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Les villes à travers les documents anciens

La ville de Rouen au 19ème siècle

 

Rouen par Félix Benoist  - reproduction © Norbert Pousseur
Rouen vers 1850 depuis le cimetière du 'Bon secours', illustration de Félix Benoist Cette photo peut être transférée, sur demande, en haute définition
A remarquer les 2 petits trains à vapeur sur sur le pont au premier plan et celui sur la gauche

Pour mieux les distinguer, voir ci-dessous la même gravure, zoomable


 

Outre cette page sur Rouen et sa description générale, voir aussi :

 

 

Texte de William Duckett en 1866, extrait de "La Normandie"

Nous voici arrivés à Rouen, l’ancienne capitale de la Normandie, le chef-lieu actuel du département de la Seine-Inférieure, la cinquième ville de France après Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux, à 21 lieues Est du Havre, 14 Sud de Dieppe, 31 Nord-Ouest de Paris, sur la rive droite de la Seine, et traversée en outre par 3 petites rivières, le Robec, l’Aubette et la Renelle, avec une population de 104,000 habitants.
Elle s’élève des bords du fleuve sur la déclivité d’un plateau qui s’abaisse, de toutes parts, autour d’elle en un amphithéâtre de riantes collines. De là elle se présente aux regards avec un certain aspect de grandeur sévère auquel la fraîcheur et la grâce des paysages qui l’environnent, prêtent un charme tout particulier. En arrivant de Paris, on passe avant d’y arriver au pied d’un promontoire couvert de pelouses verdoyantes, appelé la montagne Sainte-Catherine et qui joue un grand rôle dans son histoire. La partie de la ville qu’il domine immédiatement, est arrosée par la petite rivière de Robec et embellie par la magnifique promenade du Grand-Cours, une des plus remarquables peut-être de France.
A l’extrémité tout à fait opposée, les constructions s’arrêtent à la rivière de Cailly. Entre ces deux limites, un beau quai, qui se déroule le long de la Seine, rappelle, dans le voisinage de la rue du Grand-Pont, les portions neuves des quais de Paris. La Bourse, devant laquelle s’étend une petite promenade entourée de grilles, permet de contempler de ses fenêtres le cours du fleuve dont les eaux profondes ont fait un véritable port maritime, commode, et auquel la marée procure l’avantage de recevoir un immense concours de navires marchands, jaugeant jusqu’à 200 tonneaux. Mais son véritable port est Quillebeuf, dans le département de l’Eure.
Les anciens remparts de Rouen ont été transformés en larges et beaux boulevards, qui ne le cèdent en rien à ceux de Paris, ni pour la grandeur, ni pour les constructions qu’on y élève. La partie de la ville qui s’étend entre les boulevards et les quais est malheureusement bien loin de jouir de cet avantage. Qu’on se représente une cité du moyen-âge, avec ses hautes et vieilles maisons de bois et de pierre, les unes sur les autres, séparées par des rues étroites, tortueuses, sales, fatigantes pour le piéton, à cause de la déclivité du sol, à cause surtout d’un pavé détestable, et l’on s’en fera à-peu-près une idée ! Tout n’y est cependant pas ainsi ; témoin la rue du Grand-Pont, témoin encore la place immense sur laquelle s’élèvent l’Hôtel de ville et l’église de Saint-Ouen.

La Seine forme à Rouen plusieurs îles, entre autres l’île Lacroix et l’île de la Moucque. On y passe par 2 ponts ; l’un, de bateaux, qui s’élevant et s’abaissant avec la marée, s’ouvre pour le passage des embarcations ; l’autre, en pierre, terminé il n’y pas longtemps. Il est formé de 2 parties de 3 arches chacune, qui s’appuient sur l’extrémité de l'île où s’étend une place circulaire, décorée d’une colonne. Les trois arches du milieu ont 31 mètres d’ouverture. Deux larges rues, alignées entre elles, ont été percées à travers la ville et le faubourg Saint-Sever, et aboutissent à chacune de ses extrémités. Ce beau monument, commencé par ordre de Napoléon 1er lors d'un voyage qu’il fit à Rouen en 1810, a donné au port plus d’espace en permettant de rejeter le pont de bateaux au bas de la ville.

Rouen est divisé en 6 cantons ou arrondissements, y compris le faubourg de Saint-Sever, sur la rive gauche du fleuve, et ceux de Bouvreuil et Beauvoisine, Saint-Hilaire, Martainville, Eauplet et Cauchoise. La partie centrale de la ville est surtout consacrée au commerce de détail ; le haut commerce occupe les parties qui avoisinent le port, vers l’Ouest ; les bas quartiers, les faubourgs Saint-Hilaire, Martainville et Saint-Sever, sont remplis d’usines ; au Nord, dans le voisinage de Saint-Ouen et de Saint-Patrice, dans le nouveau quartier du faubourg Cauchoise, habitent, loin du bruit et de l’agitation, la noblesse et la magistrature.

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La ville de Rouen, station du chemin de fer de Paris au Havre et à Dieppe, est le siège d’un archevêché qui a pour suffragants les évêchés de Bayeux, Coutances, Evreux et Séez, d’un consistoire protestant, d’une cour impériale, de tribunaux de première instance et de commerce ; d’un bureau de conservation des hypothèques ; de directions de l’enregistrement, du timbre et des domaines, des douanes, des contributions directes et indirectes. C’est aussi la résidence d’agents consulaires, et le chef-lieu de la deuxième division militaire et du deuxième arrondissement forestier. Outre les établissements que nous avons mentionnés, elle possède 14 églises, dont 6 paroissiales, 1 église consistoriale, 1 synagogue, 1 grand et 1 petit séminaires, 1 faculté de théologie, 1 école préparatoire de médecine et de pharmacie, 1 académie universitaire, 1 lycée impérial, de nombreuses écoles primaires, 1 société centrale d’agriculture, 1 académie des sciences, belles- lettres et arts, 1 société libre d’émulation, plusieurs sociétés d’archéologie,1 hôtel des monnaies, 1 banque, 1 chambre de commerce, 1 chambre consultative d’agriculture, 1 conseil de prud'hommes, 1 Hôpital - général, 1 Hôtel-Dieu, 1 asile d’aliénés, hommes et femmes, à Quatremares ; des halles, places et marchés, des abattoirs, de belles casernes, 3 théâtres et 4 journaux, dont 2 politiques et quotidiens.

L’industrie manufacturière a pris dans cette ville un prodigieux développement ; elle est connue aujourd’hui dans le monde entier pour ses tissus de coton, dits rouenneries. On y fabrique aussi une immense quantité de nankins très estimés ; de basins, guinées, siamoises, coutils, indiennes, madras, molletons, flanelles, étoffes pour pantalons et gilets, velours de soie, toiles cirées et vernies, de la bonneterie, de la rubannerie de laine, de la faïence pour les colonies, des produits chimiques ; il y a en outre de nombreuses imprimeries sur toiles, des raffineries de sucre, des fonderies de fer et de cuivre, des moulins à huile, des teintureries, des tanneries, des blanchisseries, etc.. Les confitures, les gelées et le sucre de pomme qu’on y prépare, sont en grand renom.

Le commerce est proportionné aux nombreux besoins de cette industrie. Favorisé par la Seine, qui lui donne les plus grandes facilités pour communiquer avec Paris et les autres villes importantes de son bassin, par des chemins de fer qui lui ouvrent l’intérieur, et par le port du Havre qui est presque un faubourg de Rouen, il devient de plus en plus considérable. Entrepôt réel de denrées coloniales et autres marchandises de l’étranger, ce qui l’alimente surtout ce sont les grains, farines, vins, eaux-de-vie, salaisons, huiles de poisson, cuirs, drogueries, épiceries, teintures, cotons en laine et filés, chanvre, laine, fer, ardoises, brai, goudron, draps, toiles, rouenneries, etc. Les importations et exportations avec l’Amérique, le Levant, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et le Nord de l’Europe, y sont de la plus haute importance.

Foires : 20 février, 15 jours ; veille de l’Ascension ; 20 juin, 15 jours ; 23 octobre, 15 jours.

Partout les environs de Rouen offrent de délicieuses promenades, où les beautés de la nature se marient aux souvenirs de l’histoire. A l’horizon s’élèvent les côtes de Canteleu, du Mont-aux-Malades, du Mont-Fortin, de Sainte-Catherine, des Sapins, de Bon-Secours, etc. etc. etc.


Texte d'Abel Hugo en 1835, extrait de "La France pittoresque"


Rouen, autrefois capitale de la Normandie, grand port sur la Seine, est aujourd’hui le chef-lieu d’un département ; le siège d’un archevêché, d’une cour royale et d’une académie ; le quartier général d’une division militaire. — Cette ville est située à 137 kil. N.-O. de distance légale de Paris. On paie 15 postes 1/4 par Pontoise,  17 postes par Meulan, et 18 postes 1/4 par Gisors. — Sa population est de 88,086 hab. — L’établissement de la marée du port a lieu à une heure quinze minutes.

Carte de Rouen vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
Carte de Rouen, in "France pittoresque" d'Abel Hugo. Cette photo peut être transférée, sur demande, en haute définition

CARACTÈRE, MŒURS, ETC.
Le type du caractère normand se retrouve dans la capitale de la Normandie ; mais comme dans tous les grands centres commerciaux, les mœurs et les habitudes primitives ont reçu à Rouen de notables modifications par les fréquentes relations que cette ville entretient avec Paris et l’étranger. La finesse normande n’y dépasse pas les bornes de l’habileté ; les procès n’y sont pas une affaire de goût, mais d’intérêt ; l’économie n’y dégénère pas en avarice. Les Rouennais ont une singulière aptitude pour les hautes spéculations de commerce, et pour les plus minces détails d’industrie ; aussi leur ville est-elle toujours comme agitée par le choc des affaires de tout genre, qui se croisent d’un quartier à l’autre, et de là s’étendent dans toutes les parties de la France, et jusque dans les contrées les plus reculées du globe. Ce frottement perpétuel a dû nécessairement polir encore leur esprit naturellement si délié, et perfectionner leur goût dans l’appréciation des produits de l’art. La compétence des Rouennais en ces matières est en effet généralement reconnue ; souvent il leur arrive de réformer les jugements de Paris, et leurs arrêts ont presque toujours fait autorité.

NOTES BIOGRAPHIQUES
La biographie des hommes distingués du département de la Seine-Inférieure occuperait plusieurs volumes ; nous devons nous borner à en signaler quelques-uns. Parmi les personnages d’un âge antérieur au nôtre, on remarque le comte de Boulainvilliers, qui le premier a répandu en France des documents statistiques sur le pays ; le père Brumoy, traducteur du théâtre des Grecs ; le géographe Bruzen de Lamartiniere ; madame Du Boccage, poète en réputation dans le siècle dernier ;  la Champmèlé, actrice célèbre, dont le plus grand titre est d’avoir été honorée de l’attachement de Racine ; le maréchal de Coigny ; les deux Corneille, honneur éternel de leur pays ; l’historien Daniel ; le critique Desfontaines ; le spirituel Fontenelle, qui sut faire parler à l’idiome vulgaire, le langage de la science ; l’économiste Véron de Forbonnais ; l’érudit Le Gendre ; Jouvenet, un des grands peintres français ; Paul Lucas, un de nos plus anciens voyageurs, et un des plus amusants ; Enguerrand de Marigny, notre premier ministre des finances, un de nos plus habiles, qui fut pendu à Montfaucon, aux fourches patibulaires qu’il avait fait dresser ; le maréchal de Matignon ; la comtesse de La Fayette, auteur célèbre de Zaïde et de la Princesse de Clèves ; Abraham Duquesne, un de nos plus illustres amiraux ; Restout, peintre distingué ; le jésuite Sanadon, poète latin ; le fameux Scudéry et sa sœur, plus célèbre par l’amitié de Pélisson, que par ses propres ouvrages ; le conventionnel Thouret, auteur de I’histoire des Révolutions de France ; l’historien des Révolutions Romaines, Vertot, etc., etc.
 Nos contemporains offrent parmi les hommes politiques : le chancelier Dambray, Duvergier de Hauranne, le ministre Mollien, le député Bignon, le tribun Thiessé, le sénateur Levavasseur, l’ingénieur-ministre Forfait, etc.
Parmi les noms distingués dans les lettres, les sciences et les arts, on remarque ceux d’Ancelot, de Bernardin- de-Saint-Pierre, de Boïeldieu, de Casimir Delavigne, de Dicquemare, de Grainville, de Levée, de Géricault, de Léon Thiessé, d’Ulric Guttinguer, etc.

CLIMAT. — MALADIES.
Rouen a presque autant de climats que de quartiers. Les parties basses de la ville sont humides et soumises à l’influence des émanations malsaines qui doivent nécessairement s’exhaler de ruelles étroites où le soleil ne pénètre jamais, et que surcharge une population d’ouvriers enfermés dans des maisons délabrées ; le principe des maladies est combattu par différents courants d’air que les débouchés des montagnes circonvoisines envoient dans la ville. Les inondations de la Seine et les pluies rendent également les quartiers inférieurs très sujets aux fièvres, aux fluxions rhumatismales et à des dépôts d’humeurs froides. En revanche la portion de la ville qui occupe le haut de l’amphithéâtre jouit d’une salubrité remarquable. Généralement, la constitution atmosphérique à Rouen est plutôt froide que tempérée ; elle est soumise à des variations brusques et fréquentes, à des intempéries plus ou moins longues qui changent souvent le caractère des saisons.

ANTIQUITÉS.
Les vestiges d’antiquités sont rares à Rouen. En 1789, on a trouvé dans les caves d’une maison, rue des Carmes, des restes de murailles évidemment construites par les Romains. Ces murailles se prolongeaient à l’ouest jusque sous les bâtiments de l’église de Saint-Lô, et il est très probable qu’elles se réunissaient vers l’Est à d’autres débris d’architecture romaine, qu’on a découverts en creusant les fondations d’une autre maison rue de la Chaîne.
Le Vieux-Chateau.— Il fut construit, en 1205, par Philippe-Auguste, à l’extrémité septentrionale de la ville. On en commença la démolition en 1590. Ses débris sont aujourd’hui dans l’enceinte de Rouen. Il n’en reste plus que deux tours : celle du Gascon et celle du Donjon. Le reste de l’emplacement est occupé par un couvent de dames Ursulines.
Le Vieux-Palais.— Il était situé à l’extrémité occidentale du port ; des constructions modernes et des chantiers occupent l’emplacement où il s’étendait. Ce palais fut construit vers l’an 1420 par Henri V, roi d’Angleterre. On y remarquait une grosse tour appelée Mal-s’y-Frotte. Non loin du Vieux-Palais est le pré de la Bataille, où Guillaume-Longue-Epée, avec une poignée d’hommes, remporta une grande victoire sur la nombreuse armée du comte de Cotentin,

Rouen par Rouargue - reproduction © Norbert Pousseur
Rouen vers 1840 par Rouargue, édité par dans le "Précis de Géographie universelle" de Malte-Brun. Cette photo peut être transférée, sur demande, en haute définition

 

TOPOGRAPHIE.
Situation, aspect général. — Quand on contemple Rouen d’une des hauteurs qui l’environnent, on est frappé du spectacle magnifique que présente cette riche cité : sur une circonférence de deux lieues, on voit se grouper une multitude de maisons, du milieu desquelles s’élancent les flèches, les pyramides et les tours d’un grand nombre d’édifices publics. L’œil suit avec curiosité le cours majestueux de la Seine couverte de navires, les uns amarrés aux deux rives, les autres voguant voiles déployées. La verdure des îles, dont le fleuve est parsemé, jette de la variété sur ce tableau que les petites rivières d'Aubette, de Robec et de Renelle viennent encore animer de leurs eaux. Ajoutez-y les allées ombreuses qui entourent la ville, les vastes prairies au milieu desquelles elle est assise, la chaîne de montagnes où semble encadrée cette riante vallée, et vous aurez à eine une idée de l’aspect attrayant et pittoresque qu’offre au dehors l’antique capitale de la Neustrie.

L’intérieur de la ville, on doit en convenir, ne répond point aux espérances que fait naître une si belle perspective. La plupart des rues anciennes sont courtes et tortueuses ; elles se détournent à chaque instant de leur ligne naturelle. Cette manière de bâtir était systématique chez nos pères, qui avaient en vue la défense intérieure des villes au cas que les murailles fussent escaladées ; d’ailleurs le besoin de rues spacieuses se faisait peu sentir dans un temps où tous les transports se faisaient à dos de cheval, à cause du mauvais état des chemins. Jusqu’au XVe siècle, le plus grand nombre des maisons de Rouen étaient en bois ; à cette époque, on vit paraître quelques façades construites en pierre, la plupart décorées de sculptures et d’arabesques. Aujourd’hui plusieurs quartiers sont bâtis avec élégance ; les quais surtout sont d’un aspect imposant et offrent sur le cours de la Seine une ligne majestueuse. — Mais ce qui frappe le plus en entrant à Rouen, c’est le mouvement d’une population affairée qui circule dans ces rues étroites. Le commerce et l’industrie lui donnent une physionomie animée et presque tumultueuse ; les boutiques, les magasins, les entrepôts étalent aux regards les produits de toutes les parties du monde.

Rivières. — Les murs de Rouen sont baignés par quatre rivières. dont les eaux concourent puissamment à son industrie et à sa salubrité.
1° La Seins longe la ville de l’est à l’ouest, et la sépare du faubourg Saint-Sever. La profondeur du fleuve, en cet endroit, permet aux navires du commerce d’y arriver ; le flux de la mer s’y fait sentir deux fois par jour.
2° Le Robec prend sa source au village de Fontaine-sous-Préaux, et, après un trajet de douze lieues, entre dans Rouen au faubourg Saint-Hilaire, et parcourt la ville de l’est à l’ouest, jusqu’à la rue Damiette, où il se dirige au sud pour se perdre dans la Seine, à la porte Jean-le-Cœur. Cette rivière met en mouvement une foule de fabriques ; elle est couverte d’une multitude de petits ponts destinés à établir les communications des maisons avec la rue.
3° L' Aubette entre dans Rouen par le faubourg Martainville, et se perd dans la Seine, à l’entrée du cours Dauphin. Sa source est à peu de distance au petit village de Saint-Aubin. Dans son court trajet, elle active un nombre considérable d’usines et de manufactures.
4° La Renelle n’est qu’un gros ruisseau né de la source Galaor, d'où il coule presque en ligue droite vers la Seine. Ses eaux servent particulièrement aux nombreuses tanneries établies sur les deux rives.

Port. — Le port de Rouen est dans la situation la plus favorable pour la commodité du commerce et le déchargement des navires. Il se prolonge depuis le pont de bateaux jusqu’à la barrière du mont Riboudet. L’espace compris entre ces deux points est couvert de navires qui présentent l’image d’une forêt de mâts et de cordages. Les deux extrémités du port se terminent par deux promenades fort agréables.

Le port de Rouen en 1837 - reproduction © Norbert Pousseur
Le port de Rouen, in le "Magasin pittoresque" de 1837, dessin de Narville. Cette photo peut être transférée, sur demande, en haute définition


Quais. — Les quais de Rouen, par leur largeur, par les maisons qui les bordent, et surtout à cause du mouvement commercial dont ils sont à toute heure le théâtre, sont une des portions les plus remarquables de la ville. Ils se divisent en deux parties principales : savoir, le quai du Havre, où stationnent les navires destinés à la mer, et le quai de Paris, où s’opère l’embarcation et le déchargement des marchandises sur les bateaux en relation avec la capitale.

Ponts. — Il paraît avéré que, lors de l’invasion des Normands, il n’y avait pas encore de pont à Rouen. On lit, en effet, que Charles V fut obligé de passer le fleuve sur des bateaux marchands. C’est entre le Xe et le XIIe siècles que fut construit l’ancien pont en pierre, dont on voit encore quelques vestiges à la marée basse. Il se trouvait déjà en fort mauvais état dès l’année 1564, car on fut obligé d’avoir recours à deux grands bacs pour passer la rivière. Ce mode de passage dura près d’un siècle.
Pont de bateaux. — En 1626, un religieux augustin, le père Nicolas, imagina de lier ensemble un certain nombre de bateaux qui haussent et baissent avec la marée. Quinze bateaux composent le pont de Rouen, qu’on voit en amont de l’ancien pont de pierre. Quand un bâtiment doit passer, une partie du tablier se replie sur la partie voisine, au moyen de roulettes de fer mises en jeu par le cabestan. Le mécanisme est fort ingénieux, mais l’entretien entraîne des dépenses considérables. Les frais s’élèvent aujourd’hui, année commune, à 30,000 francs, sans compter 20,000 francs pour chaque bateau qu’il faut remplacer.
Nouveau pont de pierre. — Il est à 150 mètres en amont du pont de bateaux. La construction en fut ordonnée par un décret de 1810, Le pont est divisé par la pointe occidentale de l’île de la Croix, en deux parties chacune de trois arches. L’arche du milieu a 31 mètres d’ouverture ; les arches centrales en ont 26. La largeur totale du pont est de 13 mètres 80 décimètres ; les trottoirs ont 2 mètres 40 cent., et la chaussée a 9 mètres ; la rivière a, sous le pont, une profondeur moyenne de 10 mètres.
Promenades et jardins.
Cours de la Reine
. — Cette promenade date de 1650 ; sa longueur est d’environ 674 toises. En 1784, elle fut dévastée pour faire face aux besoins d’un hiver rigoureux ; mais, dès l’année suivante, on y replanta des arbres qui sont aujourd’hui dans toute leur force. Le fossé qui environne une partie de la promenade fut creusé eu 1787. Le Cours de la Reine, où les Rouennais ont institué leur fête de Longchamp, le jour de l’Ascension, était anciennement une dépendance du prieuré de Grammont.
Cours Dauphin. — Cette promenade fut exécutée en 1692 et 1693, vis-à-vis la petite église de Saint-Paul ; les plantations ne se firent qu’en 1729. L’espace qu’elle occupe n’offrait anciennement qu’une vaste prairie et quelques jardins. Son nom lui fut donné en mémoire de la naissance du dauphin, fils de Louis XV.
Avenue du mont Riboudet. — C’est aujourd’hui la principale entrée de Rouen, en venant du Havre ou de Dieppe. Elle fut percée, il y a 59 ans, dans la vaste prairie qui s’étend vers la Seine. Le voisinage du fleuve, les jardins et les pâturages forment un tableau qui ajoute un charme particulier à cette promenade.
Boulevards. — La magnifique ceinture qui entoure la ville est due, en partie, à M. de Crosne, intendant de la province ; elle remplaça les anciens fossés, vers 1770 à 1783. Cette suite d’avenues prend différentes dénominations, selon les quartiers.—
Promenades hors de la ville. — La chaîne de montagnes qui domine circulairement Rouen offre plusieurs promenades délicieuses ; les côtes Sainte-Catherine, Saint-Hilaire, Rois - Guillaume et Saint-Aignan, attirent les visiteurs par leurs sites charmants, leurs pelouses vertes et l’air pur qu’on y respire.

 

Jardin de Solferino à Rouen par Robocq  - reproduction © Norbert Pousseur
Jardin de Solferino à Rouen 1860 par Robocq Cette photo peut être transférée, sur demande, en haute définition

 

INDUSTRIE COMMERCIALE.
Il n’est pas en France de ville où l’industrie ait un foyer plus actif qu’à Rouen, et cette supériorité remonte à des temps fort anciens. La toile et la teinture y fleurissaient dès les premières époques de la monarchie ; car il en est question, dans la vie de saint Eloi, écrite au VIIe siècle, comme d’un genre d’industrie déjà fort avancé. — Il y a quarante ans on ne filait encore qu’à la main ; ce travail occupait, dit-on, 190,000 fileuses. Les filatures hydrauliques et à manège s’introduisirent à Rouen vers 1787 ; elles y firent des progrès malgré les insurrections d’ouvriers : les filatures hydrauliques se multiplièrent au point que l’arrondissement seul de Rouen en comptait 95 en 1823. Les filatures à manège, qui sont moins économiques, sont aujourd’hui peu nombreuses. Depuis quelques années la force motrice de la vapeur a remplacé avantageusement celle des chevaux.
L’arrondissement de Rouen possède environ 162 teinturiers, dont 49 à l’intérieur de la ville, sur la rivière de Robec.
Parmi les étoffes qui sortent des fabriques de la ville, il faut distinguer les rouenneries, sortes de toiles rayées ou à carreaux, qui servent à l’habillement des femmes. Les blanchisseries de Rouen donnent un blanc d’un degré supérieur. La ville compte 34 imprimeries de toiles peintes, et seulement 3 teintureries en laine, parce que cette dernière branche d’industrie s’est particulièrement fixée à Elbeuf.

La fabrication des produits chimiques a fait d’immenses progrès dans le département ; en quelques années l’administration a autorisé 413 établissements de ce genre, tant à l’intérieur qu’aux environs de la ville. — Il n’y a pas moins de 2,954 établissements, seulement sur les cours d’eau du département. Dans ce tableau, le Robec comprend 30 moulins à blé, 1 à huile, 3 à papier, 3 à alizari, 1 à tan, 4 à fouler les étoffes, 18 filatures, 14 imprimeries de toiles peintes et 72 teintureries. L'Aubette, y figure pour 9 moulins à blé, 1 à huile, 1 à alizari, 1 à tan, 3 à fouler les étoffes, 15 filatures, 7 imprimeries de toiles peintes, 1 curanderie, 38 teintureries et 2 tanneries. La Renelle active une teinturerie et 12 tanneries. — De sorte que les 3 petites rivières qui traversent Rouen font exister à elles seules 237 établissements industriels.

La faïencerie de Rouen jouit d’une certaine réputation. C’est en 1693, dans le faubourg Saint-Sever, que fut établie la première fabrique de cette nature.
Les dragées, les pistaches et les sucreries de toute espèce ont depuis long-temps procuré à Rouen un autre genre de célébrité. Le sévère Boileau a été lui-même obligé de reconnaître cette supériorité :

Et le premier citron à Rouen fut confit.

Ce vers est un hommage que la gastronomie aime à répéter encore.

De cette immense quantité de produits qui sortent chaque année des fabriques de Rouen, résultent nécessairement des relations commerciales et maritimes fort étendues, soit à l’intérieur du royaume, soit avec les divers continents de l’Europe, soit avec les colonies, l’Inde et l’Amérique.

 

Rouen par Robocq - reproduction © Norbert Pousseur
Rouen vers 1860 par Robocq édité par William Duckett. Cette photo peut être transférée, sur demande, en haute définition

 

Toiles peintes. — On sait quelle importance a dans le département la fabrication des toiles peintes. Quelques détails sur l’origine et les premiers progrès de cette précieuse industrie doivent présenter de l’intérêt. Ce n’est que vers le milieu du siècle dernier que fut établie la première manufacture de toiles dites indiennes. Avant cette époque il en existait en France dans les villes d’Orange, de Marseille, de Nantes, d’Angers, de Corbeil et même à Sèvres près Paris. Une opposition d’intérêt peu réfléchie avait fait interdire à Rouen cette fabrication, jusqu’en 1759. — Les toiles peintes étaient alors un des produits les plus recherchés des manufactures de l’Inde. Elles étaient fort chères, parce que les Indiens, privés d’industrie et de machines, devaient faire à la main toutes leurs opérations : leurs toiles étaient véritablement peintes. En cherchant à les imiter en Europe, ou trouva des moyens plus expéditifs, plus réguliers et plus économiques, et bientôt presque toutes les opérations se firent au moyen de planches en bois ou en cuivre, gravées, avec lesquelles on imprime les réserves, les mordants ou les couleurs. — Le commerce des toiles peintes indiennes était un des privilèges de la compagnie des Indes. Elle s’opposa tant qu’elle le put à l’établissement des manufactures nationales. — Mais, vers 1756 on vit paraître à Rouen Abraham Frey, Genevois d’origine (mort à Rouen en 1811), qui arriva dans cette ville avec le projet d’y établir une manufacture de toiles imprimées, ou au moins pour y exercer les talents qu’il avait acquis en cette partie. Les règlements de prohibition existaient encore ; il fut tellement circonspect qu’on ignore ce qu’il fit la première année ; on sait seulement qu’il travailla à Corbeil à un ameublement en toiles imprimées, commandé par madame de Pompadour. On présume que ce fut à l’aide de la protection de cette maîtresse toute-puissante de Louis XV qu’il revint à Rouen, en 1758, et qu’il se décida à former un établissement dans la vallée de Boudeville, où cependant encore il ne travaillait qu’avec crainte.
— Il est constant que ce fut en 1758 que se frappa le premier coup d’impression à Rouen, dans les ateliers de Frey, qui, s’il ne fut pas l’inventeur du genre, eut au moins le mérite de l’apporter dans cette ville, et de l’y fixer malgré le danger qu’il courait par la rigueur des règlements de police.
— En 1759, le gouvernement rapporta tous ses arrêts de prohibition et établit un droit sur les toiles imprimées venant de l’étranger.
Depuis cette époque, d’autres manufacturiers s’établirent à Rouen. En 1760, on remarqua MM. Massac et Le Marcis, dont l’établissement ne réussit point, mais qui créèrent un autre genre d’industrie analogue à celui des toiles imprimées. Ils fondèrent à Darnétal une manufacture d’étoffes de laine imprimées, dites gaufrées. Ce genre eut de la faveur pendant quelque temps. Néanmoins le goût s’en passa, et cette industrie s’éteignit sans pouvoir se relever.

En 1765, le nombre des manufactures de toiles imprimées était déjà considérable. Un des fabricants, Pierre Roger, occupait 300 ouvriers. — Un fait digne de remarque, c’est que la plus grande difficulté qui s’opposa alors au développement et aux progrès de cette industrie, fut le défaut d’ouvriers sédentaires ou régnicoles. Les manufacturiers étaient obligés de n’employer que des ouvriers étrangers, la plupart Allemands, Hollandais, Suisses ou Genevois, seuls en possession des talents nécessaires aux divers travaux de ces manufactures. Ces ouvriers se faisaient payer fort cher, et ayant intérêt à ne point communiquer leurs talents et leur savoir, se coalisaient pour ne point faire d’apprentis. Ils ne voulaient travailler que dans la belle saison, s’en allaient durant la mauvaise consommer dans leur pays l’argent qu’ils avaient gagné dans ce qu’ils appelaient leur campagne d’été, et revenaient chaque année vendre leur industrie, qui consistait principalement dans l’apprêt des toiles, le dessin et la gravure des planches, dans la préparation des couleurs et leur application. Cet état de choses, on le conçoit facilement, dut présenter aux premiers manufacturiers de grandes difficultés à vaincre. Obligés de céder aux caprices et aux coalitions de leurs ouvriers, il était difficile qu’ils pussent faire de grands progrès, et soutenir la concurrence étrangère. Ils sentirent tous la nécessité de s’affranchir de cette espèce de servitude, et ils y parvinrent peu à peu en introduisant, comme aides dans leurs ateliers, de jeunes enfants intelligents, qui insensiblement acquirent toutes les connaissances nécessaires pour se passer des étrangers. Ce ne fut que lorsqu’il se fut formé ainsi un assez grand nombre d’ouvriers sédentaires, que la fabrication des toiles peintes fut assurée, et que l’on vit s’élever de plus grands établissements.
Une concurrence utile s’établit alors : l’émulation fut excitée, des talents précieux se développèrent, et la prospérité des manufactures de toiles peintes devint assez grande pour que la chambre de commerce, consultée eu 1806 sur cet objet, pût répondre au ministre de l’intérieur, que le nombre des manufactures de l’arrondissement s’élevait à 22, que ces manufactures étaient en état de soutenir la concurrence avec l’étranger, qu’elles se distinguaient par la pureté du dessin et la richesse des couleurs, que toutes faisaient des progrès rapides ; qu’elles occupaient ensemble environ 2,500 ouvriers ; que leur produit dépassait 126,000 pièces, que la main-d’œuvre, estimée alors à raison de 20 francs la pièce, s’élevait à 2,646,000 francs, et que la valeur totale des produits, évaluée à 75 fr. la pièce, présentait une somme de 9,450,000 fr. Depuis 1806, cette branche d’industrie a fait de grands progrès. L’application du cylindre a perfectionné l’impression, l’emploi des machines a permis de diminuer les frais de main-d’œuvre. Le département compte environ 80 imprimeries, et l’arrondissement seul de Rouen confectionne chaque année environ 220,000 pièces. — Depuis 1820, une nouvelle industrie s’est établie dans le département, c’est l’impression sur étoffes de soie.

Récompenses industrielles. — A la dernière exposition des produits de l’industrie, le département a obtenu quatre médailles d’or : à MM. Fiavigny et fils (d’Elbeuf), pour draperies ; Pons (de Saint-Nicolas-d'Aliermont) pour horlogerie ; Turgis (d’Elbeuf), pour draperies ; Lelong oncle et neveu (de Rouen), pour étoffes de coton.
— Huit médailles d’argent : à MM. Chefdrue et Chauvereulx (d’Elbeuf), pour draperies ; Desfrêches et fils (d’Elbeuf), pour id. ; Kurtz ( de Rouen ), pour velours de soie ; Sénéchal et comp. (de Rouen), pour tulles de coton ; Lemétayer (de Fécamp), pour jaconats ; Néron jeune (de Rouen), pour foulards ; Houtou-Labillardière (de Rouen), pour colorimètre ; Barbet et comp. (de Déville), pour tulles de coton.
— Sept médailles de bronze : à MM. P. Pimont (de Darnétal), pour foulards ; Pimont aîné (de Rouen), pour id. ; Lefébure et Berthélemy (de Rouen), pour colle de gélatine ; Grenet (de Rouen), pour id. ; Louvet fils (d’Elbeuf), pour draperies ; Davenport ( de Rouen ), pour molettes propres à l’impression des étoffes ; Gauthier et Lenoble (d’Elbeuf), pour draperies,
et Huit mentions honorables ou citation : à MM. Derovray-Dobigny ( de Rouen ), pour coton retors ; Capron-Lenfant (de Rouen), Charles Bellanger (de Vauville-les-Baons), François- Désiré Picard (d’Yvetot), Robert Leprevost (id.), pour madras, mouchoirs et châles de coton ; Grimoult ( de Rouen ), pour minium, et. Amédée Lambert (de Rouen), pour faïence.

 


 




Rouen par Félix Benoist  - reproduction © Norbert Pousseur  Carte de Rouen vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur  Rouen par Rouargue - reproduction © Norbert Pousseur

Rouen par Robocq - reproduction © Norbert Pousseur   Jardin de Solferino à Rouen par Robocq  - reproduction © Norbert Pousseur   Le port de Rouen en 1837 - reproduction © Norbert Pousseur

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