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Les villes à travers les documents anciens

Hôtel de Bourtheroulde à Rouen au 19ème siècle

 

L'hôtel de Bourgtheroulde vers 1850 - reproduction © Norbert Pousseur
L'hôtel de Bourgtheroulde de Rouen par Félix Benoist vers 1850 Cette photo peut être transférée, sur demande, en haute définition
voir ci-dessous la même gravure, zoomable


 

Outre cette page sur l'Hôtel de Bourgtheroulde de Rouen, voir aussi :



 

 

Texte de William Duckett en 1866, extrait de "La Normandie"

Hôtel de Bourgthéroulde, place de la Pucelle, sur laquelle nous nous garderons bien de mentionner une prétendue statue de Jeanne d’Arc, en cheveux et en costume Pompadour. Quant à l’hôtel, commencé vers la fin du XVe siècle par Guillaume Leroux, seigneur du Bourgthéroulde, il fut terminé par son fils, abbé d’Aumale et du Val-Richer. L’extérieur en est à-peu-près détruit. Le corps principal d’habitation, occupé aujourd’hui par le Comptoir d’Escompte, est situé au fond d’une cour à peu près carrée. Sa façade était somptueusement décorée de bas-reliefs, dont plusieurs ont été détruits. On y remarque encore un trophée, une Salamandre dans les flammes, armes parlantes de François Ier, et un Phénix également dans les flammes.
Les fenêtres du comble sont en ogive et couronnées de frontons pyramidaux, chargés d’ornements gothiques. Sur le tympan de l’un, on voit un écusson supporté par des chevaux. A gauche de cette façade, une charmante tourelle hexagonale, ornée de 6 bas-reliefs représentant des scènes champêtres et pastorales. Une galerie couverte à 5 arcades, forme le côté gauche de la cour et joint cette tourelle à la façade. On y remarque, à hauteur d’homme, au dessous des arcades, 5 bas-reliefs figurant l’entrevue de François Ier et de Henri VIII au célèbre Camp du Drap d’Or ; véritables chefs-d’œuvre, précieux pour la connaissance des costumes, mais que les intempéries de l’air et des mutilations ont malheureusement détériorés. Au dessus des arcades, un entablement, dont la frise se divisait en 6 panneaux ornés de bas-reliefs symboliques, mais dont 2 sont à peu près détruits ; ceux qui restent, représentent un char traîné par des bœufs, et sous les roues duquel plusieurs individus sont écrasés ; la Mort précédant un autre char traîné par 2 éléphants, et sur lequel une femme sonne de la trompette ; un autre char encore, couronné d’un dais, traîné par 4 chevaux et entouré de divers individus ; les 3 personnes de la Trinité sur un nouveau char que traînent un lion, un aigle, un bœuf et un ange, symboles des 4 Evangélistes, et sous les roues de ce char une multitude broyée, des hérétiques probablement. Rien de remarquable dans le bâtiment à droite de la cour.


L'hôtel de Bourgtheroulde vers 1840 - reproduction © Norbert Pousseur
Hôtel de Bourthéroulde vers 1840, in 'Le Magasin pittoresque' de 1841 Cette photo peut être transférée, sur demande, en haute définition


Texte d'Abel Hugo en 1835, extrait de "La France pittoresque"


Hôtel du Bourgthéroulde. — Aucun des monuments de Rouen n’a excité plus vivement la sollicitude des érudits. Ou fixe l’époque de sa construction à la fin du XVe siècle. Son fondateur est Guillaume Leroux. La partie de l’hôtel du Bourgthéroulde, qui règne sur la place de la Pucelle, est la plus ancienne : elle n’a conservé de curieux qu’une jolie tourelle en encorbellement, suspendu, pour ainsi dire, à l’encoignure méridionale de la façade, et encore cette tourelle est-elle fortement endommagée. — Bourgthéroulde se recommande surtout par des bas-reliefs précieux pour I’histoire de l’art. Ceux qui représentent l’entrevue de François ler et de Henri VIII ont acquis une grande célébrité : ils sont au nombre de cinq, et reproduisent chacun une scène de cette mémorable entrevue. — D’autres bas-reliefs offrent des tableaux de la vie pastorale : ici l’on voit des bergers qui devisent d’amour avec des villageoises ; au-dessous est cette inscription :

Berger à bergère
Promptement se ingère.

Là ce sont des pasteurs jouant de la cornemuse ; on lit sur le versant inférieur : 

Nos passe-temps légers : nous valent argent :
S’ils ne sont d’argent : ils sont de bergers.

Un autre bas-relief représente une tonte de moutons. L’inscription suivante est gravée sous un berger qui excite son chien à la poursuite d’un loup emportant un agneau :

Nous sommes des fins : aspirants à fins.

 

Ce fut à l’hôtel du Bourgthéroulde que logea le comte de Scherosbery, ambassadeur envoyé par la reine d’Angleterre vers Henri IV, pour renouveler les alliances des deux royaumes et présenter au roi de France l’ordre de la Jarretière


 

Texte extrait de "La Normandie illustrée" édité en 1850, rédigé par R. Bordeaux et/ou A. Bosquet.

Le plus curieux de tous les édifices privés, élevés à Rouen, est sans contredit l'Hôtel du Bourgthéroulde, situé à l’encoignure de la rue du Panneret et de la place de la Pucelle. Il résulte de certains actes retrouvés dans les archives du tabellionage de Rouen, que cet hôtel a été commencé, au mois de juillet 1506, par Guillaume Le Roux, deuxième du nom, seigneur du Bourgthéroulde, conseiller de l’Échiquier de Normandie. A la mort de ce seigneur, en l’année 1520, cette remarquable construction n’était, pas encore achevée ; elle fut continuée par Claude Le Roux, second fils du seigneur du Bourgthéroulde, et qui se trouvait seul possesseur de l’héritage paternel, à cause de la renonciation faite en sa faveur par Guillaume Le Roux, son frère aîné, abbé commendataire de l’abbaye d’Aumale.
L’hôtel du Bourgthéroulde est un monument de transition, où l’on reconnaît, comme au Palais-de-Justice, l’alliance forcée du style gothique et de celui de la Renaissance. Il se compose de quatre corps-de-logis régnant autour d’une cour carrée. La façade extérieure, qui regarde la place de la Pucelle, était enrichie d’une décoration gothique ; mais la partie supérieure de ce côté de l’hôtel a été complètement remaniée ; le reste, altéré moins encore par le temps que par la main de l’homme, est dans un état de dégradation qui ne permet ni d’en étudier le caractère ni de ressaisir les traces de l’ensemble primitif. Au contraire, la façade du corps-de-logis situé au fond de la cour a conservé presque toutes ses richesses : elle est couverte de bas-reliefs offrant la représentation de marches triomphales ; on y voit aussi répétées plusieurs fois les figures de la Salamandre et du Phénix couronnés, devises symboliques, dont l’une appartenait à François Ier, et l’autre à Éléonore d’Autriche, seconde femme de ce prince. Les fenêtres gothiques, appuyées sur les combles, sont remarquables par l’importance de leurs dimensions et par leur ornementation exubérante. La tourelle hexagonale, placée à l’angle de cette façade, est ornée aussi, sur les deux faces tournées vers la cour, de bas-reliefs qui s’étendent depuis le premier étage jusqu’au toit. Ces bas-reliefs se distinguent par la délicatesse, la naïveté finement étudiée de leur exécution, et par leur composition aussi originale que gracieuse ; ils représentent les passe-temps de la galanterie pastorale, divers travaux et amusements champêtres, accompagnés de paysages et de villes placés en perspective, et de toutes sortes de détails et de scènes épisodiques d’une folâtre et capricieuse invention. A l’intérieur de cette tourelle, existe un cabinet qui a conservé tout le luxe de sa riche décoration du XVIe siècle : médaillons, culs-de-lampe, arabesques aux souples enlacements, aux contournements ingénieux, cariatides et mascarons aux faces exagérées et grimaçantes. Il s’y trouve de plus quatre tableaux offrant les scènes moqueuses et décevantes des amours de Mars et de Vénus, peintes dans ce style voluptueux par l’inspiration, sévère par le goût, dont Le Primatice fournissait alors les modèles.
A la suite de cette tourelle, en retour d’équerre et bordant le côté Sud de la cour, s’étend une magnifique galerie, composée de six arcades au cintre surbaissé, dont les pilastres, les voussures, les soubassements et les frises sont décorés de sculptures d’un admirable travail dans le style de la Renaissance. On y remarque principalement, vu l’importance du sujet qui s’y déploie, les sculptures de la frise qui règne au-dessous des cinq premières arcades, et dans lesquelles on a reconnu la représentation de l’entrevue du Camp du Drap d’Or. Henri VIII et François Ier se rencontrent sur le panneau du milieu ; les deux panneaux de gauche sont occupés par le cortège du roi d’Angleterre sortant de la ville de Guines ; sur ceux de droite est rangée toute la suite de François Ier ; à l’extrémité se voit la ville d’Ardres, occupée par les Français. La réalité du fait, l’exactitude des accessoires, la variété des costumes, le mouvement des figures, tout concourt à relever l’intérêt de cette scène, découpée par un ciseau aussi délicat que ferme, et qui semblerait vivre encore dans la pierre, si les attaques outrageantes du temps ne venaient çâ et lâ en déshonorer la splendeur et en altérer le prestige.

Quant au coté droit de l’hôtel, jadis endommagé par un violent incendie, il a subi des réparations qui, autant que l’auraient fait les mutilations les plus complètes, lui ont enlevé toute sa valeur et son cachet artistiques.

Le portrait de François Ier et celui de Henri VIII, ainsi que le monogramme du nom de Guillaume Le Roux : G. L. IL, sont agencés dans la décoration des deux supports de la porte à pignon gothique qui ferme à l’intérieur la cour de l’hôtel.


 

Ci-dessous comparaison de l'hôtel avant et après des remaniements lors de sa vente au Comptoir d'escompte (vue inférieure) (les 2 précédentes gravures ont été recadrées, et mise uniformément en n&b, pour faciliter la comparaison).

On remarque un remaniement important des fenêtres du 1er étage, qui ont été par la suite allongées avec suppression des bas-relief aux phénix couronnés (emblème de François Ier).
Entre les 2 fenêtres, au-dessus de la salamandre, l'écusson royal a été effacé.
Dans le seconde gravure de 1850, les colonnades sculptées, dominant les fenêtres du toit, ont été en partie brissées.
Par ailleurs, les fenêtres du centre de la tour semblent avoir été élargies par la suite... (mais rien de certain, vu l'imprécision du dessin de 1840.


L'hôtel de Bourgtheroulde par Félix Benoist - reproduction © Norbert Pousseur
L'Hôtel avant 1842

L'hôtel de Bourgtheroulde par Félix Benoist - reproduction © Norbert Pousseur
L'Hôtel avant 1850


L'entrevue du Drap d'Or - reproduction © Norbert Pousseur
Bas-relief du 16ème siècle de l'entrevue du Drap d'Or, Cette photo peut être transférée, sur demande, en haute définition
gravure et texte extrait du Magasin pittoresque de 1842

Entrevue du Camp du Drap-d’Or. En 1520, au moment ou la lutte entre François I et Charles-Quint allait s’engager, lutte qui devait assurer au vainqueur la prépondérance en Europe, les deux rivaux cherchèrent à gagner le roi d’Angleterre, Henri VIII. L’empereur ayant fait dans ce but un voyage auprès de ce prince, François I eut à son tour une entrevue avec le monarque anglais, dans un endroit situé à mi-chemin entre Ardres et Guines.

« Le jour de la Feste-Dieu, raconte Martin du Bellay, au lieu ordonné, le Roy et le roy d’Angleterre, montez chacun sur un cheval d’Espagne, s’entre - abordèrent, accompagnez, chacun de sa part, de la plus grande noblesse que l’on eust veue cent ans auparavant ensemble, estant en la fleur de leurs aages, et estimez les deux plus beaux princes du monde, et autant adroits en toutes armes, tant à pied qu’à cheval. Je n’ay que faire de dire la magnificence de leurs accoustremens, puisque leurs serviteurs en avaient si grande superfluité, qu’on nomma la dite assemblée le Camp de Drap-d’Or. Ayans faict leurs accollades à cheval, descendirent en un pavillon ordonné pour cest effect, où, après avoir devisé de leurs affaires particulières, conclurent que , audit lieu se feraient lisses et eschaffaulx, où se feroit un tournoy, estans délibérés de passer leur temps en déduit et choses de plaisir, laissa ns négocier leurs affaires à ceux de leur conseil. Par douze ou quinze jours coururent les deux princes l’un contre l’autre... Ce faict, le roy d’Angleterre festoya le roy, près Guines, en un logis de bois où y avoit quatre corps de maison qu’il avoit faict charpenter en Angleterre , et amener par mer toute faicte, et estoit couverte de toille peinte en forme de pierre de taille, puis tendue par dedans des plus riches tapisseries qui se peuvent trouver ; et estoit le dessein pris sur la maison des marchands à Calais. Le lendemain, le roy devoit festoyer le roi d’Angleterre près Ardres, où il avoit faict dresser un pavillon ayant soixante pieds en carré, le dessus de drap d’or frizé, et le dedans de velours bleu de Chypre, et quatre autres pavillons aux coings, de pareille despense; et estoit le cordage de fil d’or de Chypre et de soye bleue turquine, chose fort riche. Mais le vent et la tourmente vint telle, que tous les cables et cordages rompirent, et furent les dites tentes et pavillons portez par terre ; de sorte que le roi fut contrainct de changer d’opinion, et feit faire en grande diligence un lieu pour faire le festin. Je ne m’arrêteray à dire les grands triomphes et festins qui se firent là, ny la grande despense superflue, car il ne se peult estimer; tellement que plusieurs y portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prez sur leurs espaules. »

Cette entrevue, dont François I espérait beaucoup, n’eut aucun résultat. Le prince français s’aliéna Henri VIII, qu’il ne chercha qu’à humilier par sa magnificence et sa générosité, et à surpasser dans les exercices de corps auxquels se livrèrent les deux monarques. « Un jour, dit Fleurange, le roi d’Angleterre prist le roi de France par le collet, et lui dict : Mon frère, je veulx luitter (lutter) avec vous, et lui donna une attrape ou deux, et le roi de France, qui est un fort bon luilteur, lui donna un tour et le jeta par terre, et lui donna un merveilleux saulx.»

Aucun traité ne suivit ces fêtes ruineuses : deux ans plus lard Henri VIII se prononça pour Charles-Quint contre François I.

 




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