Accueil Présentation Lieux 900 photos Cartes - Gravures Thèmes Personnages


 

Les villes à travers les documents anciens

Marseille en 1830 par Abel Hugo

 

L'entrée du port de Marseille par Amanda Girault - reproduction © Norbert Pousseur
Entrée du port de Marseille vers 1840 par Amanda Girault
in "Les beautés de la France" de Girault de Saint-Fargeau
- 1855

Voir aussi

Marseille vers 1710 par Claude Marin Saugrain

Aspect de Marseille en 1761

L'Histoire de Marseille jusqu'en 1830

Marseille et ses habitants vers 1830

Marseille à travers ses gravures

Le département des Bouches du Rhône en 1883

Marseille actuelle, la rayonnante - Marsella la radiente - Beaming Marseille

 

 

Texte d'Abel Hugo extrait de l'ouvrage "La France pittoresque",édition de 1835 (collection personnelle).
Sauf indications contraires, les illustrations proviennent du même ouvrage.

 

Marseille, le plus important de nos ports de commerce, sur la Méditerranée, chef-lieu de préfecture, siège d’un évêché, est à 813 kilomètres (environ 205 1.) de distance légale, S.-E. de Paris. Dans l’espace de cinq années, la population de celte ville s’est accrue de 29,000 habitants. Elle était de 116,000 en 1828, aujourd’hui elle s’élève à 145,115. Son commerce a acquis aussi une importance toujours progressive ; cet accroissement de prospérité est du, entre autres causes, à la conquête et à l’occupation d’Alger.

***/*** Abel Hugo propose un résumé de l'histoire de Marseille - A la place vous pourrez lire un texte plus complet, bien qu'un peu touffu et long, par J. de Gaulle, extrait de l'Histoire des villes de France d'Aristide Guilbert, dans la section de l'histoire des villes de ce site
Vers la page de l'Histoire de Marseille     Vers l'histoire de Marseille jusqu'en 1830

 

LANGAGE.
Le patois provençal est l’ancienne langue romane, idiome riche, harmonieux et littéraire, sur laquelle les excellentes recherches de M. Raynouard n’ont rien laissé à dire aux écrivains qui viennent après lui. — Nous reparlerons de la grâce et des richesses de la langue des troubadours en nous occupant d’un autre des trois départements provençaux, et nous nous bornerons à rappeler ici, d’après Millin, observateur instruit non moins que spirituel, la façon dont la plupart des habitants du département qui n’ont eu l’occasion d’étudier le français que dans leur pays se servent de la langue nationale. Millin, dans son voyage, rapporte les dialogues semi-français, semi-provençaux, qu’il y eut occasion d’entendre.

  • « Combien y a-t-il, dit un voyageur à un de ses compagnons de voyage, que vous manquez de Marseille ? — Trois semaines, j’ai été en Avignon, du depuis, à Beaucaire et je vas à Arles.
  • Comme vous voilà fait ! — On m’a marché dessus, et mon habit est tout péri.
  • Vous étiez indisposé lorsque je vous vis à Marseille ? — J’ai eu en effet la rhume, et j’ai mouché pendant trois semaines : outre cela, j’avais la joue enfle..
  • Et madame votre espouse ? — Elle est encore malade, elle espère la fièvre : mais j’ai fait une consulte de médecins, et ils assurent que si je lui donne encore le quinine et trois purges, je risque qu’elle guérisse bientôt. »
  • Le même voyageur, s’adressant à une dame embarquée sur le même bateau : « Vous avez là, madame, une jolie petite fille, elle vous ressemble beaucoup. — Oui, monsieur, chacun dit qu'elle me donne de l’air.
  • En avez-vous d’autres ? — Hélas oui! j’ai encore deux filles et un enfant.
  • Est-il avancé ? — Quoiqu’il n’ait que douze ans d’âge, il sait déjà bien la chiffre : mais c’est un démon, au plus on lui défend une chose, au plus il la fait, etc.

Quant aux modifications qu’a subies la langue des troubadours pour devenir le patois des Provençaux, nous les ferons suffisamment connaître en indiquant quelques-uns des proverbes en usage dans le département. On y trouve souvent une caustique originalité.

  • Pan fresc, proun fillos e boues verd, mettoun leou l'houstaou en désert. Du pain frais, beaucoup de filles et du bois vert, mettent bientôt la maison au désert.
  • Dé chins, d’armos e d’amours, per un plési millo doulours. S’occuper de chiens, d’armes et d’amour, pour un plaisir mille douleurs.
  • Que voou en toutos peyros soun couteou amoula, en tou roumavagi sa fremo mena, e en toutos aygues soun chivaou abeourar, oou bou de l’an n’a qu’un coutelo, une putan e un haridello. Celui qui aiguise sa lame sur toutes les pierres, qui conduit sa femme à toutes les foires et fait boire son cheval à tous les ruisseaux, au bout de l’an n’a qu’un mauvais couteau, une femme de mauvaise vie et une haridelle.
  • Les expressions proverbiales relatives aux femmes ne respirent pas toujours cette antique galanterie dont la Provence a été le séjour : mais les hommes qui se plaignent des femmes sont en général ceux qui les aiment le plus. Les Provençaux disent, il est vrai, que, se n’eiro pas lei fremos, nes homés serien d’ours maou lipas. S’il n’y avait pas de femmes, les hommes seraient des ours mal léchés.
  • Mais ils disent aussi, qué perdé sa fremo, ence quienze soou, es grand dooumagi de l'argen. Qui perd sa femme et quinze sous, la plus grande perte, c’est l’argent.
  • Enfin, celui qui a fait le proverbe suivant n’avait pas à se louer du mariage : Dous bouen jours a l’houmé su terro, quand pren mouillé e quand l’enterro. L’homme a deux bons jours sur terre, quand il prend une femme et quand il l’enterre.
  • Il est vrai que celui qui suit ne prouve pas que les femmes aient plus à se louer de leurs maris : Si uno marlusso venié veouse, sérié grasso. Si une merluche devenait veuve, elle engraisserait.

 

NOTES BIOGRAPHIQUES.
Dans le grand nombre d’hommes distingués qu’a produits la Provence, le département des Bouches-du-Rhône réclame la plus grande part. Voici quelques-uns des noms qui méritent d’être cités parmi les hommes d’une époque antérieure à la nôtre. Pour les énumérer nous suivrons l’ordre alphabétique. — Adanson, naturaliste célèbre ; Barthélemy, auteur du Voyage d‘ Anacharsis ; Bouche, géographe ; Brueys, auteur dramatique ; Camprat, compositeur et maître de musique ; Adam de  Craponne, ingénieur distingué ; le comte de Forbin, amiral et grand homme de guerre ; Pierre D’Hozier, généalogiste célèbre ; Honoré d’Urfé, auteur de l'Astrée ; Lamanon, naturaliste, massacré par les sauvages, dans le voyage de Lapeyrouse ; Dumarsais, grammairien ; Mascaron, célèbre prédicateur ; Massillon, grand orateur chrétien ; Mirabeau, traducteur du Tasse ; le maréchal Du Muy ; Nostradamus, médecin et astrologue fameux dans le XVIe siècle ; Pétrone, écrivain latin, auteur d’une satire célèbre sur les mœurs des empereurs ; Charles Peyssonnel, consul en Orient, et un des écrivains qui ont fait mieux connaître ce pays ; Pierre Puget, un de nos grands sculpteurs ; le bailli de Suffren, illustre amiral, la terreur des Anglais dans l’Inde : Tournefort, célèbre botaniste ; Vanloo, peintre qui a joui d’une grande réputation ; Vauvenargues, philosophe profond et grand écrivain, etc.
Parmi nos contemporains, l’ordre alphabétique nous présente d’abord : D’Azincourt, comédien célèbre ; Antonelle, membre distingué de la Convention ; Barbaroux, un des orateurs remarquables de la Gironde ; Barthélemy, auteur de la Némésis, célèbre, comme poète populaire, par sa verve et son énergie (afin de ne pas désunir deux noms qui se trouvent toujours ensemble, nous nous hâtons de citer aussi le poète Méry) ; Bruguières de Sorsum, enlevé trop tôt aux lettres qu’il cultivait avec succès ; Prosper Cabasse, auteur d'Essais historiques sur le parlement de Provence ; Capefigue, jeune littérateur qui a obtenu trois couronnes à l’académie des Inscriptions-et-Belles-Lettres ; Chabert, lieutenant général ; Champein, compositeur, auteur de la Mélomanie et d’autres opéras agréables ; les demoiselles Clary, dont l’une a été reine d’Espagne (Julie, femme de Joseph Napoléon), et l’autre est encore reine du Suède et de Norvège (Eugénie- Bernardine-Désirée, mariée à Bernadotte) ; Constantin, peintre paysagiste, et son fils qui est peut-être aujourd’hui le premier des peintres sur porcelaine ; Dagnan, paysagiste distingué, dont les tableaux ont toujours été bien accueillis aux grandes expositions de notre musée ; Daumier, simple vitrier, qui s’est fait un nom par une disposition naturelle pour la poésie ; Della-Maria, compositeur estimé. ; Domergue, habile grammairien ; Dorange, jeune poète de talent, mort à vingt-cinq ans ; Emeric-David, savant distingué, membre de l’académie des Inscriptions-et-Belles- Lettres ; D’Entrecasteaux, navigateur habile, qui eut l’honneur d’être chargé de l’expédition envoyée à la recherche de Lapeyrouse ; Esménard, auteur d’un poème sur la Navigation, qui obtint sous l’empire de grands éloges et de vives critiques ; Espercieux, sculpteur remarquable ; Eyriès, voyageur et géographe instruit ; Fauris de Saint-Vincent, connu par ses recherches numismatiques ; Forbin, peintre, directeur du musée royal ; Gantheaume, amiral ; Garcin-de-Tassy, orientaliste ; Gardanne, général et ambassadeur en Perse ; Gastarin, représentant du peuple, qui eut le bon esprit, au siège de Toulon, de reconnaître et d’appuyer les talents du jeune Bonaparte ; Gavaudan, acteur célèbre ; Granet, grand peintre dans un genre qui offre peu de ressources ; Victor Hugues, commissaire du gouvernement dans nos colonies américaines, et celui qui les défendit le plus courageusement ; Isoard, cardinal ; Jaubert, voyageur et orientaliste, qui a introduit le premier en France les chèvres qui produisent le précieux duvet de cachemire ; Lantier, auteur du Voyage d‘Antenor ; Mignet, autrefois littérateur distingué, aujourd’hui homme politique ; Miollis, général qui eut part aux succès des premières campagues d’Italie ; Pastoret, membre de l’Institut, ministre d’état, savant distingué ; Amédèe Pichot, littérateur, traducteur de lord Byron, historien du dernier des Stuarts ; Portalis, ex-ministre, pair de France ; Reinaud, orientaliste ; Charles de Rémusat, auteur distingué, que la politique a enlevé à la littérature ; Roux, médecin célèbre ; le comte Siméon, ancien ministre ; Somis, lieutenant général : Thiers, historien et littérateur, qui déjà, avant d’être ministre, jouissait d’une grande réputation ; Topino-Lebrun, peintre, élève de David, exécuté par suite d’une conspiration contre le premier consul, etc., etc.


L'accès au port de Marseille vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
L'accès au port de Marseille, gravure non signée, gravée par Larbalestrier
gravure extraite de La 'Géographie universelle' de Malte-Brun, 1840
En fait plusieurs éléments principaux de cette gravure (bâtiments, navire à voile...)
correspondent exactement à ceux de la gravure couleur en tête de page.
Le ciel est différent et la série de mats sur la partie droite n'apparaissent pas ici...

Pour comparer, voir en bas de page

 

TOPOGRAPHIE.

Situation. — Marseille est située au fond d’une petite baie, au pied d’un bassin semi-circulaire qui, du bord de la mer, s’exhausse graduellement vers sa circonférence et a jusqu’à 3,000 pieds de hauteur sur plusieurs points ; cette disposition du terrain donne à la ville une exposition fort agréable. L’ancienne ville est à gauche du port et couvre une surface très inégale ; la nouvelle s’étend sur l’autre côté et dans le prolongement du port, et s’appuie au mamelon qui porte le fort de la Garde. — Marseille présente la forme d’un fer à cheval, dont le creux est dessiné par le port. Elle est divisée en deux parties égales, dans le sens Est et Ouest par le port, la rue Canebière et les allées de Meilhan ; et, dans l’autre sens, elle est traversée en droite ligne par la route d’Aix, le Grand-Cours et la rue de Rome. — Le site est aussi ravissant sous le rapport pittoresque qu’avantageux sous celui du commerce : le ciel, la terre, la mer, la latitude, tout, contribue à embellir, à enrichir cette ville fortunée, pour laquelle les hommes ont fait beaucoup, mais bien moins encore que la nature.

Enceintes successives. — La première enceinte dut être fort circonscrite quand la ville ne se composait que des huttes d’une peuplade de pêcheurs, et même plus tard encore, quand une petite colonie y ajouta quelques constructions nouvelles. Cette enceinte augmenta rapidement avec la population, et, au temps  de César, elle comprenait presque tout le terrain de la ville-vieille  d’aujourd’hui, et une partie de la plage que la mer a submergée  depuis. « Marseille, dit César, est baignée par la mer de trois  côtes, et n’est accessible par terre que par le quatrième, » Cette  partie surtout était couverte par des fortifications qui, plusieurs fois démantelées, furent réédifiées en l’an 800. — Marseille fut longtemps divisée en ville haute et ville basse. Un rempart les séparait ; une seule porte leur servait de communication. En 1350 les anciennes murailles furent démolies, et une nouvelle enceinte un peu plus étendue fut tracée. Celle-ci entoura complètement la ville, même du côté du port, et fut percée de quatre portes auxquelles, par la suite, on en ajouta deux autres. Le rempart du port était percé d’un grand nombre d’ouvertures qu’on appelait les grottes, et qui servaient à l’introduction des marchandises dans la ville. Chaque soir on fermait ces grottes avec des grilles de fer. — Jusqu’en 1666 la ville proprement dite fut ainsi enclose ; trop resserrée, elle n’offrait encore qu’un amas confus et infect de maisons, mais à cette époque une nouvelle circonscription fut tracée, elle embrassa les deux côtés du port, l’espace qui se trouve dans son prolongement, et entoura ainsi tous les quartiers dont la ville s’était agrandie. L’ancien rempart fut abattu en grande partie, le quai fut déblayé, et les murailles extérieures furent percées de onze portes. — Dans cette enceinte restait un vaste et sombre arsenal ; sa démolition, en 1781, permit à la ville de s’enrichir du quartier de Rive-Basse, et des nombreux établissements qui le couvrent. Le théâtre est de ce nombre. — Enfin les remparts de Marseille étaient devenus sans utilité ; la démolition en fut ordonnée en 1800, et sur leur emplacement s’élevèrent les boulevards  actuels avec leur double rangée d’arbres. Mais aujourd’hui ces boulevards ont déjà cessé de circonscrire la ville ; elle s’étend au-delà sous le nom de faubourg, et sa surface est encore trop petite pour sa population.


Le port de Marseille vers 1830 par L. Garneray - reproduction © Norbert Pousseur
Le port de Marseille, gravure par Ambroise Louis Garneray,
gravure extraite de La 'France maritime' d'Amédée Gréhan, 1835

 

Port. — La nature presque seule en a fait les frais, c’est elle qui a creusé ce superbe bassin de forme ovale où 1200 navires peuvent trouver place ; mais il n’a assez de profondeur que pour les navires de 600 tonneaux, et, malgré son étendue, telle est la quantité des navires qui s’y pressent que souvent l’encombrement gêne beaucoup le déchargement, ou l’entrée et la sortie des bâtiments. — Marseille aurait grand besoin de nouveaux bassins, qui sont, il est vrai, peu faciles à établir, à cause du défaut d’espace. Il serait aussi à désirer que l’eau du port fût plus facilement renouvelée ; le flux et reflux des marées est si peu sensible, et la quantité d’immondices versées par les navires et surtout par la ville est si considérable, qu’il est réellement quelquefois une espèce de cloaque d’où, sous une atmosphère brûlante, s’élèvent de dangereuses exhalaisons. — L’encombrement est plus sensible encore sur les quais, qui tous manquent de largeur, que dans le port. Ils sont toujours obstrués par des marchandises de toute espèce et par la foule empressée, qui se hâte lentement au milieu d’embarras multipliés. — Le port offre deux parties distinctes nommées le Commerce et la Boutique. La ligne qui coupe ces deux côtés de l’ellipse fait face à la rue Canebière ; sur ce point se trouve un assemblage confus de marchandises qui débarquent, de ballots qui se heurtent, de produits indigènes qu’on exporte, etc. — Le côté gauche du bassin, qu’on appelle la Rive-Neuve (ou le Commerce), offre d’abord une aire immense où des milliers de bras sont occupés à vanner le blé. La machine à mâter se présente ensuite, puis le canal et ses magasins, vastes succursales des quais, du port, où s’amoncellent les produits des colonies. Plus loin c’est la place aux Huiles, dont le sol ombrageux exhale l’odeur la plus nauséabonde ; elle est peuplée des jaugeurs du commerce : on la traverse pour aller aux chantiers de construction, large place en talus, où s’agitent les charpentiers, les calfats, tout ce qui tient à l’architecture navale et qu’on nomme en provençal la mistrance. — Des amas de potasse, de soude, de savons, de barriques d’huile et d’ossements d’animaux, se trouvent à l’extrémité de la Rive-Neuve. — En face de ce point, sur l’autre rive (la Boutique), est le bureau de santé, de la consigne, et le marché aux poissons : puis de nombreux cafés ouverts aux marins. En revenant vers la Canebière, on s’aperçoit du perfectionnement graduel de la civilisation, on passe devant l'Hôtel-de-Ville, on s’arrête devant le grand magasin d’estampes de Ruspini, et on arrive au bazar, vrai passage parisien, abrité du vent par son exposition, du soleil par ses tentes ; de la pluie et du froid par la latitude du lieu. — Des libraires, des magasins d’optique, d’horlogerie, de quincailleries, et surtout de chapellerie ; voilà en gros ce que présente la rive droite du port. A cette variété d’objets, de magasins et de boutiques, joignez les costumes bizarres et pittoresques de tant de nations réunies, Américains, Africains, Grecs, Levantins, Espagnols, Italiens, etc., leur dialectes divers, le concours de la population marseillaise ; et le soir, les sérénades sur les navires et l’affluence des grisettes qui se promènent animées par la coquetterie et par le plaisir ; les éclats de voix des femmes du marché, le gros rire des marins, les cris confus, les bruits les plus extraordinaires, et vous n’aurez encore qu’une pâle idée de l’aspect étrange et vivant que présente le port de Marseille.

Rues. — Les deux villes qui forment Marseille sont totalement dissemblables : l’une, vielle et laide, souffre non-seulement de toutes les infirmités inhérentes à la vieillesse, mais encore de beaucoup d’autres dont elle pourrait se guérir. Elle est aussi sale que triste et décrépite. Ses rues sont généralement percées au hasard, confusément éparses sur un terrain onduleux ; plus ou moins étroites, tortueuses, sombres et infectes, elles forment un labyrinthe difficile à parcourir, où la vue et l’odorat sont péniblement affectés. Cependant ces quartiers s’améliorent déjà, grâce aux soins de l’administration locale qui lutte avec courage et quelquefois avec bonheur contre des habitudes malheureusement aussi tenaces qu’elles sont blâmables. — La jeune ville est admirablement propre en comparaison de son aînée ; mais la comparaison lui serait désavantageuse si elle s’établissait avec plusieurs de nos villes centrales ou septentrionales, et plus encore avec les grandes villes de plusieurs états voisins. — Quoi qu’il en soit, la nouvelle Marseille est bien percée ; la plupart des rues y sont droites et larges, bien pavées et formées par des constructions aussi spacieuses que bien distribuées. De toutes ces rues, la plus belle est celle de la Canebière ; c’est à la fois une rue superbe, un bazar, une place, une grande route et une promenade ; c’est le point central de la ville, la ligne de communication entre le port et le grand cours, et de jonction entre la vieille et la jeune Marseille.

L'entrée du port de Marseille par Thomas Allom vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
L'entrée du port de Marseille par Thomas Allom,
gravure extraite de 'La France au 19ème siècle' de Charles-Jean Delille (1841)

 

FORTS ET ILES.

Fort de Notre-Dame de la Garde. —
Qui n’a lu le voyage de Chapelle et de Bachaumont, et ne se rappelle ce

Gouvernement commode et beau
Où l’on ne voit, pour toute garde,
Qu’un Suisse avec sa hallebarde Peint sur la porte du château ?

La montagne de la Garde est ainsi nommée de ce qu’en effet elle fut dès le VIe siècle un poste d’observation ; sur son sommet s’élevait une haute tour qui correspondait avec d’autres tours situées sur la côte jusqu’à Antibes, colonie marseillaise. Au XIIIe siècle on bâtit à côté une chapelle, devenue fameuse par les pèlerins qu’elle attire ; elle fut réédifiée en 1477. Cinquante ans après, François Ier fit enclore ces deux bâtiments dans le fort qu’on construisit alors sur la montagne. La chapelle est toujours en grande vénération, surtout parmi les marins ; elle est tapissée d’ex-voto et enrichie d’une foule d’offrandes, dont plusieurs viennent de hauts personnages. Il y a une statue de la Vierge que chaque année on descend dans la ville en grande solennité, à l’époque des processions de la Fête-Dieu. — Le fort est peu de chose, mais ce qui le rend digne de nombreuses visites, c’est le point de vue dont on y jouit sur la ville tout entière, la rade, les îles, les campagnes marseillaises et le superbe amphithéâtre qui les enclôt. — On a élevé sur la route qui conduit au fort de la Garde, et ce longtemps avant qu’on ait songé à rendre à la colonne de la place Vendôme son plus bel ornement, une colonne surmontée du buste de Napoléon.

Fort Saint-Nicolas
. — Il fut construit par Louis XIV mécontent des Marseillais qu’il venait de priver de leurs franchises. Il s’élève à l’entrée du port et est à demi ruiné. — Sur l’autre côté du port est le fort Saint-Jean, qui a remplacé le fort Babon.

La Tour carrée
date du règne de Réné-le-Bon.

Ile du chateau d’If.
— Cette île fut fortifiée, en 1529, par ordre de François Ier. Le château a souvent servi de prison d’état. Son commandant a sous ses ordres les batteries établies sur les îles Pomègue et Ratoneau.

L’île Ratoneau
. — Le petit fort qui existe dans cette île a été le théâtre d’une aventure assez singulière. En 1765, on comptait parmi le petit nombre de soldats qui en formaient la garnison, un brave invalide surnommé Francœur. Il avait déjà donné quelques marques de démence ; mais on le croyait guéri, et ses camarades, vivaient avec lui sans méfiance à cet égard. Un jour l’imagination de Francœur s’échauffa ; il conçut le projet de devenir roi de l’île Ratoneau. Il se trouvait en sentinelle à la porte du donjon ; il choisit le moment où la petite garnison étant sortie du fort pour aller chercher ses provisions accoutumées, il était resté seul. Il abaissa la herse du pont-levis, courut au magasin à poudre, chargea les canons, rangea toute la mousqueterie sur les remparts et commença à tirer sur ses camarades répandus dans l’île, qui, tout étonnés, se réfugièrent dans le creux des rochers, et s’estimèrent ensuite heureux d’abandonner l’île à l’aide d’un bateau, dont le patron, effrayé par le feu continuel de l’invalide, ne se détermina qu’avec peine à aller les chercher.
« Maître de toute l’île, dit un écrivain contemporain, Francœur se persuada facilement qu’il en était le souverain absolu. Par le fait, il ne dominait que sur les nombreux troupeaux de chèvres qu’on laissait paître dans cette île ; aussi disposait-il de leur vie au gré de son appétit. Mais il n’avait aucun moyen pour se procurer du pain et du vin.... Quelques jours s’étaient écoulés sans qu’on put aborder dans l’île, par le soin que Francœur prenait d’écarter tout ce qui lui paraissait suspect. Il remplissait seul toutes les fonctions militaires, sortait la nuit, un fanal à la main, pour aller reconnaître tous les postes intérieurs et extérieurs, et faisait même feu pendant le jour sur la garnison du château d’If. De cette place on s’aperçut des fréquentes sorties de l’invalide, et cette circonstance détermina le duc de Villars, alors gouverneur de Marseille, à donner ordre à une compagnie d’aller le surprendre. Les soldats profitèrent du moment où Francœur faisait sa ronde de nuit pour l’entourer et l’arrêter : « Braves gens, s’écria- t-il, ce sont les droits de la guerre, c’est en règle ; le roi de France est plus puissant que moi ; il a de bonnes troupes ; je me rends avec les honneurs de la guerre, je demande seulement d’emporter mon havre-sac et ma pipe. » — Cette capitulation fut accordée sans difficulté ; il fut le lendemain conduit à la ville, dont il traversa les rues dans l’attitude d’un triomphateur. On assigna pour palais au monarque déchu l’hôpital des insensés. Il en fut retiré un an après pour être envoyé à l’hôtel des Invalides. Depuis ce singulier événement le nom de roi de Ratoneau est devenu à Marseille une expression proverbiale, pour désigner un homme dont les espérances et les vœux sont hors de proportion avec les moyens.

 

ANTIQUITÉS.

Marseille, ville si antique, ne possède presque plus rien d’antique : les incendies, les sièges et le mistral ont nivelé le sol où s’élevèrent tant de beaux édifices. Les Marseillais ont complété eux-mêmes l’œuvre de dévastation. Après les ravages d’un siège, après une démolition plus ou moins générale, on a du achever d’abattre les édifices publics pour reconstruire, avec leurs ruines, les maisons des particuliers ; et lorsque enfin l’esprit de conservation entra dans les mœurs, il n’y avait plus rien à conserver.
La porte Joliette est une antiquité romaine, mais informe et vermoulue ; elle n’a pas été démolie entièrement parce qu’elle sert de bureau à l’octroi Son nom lui vient, dit on, de Jules-César. C’est du moins par cette porte qu’il entra dans la ville, s’il faut en croire des inscriptions et des bas-reliefs que l’air de la mer et la fumée des fabriques voisines ont fait disparaître. — On y montre encore l’anneau corrodé d’où pendait la herse qui se leva devant César.
Le palais des Thermes s’élevait au lieu où se trouve maintenant la place de Lenche. Quelques constructions, appuyées sur les débris de cet édifice, servent d’atelier à un tonnelier. Ce qui reste là d’ évidemment romain sont quelques arceaux dans les caves de la maison Moderne.
Marseille a possédé jusque vers la fin du siècle dernier plusieurs autres débris romains. Leur rareté eût dû les préserver d’une destruction totale, mais ils ont disparu de nos jours ainsi que presque tous les restes des édifices du moyen-âge.

Port et Hôtel de ville de Marseille vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
Port et Hôtel de ville de Marseille vers 1830, dessin de Bullura

 

MONUMENTS CIVILS

Hôtel de la. préfecture. — Ce n’était que la maison d’un simple particulier, assez riche, il est vrai, pour armer des vaisseaux contre l’Angleterre. La ville en a fait l’acquisition, et cette maison est devenue le pied-à-terre de tous les grands personnages qui passent à Marseille. — L’édifice occupe le fond d'une cour ; il est flanqué de deux terrasses qui forment ailes : ses deux façades, sur la cour et sur le jardin, sont belles et élégantes. La disposition intérieure est parfaitement assortie à la destination de l’édifice.

Hôtel-de-Ville. — Si le plan proposé par le Puget eût été adopté, l’Hôtel-de-ville serait le plus beau monument de Marseille. Dans l’état actuel, il ne satisfait pas tout à fait les connaisseurs. Sa façade, qui donne sur un des quais, est ornée de bas-reliefs et de sculptures, mais elle a subi des mutilations ; on y remarque surtout l’écusson des armes de France, de la main du Puget même, mais qui a souffert des modifications. Au-dessus du premier étage est le buste de Louis XIV replacé en 1823. — Une longue inscription latine, en l’honneur de Marseille, décore aussi cette façade. — L’hôtel-de-ville se compose de deux parties séparées par une rue, et communiquant par un pont élégant et léger placé à la hauteur du premier étage. — On remarque le grand escalier où se trouve la statue de Libertat, et la salle du conseil que décorent plusieurs bons tableaux.

Bourse. — Elle occupe, sur le quai, le rez-de-chaussée de l’hôtel-de-ville ; c’est une salle vaste et assez belle.

Palais de Justice, sur la place du même nom ; il laisse bien des choses à désirer : une distribution plus régulière, une façade moins mesquine et moins sale, et même un autre emplacement. Dans le même local sont les vieilles prisons, qui renchérissent sur les défauts du reste de l’édifice. Heureusement elles sont presque abandonnées.

Prisons neuves. — Cet édifice, situé à la porte d’Aix, date de 1823 ; il se compose de deux corps de bâtiments, dont l'un est la prison proprement dite ; l’autre sert de caserne pour la gendarmerie. — Le local est bien aéré, la distribution bien entendue, les appartements sont propres, les cours spacieuses. Dans cette prison on a séparé les prisonniers des sexes différents ainsi que les accusés de crimes ou de délits.

Halles — Marseille en possède trois : la vieille Poissonnerie, la halle Puget, et la halle Neuve ; cette dernière fut construite en 1801, sur l’emplacement et avec les matériaux d’une ancienne salle de spectacle.

Fontaines publiques. — Elles sont très nombreuses, surtout dans la ville vieille : c’est un bienfait pour cette partie de Marseille, où la population surabonde ; mais c’est dans la nouvelle ville que se trouvent les fontaines dignes d’être citées. — Des inscriptions indiquent la dédicace de ces monuments. On remarque surtout la fontaine de la Porte-Paradis, élevée en 1802, à la mémoire des Marseillais qui se dévouèrent au salut de leurs concitoyens pendant la peste de 1720. — La fontaine de la rue d’Aubagne, élevée en 1803, est dédiée à Homère par les descendants des Phocéens. — La fontaine de la Place-Royale est un château d’eau, qui décore dignement la plus belle place de Marseille. — La fontaine de la place des féainéants offre un bel obélisque de 25 pieds, porté par quatre lions : le tout est en marbre blanc ; c’est un monument élevé en 1803, et qu’une longue inscription, en vers français, dédie an peuple marseillais. — La fontaine du Puget n’a de remarquable que le nom qu’elle porte, et dont elle est très peu digne : c’est une petite pyramide qui porte le buste de Puget, et qui est située devant la maison construite et habitée ordinairement par ce grand artiste. — La maison du Puget est un bâtiment à l’italienne, petit, mesquin, formant un étroit pignon dans la rue de Rome, et orné seulement d’une tête de Christ maladroitement nichée sur la façade. Presque toutes les autres constructions faites à Marseille par Puget ont été renversées pendant la révolution.

Arc de triomphe.— Ce monument inachevé remplace l’ancienne porte d’Aix ; c’est une imitation de tous les arcs antiques. Il avait d’abord été érigé en l’honneur du duc d’Angoulême, après la campagne d’Espagne, en 1823. Aujourd’hui il attend un nouvelle consécration. Il nous semble qu’il conviendrait de le dédier à l’armée qui a pris Alger, conquête glorieuse pour nos soldats, et dont le commerce marseillais tire de grands avantages. Cet arc est d’un bon effet et de grande dimension, mais de style lourd. L’ordre de l’architecture est corinthien. Les bas-reliefs représentent des trophées et des attributs militaires. Délaissé avant d’être terminé, il commence déjà à se dégrader sous l’influence de l’air rongeur de la mer.

Promenades. — On se promène peu à Marseille ; on y est trop occupé ; cependant la ville a diverses promenades. — Les allées de Meilhan sont des plus agréables. On fréquente aussi le Cours, naguère dit Bourbon, auparavant Cours Bonaparte, sans nom pour le moment ; il se termine à une colline d’où l’on jouit d’un coup d’œil magnifique sur le port hérissé de mâts, la ville couronnée de clochers et la mer avec ses voiles blanches, ses îles vertes et ses rivages escarpés. Les deux ornements de ce cours sont le Cirque olympique et l'hôtel Bacri, dont une grille élégante laisse voir le délicieux jardin anglais. — Le Grand-Cours, qui s’étend de la porte d’Aix à la rue de Rome, le jardin des plantes et celui des Montagnes russes qui en est voisin offrent aussi d’agréables promenades. La route qui mène au fort de la Garde, route manquant d’ombrage, et dont la pente rapide est aussi un lieu de promenade. On peut s’y fatiguer, mais arrivé au sommet du rocher, on est bien dédommagé par le panorama magnifique que l’on a sous les yeux.

Arc de Triomphe de Marseille vers 1830 vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
Arc de Triomphe de Marseille vers 1830, dessiné par T Allom,
gravure extraite de 'La France au 19ème siècle' de Charles-Jean Delille (1841)

 

ÉGLISES ET MONUMENTS RELIGIEUX

Eglise Saint-Victor. Tandis que dans l’antique Massilie Diane voyait encore à la Major l’encens fumer sur ses autels, quelques chrétiens, réunis dans une grotte qui existait au lieu où s’élève aujourd’hui l’église Saint-Victor, venaient honorer en secret la cendre des martyrs, et dérobaient aux regards de leurs persécuteurs la célébration des mystères de la nouvelle religion.— Plus tard un monastère s’éleva sur la sainte grotte ; mais, placé hors des murs et sans défense, il fut renversé dès la première irruption des Sarrasins, puis remplacé plus tard par une vaste abbaye, insigne par ses richesses, et dont l’abbé était une espèce de souverain. Ses moines furent sécularisés vers le milieu du siècle dernier. — A la révolution ils furent dispersés, leurs biens furent vendus, et de l’abbaye, en grande partie démolie, il ne resta qu’une église assez mesquine qui n’a de remarquable qu'une madone très vénérée parmi le peuple marseillais. Cette madone est invoquée surtout pendant les grandes sécheresses.

Église de la Major. — C’est la cathédrale et la plus ancienne des églises marseillaises ; mais c’est la plus laide des églises d’une ville qui n’en possède que de laides. Ce fut d’abord un temple de Diane ; déjà mutilé et mal reconstruit, le temple devint église lorsque Constantin se fit chrétien. Plusieurs fois abattu et reconstruit depuis, le monument présent appartient par son style au moyen-âge, et n’offre plus rien du temple païen. On y remarque l’orgue, les fonts baptismaux et une chapelle ornée de sculptures de mauvais, goût. Les ciselures, les reliefs, les statues sont du XIIe siècle. L’architecture intérieure de l’église se compose de tous les ordres connus. La façade serait curieuse si on lui eût laissé son vernis de vétusté ; mais on l’a badigeonnée en jaune.

Flèche des Accoules. — Ruines d’une église gothique dont il ne reste plus que le clocher, et qui fut détruite à la révolution, ainsi qu’une autre église voisine. Ces deux églises étaient les seules à Marseille dignes de l’art et de leur destination. La flèche des accoules est romane de style et gigantesque de forme. — On vient de construire à coté une église en forme de rotonde, qui n’a d’autre mérite que celui d’être neuve.

Chapelle du château Babon.—  Jadis nommée ainsi d’un vieux château qui y était attenant Cette chapelle vient de prendre le nom de Saint-Laurent, et n’a de remarquable que le langage, le costume et les mœurs antiques de ses paroissiens.

Église de Notre-Dame du Mont. — Cette église a pu se glorifier d’une haute antiquité, mais elle a été rebâtie en 1822, et n’a conservé d’ancien que son vieux clocher semblable a une haute tour.

Église du mont Carmel. — Cet édifice domine un des points les plus élevés de la ville.

Indépendamment de ces églises paroissiales et de quelques autres, Marseille possède une multitude d’églises succursales et de chapelles.
Eglise des Chartreux. — Aujourd’hui Sainte-Madeleine. Cette église est située hors de la ville ; l’édifice est de bon style, plein d’élégance et décorerait dignement Marseille qui n’en possède pas qui lui soit comparable.

Chapelles. — Deux seulement méritent d’être mentionnées : l’une est celle de l'hôpital de la Charité, construite par le célèbre Puget ; elle est ovale, surmontée d’un dôme et digne de ce grand maître ; l’autre est la chapelle de l’ Hôtel-Dieu édifiée vers l’an 1600, et où l’on remarque le mausolée de Du Vair, chancelier de France et l’un des bienfaiteurs de l’hospice.

Temples. — Le culte grec possède deux temples à Marseille : l’un, pour les grecs schismatiques, est sous la direction d’un archimandrite ; l’autre, dit des Grecs réunis, fut construit en 1820. Les desservants sont Grecs de nation.

Temple protestant. — C’est un édifice élégant et construit depuis peu de temps.

 

HOPITAUX, ETC.

Hôtel-Dieu. — L’Hôtel-Dieu de Marseille est un des plus anciens du royaume ; il fut fondé en 1188. Les bâtiments sont de différents styles ; leur masse est vaste, mais fort irrégulière, et enclôt deux cours. — Indépendamment de la place occupée par l’administration et tous les préposés, l’hôtel renferme quatre grandes salles où 560 lits sont placés ; ce nombre peut être porté a 750. Le nombre moyen des malades est annuellement de 2500, et journellement de 225.

La Charité. — Sous le rapport de l’importance et de l’ancienneté, c’est le second des hospices de la ville. Il fut fondé en 1640. Il a, comme local, un avantage immense sur l’Hôtel-Dieu ; les diverses parties en furent bâties simultanément, et sont en harmonie entre elles. Une cour spacieuse, au centre de laquelle est une chapelle, forme le préau des quatre corps de bâtiments, dans lesquels sont placés les pauvres admis à la Charité. La distribution intérieure est telle qu’on peut séparer les sexes, et même les âges. La Charité est l’asile de vieillards des deux sexes qui ont atteint soixante-dix ans, et le dépôt des enfants trouvés, abandonnés ou orphelins, jusqu’à l’âge de douze ans. La population habituelle de l’hospice est de 800 à 850 personnes y compris les employés.

La Maternité. — Cet établissement date de 1823. Il y a environ 130 individus habituellement ; dans ce nombre les nourrissons comptent pour les deux tiers.

On doit encore citer les hospices de Saint-Joseph, de Sain!-Lazare, des Aliénés, la Grande et la Petite-Miséricorde, et la Société Maternelle.

Lazarets. — Le plus ancien lazaret ne fut établi que vers l’an 1580 ; il était situé sur un lieu aujourd’hui envahi par la mer. Maintenant le lazaret principal est au nord de la ville, et occupe tout l’espace compris entre la pointe de l’Anse, de la Joliette et la pointe Sainte-Marguerite. Trois murailles entourent cette vaste enceinte. — La Consigne est un autre établissement sanitaire situé à l’entrée du port. L’édifice a peu d’étendue, mais sa décoration extérieure est élégante. Ou admire, dans la salle d’assemblée, un célèbre bas-relief du Puget, représentant la peste de Milan ; et un tableau de David : la peste de Marseille. — Le port de quarantaine fut achevé en 1825. Il occupe le Canal compris entre les îles de Pomègue et Ratoneau, et les joint par une digue de 300 mètres de longueur. Sa profondeur varie de 8 à 15 mètres, et il peut contenir 200 vaisseaux de toutes grandeurs. Abrité contre les vents de la rade, protégé par de nombreuses batteries voisines, et possédant un hôpital sur l’île Ratoneau, ce port remplit toutes les conditions de sûreté désirables.

Cimetière. — Il n’est remarquable que par sa grande étendue et sa nudité. Comme il ne date que de quelques années, il ne possède encore qu’un petit nombre de monuments, et aucun de ces monuments n’est vraiment beau.

 

ÉTABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES

Ils sont presque tous réunis dans l’ancien couvent des Bernardines, vaste local, formé de plusieurs grands corps de logis communiquant les uns aux autres par de longs corridors ou d’étroites galeries. Cet édifice offre trois curiosités architecturales pour la ville de Marseille : un cloître bordé de colonnettes, une église sur le plan de la croix grecque et un dôme. Une moitié des bâtiments est affectée au Collège royal ; l'autre moitié renferme, outre l'Académie royale des sciences, lettres et arts de Marseille (toujours digne de l’éloge que lui a donné Voltaire : C’est une fille sage qui ne fait point parler d’elle), la Bibliothèque, le Cabinet d’histoire naturelle, le Cabinet de médailles, l'Ecole de dessin, l'Ecole d’architecture, le Musée des tableaux, le Cabinet d'antiquités, etc.

Musée des tableaux. — Ce musée occupe la chapelle du couvent, vaste local mais froid et sombre. Il offre une riche réunion de bons ouvrages : on y admire surtout un paysage d’Annibal Carrache ; une Assomption d’Augustin Carrache ; un tableau de Pérugin, deux toiles immenses de Vien, deux tableaux de Puget, un portrait de Van Dick, une pèche miraculeuse, de Jordaens ; des tableaux de Salvator Rosa, de Rubens, etc. ; les écoles anciennes et modernes, françaises et étrangères ont toutes enrichi cette précieuse collection.

Cabinet des antiques. — Il occupe la salle qui précédé celle du musée des tableaux, et se compose de tombes, urnes, ustensiles et fragments d’architecture et de sculpture romaine, et des premiers siècles du christianisme.

Bibliothèque. — Riche en livres scientifiques ; elle possède aussi en grande partie les ouvrages nouveaux de poésie et de littérature. Cette bibliothèque se compose de 49,000 volumes et de 1,270 manuscrits. Elle occupe une salle spacieuse et belle et plusieurs petits salons latéraux. On y a joint une collection d’objets antiques et un cabinet de médailles qui s’accroît rapidement.

Muséum d’histoire naturelle. — Placé dans l’appartement au-dessus de la bibliothèque ; il ne fut commencé qu’en 1819 et manque à la fois d’emplacement et d’objets d’histoire naturelle.

Jardin botanique. — Il prit naissance en 1801, et ne fut ouvert au public qu’en 1810. Situé à une petite distance de la ville, c’est le but d’une promenade fort agréable et très fréquentée, surtout en hiver. On cultive dans le jardin 4,000 plantes exotiques et indigènes.

Observatoire. — L’établissement existe ; il a servi aux observations de M. Pons, le grand découvreur de comètes ; mais, depuis le départ de cet astronome, il est à peu près abandonné.

 

THÉÂTRES.

Grand théatre. — Construit à l’instar de l’Odéon de Paris, il fut inauguré en 1787. C’est un bel et grand édifice isolé, et dont la façade se déploie sur une place assez spacieuse. Le péristyle est à six colonnes élevées sur sept marches ; la salle est vaste, mais mal distribuée sous le rapport de l’acoustique et de la perspective. Elle a été autrefois pompeusement décorée ; sa fraîcheur et son éclat commencent à se faner ; cependant le plafond en est encore fort beau : il a pour sujet Apollon et les Muses jetant des fleurs sur le Temps. Malgré la vieillerie du sujet et le style de la peinture qui n’est qu’en détrempe, ce plafond est d’un grand effet pour la netteté du dessin, la composition et la couleur. On s’étonne que dans un théâtre de premier rang en France le parterre ne soit pas assis. On y représente la tragédie, la comédie et l’opéra ; mais le spectacle y attire peu de spectateurs.

Théâtre-Français.— Salle petite mais bien disposée ; on y joue le vaudeville, mais le dimanche seulement. Les autres jours il sert occasionnellement de salle de concert. La ville a d’autres salles de concerts qui n’offrent rien de remarquable ; cependant le goût musical est très prononcé à Marseille : on y chante beaucoup et on y chante bien.

 

ENVIRONS de MARSEILLE.

Le territoire qui environne Marseille a la forme d’un demi-cercle, dont la côte maritime forme le diamètre, et dont la courbe est décrite par une ceinture de montagnes. Le rayon de ce demi-cercle est d’environ deux lieues, et sa superficie de 24,000 hectares, dont une moitié est couverte de bruyères ou de rochers en partie nus ou en partie boisés. — De la crête des monts le terrain descend en ressauts multipliés jusque sur la côte, et offre un vaste et superbe amphithéâtre d’aspects les plus variés. Les gradins supérieurs sont couronnés de rocs et de sapins ; plus bas sont les terrains vignobles, puis les terres arables et les jardins. — D’innombrables bastides animent et varient des paysages charmants, et se multiplient tellement, en se rapprochant de la ville, qu’on croirait qu’éparpillant ses quartiers elle s’étend jusqu’aux montagnes. Outre ces bastides, ce territoire possède 56 villages ou hameaux, partagés, comme les quartiers de la ville, en trois arrondissements, désignés sous les noms du Nord du Midi et du Centre. La population est d’environ 25,000 habitants. Ce territoire est arrosé par la rivière de l'Huveaume et par les ruisseaux de Jarres, de Plombières et des Aygalades. Néanmoins en général il manque d’eau. Ses principaux produits sont le blé, le vin, l’huile, etc., ainsi que les produits du jardinage ; mais la pêche offre des ressources plus importantes aux habitants du littoral ; elle y occupe plus de 2,000 familles. — Parmi les curiosités du territoire marseillais nous signalerons la Madrague de l’Estague, ou l’on pêche chaque année une quantité considérable de thons. C’est la plus ancienne de Marseille. — Le château des Aygalades dont les environs présentent nombre de sites pittoresques ; la belle Cascade que forme la rivière de même nom. — Dans le même quartier, les ruines d'un aqueduc romain ; le Bouïdo, gouffre d’où l’eau jaillit à gros bouillons après des pluies abondantes ; la maison de campagne de Maoupasset, qui appartint au roi René, et où l’on voit plusieurs tableaux de cet artiste-roi ; l'aqueduc de la Ville-à-la-Pomme, quartier de l’Huveaume ; enfin le château Borelly, palais de prince, villa royale, élevé par un négociant de Marseille, et que les plus belles villas italiennes surpassent à peine. Ce château est situé sur le bord de la mer auprès de l’embouchure de l’Huveaume. Sa position est digne de sa décoration ; l’édifice est simple et élégant : il offre à la curiosité des visiteurs une précieuse collection de tableaux et d’autres productions des beaux-arts ; une cour grandiose, une magnifique terrasse, un bois de jeunes pins ; des bassins, des quinconces, etc., et surtout d’admirables perspectives.

 

VARIÉTÉS. — CHASSE DES MACREUSES.

Nous avons parlé des étangs salés, Martigues en est la ville centrale. Ces étangs sont fréquentés en hiver par une foule d’oiseaux aquatiques. Aux premières gelées, les macreuses et les canards arrivent par troupes. Alors a lieu une chasse ou battue, à laquelle affluent les habitants des communes riveraines, et où les Marseillais eux-mêmes s’empressent de se rendre. Voici la description qu’en fait le rédacteur de l'Hermès marseillais, recueil utile aux voyageurs qui veulent parcourir le département :

« Vers Noël, lorsque l’étang a reçu ses nouveaux hôtes, des affiches apposées à Marseille, Aix, Arles et dans toutes les principales communes des environs, indiquent le jour et l’ordre de la bataille, car c’en est une véritable. — La veille du jour où elle doit avoir lieu, tous les chasseurs se divisent par escouades, à chacune desquelles est assigné un bateau, un pilote et un commandant. Les maires de Berre, de Vitrolles et de Marignane président à toutes ces dispositions. La foule est grande, les premiers arrivants s’emparent des auberges ou logent dans les maisons particulières, les autres campent. A la pointe du jour, le tambour annonce l’embarquement. C’est ordinairement sur l’étang de Marignane que l’action, commence. On fait un grand cercle de bateaux remplis de chasseurs, autour des oiseaux rassemblés par bandes sur un point de l’étang ; le cercle se resserre peu à peu et les macreuses se rapprochent jusqu’à ce que les bateaux se trouvent à la portée du fusil. Au signal convenu, une décharge a lieu sur les malheureux oiseaux qui nagent à la surface de l’eau ; une partie est tuée sur la place, ceux qui échappent à ce premier coup de feu cherchent leur salut dans l’air, où une seconde décharge les atteint. Les uns tombent, les autres, avec des battements d’ailes bruyants et précipités, poussant des cris rauques, quittent le petit étang pour chercher un refuge sur le grand et se dispersent au loin, et les chasseurs, non sans altercations entre eux, se partagent la chasse et reviennent à terre. Le calme rétabli sur les eaux, les macreuses rassurées ne tardent pas à reparaître dans le petit étang. Alors recommence un battue aussi meurtrière que la précédente, et la journée se passe ainsi dans ces alternatives de chasse et de repos. »

Nous avons assisté à une chasse de macreuses sur le grand étang de Biguglia, près de Bastia, et la chasse corse nous paraît présenter de notables différences avec la battue provençale. Ce qui lui donne un caractère particulier, c’est que la macreuse, en Corse, voyage ordinairement de compagnie avec un autre oiseau aquatique moins gros qu’elle, et connue sous le nom de plongeon (cat-marin). Ces oiseaux forment comme une troupe légère : ils sont placés isolément en sentinelles, en avant des macreuses, toutes disposées par lignes parallèles, à distances à peu près égales, sur la surface des étangs qu’elles barrent presque d’une rive à l’autre ; les plongeons sont en avant de la première ligne, l’œil attentif à tout ce qu’ils découvrent. Ils laissent arriver le chasseur et disparaissent sous l’eau à l’aspect de la lumière du fusil. Leur disparition est si prompte qu’il s’en trouve rarement d’atteints. On abat des milliers de macreuses avant de tuer un couple de plongeons. Ceux-ci nagent entre deux eaux avec une telle rapidité que l’on dirait qu’ils y volent ; ils vont ressortir ensuite à cinquante pas plus loin, observant et bravant de nouveau le feu du chasseur.— Les macreuses restent immobiles sur l’eau comme de longues bandes noires ; elle ne paraissent pas s’épouvanter du commencement de l’action plus que des militaires aguerris ne s’effraient des coups de fusils tirés par des sentinelles avancées. — Comme les plongeons se tiennent assez loin de la ligne des macreuses, et comme en plongeant ils ne se replient chaque fois que d’une cinquantaine de pas, jusqu’à ce que la proximité de la ligne les contraigne à passer sous elle pour aller se reformer en arrière, les chasseurs, avertis par la direction de leur retraite, rectifient leur marche en s’avançant. A peu de distance des macreuses, chacun s’arme ; les plongeons ont disparu ; on est à vingt ou trente pas de la première bande noire ; tout à coup elle s’élève avec un rare ensemble à trente ou quarante pieds au-dessus des eaux, et reçoit, planant dans cette position, le feu de tous les chasseurs qui tirent successivement, rapidement, et sans s’attacher à en recharger aucun, tous les fusils qu’ils ont apportés. Dès que le feu cesse sur un point, la ligne attaquée s’y précipite et s’enfuit par la trouée pour se réfugier au loin. — Ce qu’il y a de bizarre, c’est que la seconde ligne de macreuses, sans paraître effrayée par le désastre de la première, reste immobile et silencieuse sur les eaux de l’étang et attend pour prendre son vol que les plongeons, répétant leur manœuvre accoutumée, aient donné aux chasseurs le temps d’approcher. La dispersion de la seconde ligne n’effraie pas la troisième. Les plongeons ne fuient pas non plus, ils continuent leur manège, et ce n’est que lorsque la troisième ligne est forcée que l’on parvient à en tuer quelques-uns, au moment où acculés dans une des anses de l’étang, iis sont forcés de prendre leur vol pour aller chercher un refuge ailleurs.

Plan de Marseille de 1855 - reproduction © Norbert Pousseur
Plan de Marseille d'Auguste Henri Dufour pour l'atlas joint à la France illustrée de V. A. Malte-Brun (1855)
On constate, par rapport au plan de 1830, la présence du bassin de la Joliette qui a été achevé en 1853,
ainsi que la gare construiite en 1848 - Voir ci-dessous les deux plans zoomable

 

INDUSTRIE COMMERCIALE.

Marseille est le centre du commerce et de l’industrie du département, et ce commerce est dans un état de prospérité progressive. Jamais à nulle époque Marseille ne s’est livrée à des opérations commerciales dont le travail fût si soutenu, l’importance si grande et les bénéfices si certains. Tout concourt à justifier cette assertion, l’arrivée des navires, les recettes de la douane et le mouvement des marchandises. Le tonnage des navires entrés à Marseille,
qui ne s’élevait, en 1825, qu’à .................... 415,288 tonneaux,
est parvenu, en 1831, à............................... 472,246....""
Ce qui donne une différence en plus de . .. .  56,958 tonneaux.
L’année 1832 présente, assure-t-on, un résultat encore plus avantageux.

Pour avoir une idée du mouvement de ce port, il suffit de savoir que le tonnage des bâtiments sortis balance annuellement, à peu de choses près, celui des arrivages
Les recettes des droits de douanes, y compris l’impôt sur le sel,
ne s'élevaient, en 1814, qu’à .....................4,171,000 francs
Elles s’élevèrent, en  1815, à .................... 6,010,000
en 1820, à ................................................14,628,000
en 1830, à ............................................... 28,250,000
en 1832, à ............................................... 27,946,000
L’excédant des recettes de 1832 sur celles de 1814 est donc de 24,775,000 francs

Il est à remarquer que la recette totale des droits de douane perçus en 1832 s’étant en France élevée à 157,356,090 fr., Marseille a participé à cette perception pour un peu moins du cinquième.

L’accroissement dans les importations et les exportations des principales marchandises qui sont l’objet du commerce de cette ville avec l’étranger n’a pas été moins sensible. Voici un tableau comparé des importations et des exportations pendant une série de trois années.
Les quantités de marchandises sont établies en quintaux métriques.

  1828 1830 1832
Importations      

Peaux (brutes et sèches).

Suif brut

Fruits secs

Sucre

Café

Huile d’olive

Coton eu laine

Plomb

18,590

9,773

14,916

148,632

25,489

266,871

70,294

54,768

36,816

8,192

14,164

180,249

49,366

290,113

76,705

78,700

26,413

9,144

15,906

245,796

63,354

323,253

79,978

59,235

Exportations      

Exportations. Viandes salées

Poisson salé

Fruits secs

Fruits oléagineux, amandes, etc.

Mélasse

Huile d’olive

Garance

Soufre

Vins . Hect.

Savon Q. M.

Sucre raffiné

Chandelles

2,142

16,659

2,336

11,183

19,342

15,055

47,660

11,797

150,259

37,683

24,360

8,841

7,424

41,489

3,258

11,439

24,673

12,731

29,883

10,620

167,668

19,952

50,271

6,397

2,774

29,750

1,461

13,437

21,632

23,193

50,980

8,188

273,493

24,861

97,997

10,028

Pêche du thon méditerrannée vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur
La pêche au thon dans les environs de Marseille

Pêche du Thon. - La pêche du thon a lieu en automne et au printemps, mais cette dernière saison est la plus favorable. C’est un objet de curiosité non moins que d’industrie. Voici à ce sujet quelques détails qui paraîtront sans doute intéressants à nos lecteurs :
Celui qui a la suprême direction de la pêche se nomme Rey ( roi ), dans les madragues de Provence (et Rais dans celles de Corse). Il dispose, ordonne, juge et châtie ; enfin il a une autorité absolue sur les pêcheurs C’est lui qui trace la madrague : cette opération se fait le trois mai, avec appareil. Le lendemain on jette le filet. La forme et la grandeur de ce filet, qu’on appelle thonnaire, sont telles que les pêches du merlan et de la merluche ne semblent en comparaison que des jeux d’enfants. La. mer doit avoir dans l’endroit où on le jette au moins 108 pieds de France de profondeur, et le filet 162 pieds de hauteur. Pour qu’il puisse se replier sur lui-même, et empêcher les thons d’en sortir, l’enceinte de ce filet est divisée en compartiments ou chambres, dont la dernière, appelée chambre de mort, est formée d’un fil de chanvre plus fort et plus serré, afin de soutenir tout le poids des poissons qui y sont renfermés. Les madragues de Sardaigne ont sept chambres ; celles de Provence et de Corse n’en ont ordinairement que cinq.
Le filet est assujetti au fond par un énorme lest de pierre ; il est soutenu verticalement par des nattes de liège, et les parois sont affermies par des câbles amarrés à une ancre mouillée au fond de la mer ; et dans cet état, il est assez solide pour résister aux efforts des vents, du courant de mer et des thons les plus gros.
Lorsque le Rey est parvenu à faire entrer tous les poissons dans la chambre de mort, il arbore un pavillon à son bateau ; à ce signal, des barques remplies de marchands, de curieux et d'hommes nécessaires a la manœuvre, voguent en poussant des cris de joie, vers la madrague. Le Rey ordonne ; aussitôt on tire du fond de la mer la chambre de mort, qui, attendu son poids énorme, s’élève lentement ; dès que les poissons sont à la surface de l’eau, des hommes armés de bâtons garnis de crocs de fer les assomment en les harponnant, et les tirent dans les barques.
Les combats qu’ils livrent à ces gros poissons, l’agitation de la mer excitée par la résistance des thons qui se débattent dans un petit espace, les vagues couvertes d’écume et de sang, ces scènes diverses offrent un tableau singulier qui excite les acclamations des spectateurs.
La pêche terminée, on porte les poissons a la boucherie, établie sur le bord de la mer ; c’est là que les pêcheurs font encore admirer l’adresse étonnante avec laquelle ils dépècent les thons. Suivant sa qualité, la chair est séparée en six parties, destinées chacune à une salaison particulière. La chair des plus jeunes est préparée avec beaucoup plus de soin. C’est celle que l’on vend dans toute la France sous le nom de thon mâtiné.

 

Pèche de la baleine. — Le commerce de Marseille s’était autrefois adonné à la pêche de la baleine, lorsque cette pêche avait lieu dans le golfe de Gascogne. Quand il fallut aller chercher ces cétacés dans les régions polaires ou dans les solitudes de l’Atlantique, Marseille abandonna une pêche qui lui parut ou devenue trop difficile ou trop éloignée. Des siècles se sont écoulés depuis cette époque ; mais la prospérité croissante de la capitale maritime de nos départements du midi, a fait renaître la pensée de relever cette branche d’industrie. En 1883 la maison T. Benet, de Marseille, a armé pour cette pêche le Souvenir, superbe navire de 400 tonneaux. La destination de ce bâtiment est tout l’espace compris entre le banc de Saint-Georges et le cap Horn. L'expédition durera de onze à dix-huit mois. Le Souvenir est muni de sept canots ou pirogues, dont quatre doivent occuper presque constamment la mer. Chaque pirogue est montée par quatre matelots, un harponneur et un officier. On attaque la baleine à la distance d’une quinzaine de pieds. Le harponneur cherche à atteindre la baleine entre les yeux ; l’officier se réserve l'honneur de l’achever au moyen d’une longue lame de fer. — Une baleine ordinaire peut fournir 85 barriques d’huile ; un chargement rapporte de 250 à 308,000 fr — Le Souvenir trente-quatre hommes d’équipage. Les trois chaudières destinées à la fonte de la graisse occupent un fourneau placé à l’avant et très solidement construit en maçonnerie et en fer. Un ordre et une propreté admirables règnent dans toutes les parties du bâtiment. Le Souvenir a mis en mer au commencement de septembre 1833, accompagné des vœux de toute la population.

 

Récompenses industriellles.— Le département a obtenu à la dernière exposition des produits de l’industrie, une médaille de bronze décernée à M. Degrand (de Marseille), pour un appareil propre à évaporer les dissolutions du sucre ; et une mention honorable à M. Payen (de Marseille), pour fabrication de savon. — Ce petit nombre de récompenses montre suffisamment que le département est plutôt commerçant que manufacturier. En effet, des fabriques de savon et de soude factice, des manufactures de bonneterie orientale, des raffineries, des tanneries, quelques ateliers de coutellerie, d’ouvrage en corail, sont les établissements qui se rapportent le plus directement à l’industrie. — Il en existe quelques autres pour tirer parti des produits du territoire, telles sont les fabriques d’essences, de bouchons de liège, les mignoneries pour la récolte de la soie, les distilleries, etc. — On trouve aussi à Marseille de belles minoteries mises en mouvement par la vapeur.

 

Douanes. — La direction de Marseille a 4 bureaux principaux, qui ont produit en 1831 :

  Douanes Sels Total

La Ciotat

Marseille

Les Martigues

Arles

2,039

22,756,638

5,317

103,490

4,787

1,183,662

943,750 

813,376

6,826 .

23,940,301

949,067

916,867

Produit total des douanes.... 25,813,061 francs


 

BIBLIOGRAPHIE.

  • Guide marseillais ; in-12. Marseille, 1806-1829.
  • Tableau hist. et polit, de Marseille ancienne et moderne, par Chardon ; in-12. Marseille, 1866.
  • Almanach historique et commercial de Marseille et du départ, des Bouches-du-Rhône, par le même ; in-12. Marseille, 1819.
  • Hermès marseillais, ou Guide des étrangers à Marseille ; in-12. Marseille, 1826.
  • Manuel des bains de mer sur le littoral de Marseille, par Robert ; in-18. Marseille, 1826.
  • Lettres sur Marseille, par Jules Julliany ; in-8. Marseille, 1825-1826.
  • De l'industrie commerciale et manufacturière de Marseille, par le même ; in 8. Paris, 1826.
  • Marseille et ses prisons, par le Dr Segaud ; in-8. Marseille, 1826.
  • Marseille. — Album des étrangers et des visiteurs ; in-12. Marseille, 1833.



Plan de Marseille vers 1830 (dressé par Monin), illustrant l'article d'Abel Hugo

Nomenclature des Monuments : A Eglise St Victor - B Hôtel des Douanes - C Egl. St. Charles - D Arsenal
E Théâtre - F Hôtel de la Préfecture - G Egl. N. D. du Mont - H Collège, Musée, Bibliothèque - I Théâtre français
K Eglise de la Major - L Hospice de la Charité - M Hospice du St Esprit - N Observatoire
O Gendarmerie - P Hôtel des Monnaies

Nomenclature des places : 1 Monthion - 2 du Gr. Théâtre - 3 Royale - 4 St Ferréol - 5 de la Porte de Rome
6 Castelane - 7 N.D. du Mont - 8 de Noailles - 9. St Laurent - 10 de la Tourette - 11 de l'Observance
12 du Terras - 13 de la Porte-d'Aix - 14 de Janguin - 15 du Cul de Bœuf


Marseille, plan dressé par Auguste Henri Dufour vers 1855.
L'échelle n'est pas la même et le plan n'est pas dans le même sens que celui de 1830,
mais on constate que la surface construite à presque doublée


 

Gravure couleur du port de Marseille dessiné par Armanda Girault et gravé par Formster,
et la même en n&b sans dessinateur déclaré, mais gravée par Larbalestrier.


L'entrée du port de Marseille par Thomas Allom vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur  Arc de Triomphe de Marseille vers 1830 vers 1830 - reproduction © Norbert Pousseur  Le port de Marseille vers 1830 par L. Garneray - reproduction © Norbert Pousseur 
L'entrée du port de Marseille par Thomas Allom vers 1830-1840
L'Arc de triomphe de Marseille par Thomas Allom vers 1830-1840
L'entrée du port vers 1835, par L. Garneray



 

 

 

Haut de page

Les textes ont été transcrits et les gravures corrigées des défauts d'impression et de vieillissement.
Tout le contenu de la page est donc sous Copyright

droits déposés
Dépôt de Copyright contre toute utilisation commerciale
des photographies, textes et/ou reproductions publiées sur ce site
Voir explications sur la page "Accueil"

Plan de site Recherches Qualité Liens e-mail