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Les villes à travers les documents anciens

Carpentras au 18 et 19ème siècle

Carpentras depuis un de ses chemins d'accès vers 1850 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Carpentras depuis un de ses chemins d'accès vers 1850, gravure de Rouargue frères
extraite de l'Histoire des villes de France - Aristide Guilbert - 1859
(collection personnelle).

Voici aussi Le département du Vaucluse en 1883

Texte extrait du Dictionnaire de toutes les communes de France - éd. 1851 - Augustin Girault de Saint Fargeau
(collection personnelle).

 

CARPENTRAS, Carpentoracte, Carpentoracte Meminorum, Forum Neronisy. Très ancienne ville, en Vaucluse (comtat Venaissin), chef-lieu de sous-préfecture (3° arrondissement) et de 2 cantons. Chef-lieu judiciaire du département (cour d’assises). Tribunal de 1ère instance. Collège communal. Cure. Gîte d’étape. Société d’économie rurale. Bureau de poste. Relais de poste. Population 9,776 habitants.
Terrain d’alluvion voisin du tertiaire moyen.

À 24 km d’Avignon, 690 km de Paris. Latitude 44° 3' 28" Nord, longitude 2° 42' 28" Est.

L’arrondissement de Carpentras est composé de 5 cantons : Carpentras Nord, Carpentras Sud, Mormoiron, Pernes, Sault.

 

Histoire brève de Carpentras (Voir en fin de page, un texte plus complet)

L’origine de cette ville est incertaine et remonte à une haute antiquité. L’opinion la plus probable est qu’elle était la capitale des Cavares, sous le nom de Carpentoracte.
Pline est le seul auteur ancien qui fasse mention de Carpentoracte ; mais il est prouvé que dès l’an 518 cette ville portait ce nom. Les Romains y fondèrent une colonie et l’embellirent de plusieurs édifices ; mais les Goths, les Vandales, les Lombards et les Sarrasins, qui la saccagèrent tour à tour, ne laissèrent aucune trace des nombreux monuments dont elle était décorée.

En 1313, le pape Clément V vint habiter à Carpentras et y fixa la résidence du Saint-Siège. Cet honneur coûta cher à la ville : pendant le conclave qui suivit la mort de ce pape, six cardinaux italiens voulaient faire nommer un souverain pontife italien, dans l’espérance qu’il transférerait le Saint-Siège à Rome ; un plus grand nombre de cardinaux voulaient un Français ; l’élection traînant en longueur, après qu’on eut vainement supprimé une partie de la subsistance des cardinaux, le peuple, fatigué d’attendre, mit le feu au collège où le conclave était assemblé, et ce feu consuma une grande partie de la ville. Toutefois, les maisons brûlées furent promptement reconstruites, et, cinquante ans après cet événement, le pape Innocent VI fit ceindre la nouvelle ville des murs qui l’entourent aujourd’hui.

Les armes de Carpentras sont : de gueules à un mors antique de cheval d’argent, dont le milieu est forgé d’un des clous de la Passion de Jésus-Christ.

Situation de Carpentras

Cette ville est très agréablement située dans un riche et fertile territoire, au pied du mont Ventoux, sur la rive gauche de l’Auzon. Elle est entourée de belles murailles flanquées de tours et percées de quatre portes qui s’ouvrent dans des directions diamétralement opposées. Les rues en sont étroites et mal percées ; mais la plupart des maisons sont bien bâties ; presque toutes pourvues d’eau provenant des fontaines abondantes qui décorent les places publiques. Les faubourgs sont agréables et formés de maisons d’une belle construction. En dehors des murs règne une large esplanade plantée d’arbres, qui forme de charmantes promenades d’où l’on jouit de plusieurs vues délicieuses ; peu de villes ont des alentours aussi pittoresques et aussi variés.

 

L'arc de triomphe de Carpentras vers 1840 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
L'arc de triomphe de Carpentras vers 1840
gravure extraite de L'Univers - France - Dictionnaire encyclopédique - M. Lemaitre - 1845
Collection personnelle

On remarque à Carpentras : la cathédrale, bel édifice gothique, orné d’une belle façade et surmonté d’un clocher dont la construction remonte au siècle de Charlemagne ; la nef est unique, mais fort belle (cette église a élé classée au nombre des monuments historiques) ; la porte d’Orange, que couronne une haute et belle tour ; le palais de justice, qui occupe les bâtiments de l’ancien palais épiscopal, et dont l’une des cours renferme un bel arc triomphal antique, jadis enseveli dans une cuisine, et aujourd’hui isolé ; l’Hôtel-Dieu, superbe édifice construit en 1751, décoré d’une façade majestueuse, et dont la chapelle, le grand escalier sont dignes d’admiration : on voit dans l’intérieur le mausolée en marbre blanc du vertueux évêque Inguimbert ; le lavoir public, composé de quatre immenses bassins couverts où l’eau’ se renouvelle sans cesse ; la salle de spectacle ; les halles ; les prisons neuves, etc., etc.

Les fontaines de Carpentras sont alimentées par les eaux de plusieurs sources conduites en ville par un bel aqueduc, construit par Clément V, et dont l’étendue totale est d’environ 10 km ; la longueur de la partie qui traverse le vallon de l’Auzon est de 850 m. Après un certain espace de maçonnerie simple, formant un mur graduel, celle longueur est composée d’un seul rang d’arcades au nombre de quarante-huit, suivant une ligne droite du nord au midi jusqu’à la quarante-deuxième arcade, et formant ensuite un léger coude sur la droite : les pieds-droits sont quadrangulaires et pyramidaux jusqu’à la naissance des cintres, qui sont tous égaux, ce qui donne à cet aqueduc une grande légèreté. Aux trois dernières arcades est accolé un pont sur lequel on traverse l’Auzon.

Bibliothèque publique. La ville de Carpentras possède une bibliothèque publique, formée dans le principe par le fameux Peyresc, augmentée par les Thomassin-Mazangue, et achetée en 1745 par l’évêque Inguimbert, qui l’enrichit en outre de tous les livres qu’il avait lui-même rapportés d’Italie, et la légua ensuite à la ville de Carpentras. Cette bibliothèque se compose de 22,000 volumes imprimés et d’environ 2,000 manuscrits, dont les plus précieux viennent du célèbre Peyresc ; on y voit une belle collection d’estampes, plusieurs excellents tableaux, quelques antiquités, divers objets d’histoire naturelle et autres rares curiosités ; son médaillier est riche de 6,000 médailles, or, argent et bronze. Ce dépôt des productions de l’esprit humain, l’un des plus complets de ceux que possèdent les départements, est placé dans un vaste bâtiment acheté par le fondateur, qui avait doté ce bel établissement d’une somme de plus de 60,000 francs, dont le revenu annuel était destiné à son accroissement et au traitement du conservateur.

 

Industrie.

Fabriques d’eau-de-vie, esprits, acide nitrique, colle forte, vert-de-gris. Filatures de coton. Moulin à soie et à garance. Teintureries. Tanneries.
Commerce de vins, eaux-de-vie, esprits, essences de différentes sortes, huile d’olives excellente, fruits, amandes, safran, garance, graine de trèfle et de luzerne, cire, miel, soie, laine, savon, cuirs, etc.
Entrepôt et point central pour l’achat des productions du pays.
Tous les vendredis, marchés considérables et des plus fréquentés des départements méridionaux.
Foires les 21 septembre, et 27 novembre.

 

Biographie.

  • Patrie de l’abbé Maxime de Pazzis, auteur d’un savant Mémoire statistique sur le département de Vaucluse.
  • Du peintre paysagiste Bidauld, membre de l’Institut.
  • De J.-V. Raspail, naturaliste, à qui la physique et la chimie sont redevables d’importantes découvertes.


Bibliographie. Martin (J.-Cl.). Antiquités et inscriptions de la ville de Carpentras, in-8, 1818

 

 

Entrée de Carpentras vers 1830 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Entrée de Carpentras vers 1830, gravure de Rauch, d'après Bonnet
Extraite du Guide pittoresque du voyageur en France - 1838
Collection personnelle

Article extrait du Dictionnaire universel de la France - Robert de Hesseln - 1771 - collection personnelle.

CARPENTRAS, ville capitale du comtat Venaissin, avec un évêché suffragant d’Avignon, siège d’un consulat, d’une judicature, d’une chambre apostolique, d’un rectorat dont la juridiction s’étend sur toute la province ; située sur la rivière d’Auzon, que d’autres appellent la Russe, ou Rousse, au pied du mont Ventoux, à 5 lieues au levant d’hiver d’Orange, à une égale distance au levant d’été d’Avignon, et à 146 au levant d’hiver de Paris, au 22e degré 41 minutes de longitude et au 44e degré 3 minutes de latitude.
Route de Paris à Carpentras ; par Villejuif, Juvisy, Essonne, Chailly, Fontainebleau ; et depuis, pour le carrosse de Lyon, par Nemours, la Croisière, Montargis, Nogent-le-Rotrou, Briare, Cône, Pouilly, la Charité, Nevers, Magny, Chantenay, Moulins, Varennes, la Pacaudière, Rouanne sur la Loire, Tarare, Lyon, Vienne, Saint-Vallier, Tournon, Valence, Montélimar, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Orange, et de là à Carpentras.
Par la diligence de Lyon, on suit la route de la Bourgogne depuis Fontainebleau jusqu’à Lyon : et depuis Lyon jusqu’à Carpentras, c’est la même.

Porte d'Orange à Carpentras vers 1830 - gravure reproduite et retouchée numériquement par © Norbert Pousseur
Porte d'Orange à Carpentras vers 1830, gravure de E. Breton
Extraite du Guide pittoresque du voyageur en France - 1838
(collection personnelle).

Carpentras peut avoir 12,000 habitants. La forme de cette Ville ressemble à peu près à celle d‘un cœur. Elle est ceinte de fort belles murailles, flanquées de tours tondes. On y entre par quatre portes, ouvertes aux quatre points cardinaux : ce sont les portes d’Orange, de Mazan, de Monteoux, et de Notre-Dame. Les rues de la ville sont assez agréables ; sans être bien larges. Carpentras a plusieurs fontaines, des places et de fort belles halles. Ses édifices les plus remarquables sont l’Hôtel de ville, le palais épiscopal, et la bibliothèque.
L’église cathédrale de Carpentras est dédiée à saint Pierre et à saint Siffrein. Elle est fort belle et bien éclairée. Son chapitre est composé de chanoines, dont les deux premiers sont dignitaires ; savoir, le prévôt et l’archidiacre. Il y a d’ailleurs deux personnats ; le capiscol et le sacristain. Les huit autres chanoines, parmi lesquels on compte le théologal et le pénitencier, sont prébendés, excepté un qui ne retire que les distributions quotidiennes. Outre les douze Chanoines, il y a trois hebdomadiers, deux curés, un maître de chapelle, quatre enfants-de-chœur, et quatre mansionnaires pour la musique et la psalmodie.
Le revenu de la cathédrale se monte à environ 46 000 livres. Il consiste dans les dimes du territoire de Carpentras, dont l’évêque n’a que le tiers, et le chapitre les deux autres tiers.

Le diocèse de Carpentras renferme vingt-neuf paroisses, dont vingt-deux dans le comtat Venaissin et sept en Provence. Son prélat jouit d’environ 41,000 livres de rente. On place dans le troisième siècle, l’époque de l’érection de cet évêché : cependant saint Julien, qui assista en 519 à un concile tenu à Epaone, est le premier évêque de Carpentras, que l’on connaisse.

La secondé église de Carpentras est celle, de S. Jean-du-Bourg. Cette église est desservie par les chanoines réguliers de Notre-Dame du Grès, de l’ordre de saint Ruf. Ils sont au nombre de six, dont cinq ont des prieurés pour prébendes. Le sixième, qui est le sacristain, n’en a point, mais il a le droit d’opter. Il y a d’ailleurs dans la ville de Carpentras, un couvent de Dominicains, une communauté de religieux de l'Observance de saint François, une Capucinière, un couvent de Carmes-Déchaussées, un collège dirige par les jésuites, et un séminaire gouverné par les mêmes pères. Ce collège fut établi en 1607, par les soins du sieur Pierre Giraud de Sobirat. On y enseigne les humanités et la philosophie.

Outre les couvents et communautés d'hommes dont nous venons de parler, on en compte cinq de filles savoir, l’abbaye des religieuses de sainte Magdeleine et de saint Bernard, ordre de Cîteaux ; le monastère des Carmélites-Déchaussées ; celui des religieuses Ursulines ; le couvent de la Visitation de sainte Marie, et la maison du Refuge, sous le titre de Notre-Dame de sainte Garde, et celle de l'intérieur de Marie.

La maison du refuge est destinée à enfermer les filles en danger, et les femmes de mauvaise vie.

Il y a d’ailleurs dans Carpentras, trois confréries de Pénitents ; les noirs, les gris, et les blancs ; un hôpital des pauvres malades, sous le titre de saint Pierre aux Grâces, une maison de charité, et un Mont de Piété, dirigé par les recteurs.

Hors des murs de la ville est un hôpital pour les pestiférés, et on y voit plusieurs chapelles dans les environs. Les dehors de cette ville sont ornés de deux beaux cours pour les promenades publiques. Les eaux sont apportées dans la ville sur un bel aqueduc de quarante-huit arches, achevé en 1734. Cet aqueduc a en tout 469 toises de long.

Il se tient à Carpentras un marché fameux tous les vendredis de chaque semaine. Il y a de grands privilèges accordés à ce marché, et le commerce considérable que l'on y fait y attire beaucoup d’étrangers. Outre le marché de cette ville, il s’y tient deux foires célèbres par an, le 21 septembre et le 27 novembre.

Le territoire de la ville de Carpentras est fertile en raisin et en olives. On y recueille du Safran, des légumes et des fruits en abondance, et de la meilleure espèce. Toutes les terres y sont bordées de mûriers pour la nourriture des vers à soie, dont il se fait un grand commerce.

 

Histoire détaillée de Carpentras
Article extrait de l’ouvrage L'Histoire des villes de France d'Aristide Guilbert - 1859 - collection personnelle
texte de Jules de Lamadelène

Carpentras, près de l’Auzon, l’un des trois évêchés centres principaux du comtat Venaissin, s’élève à deux lieues du mont Ventoux, haute montagne qui, malgré son éloignement de la mer (vingt lieues environ de distance), sert, au large, à orienter le navigateur. Au temps où les Romains envahirent les Gaules, les Méminiens habitaient le versant méridional du mont Ventoux, non loin duquel existait déjà une ville assez importante, nommée Alpentoracte. S’il faut en croire quelques savants, dont l’opinion récemment émise ne manque point de vraisemblance, c’était, à cette époque, une cité sainte, une des métropoles de la religion druidique, où se conservait fidèlement le dépôt des rites et des usages nationaux, et où les prêtres initiaient quelques élus à leurs mystères. Après la guerre d’Afrique, Tiberius Nero, l’un des lieutenants de César, vint et s’arrêta à Alpentoracte ; il y fonda une colonie qui, de lui, prit le nom de Forum Neronis. Bientôt la hache du vainqueur abattit ou éclaircit les vastes forêts, au milieu desquelles la ville gauloise était comme ensevelie. Des routes furent percées à travers cet immense labyrinthe ; toute une population d’affranchis reflua vers la colonie nouvelle et y attira le commerce. Les arts prirent leur essor sur cette terre sauvage ; des monuments remarquables, soit par leur grandeur, soit par leur élégance, embellirent le Forum Neronis. Le vieux nom celtique prévalut, toutefois, en subissant une légère altération ; car Pline, dans son énumération des villes les plus remarquables de la Narbonnaise, l’appelle Carpentoracte Meminiorum.

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