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Les villes à travers les documents anciens

 

Monuments antiques et personnages célèbres de Bordeaux

Publiée en 1835 par Abel Hugo, frère de Victor Hugo

 

Ruines de l'amphithéâtre de Bordeaux - reproduction © Norbert Pousseur
L'amphithéâtre de Bordeaux vers 1830, appelé Palais Galien


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MONUMENTS ANTIQUES


De tous les édifices somptueux dont les Romains avaient orné la ville de Bordeaux, il ne reste que quelques ruines d’un amphithéâtre appelé vulgairement le palais Galien, du nom de l’empereur à qui on en attribue la construction.— L’opinion qui désigne Galien comme fondateur de cet édifice a été ébranlée depuis 1831, par la découverte, faite à Nérac, d’une mosaïque romaine représentant le gouverneur des Gaules, Tetricus, qui, en 268, se révolta contre Galien et devint empereur de l’Espagne et des Gaules. L’effigie de Tetricus est entourée de tous les monuments qu’il a fait édifier; et parmi ces monuments on reconnaît distinctement l’amphithéâtre de Bordeaux. Quoi qu’il en soit, ce vaste édifice existerait encore presque entier s’il n’eût eu à résister qu’aux efforts du temps; ceux de la cupidité, de l’ignorance, du fanatisme, et l’abandon où l’a laissé une déplorable indifférence, ont plus contribué à sa ruine que la succession des siècles : il n’en reste aujourd’hui qu’un débris presque informe. L’édifice pouvait contenir 15,000 spectateurs; il était construit en petites pierres carrées, entrecoupées de longues briques épaisses, symétriquement arrangées. Sa forme elliptique a 132 mètres de longueur sur 105 mètres de largeur. Sa construction appartient à cette époque du bas empire où les beaux arts commençaient à déchoir. Six murs circulaires, distants entre eux de 4 mètres, le divisaient en cinq enceintes, dont la plus centrale ou l’arène avait 79 mètres de long, sur 56 mètres de large. L’intérieur de l’amphithéâtre renfermait les galeries, les escaliers, les loges des bêtes féroces, et les chambres destinées aux usages particuliers de ceux qui administraient cette espèce de spectacle. Les galeries étaient au nombre de quatre, dont deux au rez-de-chaussée et deux au-dessus; elles régnaient dans tout le circuit du monument, entre le 2e, le 3e et le 4e pourtour, et avaient 20 pieds de hauteur.
— Il reste une partie de ces cinq enceintes extérieures; les deux portes des deux extrémités du grand diamètre de l’ovale subsistent encore presque tout entières. Elles ont 27 pieds de hauteur, sur 18 pieds de largeur. Le style général de l’édifice était toscan. Les ruines qu’on voit encore donnent une haute idée de sa magnificence ; elles furent considérables jusqu’à la fin du siècle dernier, quoique l’amphithéâtre ait souvent servi de forteresse pendant les guerres civiles et religieuses. En 1792, l’édifice fut attaqué par des démolitions malheureusement trop dévastatrices; et depuis ce temps, des mains profanes n’ont pas cessé d'en arracher ces pierres dont l’ensemble était si majestueux, et qui ont été employées à de vulgaires constructions, voisines de l’un des derniers chefs-d’œuvre du peuple-roi.

— Les autres édifices romains ayant disparu entièrement, nous citerons ceux seulement qui existaient encore en partie pendant les siècles derniers.
Le palais de l'Ombrière existait déjà en 910 sur le terrain où est aujourd’hui la rue du Palais. Il prit son nom (Castrum umbrariœ) des allées qui ombrageaient ses avenues du côté de la rivière. Il fut habité par les anciens ducs d’Aquitaine, puis par les gouverneurs anglais; enfin par le parlement de Bordeaux. Ce palais, a été entièrement détruit pendant la révolution. Sa démolition a donné lieu à plusieurs découvertes de fragments et d’ustensiles antiques fort curieux.
Le temple de Tutelle : Bordeaux, érigé en métropole de l’Aquitaine par Auguste, lui en témoigna sa reconnaissance en associant son nom à celui du génie protecteur de la cité des Bituriges -Vivisques. — Le temple de Tutelle était situé à l’extrémité occidentale de la grande terrasse du théâtre, vis-à-vis la rue Mautrec. Ce monument, dont la construction parait remonter au commencement du 1er siècle, était entouré d’un péristyle à quatre angles droits, dont chaque coté avait 30 mètres de longueur; l’intérieur était une vaste salle sur le toit de laquelle posaient 24 énormes colonnes qui dominaient les plus hauts édifices de la ville. 17 de ces colonnes existaient encore en 1677. — En 1649 les ruines du temples servirent de cavalier d’attaque. Le président Despagnet y fit monter des canons et leur feu fit taire celui d’une des batteries du château Trompette, dont les Bordelais voulaient s’emparer. — Une démolition totale fut ordonnée en 1677, pour dégager les glacis du château; les débris servirent aux constructions du temps, où il n’est pas rare de trouver encore de précieux restes. Au milieu de ce temple était un autel qu’on voit maintenant sur l’escalier de la bibliothèque. Cet autel, d’un seul bloc de marbre gris des Pyrénées, de 4 pieds de longueur sur 2 pieds de largeur, et 20 pouces de hauteur, porte l’inscription suivante : Augusto. sacrum, et genio. civitatis Bitur. Vivisc. — La porte basse était située à l’extrémité de la rue des Lois ; le mur dans lequel elle avait été percée formait la clôture méridionale de la ville, avant son premier accroissement ; cette porte était de construction très grossière, on y ajouta on ne sait à quelle époque un surhaussement ou se trouvait, dans une niche, une petite statue de femme que, pendant plusieurs siècles, les Bordelais considérèrent comme le palladium de leur ville. On ne sait ce que représentait cette statue, qui a donné lieu à un grand nombre de contes ridicules, ni ce qu’elle est devenue.
— Nous ne ferons que mentionner le temple de Diane et la fontaine Divona, jadis célèbres à Bordeaux, mais dont on ne peut plus aujourd’hui déterminer l’emplacement, et nous passerons sous silence d’autres édifices moins importants, dont les noms même sont à peine connus.

 

NOTES BIOGRAPHIQUES.


Le nombre des hommes remarquables qu’ont produit dans tous les temps la ville de Bordeaux et le départe ment de la Gironde est considérable ; ils se sont distingués dans tous les genres, la poésie, les arts, la politique, l’éloquence de la chaire, du barreau et de la tribune, le commerce, les armes, etc.
L’homme le plus illustre dont puisse se glorifier le département est sans contredit Montesquieu. Nous placerions aussi le grand nom de Montaigne à côté de celui de l’auteur de l'Esprit des Lois, si l’auteur des Essais, né dans le pays bordelais, et de son temps maire de Bordeaux, n’appartenait pas à un territoire qui fait aujourd’hui partie de la Dordogne.
— Les hommes dont Bordeaux peut s’honorer remontent à une haute antiquité, ainsi nous trouvons à l’époque romaine le poète Ausone et l’évêque Saint-Paulin ; plus tard vient Bertrand de Gouth, intronisé pape sous le nom de Clément V ; le fameux Captal-de-Buch ; l’illustre général anglais qui, sous le nom de Prince Noir, se montra si terrible à nos armées, etc.

On sait quel éclat jetèrent dans nos premières assemblées les orateurs de la Gironde. Tous n’appartenaient pas au pays bordelais; cependant, le département a compté à toutes les époques et dans tous les partis un grand nombre d’hommes distingués, soit par la politique, soit par l’éloquence ; tels sont : Guadet, Gensonné, Boyer-Fonfrède, Ducos, Jay, Dufau, Journu-Aubert, Laffond-Ladébat, Garran, Laine, Marcellus, etc.; de Sèze, qui défendit Louis XVI ; De Cazes, qui fut ministre de Louis XVIII; Peyronnet, ministre de Charles X, etc.
Parmi les avocats et les jurisconsultes, nous citerons Ferrère, célèbre dans tout le midi et dont l’éloquence chaleureuse et un peu bizarre faisait une vive impression; Saget ; Dufaure ; Hervé (aujourd’hui député) ; Duvergier, avocat distingué, jurisconsulte instruit, auteur d’un excellent recueil où sont réunies avec d’utiles commentaires toutes nos lois modernes
Les littérateurs et les poètes nous offrent Delaville, auteur de plusieurs ouvrages dramatiques ; Jay, historien de Richelieu ; Dufau, continuateur intéressant de l’histoire de France de Vély ; Villaret et Garnier ; Lebrun de Charmettes, auteur d’une épopée nationale sur Jeanne-d'Arc ; Guadet, neveu de l’orateur, connu par des recherches instructives sur la géographie historique de la France ; Souriguière, auteur du Réveil du peuple, chanson célèbre pendant la révolution française ; Edmond Géraud, poète rempli de grâce et de facilité, etc.
Bordeaux a fourni un grand nombre de publicistes rédacteurs aux journaux des diverses opinions. Parmi ceux qui méritent d’être cités, on remarque: Fonfrède, Evàriste Dumoulin, J.-B.-A. Soulié, Larose, etc.
Le nombre des hommes qui ont rendu des services réels à la ville, et qui se sont fait un nom dans le commerce, est très grand; cependant il y aurait de l’injustice à ne pas mentionner : Cabarrus, qui devint par ses talents ministre du roi d’Espagne Charles IV ; les frères Portal, dont l’un a été naguère ministre du roi de France ; Balguérie, qui a cherché à ouvrir de nouveaux débouchés à notre commerce maritime : Gautier, Bosc, etc.; Raba, Gradis et Furtado, négociants israélites, non moins distingués par leurs connaissances commerciales que par leur sévère probité.
Le département et la ville ont produit des hommes dont la musique, le chant, la danse et les arts du théâtre doivent s’honorer : le musicien Garat, le célèbre violoniste Rode, le danseur Trénitz, les tragédiens Joanny et Ligier, les chanteurs Laïs, Nourrit, Lavigne, Dérivis, les danseurs Paul, Albert, etc.
Enfin, pour laisser moins incomplète cette liste des célébrités de la Gironde, nous citerons encore le brave général Nansouty, les frères Faucher, nés jumeaux, et fusillés tous deux le même jour à une époque de réactions civiles ; le médecin Magendie ; les peintres Carie Vernet, Alaux, Brascassat, Montvoisin ; le sculpteur Dupaty ; le graveur Andrieu ; Massieu, élève et suppléant de l’abbé Sicard, etc. — Chodruc-Duclos, que sa longue barbe et ses habitudes dans Paris ont fait surnommer le Diogène français, est aussi né à Bordeaux.

 

 

 

 

 

 

 

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