieu. Au nord-est de cette île, à la distance de 5 milles, se trouvent les Formigas, groupe d’îlots et de rochers habités qui pourraient bien appartenir au sommet d’un volcan sous-marin.
Un phénomène du plus grand intérêt doit encore nous retenir quelques moments dans ces parages. Il faut considérer une de ces îles volcaniques qui tantôt élèvent au-dessus des flots leurs sinistres sommets, et tantôt s'enfoncent de nouveau dans les abîmes. La mer des Açores renferme probablement plus d’une montagne volcanique semblable à celles qui, dans les îles, s’élèvent au-dessus de la surface des eaux.
Sans nous arrêter à une tradition portugaise très-obscure, d’après laquelle l’île entière de Corvo serait sortie de la mer par une éruption volcanique, nous rappellerons que, dans le grand tremblement de terre de 1757, qui bouleversa l’île Saint-George et fit périr
1,500 personnes ou un septième de la population, on vit, selon plusieurs témoignages authentiques, mais peu circonstanciés, 18 îlots sortir de la mer à 600 mètres du rivage.
VOLCAN SOUS-MARIN PRÈS DE L’ILE SAINT-MICHEL. — Un volcan sous-marin qui a été parfaitement observé est celui qui se trouve auprès de l’île Saint-Michel. C’est pendant un violent tremblement de terre, en 1638, qu’on vit ici des flammes et des bouffées de fumée sortir de la mer agitée : ce vaste incendie s’étendait sur un espace de plusieurs hectares, selon le rapport des pêcheurs ; bientôt on vit des matières terreuses et des blocs de roche lancés en l’air, retomber dans la mer, où ils surnageaient; d’autres rochers noirâtres semblaient sortir de l’eau ; quelques-uns s’élevaient jusqu’à 60 brasses de hauteur ; peu à peu toutes ces masses se réunirent en s’étendant sur un espace de 12 kilomètres de long sur 2 de large. Ces éruptions durèrent trois semaines; alors, dit-on, tous les rochers élevés au-dessus des flots disparurent sans laisser de traces. Les pêcheurs témoins de cette catastrophe prirent des fragments de rochers sortis de la mer; ils se brisaient en éclats, et ne laissaient qu’un gravier noirâtre : c’étaient donc des scories et du tuf volcanique. Le cratère du volcan avait servi d’abri à une quantité innombrable de poissons ; c'était le rendez-vous ordinaire des pêcheurs de l’Ile; et lors de l’éruption, la mer rejeta une telle quantité des poissons morts, que l’air en fut infecté.
Ici nous devons faire observer une circonstance de peu d’importance en elle-même, mais qui, par ses conséquences, peut devenir du plus grand intérêt pour l’histoire naturelle et la géographie physique. Les autorités que nous venons de citer s’accordent à fixer l’époque de cette éruption mémorable à l’an 1638. Néanmoins Buffon affirme que cet événement eut lieu en 1628 ; il s’appuie de l'autorité de Mandelslo, fameux voyageur; mais en cherchant dans l'édition originale allemande de la relation de Mandelslo, publiée en 1658 par Oléarius, on ne trouve absolument rien sur cette éruption : il en est de même pour la traduction hollandaise. Ce n'est que dans la traduction française par Wiquefort (Paris, 1678), et dans celle donnée en anglais dans la collection de Harris (Londres, 1705), qu’on trouve le passage cité et transcrit par Buffon ; il était naturel de rejeter une opinion aussi faiblement appuyée ; mais si, cependant, par un hasard qui n’est pas sans exemple, cette opinion se trouvait confirmée par quelque nouveau témoignage ; si Gassendi et Kircher s’étaient trompés en mettant 1638 pour 1628, les trois éruptions connues de ce volcan, savoir, celle dont nous parlons et celles de 1720 et de 1811, se trouveraient éloignées les unes des autres de 91 à 92 ans; ce qui permettrait de considérer ce volcan comme sujet à une période régulière. Un résultat aussi curieux mériterait qu’on fît de nouvelles recherches sur la véritable date de l’éruption du dix-septième siècle.
ILES PARUES ET DISPARUES. — Ce fut à la suite de la grande éruption de novembre 1720 qu’après un violent tremblement de terre on vit s'élever entre les îles Saint-Michel et Terceira une île semblable à une montagne conique, et qui lançait des feux, des cendres et des pierres ponces : un torrent de laves enflammées descendit de ses flancs escarpés; elle s'agrandit au point d’avoir une lieue marine de circonférence, et d’être visible à la distance de 40 à 50 kilomètres. Mais bientôt elle s’affaissa; et au mois de novembre 1723 elle avait entièrement disparu : la sonde rapporta 80 brasses à la place même où elle s’était montrée. On a beaucoup de rapports détaillés, unanimes et authentiques sur l’apparition de cette île ; on en a même dessiné la vue sur les lieux ; de sorte qu’il est difficile d’élever des doutes sur la réalité du fait C’est cependant ce qu’a tenté de faire un savant hydrographe espagnol : il soutient que toute cette prétendue île n’était qu’un amas de scories et de pierres ponces lancées la même année par le pic des Açores, le pic de Camarinhas (dans l’île Saint-Michel), et d’autres volcans de cet archipel, et que les courants maritimes avaient entraînées et réunies.. Mais la hauteur de l’île et la vue qu’on en a tracée réfutent suffisamment ces idées. Seulement il resterait encore à examiner si cette île a existé dans le même endroit que celle de 1628 ou de 1638 : il y a des rapports qui la placent bien plus avant dans la mer. La même incertitude s’étend à l’île volcanique qui, au mois.de juillet 1811, s’est élevée dans ces parages. Les rapports des navigateurs, témoins oculaires, peignent l’effroi que leur inspirèrent cette révolution physique, la mer bouillante, une colonne de feu, de fumée et de cendres, s’élançant dans les airs, les bouleversements d’une partie de l’île Saint-Michel, les poissons morts et les flots couverts de pierres ponces. Mais l’île volcanique se montra au sud-est de la grande île ; ce qui semble ne pas convenir avec la position de l’île volcanique de 1720. Un capitaine anglais, présent à la naissance de cette île, lui donna trois milles de circonférence ; il lui imposa le nom de Sabrina, et en prit possession comme d’une découverte anglaise; mais bientôt la mer engloutit cette nouvelle possession britannique.
AÇORES CENTRALES. — Terceira, ou Terceire, au centre du groupe, a des côtes généralement hautes et en partie inaccessibles. Sa circonférence est d’environ 100 kilomètres. Elle est très-sujette à des tremblements de terre. Il s’y est même formé, en 1761, un volcan fort redoutable. Du reste, la terre végétale y est plus profonde que dans les autres Açores, et d’une extrême fertilité ; aussi l’on y voit quelques forêts de cèdres, de châtaigniers, de mûriers, et des vergers de beaux citronniers', orangers et pommiers. Le vin du pays est médiocre ; mais les champs, bien cultivés, fournissent à une exportation considérable de froment. L’entretien des bestiaux, favorisé par de superbes pâturages, y est plus étendu que dans les autres Açores : aussi les fromages et les jambons de Terceire sont- ils renommés. La mer est riche en sardines, dorades, ombres, perches, barbeaux et autres poissons plus rares ; la pêche est facilitée par les bas-fonds voisins de la côte.
La population s’élève à 60,000 âmes. Laborieux et sobres, les habitants de Terceira conservent encore une ancienne réputation de bravoure, qu’ils ont méritée en maintenant jusqu’à la dernière extrémité l’indépendance du nom portugais contre l'usurpation espagnole, et en secouant ce joug aussitôt que l’élévation de la maison de Bragance leur fut connue.
Fidèles à leurs principes, ce sont eux aussi qui, dans ces dernières années, ont .soutenu les droits de la reine dona Maria.
Angra, la capitale, renferme plus d’un tiers de la population. Elle est le siège des autorités ecclésiastiques, civiles et militaires de tout l’archipel. Les habitants exportent dans leurs propres vaisseaux des grains, du lin, des toiles et du vin. Angra est aussi la relâche ordinaire des vaisseaux portugais qui se rendent au Brésil et aux Indes. Rendez-vous des Portugais dévoués à leur patrie et à dona Maria, cette ville fut, depuis le 15 mars 1830 jusqu’à la fin de 1833, le siège de la régence qui gouvernait les Açores au nom de la reine. Ses fortifications furent mises à celte époque sur un pied très-respectable. Cette fidélité lui a valu le surnom d'Angra do Héroïsmo.
L’île de Saint-George ou Sâo-Jorge, entre les îles Gracieuse et Pico, est haute, sans être montueuse. Elle a 36 kilomètres de longueur sur 9 de largeur. Dans le sud, il y a des vignobles dont le produit est préféré aux autres vins des Açores, et d'excellents pâturages. Outre les avantages dont jouissent les autres Açores, l’île possède encore abondamment du bois, même de construction, et la meilleure eau. La population excède 15,000 âmes. Le meilleur ancrage est à Villa de Vêlas.
Graciosa, ou Gracieuse, l’une des plus petites, est située au nord-ouest de Terceira. L’aspect enchanteur des trois montagnes qu’elle présente, vue du sud-ouest, la prodigieuse fertilité de son sol et la salubrité toute particulière de son climat, lui ont valu le beau nom qu’elle porte. On en tire des grains, des légumes, des herbes potagères, des fruits, du vin, de l’eau-de-vie, du beurre et du fromage ; mais l’île manque de bois à brûler. La population s’élève à 12,000 âmes. Le chef-lieu est Santa-Cruz.
Fayal, la plus occidentale du groupe central, a un peu plus de 16 kilomètres de long sur 15 de largeur. Des rochers hauts et escarpés bordent presque partout la côte. Le sol, onduleux et couvert d’une riche verdure, s’élève vers le milieu de l’île, où des montagnes rangées en cercle entourent une vallée profonde, large de 4 kilomètres. On l’appelle la Caldeira, ou la Chaudière, et l’on croit, avec quelque probabilité, qu’elle doit son origine à l’affaissement d’un volcan. Un tiers de son étendue est occupé par un lac, dans lequel se réunissent les eaux de plusieurs sources. Les plus beaux prés et de charmants bosquets qui parent les bords de ce lac et se prolongent sur la douce pente des coteaux, varient le site et forment un séjour enchanté.
Le climat de l’île est, en général, délicieux et très-salubre ; le sol est si fertile qu’on y fait souvent double moisson de froment et de maïs. Dans les jardins et les vergers, la pomme de terre croît à côté des citronniers et des orangers ; mais il y a peu de vignobles, et leur produit est de médiocre qualité. Les vins connus dans le commerce sous le nom de Fayal y sont apportés de Pico. Des touffes de frênes, de hêtres élancés, c’est même à ces derniers, que l’on nomme fayas en portugais, que l’île doit son nom, et de châtaigniers couronnent les hauteurs ; mais les broussailles de myrtes et d’autres arbustes toujours verts prédominent généralement.
Les habitants se font remarquer par la bonté et la douceur de leur caractère, par la simplicité de leurs mœurs et par leur probité dans les transactions.
Villa da Horta, le chef-lieu de l’île, appelé quelquefois, par erreur, également Fayal, et peuplé de 6,000 âmes, n’est qu’un bourg bâti en amphithéâtre, sur une baie spacieuse qui offre un assez bon mouillage. Autour de la baie, les forêts de citronniers et d’orangers s’étendent à perte de vue le long des coteaux. C’est l’entrepôt de toutes les productions des îles de Fayal et de Pico, et le centre d’un grand commerce. Il y a des consuls français, anglais, espagnols et américains.
Pico, très-rapprochée de Fayal, est la plus grande des Açores après Saint-Michel ; elle a environ 36 kilomètres de longueur sur 12 kilomètres de largeur; mais elle n’a que 30,000 habitants. La partie occidentale ne présente qu’un amas de montagnes, surmonté par le Pico, le Pic, ancien volcan qui a donné son nom à l’île, et qui s’élève près de la côte à une hauteur de 2,500 mètres : avec un temps clair, on le découvre à 34 lieues marines en mer. Au haut du sommet, presque toujours enveloppé de nuages ou couvert de neige, on trouve un cratère qui jette continuellement de la fumée. Plus bas, on rencontre de grandes cavernes, dont les voûtes distillent une quantité d’eau. La verdure commence à paraître ; petit à petit des forêts succèdent aux broussailles, et des pâturages d’herbes aromatiques invitent les troupeaux. Enfin, les coteaux inférieurs, où les habitants ont recouvert les pierres et la lave avec de la terre en partie achetée à Fayal et péniblement transportée sur ces hauteurs, nous montrent ce que peuvent le travail et la persévérance humaine luttant avec la nature. D’excellents vignobles, abrités par des murs contre les vents de mer, y occupent une vaste étendue.
La partie orientale de l’île est basse, unie et fertile. On y récolte néanmoins à peine une quantité de grain suffisante pour la moitié des habitants, et les pauvres tirent leur principale subsistance des yams qui y abondent. D’ailleurs, tous les fruits du midi de l’Europe y viennent en abondance et d’excellente qualité. Le vin, cependant, forme la plus grande richesse de l’île; elle en produit, selon les années, 15 à 30,000 pipes. Il y en a deux sortes principales. Le malvoisie ( vino passado ) égale le vin de Madère, mais on n’en récolte qu’une petite quantité; l’autre, le vino seco, varie beaucoup en bonté. Les vendanges, qui se font au commencement de septembre, sont des jours de fêtes joyeuses et prolongées qui attirent un tiers de la population de Fayal. Les vins de Pico passent principalement au Brésil, aux Etats-Unis, en Angleterre; le reste s’expédie en Hollande, dans le Nord et & Angola. Les forêts, en grande partie composées de cèdres, offrent aussi beaucoup d’ifs, dont le bois, recherché pour l’ébénisterie, était autrefois un monopole de la couronne. Les habitants de Pico sont renommés pour la beauté de leurs formes, la vivacité de leur esprit, leur amour du travail et de la propreté. Presque tous descendent, comme ceux de Fayal, des colons flamands amenés par Jobst de Hurter, beau-père du célèbre géographe Martin Behaim.
AÇORES OCCIDENTALES. — L’île de Flores, longue de 25 kilomètres et large de 12, située au nord-ouest de Fayal, est escarpée à la côte, montueuse dans l’intérieur, recouverte d’une mince couche de terre, bien arrosée par des ruisseaux limpides qui forment plusieurs belles cascades. Exempte de tremblements de terre, elle est en revanche exposée à des vents violents, qui souvent détruisent l’espérance du cultivateur. Des forêts de gros cèdres ornent les montagnes; les plaines produisent du froment, du seigle, des yams et des yuncas, racines tubéreuses, dont la farine, mêlée à celle du seigle, donne du bon pain ; les roches de la côte sont couvertes d’orseille, qu’on ne cueille qu’avec danger. On ne cultive point la vigne, et le maïs ne réussit pas. L’entretien des moutons et des poules obtient des 6oins particuliers. On y compte 18,000 habitants, occupés en partie à la fabrication de lainages. Lagens en est le chef-lieu.
Corvo, la plus petite des Açores et la plus au nord, est quelque-fois comprise avec l’île précédente sous le nom commun de os Corvos. Plus froide encore que celle de Flores, elle abonde en excellent froment, en légumes, en yams, en lin, en bestiaux et bois de cèdre. La population ne se monte qu’à 7 ou 800 individus, qui vivent dans une sorte de communauté de biens. C’est ainsi qu’ils partagent entre eux le lait de leurs troupeaux, le bois qu’il leur a été permis de couper, et la laine de leurs moutons, dont ils font de grosses étoffes. Il y a quelques mouillages à la côte, et, aux extrémités nord et sud de l'île, deux montagnes, dont l’une renferme, dans un enfoncement du sommet, un lac d’eau douce. On a prétendu, sans preuve et même sans aucune vraisemblance, que l’île devait son origine à un volcan sous-marin.
Il nous paraît hors de doute que les îles Açores ont été visitées au moins un siècle avant que les Portugais ne crussent en faire la découverte. Non-seulement les descriptions des géographes arabes indiquent évidemment d’autres îles que les Canaries, mais les Açores paraissent même sur les cartes manuscrites du quatorzième siècle. Le nom d’une d’elles, Bentufla, nous avait paru arabe, et nous a fait regarder les Maures d’Espagne comme les premiers auteurs de la découverte. La carte de Benincosa, de 1476, semble toutefois prouver que le mot Bentufla n’est qu’une corruption arabe du mot espagnol ou italien Ventura; ce qui fendrait aux peuples européens l’honneur de la première découverte. Aucun trait de lumière nouvelle n’est venu nous éclairer sur ces questions ténébreuses.

GOUVERNEMENT DU PORTUGAL. — Le gouvernement du Portugal est monarchique constitutionnel; sa constitution est la charte de dom Pedro, rétablie définitivement en 1842. Le roi prend le titre de « roi de Portugal et des Algarves en deçà et au delà des mers, seigneur de la Guinée en Afrique, des conquêtes, de la navigation et du commerce en Arabie, en Ethiopie, en Perse et aux Indes. » Il y ajoute la qualification de roi très-fidèle ; son fils porte le titre de prince royal, et les autres princes du sang celui d'infant. La couronne est héréditaire par ordre de primogéniture parmi les enfants mâles. Le pouvoir exécutif appartient au roi, qui le délègue à des ministres responsables. Le pouvoir législatif appartient aux cortès, qui se composent d’une chambre des pairs et d’une chambre des députés. Les pairs sont héréditaires ou à vie, ils sont nommés par le roi ; leur nombre est illimité. Les députés sont nommés pour 4 ans, à raison de un pour 25,000 âmes. Les cortès sont convoquées chaque année par le roi.
Les provinces, les districts, les communes, sont administrées par des juntes ou assemblées particulières électives. Le président des juntes de province est nommé directement par le roi ; les cités et les villes sont administrées par des municipalités.
RELIGION. — La religion catholique est la religion de l’État; les autres cultes sont tolérés. Il y a 3 archevêchés et 14 évêchés. L’archevêque de Lisbonne a le titre de patriarche ; sa juridiction métropolitaine s’étend sur les évêchés de Portalègre, Castello-Branco, Guarda, Leiria et Lamego; l’archevêque de Braga prend le titre de primat, et son diocèse métropolitain comprend les évêchés de Coïmbre, de Porto, de Viseu, d’Aveiro, de Miranda et de Pinel ; les évêques d’Elvas, de Faro et de Beja sont suffragants de l’archevêché d’Evora. Il y a à Santarem un séminaire du patriarcat et dans chaque évêché un séminaire épiscopal.
LANGUE, LITTÉRATURE ET BEAUX-ARTS, INSTRUCTION PUBLIQUE. — La langue portugaise, formée de l’idiome des anciens Turdetani et du latin, ne fut d'abord, comme toutes les langues italiques, qu’un jargon barbare qui se mêla de mots arabes sous la domination des Maures, et même de mots français, lorsque le comte Henri de Bourgogne et ses compagnons d'armes se fixèrent en Portugal. Au treizième et au quatorzième siècle, elle acquit plus de régularité, et dans le seizième, elle atteignit cette douceur suave et cette mâle énergie si justement admirées dans les vers de Camoens. Depuis celte époque, elle n’a fait que dégénérer. L’usurpation du tronc de Portugal par Philippe II fut le signal de sa décadence : le despotisme en arrêtant l’essor du génie, en réprimant l’élan des pensées généreuses ; la bassesse en substituant le langage de la flatterie à celui de la vérité, abrutissent les peuples et corrompent leur langage. Le portugais n’a point les sons gutturaux de l’espagnol : il est riche et sonore ; mais la fréquence des hiatus et des terminaisons nasales, la propension qu’il a au néologisme, la facilité avec laquelle il s’empare des mots des autres langues, nuisent à son harmonie et feraient croire à sa pauvreté, si plusieurs écrivains modernes n’avaient prouvé tout le parti qu’on peut tirer de cette langue.
Ce serait une grande erreur de croire que, parce que la littérature portugaise est peu connue en Europe, elle ne mérite point de l'être : le Portugal a produit jusqu’à l’époque actuelle des savants et des écrivains d’un grand mérite. Depuis Camoens, quelques-uns de ses poètes ont su se faire une réputation parmi leurs compatriotes ; s’ils ne se sont point élevés jusqu’au sublime dans le genre héroïque ; si ceux qui se sont consacrés à la muse dramatique n’ont pu tirer le théâtre portugais de son obscurité, la poésie didactique, et surtout la poésie lyrique, ont fait surgir de la foule des versificateurs plusieurs noms honorablement connus. La poésie n’est pas la seule occupation littéraire des Portugais ; l’éloquence, les sciences physiques et naturelles sont aussi cultivées, et nous croyons, d’après des renseignements précis, pouvoir estimer à plus de 100 le nombre d’ouvrages relatifs aux différentes branches des connaissances humaines qui sortent annuellement de ses imprimeries. Plusieurs d’entre eux ne sont que des traductions de nos meilleurs livres scientifiques.
Les beaux-arts y sont encore, jusqu’à présent du moins, dans un état encore moins satisfaisant, faute d’encouragements donnés par les riches et le gouvernement. La musique est, pour ainsi dire, le seul dans lequel plusieurs Portugais se soient rendus célèbres.
L’instruction publique, encore bien négligée en Portugal, appelle la sérieuse attention du gouvernement. Il n’y a dans ce pays qu’une seule université, celle de Coïmbre, avec 6 facultés, 30 écoles de rhétorique, 275 écoles latines, et à peine 1,000 écoles primaires. L’enseignement spécial est libre ; mais les' études classiques dépendent d’une direction générale des études. Le collège royal des nobles, l’école royale de langue arabe à Lisbonne, l’école royale de marine marchande et de commerce, l’école royale militaire de Lisbonne, sont avec les écoles d’artillerie, du génie, de chirurgie, de dessin, de sculpture et d’architecture, les principales écoles du royaume.
JUSTICE. — Il y a pour tout le royaume une cour suprême de justice à Lisbonne, et une cour d’appel pour chaque province siégeant au chef-lieu; chacun des 17 districts forme le ressort d’un tribunal de première instance auquel est joint un jury ; la chambre des pairs peut s’ériger dans certains cas en haute cour criminelle.
FINANCES. — Par suite des révolutions qui au commencement du siècle ont agité le Portugal, sa situation financière est assez critique ; cependant nous devons constater quelques améliorations. Les revenus pour la période 1856-1857 étaient évalués à 65,677,396 fr.; et l’on présumait que les dépenses atteindraient 67,629,615 francs ; on voit donc que le déficit de ce budget annuel est d’environ 2 millions. Les colonies ont leur budget particulier, il se solde aussi pour chacune d’elles par un déficit La dette publique se partage en deux chapitres principaux. La dette intérieure, qui est d’environ 253 millions, et la dette extérieure, qui à la fin de 1855 était de 432 millions, ce qui porte la dette totale au commencement de 1856 à 685 millions de francs.
INDUSTRIE, COMMERCE, CHEMINS DE FER. — L’industrie est encore peu avancée dans le Portugal ; on introduit cependant dans ce pays, depuis quelques années, des matières premières qui sont mises en œuvre dans les manufactures des environs de la capitale. Le commerce se fait principalement par les Anglais, mais à l’intérieur il languit faute de moyens de communication convenables. Il y a cependant aujourd’hui tout un système de réseau de chemins de fer à l’étude. Les principaux articles importés sont : le sucre, le café et les autres denrées coloniales, la morue, les salaisons, le beurre, le fromage, les ânes, les mulets, les chevaux, les drogues, le fer, l’acier, le plomb, l’étain, le cuivre, le goudron, la houille, la poix, le lin, les tissus, les cordages, l’horlogerie, la quincaillerie, la faïence, les cristaux ; les principaux articles d’exportation sont : les vins, les citrons, les oranges, les figues, les amandes, les fruits secs, le sel, l’huile d’olive, le sumac, le liège et la laine. Le commerce maritime a seul quelque importance. Les principaux ports sont Lisbonne, Porto, Setubal, Faro, Villanova de Portimâo, Figueira, Villa de Conde, Viana. Les principales places de commerce a l’intérieur sont : Braga, Guimaraes, Coïmbre, Abrantès, Leiria, Bragance, Covilhâo, Elvas et Beja. En 1853 l’importation a été de 36,346,560 francs, et l’exportation de 21,902,862; dans ce dernier nombre, les vins entrent pour 6,186,680 francs. La navigation en 1852 a donné les résultats suivants : il est entré dans les ports du Portugal 8,338 navires, dont 2,891 étrangers; et il en est sorti 8,787, dont 3,010 étrangers. Enfin en 1853 le mouvement du port de Lisbonne a été de 2,009 navires ; le cabotage de ce port a en outre compté 1,325 bâtiments de 72,300 tonneaux.
ARMEE. — L’armée portugaise se compose de 18 régiments d infanterie, de 8 régiments de cavalerie, de 4 régiments d’artillerie, un bataillon du génie, 9 bataillons de chasseurs, des vétérans, de la garde municipale, etc., etc., le tout formant un effectif de 25,000 hommes d infanterie et 5,000 de cavalerie; eu temps de guerre cet effectif pourrait être doublé. Les arsenaux du royaume sont a Lisbonne, Porto et Elvas. Il y a dix divisions militaires, dont les quartiers généraux sont à Lisbonne, Porto, Braga, Bragance, Viseu, Castello-Branco, Estremoz, Faro, Funchal et Punta-Delgada.
FLOTTE. — La flotte militaire se compose de 31 bâtiments armés, dont 5 à vapeur; de 12 bâtiments désarmés et 2 en construction; en tout 45 bâtiments portant 449 canons et 2,167 hommes d’équipage. A l’exception d’un vaisseau de 80 canons et d’une frégate de 50, ce ne sont guère que des petits bâtiments. Les troupes de la marine forment un effectif de 5,000 hommes. Lisbonne et Porto sont les ports militaires du royaume.

COLONIES DES PORTUGAIS. — Les établissements portugais dans les trois autres parties du monde comprennent en Afrique les îles de Madère et de Porto-Santo, l’archipel du cap Vert, composé des îles Sant-Iago, Fogo, Brava, San-Nicolao, Santo-Antao, Boavista, Maio, San-Vicente, Sal et Santa-Luzia, ainsi que la colonie de Sénégambie, renfermant les places de Cacheu, de Bissao, et les postes de Geba, Farim et Zinghichor; le royaume d’Angola et de Congo, formé d’Angala-Benguela et de plusieurs autres postes ; la petite province composée de l’île Saint-Thomas et de celle du Prince; la province de Mozambique, comprenant plusieurs établissements importants ; en Asie, la vice-royauté de l’Inde, qui a pour capitale Goa, avec les provinces de Salsete et de Bardes; sur la côte de Malabar, les gouvernements de Damaio et de Diu, et le comptoir de Macao, en Chine; enfin dans l'Ocèanie, le port de Dillé dans l’île de Timor, et les îles Sabrao et Solor.

CARACTÈRE, MOEURS DE LA NATION PORTUGAISE. — Ce qui caractérise encore fa nation portugaise, c’est une douceur qui ne se dément point, même pendant les commotions politiques ; c’est une politesse qui se fait remarquer depuis les rangs les plus élevés jusqu'à la plus basse classe du peuple ; c’est envers les étrangers une prévenance qui le distingue de l’Espagnol et le rapproche du peuple français, dont il a presque la vivacité. On lui reproche de l’indolence et de la présomption : les paysans de l’Estrémadure et de l’Alem-Tejo sont en effet lourds et paresseux. Tous les Portugais se plaisent à vanter leur nation, mais c'est une conséquence du rôle important qu’ils ont joué sur le théâtre du monde, et du peu de lumières qu’on a laissé pénétrer dans leur pays. On a trop répété que les Portugais étaient dissimulés, vindicatifs et perfides. Il y a plus que de l’exagération dans cette assertion, ou ils sont bien changés. D’ailleurs, en se montrant sévère sur leurs défauts, il faut rendre justice à leurs qualités ; ils sont en général fort attachés à leur patrie, amis généreux et fidèles à remplir leurs promesses. L’habitant de la province de Minho est plein de feu, d’esprit et d’industrie ; celui du Tras-os-Montès rachète des dehors grossiers par des mœurs pures et simples, par sa bravoure et son activité ; celui de la province de Beira est le plus laborieux ; celui de d'Estrémadure est le plus policé, et l’Algarvien surpasse tous les autres par sa vivacité.
Les Portugais ont le teint des peuples méridionaux ; ils sont d’une taille peu élevée, mais généralement bien prise : rien n'est plus rare parmi eux que des individus estropiés ou contrefaits. La province de Minho, le Tras-os-Montès et les montagnes d’Estrella renferment les hommes les plus beaux et les plus robustes du royaume : leur peau est assez blanche, et leurs cheveux sont blonds ou châtains. Dans les autres provinces, le noir est la couleur dominante de la chevelure. La belle carnation des Portugaises, leurs grands yeux noirs, leurs dents blanches et bien rangées, leurs longs cheveux d'ébène, leur aimable vivacité, les mettraient au rang des Européennes les plus séduisantes, si à la grâce des Françaises elles joignaient la petitesse du pied espagnol.
La vivacité, la brillante imagination qui distinguent le Portugais, expliquent son avidité pour les fêtes et les plaisirs : la musique, la danse, le spectacle, les processions et les combats de taureaux, en un mot, tout ce qui peut retracer les plaisirs des sens, a sur lui un empire irrésistible. Sa musique, vive et légère, n'est point sans attraits pour l’étranger; les chants populaires, accompagnés du son de la guitare, seraient agréables et gracieux si les paroles n’en étaient point parfois trop licencieuses. La danse nationale appelée la Foffa est très-lascive, et néanmoins on l’exécute non-seulement dans la campagne, mais au sein des villes et même sur les théâtres.

 

L'espada des taureaux - reproduction © Norbert Pousseur
L'espada des taureaux , illustration de l'article de Malte-Brun

 


Carte du portugal, zoomable

 

 

 

 

Haut de page

Le contenu de cette page est disponible pour toute utilisation personnelle et/ou dans le cadre d'enseignement
droits déposés
Dépôt de Copyright contre toute utilisation commerciale
des photographies, textes et/ou reproductions publiées sur ce site
Voir explications sur la page "Accueil"

 

Plan de site Recherches Qualité Liens e-mail