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Les villes à travers les documents anciens

Perpignan au 18 et 19ème siècle

Vue d'ensemble de Perpignan vers 1830 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Vue d'ensemble de Perpignan vers 1830, gravure par Schroeder d'un dessin de Rauch
publiée dans Le Guide pittoresque du voyageur en France - 1838
(collection personnelle).

Voici aussi Le département des Pyrénées orientales en 1883

 

Article sur Le Mans du Dictionnaire de toutes les communes de France - 1851
Augustin Girault de Saint Fargeau - collection personnelle.

PERPIGNAN, Perpinianum, Papirianum, ancienne, grande et forte ville, chef-lieu de département, des Pyrénées-Orientales (Roussillon), chef-lieu du 1er arrondissement et de 2 cantons. Place de guerre de 1ère classe. Tribunal de 1ère instance et de commerce. Directions d’artillerie, du génie et des douanes. Société royale d’agriculture, arts et commerce. Collège communal. Évêché, séminaire diocésain, 5 cures. Hôtel des monnaies, lettre Q. Gîte d’étape. Relais de poste. Bureau de poste. Population 20,792 habitants.
Terrain d’alluvions modernes.

Industrie. Fabriques de draps et étoffes de laine, bouchons de liège, cartes à jouer, françaises et catalanes, chandelles, chocolat estimé, manches de fouets d’alisier, dits perpignans. Distilleries d’eau-de-vie. Tanneries. Pépinière départementale. Jardin de botanique. Bergerie (en Mas-Coll.).
Commerce de vins de Rivesaltes et autres, d’eau-de-vie, miel blanc, laines fines, huile, fer, soie, bouchons, productions du Midi.
Foires les 17 janvier, 15 mai et 11 novembre.

À 168km Est-S.-E. de Foix, 846km Sud de Paris. Longitude orientale 0" 34' 5", latitude 42° 41' 55".

L’arrondissement de Perpignan est composé de 7 cantons : Latour, Millas, Perpignan E. et O., Rivesaltes, St-Paul-de-Fenouillet et Thuir.

Histoire brève. Autrefois évêché, chef-lieu d’intendance et d’une recette, conseil supérieur, gouvernement particulier, université, hôtel des monnaies, juridiction royale, juges-consuls, grenier à sel, prévôté générale de maréchaussée, chapitre, collège et séminaire, prieuré ordre de Cîteaux, 13 couvents.

Perpignan, autrefois capitale du Roussillon, s’est élevé sur l’emplacement d’une ancienne ville municipale bâtie par l’empereur Flavius Vespasien, d’où elle prit le nom de Flavius Ebusus. Elle, s’accrut des ruines de Ruscino,
Vers l’an 633 de Rome, les Romains étendirent leurs conquêtes dans la partie des Gaules qui borde la Méditerranée. Il y a lieu de croire que c’est à cette époque qu’ils subjuguèrent le Roussillon. La ville de Ruscino devint alors colonie romaine, et le Roussillon fit partie de la Gaule narbonnaise.
Au commencement du Ve siècle, vers l’an 409, les Anglais, les Vandales et les Suèves pénétrèrent dans cette province et s’y établirent ; ils en furent bientôt chassés par les Visigoths qui s’en emparèrent en 414 et en furent expulsés en 712 par Pépin, roi de Finance, auquel les habitants se soumirent volontairement pendant que ce prince faisait le siège de Narbonne. Le Roussillon passa ensuite sous la domination des rois d’Aragon.

Pendant les divers changements qui se succédèrent en Roussillon, la ville de Perpignan soutint à différentes époques des sièges qui mirent la constance et le courage de ses habitants aux plus rudes épreuves : le plus mémorable est celui de 1475, sous Louis XI, qu’on compare à ceux de Sagonte et de Numance.
L’opiniâtreté de sa défense irrita les assiégeants. Dans une sortie, le fils de Blanca fut fait prisonnier. Les généraux français firent dire au consul que s’il n’ouvrait pas sans délai ses portes, ils feraient égorger son fils à ses propres yeux. Le généreux Blanca, dit Xaupi, aima mieux voir périr son fils que de manquer à son honneur. Cet acte héroïque fut consigné à la postérité, sur un marbre posé actuellement dans le mur, à côté de la porte du jardin de la Vieille- Intendance (appartenant aujourd’hui à M. de Villar), avec cette inscription : 

HUIUS DOMUS
DOMINUS FIDELITATE
CUNCTOS SUPERAVlT
ROMANOS.

« Le maître de cette maison a surpassé tous les Romains en fidélité. »  

Perpignan se rendit par capitulation le 10 mars 1475.
Le Roussillon, après avoir gémi pendant longtemps dans l’oppression et avoir éprouvé plusieurs fois l’inutilité des humbles remontrances que cette province portait au pied du trône, se donna enfin à la France, ensemble avec la Catalogne, par les traités faits entre Louis XIII et les députés des états généraux de ces deux provinces, le 16 décembre 1640 et le 19 décembre 1641. Ce souverain porta ses armes dans le Roussillon : le prince de Condé s’empara en 1641 d’Elne, de Canet, de Clayra, de la Roca, d’Argelès et d’Ille.
Louis XIII investit Perpignan, et présida lui-même aux premières opérations du siège,

« montant à cheval tous les jours pour ordonner les travaux, et faisant le tour des lignes pour voir si tout allait bien. Le marquis de Florez d’Avila, qui commandait la place, envoya savoir où logeait le roi, afin d’empêcher qu’on tirât de ce côté ; ce qu’il observa ponctuellement pour faire voir le respect qui était dû à la majesté royale, même par les ennemis. »

Mais une fois les lignes achevées et le blocus établi autour de la ville qu’on voulait réduire par la famine, Louis XIII, malade, se sentit hors d’état de rester plus longtemps sous les murs de Perpignan, et laissa le soin du siège aux maréchaux de Schomberg et de la Meilleraye.

« Ceux-ci gardèrent si bien leurs lignes, que rien n’entrait dans la ville, tellement qu’après avoir duré cinq mois et consumé tous les vivres qui étaient dedans jusqu’aux chevaux, mulets, ânes, chiens et chats, même cuirs, le marquis de Florez d’Avila capitula et rendit la ville et la citadelle de Perpignan, le 5 septembre 1659. »

Perpignan passait alors pour le plus fort boulevard de la frontière espagnole.


Les armes de Perpignan sont : de gueules à 4 pals d’or, au St-Jean de carnation debout sur des ondes au naturel, tenant de sa main dextre une croix d’or et sur son bras senestre un agneau d’argent, brochant sur le palé. — Alias : de gueules à deux tours crénelées d’argent en pointe, et une fleur de lis d’or au chef.

Vue panoramique de Perpignan vers 1650- gravure reproduite et numérisée par la ©BNF puis retraillée numériquement par © Norbert Pousseur
Vue panoramique de Perpignan vers 1600 ou 1650 (?), gravure de Claude de Chastillon
Numérisée et conservée par la © Gallica/BNF - travaillée numériquement par Norbert Pousseur
Cartouche, en haut, à droite
C'este ville fut remise par Charles 8me roy de France l'an 1484,
qui la tenoit par engagement, avec tout le comté de Roussillon et de Cerdagne,
a Ferdinand roy d'Arragon, a condition qu'il n'assisteroit ses parents possesseurs du royaume de Naples,
a quoy aprez il contrevint en toutte sorte ;
Elle fut acciegée et prise par le roy Louis 13e l'an 1642
Cartouche en bas, au centre
Cette ville est assise sur la rivièrede Latet, nommée vulgairement des habitans Perpinya,
et de Strabon Ruscinon ; est éloignée de la mer de deux lieues, trois de Salces et autant des Pirénées,
bien bastionnée et défendue d'un fort chasteau ou citadelle, où le roy d'Espagne entretenoit
ci-devant ordinairement cent cinquante soldats, située en un païs abondant en blé, vin, huile,
mais exposée aux grands vents marins.
Elle fut faite cité c'est à dire Evesché par le pape Paul cinquiesme
et peut avoir environ quatre mille feux.

Nota : Claude de Chastillon serait mort en 1616 selon diverses sources,
mais la date de 1642 est mentionnée dans une des cartouches.


Situation et édifices. Perpignan est une ville située en partie sur une colline douce et peu élevée, en partie dans une belle plaine vaste et fertile. Sa position est favorable, quoique le vent y souffle souvent avec force ; les chaleurs y sont modifiées par les vents d’est et de sud-est qui lui viennent de la Méditerranée, dont cette ville n’est éloignée que de 8 km. Elle s’élève sur les bords de la rivière la Basse, et s’étend jusqu’à la rive droite de la Tet. On passe ces rivières sur deux beaux ponts : celui de la Basse est d’une seule arche construite en cintre surbaissé, qui fait l’admiration des connaisseurs ; le pont de la Pèdre au-delà du Tet est de sept arches : on y jouit d’une vue des plus pittoresques.
Perpignan n’est plus ce qu’il a été autrefois ; il ne présente aujourd’hui que les débris de son ancienne étendue : on y comptait encore six mille maisons au commencement du XVIe siècle ; il n’y en a actuellement que la moitié. Les ouvrages que Charles-Quint fit ajouter aux fortifications de cette ville en réduisirent beaucoup l’étendue ; on abattit alors environ 1,800 maisons. La paroisse de St-Matthieu, qui était le plus beau quartier de la ville, dont les rues sont presque toutes alignées, fut encore presque détruite en 1640 : un gouverneur, par un excès, qui prépara la révolution de l’aimée suivante, où le Roussillon .se donna à la France, fit canonner ce quartier pour une simple querelle entre bourgeois et soldats.

Celte ville est une des plus fortes places du royaume. Les fortifications portent l’empreinte des différents temps où elles ont été construites ; les ingénieurs y allaient jadis pour étudier les divers genres de fortifications de tous les siècles de la monarchie. Ses murs sont bâtis de briques, avec un cordon et des chaînes de pierres de taille ; ils sont très hauts, fort épais et flanqués de plusieurs bastions, avec des tenailles, des demi-lunes, de bons fossés, des chemins couverts.

Le Castillet et son pont d'accès à Perpignan vers 1855 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Le Castillet et son pont d'accès à Perpignan vers 1855, dessin de Raffet, gravure par Rouargue
publiée dans l'Histoire des villes de France - Aristide Guilbert - 1859
(collection personnelle).


La porte Notre-Dame est défendue par un château construit en briques, appelé Castillet, qui sert depuis longtemps de prison militaire.
La porte Canet est extrêmement fortifiée par des ouvrages extérieurs et de larges fossés ; une enceinte avancée et demi-circulaire protège la partie qui fait face au nord : elle a été faite par Vauban, et a un rempart très élevé, deux bastions et plusieurs ouvrages avancés.

Les fortifications de Perpignan ont été renouvelées en grande partie en 1823 ; on a remplacé presque partout les tours par des bastions ; mis les remparts à l’abri du feu extérieur par des terrasses ou des exhaussements ; pratiqué des chemins couverts, des ouvrages avancés pour protéger la place à distance, etc., etc.
La citadelle domine et défend la ville ; une double enceinte la rend susceptible de résister à deux attaques : l’approche en est défendue par un grand nombre d’ouvrages avancés ; celle des remparts, par les feux croisés de six bastions : cette première enceinte a été bâtie par Louis XIV. La seconde enceinte, construite par Charles-Quint, a aussi six bastions, qui dominent sur ceux de la première, et un fossé seulement du côté de la campagne. La place d’armés est un carré long qui peut contenir cinq mille hommes en bataille : toute la longueur, à gauche, est occupée par un beau corps de caserne. Au centre de cette forteresse et au sommet de la colline qu’elle couvre, est un donjon, qui a été l’habitation des comtes de Roussillon, des rois d’Aragon et de Majorque ; c’est un ouvrage carré, composé de huit grosses tours carrées, unies ensemble par de hautes murailles, dont les approches sont défendues par un fossé revêtu d’un mur de pierre de taille un peu en talus. Au milieu de cet ouvrage est une cour où il y a une belle et grande citerne : à droite était le logement du gouverneur. La façade de la gauche est occupée par une salle d’armes très longue. La chapelle est double : celle qui est au-dessous et au rez-de-chaussée sert de magasin ; celle au-dessus est grande, belle et voûtée en église. Outre l’eau de la citerne, il y a un puits très profond d’où l’on tire l’eau à l’usage de la garnison au moyen d’une grosse roue ; il est alimenté par une fontaine intarissable dans les plus grandes sécheresses, et l’on y descend par un escalier. On trouve, à une certaine profondeur, une tourelle qui conduit, par le moyen d’une échelle, dans des galeries de mines qui paraissent disposées pour faire sauter le donjon.

Les dehors de Perpignan sont charmants, ils sont couverts de jardins, d’orangers, de grenadiers, de vignes et d’oliviers. Les campagnes sont bien cultivées, remplies de toutes sortes d’arbres et très fertiles en grains.
Perpignan, dont l’enceinte est de figure ovale et occupe un emplacement de 1200m de longueur et de 600m de largeur, ne peut pas être classée parmi les villes qui sont bien bâties ; les quartiers occupés par les ouvriers agricoles, particulièrement les paroisses de St-Jacques et de St-Matthieu, ont l’air de villages. Les constructions dans les autres quartiers s’améliorent tous les jours, le bon goût et les connaissances des règles de l’art y étant pratiqués avec succès depuis plusieurs années. Trois places sont sa seule décoration : celle de la Loge, où est situé l’hôtel de ville, la place d’Armes et la place de la Liberté, qui s’est élevée sur l’emplacement qu’occupait jadis le couvent des jé suites, démoli pendant la révolution ; elle est la plus vaste et la plus belle de la ville ; on vient d’y élever une jolie fontaine, construite par les soins et aux frais de M. le baron Desprès, ancien maire de la ville de Perpignan, dont le zèle et le patriotisme sont généralement connus. Cette place a tour à tour porté le nom de place des Jésuites, Napoléon, Royale et de la Liberté, qu’elle a reçu depuis la révolution de 1830.

Le centre de Perpignan vers 1870 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Le centre de Perpignan vers 1870
gravure publiée La France illustrée - V.A. Malte-Brun - 1880
(collection personnelle)

Les rues de cette ville sont généralement étroites et mal percées ; on ne peut citer que celles de Notre-Dame et de St-Martin, par leur beauté, leur largeur et leur alignement.

Perpignan possède une très belle promenade, établie depuis 1810, entre le glacis de la ville et le canal d’arrosage des jardins St-Jacques, offrant une belle avenue plantée d’arbres, qui ne laisse à désirer qu’une fontaine ou un bassin avec jet d’eau. Une promenade non moins agréable est la pépinière départementale, située à l’extrémité du faubourg, entre la rive droite de la Tet et la route royale de Perpignan à Puy-Cerda, par Prades et Mont-Louis : elle est moins fréquentée que la précédente, quoique ses allées en soient plus variées.

Le territoire de la ville comprend Casteil-Roussillon, ou Château-Roussillon, hameau situé sur une élévation, dans la partie orientale de la plaine de Roussillon, sur la rive droite de la Tet, à 4km ouest de la mer, et à 4km est de Perpignan. Ce hameau occupe l’emplacement de l’ancienne Ruscino, où s’assemblèrent l’an 536 de Rome, les rois des Celtes Tectosages pour disputer le passage à Annibal. Ruscino commença à dépérir à l’époque de l’invasion des Sarrasins, et fut entièrement détruite par les Normands, vers l’an 828, ou 838 selon quelques auteurs. Elle était regardée encore en 816, comme une des principales villes de la marche d’Espagne, puisque Louis le Débonnaire, dans le privilège qu’il accorda aux peuples d’Espagne, ordonna qu’il en serait déposé une copie dans chacune des sept principales de leurs villes, et nomma Ruscino la troisième.
Il ne reste d’autres vestiges de cette ville qu’une tour remarquable par son ancienneté, qui a conservé le nom de Torre del Casteill-Roussillon.

Les principaux édifices de Perpignan sont :
L’église de St-Jean-le-Vieux. Elle fut élevée au commencement du XIe siècle, sur l’emplacement d’une petite église fort ancienne.
L’église cathédrale de St-Jean. La fondation de cette superbe basilique remonte au XIVe siècle, sous la domination des rois de Majorque. Les deux premières pierres de cette église furent posées le 5 des calendes de mai 1324, par Sanche, roi de Majorque et comte de Roussillon, et par Bérenger Baille, évêque d’Elne ; on perpétua le souvenir de cette époque par les deux inscriptions suivantes :

Lapis primas quem illustris dominus
Noster sanctus rex Majoricarum posuit in
fundamento istius ecclesiæ V° sial. maii,
Anno Domini M.CCCXXIV
Lapis ser. quem reverendus dominus
Berengarius Bajulili gratia dei Elnensis
Episc. posuit in fundam. istius ecclesiæ
V° sial. maii, anno Domini M.CCCXXIV.
La première pierre que l'illustre seigneur, notre saint roi de Majorque, a posée dans les fondations de cette église le 5 mai de l'an du Seigneur 1324.
La dernière pierre que le révérend seigneur Bérenger, par la grâce de Dieu évêque d'Elne, a posée dans les fondations de cette église le 5 mai de l'an du Seigneur 1324.

L’église cathédrale de Perpignan est remarquable par la grandeur et la beauté de son vaisseau, et par la hardiesse de sa voute, l’une des plus belles qu’il y ait en France ; elle est sans colonnes ni piliers, soutenue par des arceaux de pierre de taille, qui portent sur les murs de séparation des chapelles. L’église est terminée par un cul-de-lampe, qui forme le sanctuaire et contient le maître-autel ; c’est un retable de marbre blanc très élevé, orné de bas-reliefs, séparés les uns des autres par de petits pilastres chargés de figures ; il est très estimé par le fini et le précieux de son travail. Au milieu de ce retable, on voit une grande niche dans laquelle on place ordinairement la statue dorée de Saint Jean, de grandeur au-dessus de la naturelle. Lorsqu’on veut exposer le saint sacrement, cette statue se retire au moyen d’un mécanisme, et on voit s’avancer lentement et majestueusement, au moyen d’une autre machine, un superbe ostensoir.
Il ne manque qu’un portail pour la perfection de cette belle basilique. Une tour carrée en pierre surmonte l’édifice ; sur cette tour on a élevé, en 1744, un clocher ou cage de fer, qui contient les cloches de l’horloge. La construction de cette cage, dont l’élévation est d’environ 15 m, est hardie et unique dans son genre.

L’église de la Réal existait déjà dans le XIIe siècle ; elle fut reconstruite et agrandie dans la même année en 1300 par Jacques, roi d’Aragon, ce qui lui fit donner le nom de la Réal, c’est-à-dire la Royale, nom qu’elle porte encore aujourd’hui.

Bibliothèque publique. Elle occupe la belle salle et le cabinet, au premier étage, du bâtiment principal de l’ancienne université, Cette bibliothèque renferme 13,000 volumes, provenant en grande partie de l’ancienne bibliothèque de l’Université, fondée par M. le maréchal de Mailly.

On remarque encore à Perpignan le palais de justice ; l’hôtel de ville ; l’hôtel des monnaies ; l’université ; le collège ; le jardin de botanique ; la salle de spectacle ; les casernes ; l’hôpital St-Jean ; la prison de Ste-Claire ; les anciennes églises des Cordeliers, des grands Carmes et des Dominicains, qui sont dignes de fixer l’attention par la beauté, la grandeur, l’étendue et la hardiesse de leur vaisseau. Le bâtiment de l’ancien couvent des grands Carmes est situé sur l’Esplanade ; il est occupé depuis longtemps par l’arsenal. On y voit encore les restes d’une belle citerne dans laquelle on descend par un escalier très large, d’environ quatre-vingts marches.

Biographie.
Perpignan est la patrie de plusieurs hommes célèbres, parmi lesquels nous citerons :

  • P. Barrère, médecin et naturaliste.
  • J. Blanca, premier consul de Perpignan, qu’il défendit avec constance héroïque, en 1475.
  • Le savant abbé Xaupi.
  • A. Bosch, avocat, auteur d’une Histoire de la Catalogne et du Roussillon.
  • J.-B.-F. Carrère, médecin, auteur de plusieurs ouvrages estimés.
  • Formit, de Perpignan, troubadour de la fin du XIIe siècle.
  • Le conventionnel Birotteau.
  • A. Rigaud, célèbre peintre de portraits.
  • Dom Brial, bénédictin de la célèbre congrégation de St-Maur, savant laborieux, membre de l’Institut, continuateur de l’Histoire littéraire.
  • Etienne Arago, auteur dramatique, etc.
  • J.-H. Valant, poète et littérateur.

Bibliographie.

  • Dissertation sur la ville de Perpignan (Hist. de l’acad. royale des inscriptions et belles-lettres, t. xxv, p.47.
  • Journal de ce qui s’est passé au siège de Perpignan, in-4,1642.
  • Continuation de ce siège, in-4,1642. Capitulation de cette 'ville le 9 août, in-4, 1642.
  • La Prise et la Réduction de la 'ville de Perpignan, in-4, 1642.
  • Les Articles de la 'ville de Perpignan, accordés par le gouverneur et habitants, aux maréchaux de Schomberg et de la Meilleraye, ensemble la capitulation, in-8,1642.
  • Lettre du roi contenant la réduction des villes, château et citadelle de Perpignan, en l’obéissance du roi, in-8, 1642.
  • Relation de l’entrée de Ve armée du roi dans la ville de Perpignan-, avec les particularités en la prise de ladite ville, château et citadelle, in-8, 1642.
  • Xaupi (l’abbé Joseph). Recherches historiques sar la noblesse des citoyens honorés de Perpignan, etc., vol. in-12, 1763.
    Continuation des Recherches sur la noblesse des citoyens nobles de Barcelone et de Perpignan, in-12,1769.
  • Bonnafos. Mémoire sur la situation, l'air et les eaux de la ville de Perpignan et de la province du Roussillon (Recueil d’observ. de médec. des hôpitaux milit., t. n, p. 49).
  • Chéror (P.-A.-N.). Sommaire de la topographie physique et médicale de la citadelle de la ville de Perpignan, in-8, 1828.

 

Perpignan vu depuis la plaine vers 1830 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Perpignan vu depuis la plaine vers 1830, gravure par Couché, dessin de Lespéras)
publiée dans La France pittoresque - Abel Hugo - 1835
(collection personnelle).

Article sur Le Mans, publié dans le Dictionnaire universel de la France - Robert de Hesseln - 1771
collection personnelle

PERPIGNAN, ville épiscopale et capitale du Roussillions, située sur la rive droite du Tet y qui va se jeter dans la mer a une lieue de-là. Cette ville est bâtie partie dans la plaine, partie sur une colline, à environ deux lieues de la mer, et une demi-lieue de l’ancienne Rusenio, dite maintenant Castel-Roussillon ; ses murs sont de brique avec des chaînes de pierre de taille et un cordon de même. Ils sont très hauts, très épais, et l’on y compte plusieurs bastions.
Les remparts qui font le tour de la ville, où il y a cinq portes, sont devenus assez propres.
La ville n’est pas trop bien bâtie, et n’est pas fort belle, quoique son centre contienne des rues assez bien alignées.
Il n’y a que deux places un peu grandes, qui sont celle de la Loge et celle de Saint-Jean.
L’enceinte de Perpignan contient plus de 2.400 maisons. On n’y boit que de l’eau de puits, très fade dans les chaleurs.

La citadelle est sur la hauteur et commande la ville ; elle passe pour être une des plus fortes du royaume : elle a la figure d’un grand hexagone irrégulier. Une grande demi-lune qui s’avance jusqu’au pied du glacis, couvre la porte. La grande enveloppe est de six bastions, défendus par un bon fossé ; du côté de la campagne il y a divers ouvrages extérieurs. Après cette enveloppe, on en trouve une autre qui est l’ouvrage du chevalier de Ville : elle a aussi six bastions, qui dominent sur ceux de la première enveloppe, et qui sont défendus d'un fossé, mais seulement du côté de la campagne.
Sa place d’armes et un carré long, où 4 à 5000 hommes peuvent tenir en bataille. Toute la longueur, à main gauche, est occupée par un beau corps de casernes que Louis XIV a fait bâtir. On en devait construire un second le long du côté par où l’on entre. La façade du fond et celle qui est à main droite sont occupées par les anciennes casernes. Après cela on monte un peu pour entrer dans le donjon, qui a un fossé revêtu de pierre de taille, un peu en talus. Ce donjon est un ouvrage carré, composé de huit tours aussi carrées, dont quatre sont aux angles, et les quatre autres sur les côtés. Au milieu de cet ouvrage on trouve une cour, où il y a une belle et grande citerne ; à droite est le logement du gouverneur. La façade de la gauche est occupée par une salle d’armes très longue. Dans un retour hors d’œuvre, que l’on ne voit point, est l’appartement du major. La façade par laquelle on entre, est occupée par la chapelle ; il y en a deux l’une sur l’autre celle qui est au rez-de-chaussée sert de magasin ; la haute est grande, belle et voûtée en forme d’église ; à côté est l’appartement des aumôniers.
Les souterrains de la citadelle sont très bons. Outre l’eau de la citerne dont on a parlé plus haut, il y a un puits très profond, d’où l’on tire l’eau avec une grande roue, pour l'usage de la garnison. Le pont de la porte du Recours est de bois et très long, à cause du fossé de la citadelle et de ceux, des ouvrages extérieurs. On fait remarquer à une des tours du donjon, un dextrochère de pierre en saillie, tenant une épée haute, et les armes de l'empire à côté : on prétend que l’empereur Charles Quint, faisant la ronde de nuit, et ayant trouvé là une sentinelle endormi, le jeta dans le fossé : on ajoute que ce prince demeura en action jusqu'à ce qu’on vint pour relever la sentinelle, et que le monument dont nous venons de parler a été construit en mémoire de cet évènement.

La plaine devant Perpignan vers 1850 - gravure reproduite et numérisée par la ©BNF puis retraillée numériquement par © Norbert Pousseur
La plaine devant Perpignan vers 1850, gravure d' Édouard Hostein,
Numérisée et conservée par la © Gallica/BNF - travaillée numériquement par Norbert Pousseur

Perpignan est le siège du gouverneur de la province, qui est aussi Capitaine-général des comtés et vigueries de Roussillon, de Conflans et de Cerdagne, gouvernent particulier de la ville, citadelle, et castilles de Perpignan ; et il a sous lui, en cette qualité, un lieutenant de roi, un major, deux aides-major, un capitaine des portes, le commandant, le major et l’aide-major de la citadelle, où il y a toujours, ainsi que dans la place, une forte garnison, arsenal, magasins et artillerie. C’est aussi la résidence d’un prévôt-général de la maréchaussée, dont le département comprend le Roussillon et le pays de Foix.

Le gouvernement civil et politique consiste en une intendance, un bureau des finances ; un hôtel des monnaies ; dont la marque est la lettre Q ; une grande maitrise des eaux et forêts, une recette, un grenier à sel, un corps de ville, l'un des plus illustres du royaume ; les juridictions du juge du bail, et du juge du viguier, le consulat de mer etc.
La plupart de ces tribunaux ressortissent au conseil supérieur du Roussillon, établi dans cette ville. Il est composé d’un premier président, de deux autres prédidents, de deux conseillers et d’un chevalier d’honneur, qui ont voix délibérative ; de six conseillers laïcs, d’un conseiller clerc, d'un procureur et de deux avocats généraux, d’un greffier en chef, d’un premier huissier-audiencier, et de quatre archers, que l’on appelle Algoisils, nommés par les conseillers, pour l'exécution des arrêts de leur cour. Les charges du greffier en chef et du premier huissier, sont les seules vénales, toutes les autres ne sont que des commissions que le roi donne. Dans les grandes cérémonies, et au jour de l’ouverture des audiences après la S. Martin, le commandant dans le Roussillon, en épée de en manteau, se met à la tête du conseil supérieur.
La chancellerie près ce conseil, est composée d’un officier conservateur des minutes, d’un garde-scel d’un chaussecire d’un receveur des épices et amendes.

Le corps de ville est gouverné par cinq consuls, tires des trois états qui composent la ville. Le premier état est celui de la noblesse. Il y a à Perpignan deux espèces de nobles ; les uns qui tiennent leur noblesse immédiatement du roi, et qui sont appelles Cavaillers ; les autres sont créés par la ville, en vertu des privilèges qu'elle a obtenus anciennement, et qui lui ont été confirmés par Louis XIV. Le conseil de ville, où ils sont créés, ne peut se tenir que le 16 Juin de chaque année. Ce jour-là les cinq consuls en exercice, avec neuf ex-conuls des plus anciens, peuvent élire dans les vingt-quatre heures, mais seulement à la pluralité de dix voix sur quatorze, deux sujets qui, en vertu de cette élection, et de l’inscription qui en est faite au livre de la matricule, jouissent eux et toute leur postérité, des droits de la noblesse, comme si le roi lui-même leur avaitr conféré l’armature et la qualité de chevalier ; avec cette seule exception, qu’ils ne pourraient entrer aux états de Catalogne sans y être mandés.
La noblesse de ces sortes de citoyens est reçue à Malte en vertu de la bulle magistrale du grand-maître, en 1631. Ces deux espèces de nobles ont alternativement et réciproquement le pas et le rang l’un sur l’autre : ils remplisent tour à tour les places du premier et second consuls, et les autres charges de la ville affectées à la noblesse. L’année qu’un cavailler est premier consul, le second consul est un citoyen noble et pendant cette année, les citoyens nobles ont le pas dans les conseils et partout ailleurs sur les cavaillers, et réciproquement l’année suivante. Pour passer de la classe des citoyens nobles à celle des cavaillers, il faut nécessairement obtenir du roi des lettres de cavailler, comme il en faut à un cavailler pour passer dans une classe supérieure. Ces gradations étaient autrefois fréquentes en Catalogne.

Ceux qu’on appelle à perpignan mercaders, y composent le second état de la ville, qui est mitoyen encre la noblesse et ceux qui exercent les arts et métiers. Leur état était anciennement de commercer en gros ; et c’est pour honorer ce commerce, qui était autrefois fort considérable en Roussillon, que les rois d’Aragon leur ont donné un rang et des privilèges très honorables. Les troisième et quatrième consuls se prennent toujours du corps des mercaders. C’est aussi le 16 juin que les consuls mercaders, avec les ex-consuls du même état, peuvent créer de nouveaux mercaders. Les notaires sont regardés à Perpignan comme allant de pair avec les mercaders.

Le troisième état de la ville de Perpignan, est composé de ceux qui exercent les arts, comme chirurgiens, peintres, orfèvres, etc. et de ceux qui exercent les métiers, et qui sont appelles en Catalan menesterals. Les artistes et menesterals remplirent alternativement la place de cinquième consul, et ils forment les uns et les autres des compagnies de soldats, qui composent un régiment, dont le premier consul est colonel né ; les nobles en sont les capitaines, et les mercaders les lieutenants.

L’habit de cérémonie des consuls, est une robe de damas cramoisi, une fraise au col et une haute toque de velours noir. Leur cortège est somptueux : ils sont précédés par quatre trompettes, en suite par quatre hautbois à la Catalane, qui ont tous des robes courtes de taffetas rouge ; après cela viennent les cinq valets de ville, vêtus de longues robes de drap rouge avec une fraise au col ; deux d’entr’eux portent de grosses masses d’argent, ayant devant eux l’huissier de la ville, en juste-au-corps, canne et épée : dans les cérémonies Lugubres et pendant le carême, les consuls portent des robes de soie noire, et à l’ordinaire, ils portent, entre le juste-au-corps et la veste, une bande de velours cramoisi. Ils siègent sous un dais à l’Hôtel-de-Ville.

Il ne nous reste plus qu’à parler de l’administration du spirituel, des édifices consacrés au culte divin, et des maisons d’hospitalité.

L’évêché avait autrefois son siège dans la petite ville d’Elne, qui n’est plus qu’un village, à deux lieues de Perpignan, et il était suffragant de l’archevêché de Tarragone : le pape Clément VIII transféra, en 1604, la résidence de l’évêque et du chapitre d’Elne dans l’église de Saint-Jean de Perpignan, où il y avait un chapitre, dont l’évêque était déjà le chef immédiat, par l’union qui avait été faite longtemps auparavant de la dignité principale de cette église à l’évêché. Par cette translation l’ancien chapitre de l’église de Saint-Jean fut supprimé, et ses revenus furent mis à la manse du chapitre d'Elne.
Ainsi cet évêché, le seul dans la province de Roussillon, est toujours censé être l'évêché d’Elne, dont l'évêque et le chapitre sont établis à Perpignan, pour plus grande commodité. Depuis l'union de cette province à la France, il a été fournis, par raison d’état et comme par emprunt, à l’archevêché de Narbonne, auquel sont portés les appels des sentences rendues par l’official de Perpignan.
L’évêque de Perpignan prend le titre d'inquisiteur ; mais il ne fait d'autres fonctions que celles que l’épiscopat donne en France.
Ce diocèse comprend toute la province de Roussillon, dans laquelle on compte 180 paroisses, divisées en trois archidiaconés. Dans ce nombre ne sont point comprises celles qui dépendent des abbayes d’Arles, (celle-là est unie à l’évêché de Perpignan) de Saint-Michel, de Cujan et de Saint-Martin de Canigou, sur lesquelles leurs abbés ont une juridiction comme épiscopale.

Il y a très peu de patronages laïcs dans le Roussillon. La plupart des bénéfices sont à la nomination du pape pendant huit mois, et à celle de l’évêque ou des abbés ci-dessus nommés pendant l’autre tiers de l’année. Ces bénéfices ne s’accordent qu'après un concours, auquel préside le prélat dans la juridiction duquel se trouve le bénéfice vacant. Si c’est pendant les mois du pape, Sa sainteté fait expédier des bulles pour le candidat choisi dans le concours.

La citadelle et Perpignan et ses monuments - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
La citadelle et Perpignan et ses monuments vers 1850
gravure extraite de la carte des Pyrénées orientales par Vuillemin - 1851
(collection personnelle).

La cathédrale de Perpignan est sous l’invocation de S. Jean. Cette église est vaste et belle : la nef est fort large et sans piliers. Le chœur est au milieu, et son enceinte est en marbre blanc et rouge, ornée de pilastres. Cette enceinte n’a par-dehors qu’environ six pieds de haut ; mais comme l’on descend trois marches pour entrer dans le chœur, elle parait en dedans de deux pieds et demi plus haute qu’en dehors. Le peu d’exhaussement de cette enceinte fait que dès l’entrée de l’église on voit aisément le maître-autel, qui est placé sur une espèce de cul de lampe qui termine l’église, et qui laisse voir un retable de marbre blanc, embelli de bas-reliefs, séparés les uns des autels par des pilastres. Ce retable est très estimé, tant pour la matière que pour le travail. Au milieu de ce retable on voit une grande niche, où est une figure de S. Jean, un peu plus haute que le naturel. Quand on expose le S. Sacrement, une machine fait retirer tout d’un coup cette statue, et à sa place paraît un ostensoir de vermeil, qui a plus de six pieds de haut : il pèse plus de 400 marcs ; et lorsqu’on le porte en procession, il faut huit des plus forts prêtres pour le soutenir. Il manque un portail à cette église pour la rendre plus parfaite.

Elle est accostée d’une autre église qu’on appelle le vieux Saint-Jean, et d’une chapelle nommée du Crucifix. Celle-ci appartient au chapitre, et les chanoines y font prêcher en leur présence chaque après -midi des vendredis du carême.
Le clergé de l’insigne église cathédrale de Saint-Jean, est partagé en deux corps ; l'un est le chapitre d’Elne, et l’autre celui de Saint-Jean, appelé la communauté de Saint-Jean. Le chapitre d’Elne est composé d’un grand archidiacre, de deux autres archidiacres et du sacristain- majeur, qui sont les quatre dignités ; et de vingt-un chanoines, dont sept sont fondés pour célébrer des messes hautes, sept pour les fonctions de diacre, et sept pour celles de sous-diacre. L’habit de ces chanoines est majestueux et il consiste en une grande robe noire, bordée d’un petit liserage cramoisi, et fermée devant par de grands lacs d’amour de la même couleur, attachés sur l’étoffe avec de grandes houppes. Cette robe, sous laquelle les chanoines ont un rochet, est ordinairement retroussée, faisant deux tours à leur ceinture, et pendante par les côtés. Ils ont, sur cette robe, une fourrure semblable à celle des bacheliers de Sorbonne, et dont les bords font encore lacérés de cramoisi. Cette fourrure, qui se termine par derrière en une espèce de coqueluchon, qui pend plus bas que la ceinture, est ordinairement rattachée sur l’épaule. Le jour de Pâques ils quittent cette fourrure pour prendre de petits camails violets, ouverts par devant et doublés de taffetas cramoisi.
Le corps de la communauté de Saint- Jean est de quatre curés et de quatre-vingt-neuf chapelains bénéficiers. Le revenu de plusieurs d’entr’eux est plus considérable que celui des chanoines. Les curés servent chacun une semaine. L’habit de chœur de ceux-ci est comme celui des chanoines, à cette différence près que la doublure, la fourrure et le liserage, sont de couleur violette. Les chapelains-bénéficiers ne portent, hiver et été, qu’un petit camail noir, doublé de même couleur, et ouvert par devant. Les docteurs en théologie seulement ont le privilège d’en porter, la doublure violette. Ces deux corps ont chacun leur boursier, qui portent une grande bourse à leur côté. Celle du boursier des chanoines est de velours cramoisi, et l’autre de velours violet. Ces boursiers paient aux uns et aux autres le droit d’assistance à tous les offices, et cette rétribution est payée en une espèce de :monnaie de cuivre qu’ils font frapper exprès, et ; qu’ils nomment Païosse, Cette monnaie a une sorte de cours dans la ville ; car les marchands la prennent en paiement, et en la rapportant au boursier, il la remplace par des espèces frappées au coin du roi.

Les chanoines de S. Jean, etc. ont un droit de boucherie particulière, où tous les ecclésiastiques, même les simples clercs tonsurés de la ville et les communautés religieuses, peuvent se pourvoir de viande, à meilleur marché qu’à la boucherie particulière de la ville. Le simple clerc tonsuré a le privilège de faire entrer dans la ville de Perpignan une certaine quantité de vin et d’autres denrées sans payer les droits ; ce qui multiplie excessivement ces petits clercs, n’y ayant point d’artisan qui n’ambitionne de faire tonsurer un de ses enfants, afin que son ménage se ressente des petites douceurs de ces privilèges.

Outre l’église de Saint-Jean, qui a obtenu tous les droits curiaux dans l’étendue de la ville, à la réquisition de ses habitants, il y a trois églises paroissiales, qui sont celles de Saint-Matthieu, de Saint-Jacques et de Notre-Dame de la Réale ; celle-ci est de plus collégiale. C'était autrefois une abbaye de chanoines réguliers de l’ordre de saint Augustin, dont le chapitre fut sécularisé en 1585, et La manse abbatiale réunie à l’évêché. Ce chapitre est composé d’un doyen et d’un sacristain, qui sont dignitaires, de huit chanoines et de quelques chapelains.

Les couvents et communautés sont au nombre de quatorze, tant d’hommes que de filles, et sont remplis par des Jacobins, des Carmes, Augustins, Cordeliers, Trinitaires, Minimes, Carmes déchaussés, Augustins déchaussés, Jacobines, Clarites, filles de la congrégation de Notre-Dame, et des filles de Saint-Sauveur. Ces dernières sont vêtues comme les religieuses d’Espagne, et n’admettent chez elles que des filles de qualité. Il y aussi une maison de repenties pour les filles débauchées, un Séminaire, deux Collèges, tenus ci-devant par les Jésuites, et plusieurs hôpitaux ; l’un pour les pauvres malades, un autre pour les personnes âgées, orphelins, enfants-trouvés et mendiants, le tout des deux sexes ; et enfin l’hôpital du roi pour les soldats malades.

L’université de cette ville remonte jusqu’au milieu du quatorzième siècle ; elle est composée de quatre facultés. Les chaires de théologie et de philosophie sont partagées, suivant leur institution, en deux sentiments différents, celui de S. Thomas et celui de Suarès : les étudiants choisissent celui qui leur plaît davantage. Ces chaires sont données en concours. On fait l’élection du rectreur tous les ans, le jour de l’Épiphanie.
Ce poste est brigué, parce qu’il y a du gain à faire pendant l’année du rectorât.

Cette ville dont le terroir est fertile en bons vins, a des fabriques de petites étoffes de soie, de bas de laine et de soie. On y fait aussi des parfums et des savonnettes, et son bon commerce de vins pour Paris et Lyon.

À quatre lieues de Perpignan, au pied de la montagne de l’Albert, est une mine, appelée de Sorrede, qui a été longtemps exploitée par la Compagnie royale, dite de Roussillon : c'est un banc de gravier, où l’on a trouvé beaucoup de Cuivre en filets ramifiés, à peu près comme de la coraline. Comme on entamait un filon considérable, les intéressés lassés des pertes que leur occasionnait une mauvaise direction, envoyèrent un ordre, en 1735 de cesser tous les travaux.

Perpignan est à trente-cinq lieues de Toulouse, douze de Narbonne, trente de Montpellier, et cent soixante-quinze de Paris.

Je crois devoir placer ici une lettre allez curieuse qui m’a été adressée de Perpignan.

Monsieur,
Je n'oublie rien pour remplir le canevas dont vous avez bien voulu me charger ; j’ai déjà consulté plusieurs personnes éclairées, qui m’ont donné quelques lumières, et à qui j’ai montré ce que vous avez fait ; ils l’ont trouvé très exact et très bien, à l’exception de la superstition des habitants de cette ville, dont vous n’avez pas fait mention.
Il y a presque tous les jours des processions, dont quelques-unes pourraient être prises pour des mascarades : imaginez-vous monsieur ; une grande quantité de personnes habillées en noir avec des soutanes et ayant sur leur tête un morceau d’étoffe pliée en cornet qui leur descend jusqu’au cou, dans laquelle ils ont percé deux trous ; comme il y en a aux masques, pour pouvoir se conduire.
Les personnes de la ville les plus riches ne dédaignent point cette espèce de déguisement : elles sont suivies par d’autres ; qu’on appelle pénitents, et dont il y a trois espèces :
1° les Crucifiés ; ces gens étendent leurs bras en croix, et ils s’y font appliquer une barre de fer liée très fortement ; ils souffrent tellement et la circulation de leur sang est si gênée, qu’ils ne peuvent marcher sans aide ; ils ont continuellement deux personnes qui leur tirent les doigts pour faciliter la circulation. M’étant arrêté un instant pour considérer la manière dont un de ces hommes était garroté, je l’ai entendu crier, parce que les conducteurs avaient cessé un moment de lui tirer les doigts. Ces personnes, ainsi accoutrées, n'ont, qu’une simple toile sur la moitié du corps, leur tête est entourée d’un linge noir, qui leur ôte absolument l’usage de la vue.
2° Les Flagellans ; ceux-ci ont les épaules découvertes, et ils se frappent jusqu’au sang avec des disciplines, dont les bouts des cordes sont terminés par un petit rond d'argent. A la dernière procession que j’ai vue, il y en eut un qui se trouva mal à force de se flageller ; cependant on dit que deux heures avant la procession, ifs s’engourdirent la peau.
3° Les Dames-Jeannes : les femmes qui composent cette confrérie, sont serrées dans des corsets de paillassons, garnis en dedans de petites pointes de fer.

Au reste, ne croyez pas que ces pénitents fassent cela pour de l’argent ; ce sont tous des personnes qui ne sont pas dans le cas d’en avoir besoin ; au contraire, il faut que ces pénitents nourrissent et paient ce jour-là les gens qui leur servent de conducteurs.

Votre, etc. De Brebeufe.

 

Perpignan et ses monuments principaux vers 1820 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Perpignan et ses monuments principaux vers 1820, dessin du Gle. de Bowen, gravure par Baugean
publiée dans le 'Nouveau voyage pittoresque en France' chez Ostevald -1827
(collection personnelle).

 

Et pour complèter ces descriptions sur Le Mans, il m'a semblé intéressant d'ajouter cet article sur Le Mans publié dans le Dictionnaire universel géographique et historique de 1708 de Thomas Corneille (collection personnelle)
Il s'agit donc d'une description de la fin du 17ème siècle, vu la date d'édition.

PERPIGNAN. Ville de France capitale du Comté de Roussillon, en Latin Perpignianum et Papirinanum.
Elle est située proche la rivière du Tet, à deux lieues ou environ de son embouchure dans la mer, et à douze de Narbonne vers le Midi. C’est une belle et grande ville, qu’Isnard Comte de Roussillon, fit bâtir vers l’an 1060 des ruines de l’ancienne Ruscina, dont il ne reste plus qu’une Tour appelée la Tour de Roussillon.

Il y a une sorte Citadelle, quelque peu plus haute, que la ville. Les fortifications en sont extrêmement régulières, munies d’un bon nombre de canons, avec une grosse garnison que le Roy y entretient, comme dans une Place qui est une des clefs du Royaume.
La ville n’est pas moins fortifiée de remparts, de gros bastions,et de larges fossés à fond de cuve.
La Porte de Saint Martin donne entrée à trois ou quatre grands fossés.
Le Convent des Carmes est un des principaux de Perpignan, ainsi que celui des Dominicains et celui de Saint François.
Saint Jacques est une fort belle église, ornée d’une haute Tour.
Pour aller voir la grande Place il faut suivre une grande rue où coule la petite rivière, assez proche de la Maion de Ville, avec une haute Tour d’Horloge, qui est au quartier le plus rempli de Bourgeois et de Marchands, ainsi que la Place du Marché, où est une très belle fontaine.
Saint Jean est l’église Cathédrale. Elle est de peu d’apparence, si on excepte sa belle Tour, à côté de la Place ou est l’Hôpital. L’évêché d’Elne y fut transféré en 1604.
À la porte de la ville par où l’on sort pour aller à Salces, il y a une grosse Tour ronde très forte qui garde l’entrée du Pont.

Philippe le-Hardi mourut dans Perpignan l’an 1285 et Pierre, roi d’Aragon, y établit une Université en 1349.
Ce fut Charles-Quiint qui fit construire la Citadelle, à laquelle on a depuis ajouté de nouveaux ouvrages.
L’an 1473, les Aragonais usurpèrent cette ville aux François, et le Roy, Louis XIII la reprit en 1642.
A la moitié du chemin de Salces, qui est à trois lieues de Perpignan, il y a une sorte Citadelle, qui est une clef de la France, du temps que le Comté de Roussillon n’en dépendait pas.
Ce Fort est au pied des monts Pyrénées, et au bord d’un grand étang, abondant en poisson d’eau douce et salée, qui remonte de la mer, où les eaux de ce Lac se dégorgent par deux canaux
* * Jouvin de Rochefort, Voyage de France et de Portugal. AudifFret, Géographie ancienne et moderne. Tome 2.

Le Castillet de Perpignan vers 1840 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur
Le Castillet de Perpignan vers 1840, gravure de Guillaumot
publiée dans L'Univers : France - M. Lemaitre - 1845
(collection personnelle).

 

 

Histoire de Perpignan
article de 1859 d'Étienne Arago,
in 'Histoire des villes de France' - Aristide Guilbert

Page de garde de l'Histoire des villes de France - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

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Longtemps après, dans le siècle de Pline, comme il nous l’apprend lui-même, Ruscino jouissait du droit romain. Beaucoup plus tard encore, les courses continuelles des Sarrasins portèrent un coup funeste à cette cité ; elle était déjà en pleine décadence quand les pirates normands la détruisirent de fond en comble (859). Malgré l'effroi de ceux de ses habitants qui avaient échappé au fer des Normands, elle ne put sortir de ses ruines. Au moment où Ruscino disparaissait ainsi, il y avait, à quelque distance et en remontant la rivière de la Tet, une hôtellerie (hospitium ou diversorium), un hameau peut-être, connu sous le nom de villa Perpiniani. L’heureuse disposition des lieux, le voisinage, la fertilité du sol, tout y attira plusieurs des habitants chassés de la cité détruite. Ce ne fut toutefois qu’en 1025, que la population de la villa Perpiniani fut assez considérable pour qu’elle prît le titre de ville. Divers hauts seigneurs se réunirent à Gausfred II, alors comte de Roussillon, et fondèrent la vieille église de Saint-Jean, qui fut le premier édifice élevé dans son sein. Pour développer la croissance de la ville naissante, Gausfred lui accorda divers privilèges (1025). À cette époque, elle était régie par ses coutumes et ses usages ; mais elle n’avait aucun gouvernement municipal et n’élisait pas ses magistrats : elle n’en connaissait pas d’autres qu’un bayle ou bailli. Un successeur de Gausfred II établit à Perpignan une collégiale (1102) ; un autre la dota d’un hospice (1116), de sorte que, cent cinquante ans après, sous le comte Guinard, qui livra le Roussillon à la maison d’Aragon, la villa Perpiniani était devenue la ville principale du comté.

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Suite de l'article sur Perpignan, en PDF, complet en 10 pages,

 

Plan de Perpignan en 1714 - gravure reproduite et numérisée par la ©BNF puis retraillée numériquement par © Norbert Pousseur
Plan de Perpignan en 1714, établi par Jean-Baptiste Joblot
Numérisé et conservé par la © Gallica/BNF - travaillé numériquement par Norbert Pousseur


 


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Zoom sur Vue d'ensemble de Perpignan vers 1830 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur   Zoom sur Perpignan vu depuis la plaine vers 1830 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Zoom sur Le centre de Perpignan vers 1870 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur- gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Zoom sur Perpignan et ses monuments principaux vers 1820 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur

  Zoom sur Le Castillet de Perpignan vers 1840 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Zoom sur Le Castillet et son pont d'accès à Perpignan vers 1855 - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur  Zoom sur La citadelle et Perpignan et ses monuments - gravure reproduite et restaurée numériquement par © Norbert Pousseur 

  Zoom sur Le Plan de Perpignan en 1714 - gravure reproduite et numérisée par la ©BNF puis retraillée numériquement par © Norbert Pousseur  Zoom sur la Vue panoramique de Perpignan vers 1650- gravure reproduite et numérisée par la ©BNF puis retraillée numériquement par © Norbert Pousseur  Zoom sur La plaine devant Perpignan vers 1850 - gravure reproduite et numérisée par la ©BNF puis retraillée numériquement par © Norbert Pousseur 

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