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Les villes à travers les documents anciens

 

Le commerce de Bordeaux dans les années autour de 1760

Publiée en 1768 dans le Dictionnaire du commerce de Jacques Savary

 

Bordeaux vers 1840, depuis les Chartrons - reproduction © Norbert Pousseur
Vue de Bordeaux depuis les Chartrons, vers 1840, dessiné par F. d'Andiran
(in 'La Guienne historique et monumentale' par Alix Ducourneau - 1844)
Voir ci-dessous la même gravure, zoomable


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Bordeaux dans les années 1760 - (extrait de l'édition du Dictionnaire du commerce de Savary dont la première date de 1723, avec plusieurs rééditions différentes successives )


BORDEAUX. Ville de France, Capitale de la Guyenne. C’est une des plus belles, des plus marchandes, et des plus florissantes du Royaume. La commodité, la beauté, et la sûreté de son Port, y attirent des vaisseaux de toutes les nations de l’Europe, particulièrement des Anglais et des Hollandais, qui viennent enlever une si prodigieuse quantité de vins, d’eau-de-vie, et de toutes sortes d’autres marchandises, particulièrement dans le temps de ses foires, que le Lecteur n’en pourra voir le produit  dans plusieurs articles de ce Dictionnaire, sans une espèce d’incrédulité.
Il s'y fabrique des couvertures de laines grossières, où l’on n'emploie que celles qui se recueillent dans les Landes. Il s’y fait aussi quantité de cuirs tannés dont l’apprêt est assez bon. Environ trente Marchands y font le commerce de la Draperie, qui s’y apporte des autres Provinces du Royaume, n’y en ayant aucune Fabrique dans cette Ville. Voyez ci-après l’article particulier du commerce de Bordeaux.


Commerce de la Ville de Bordeaux.
La Ville de Bordeaux a trois principaux objets de Commerce ; la vente de ses vins, et de ses eaux-de-vie, que les Étrangers viennent quérir jusques chez elle ; les armements qu’elle fait pour les Colonies Françaises de l’Amérique, où elle porte les marchandées de son cru, ou celles qu’elle rassemble  d’ailleurs ; enfin, la pêche de la baleine, et  la pêche de la morue, soit du poisson vert, soit du poisson sec, dont ses vaisseaux rapportent une partie pour sa consommation, et distribuent l’autre dans différents Ports d’Espagne, d’Italie, et autres endroits de l’Europe.
On peut encore ajouter son Commerce de proche en proche, particulièrement avec les Espagnols et les Italiens ; et celui qu’elle entretient dans l’intérieur du Royaume : mais ces deux derniers sont moins considérables.

Le Commerce des vins et des eaux-de-vie, qui se fait à Bordeaux, y attire tant de vaisseaux Étrangers, que pendant toute l’année elle a ordinairement jusqu'à cent navires dans son Port ; et que dans le temps de ses foires, on y en voit en chargement presque toujours au-delà de cinq cent. Ce même Commerce cause quelquefois sa pauvreté, quand la récolte est mauvaise, ou que la guerre en empêche le débit aux Étrangers.
Les principales Nations, qui envoient leurs bâtiments à Bordeaux, pour le Commerce de ses vins et de ses eaux-de-vie, sont les Anglais, les Ecossais, les Irlandais, les hollandais, les Suédois, les Danois, et les autres peuples du Nord ; mais les Anglais  et les Hollandais, en bien plus grand nombre ces derniers faisant ordinairement tout seuls  quatre fois autant de levées de vins, que tous les autres ensemble.
Les Anglais enlèvent, année commune, six mille tonneaux de vin, et trois à quatre cents pièces d’eau-de-vie. Les autres marchandises qu’ils tirent de Bordeaux, sont, du vinaigre, des prunes, de la résine, de la térébenthine, des châtaignes, des tables de noyer, du papier, du liège, et du miel.
Celles qu’ils apportent, consistent en étoffes de lainerie, en étain, en plomb, en charbon de terre, en hareng blanc et rouge, en cuirs de toutes sortes, en bœuf salé pour les Îles, en beurre, en fromage, en suif, en drogues pour la teinture, et en ce qu’on appelle de la Caboche.
Lorsque la balance des marchandises n’est pas égale, les Anglais payent le surplus en Lettres de change sur Londres et sur Paris.

Les vins que les Hollandais tirent de Bordeaux, montent, année commune, à cinquante mille tonneaux, et les eaux-de-vie, environ à dix ou douze mille pièces. Ils chargent aussi du vinaigre, de la graine de lin, du sirop, et les autres marchandises  qu’on a marquées ci-dessus, en parlant des Anglais. Celles qu’ils laissent en échange, sont, du bardillon, des planches, des mats de navires, du chanvre, du goudron, du cuivre, et du fromage. L’excédent de leur compte s’acquitte, ou argent comptant, ou en Lettres de change.

Les Suédois et les Danois apportent les mêmes marchandises que les Hollandais, et sont à peu près les mêmes retours. Il est rare néanmoins que chacune de ces Nations enlève plus de trois à quatre mille tonneaux de vin, et à proportion d’eau-de-vie ; et cela, parce qu’ils ont une ressource sûre chez les Hollandais, qui peuvent en fournir lorsqu'il leur en manque, et qui ne les leur vendent assez souvent guère plus cher que de la première main, à cause des profits que cette facilité leur procure d’ailleurs avec ces deux Nations.
Les vins qu’on charge à Bordeaux, sont des vins blancs de Langon, de Preignas, de Barsac, de Sauternes, et de Bommes. Ces vins, dans les années d’une récolte raisonnable, se vendent depuis cent quatre-vingt livres, jusqu’à deux cent livres le tonneau.

Les vins de Poudensac et de Castres, sont de deux sortes ; les blancs, qu’on vend vingt à trente écus, et les rouges, trente-cinq à quarante.

Les vins des Graves de Bordeaux, sont tous vins rouges ; leur prix est depuis quarante, jusqu'à quatre-vingt écus le tonneau, mais il y en a peu à ce dernier prix, et beaucoup depuis cent cinquante, jusqu'à deux cents livres.
Les vins des Graves de Médoc, se vendent diversement, suivant les divers terroirs où ils croissent ; ces graves, qui contiennent dix lieues de pays, ne produisant pas des vins d’une égale bonté, en sorte qu’il y a quelquefois cinquante pour cent de différence. De ces vins, les uns se vendent depuis quatre-vingt-dix livres, jusqu'à cent francs ; d’autres, depuis cent vingt livres, jusqu'à cent cinquante ; et quelques-uns, mais peu, depuis cent quatre-vingt livres, jusqu'à deux cents.

Un autre débouché pour tous ces vins, outre ce qu’en enlèvent les Étrangers, consiste dans les cargaisons  des bâtiments qu’on charge pour les Îles, comme on le dira dans la suite.
Enfin, il s’en consomme encore quantité dans la fabrique des eaux-de-vie. Ceux qu’on destine à cet usage, se vendent environ cinquante livres les trente-deux verges (autour de 200 litres : une verge=3,5pots - un pot=2pintes - une pinte=~1litre).

On estime que dans la Sénéchausée de Bordeaux, il peut se recueillir, année commune, deux cent mille tonneaux de vin ; qu’il s’en charge pour le dehors, cent mille ; qu’il s’en consomme à Bordeaux et aux environs, quarante mille, et le surplus dans le pays, sans y comprendre les vins du haut pays, petite jauge, qui peuvent aller à quatre ou cinq mille tonneaux.
A l’égard des eaux-de-vie, comme on en brûle plus ou moins, suivant que les années sont abondantes, il y en a où l’on en peut charger jusqu'à vingt mille pièces, et d’autre seulement de douze à quinze mille.
Il descend aussi quelquefois à Bordeaux, des vins blancs de Languedoc, jusqu'à la quantité de mille tonneaux ; et encore huit à dix mille de la haute Guyenne, donc  il y en a de rouges et de blancs.
Les vins de Bordeaux, qu'on charge pour sortir du pays, payent les droits sur le pied de 17 livres quelques deniers le tonneau, outre les droits d'acquit et de visite, et le tonneau de fret.
S'ils sont chargés dans des Vaisseaux étrangers, le droit est de 50 livres.
L'eau-de-vie, lorsqu'elle se charge, paye 13 livres 10 sols par pièce, par le Chargeur ; mais le Vendeur lui en fait bon de 1 livre 3 sols.
Les vins de Languedoc payent 17 à 18 livres par muid (~1850 litres), du droit de canal jusqu'à Toulouse ; 40 livres par banque, de droit de foraine, au Villars ; et pour la voiture de Toulouse à Bordeaux, depuis 45 sols jusqu'à 3 livres10  sols 9 et quelquefois 4 livres par banque suivant que la rivière est difficile.
Ces vins payent au Bureau des Fermes, à Bordeaux, 18 livres par tonneau, lorsqu'ils arrivent aux Chartrons, 5 livres de droit à la Ville ; et lorsqu'on les charge, ils payent encore audit Bureau des Fermes, 9, 10, à 11 livres aussi par tonneau.
Le Faubourg des Chartrons est le lieu où l'on doit mettre les vins qui ne sont pas des Paroisses qui composent la Sénéchaussée de Bordeaux, parce qu’ils ne doivent point entrer dans la Ville, et ne peuvent être vendus qu’aux étrangers.

Le Commerce que la Ville de Bordeaux fait avec les Colonies Françaises dans l’Amérique, n’occupe guère que vingt-quatre à vingt-huit vaisseaux, du port depuis cinquante, jusqu'à deux cent cinquante tonneaux ; savoir, deux ou trois pour Québec, trois ou quatre pour Cayenne, quatre ou cinq pour Saint-Domingue, et douze ou quinze pour la Martinique, et les autres Îles Antilles de l’Amérique.
Ce n’est pas qu’il ne sorte du port de Bordeaux, une plus grande quantité de bâtiments pour les Indes Occidentales ; mais comme il ne se paye point en France de droits de sortie des marchandises destinées  à ce Commerce, ce sont la plupart des navires de Nantes et de la Rochelle, qui viennent charger des vins à Bordeaux, et s’assortir de plusieurs choses qui leur manquent, et qui doivent entrer dans les cargaisons pour ces Colonies.

Les navires qui vont de Bordeaux à Québec, partent dans les mois d’Avril et Mai, et doivent mettre à la voile pour le retour, à la fin d’Octobre, ou au commencement de Novembre.
Leur cargaison consiste en vins, draperies, toiles, chapeaux, ferrailles, quincaillerie, et outils de toutes sortes.
Comme ils ne peuvent faire leurs retours de pelleterie, le Commerce n’en étant pas libre, quelques-uns vont charger des morues en Terre-neuve, ou au Cap Breton, qu’ils achètent en lettres de change sur France ; d’autres prennent à Québec, de la farine, de la bière, des pois, des anguilles salées, qu’ils y portent, et qu’ils échangent pour des marchandises  du pays ; et quand il n’en trouvent point assez pour former une cargaison entière, ils prennent le reste à fret.

Les vaisseaux qui vont à Cayenne, ne doivent être que de petits bâtiments ; un vaisseau seulement de cent tonneaux, ayant peine à y trouver sa charge, en sorte qu’il faut qu’il passe aux Îles pour l’achever.
C’est aussi avec de pareils vaisseaux qu’il faut faire le Commerce de Saint-Domingue, étant rare qu’un plus grand bâtiment, à moins qu’il ne veuille perdre la saison du retour, puisse trouver assez de marchandises préparées pour sa charge entière ; aussi la plupart reviennent-ils à demie-charge. Les principales marchandises qu’on en tire, sont, du sucre, de l’indigo, du coton, et des cuirs.

On peut employer des vaisseaux de toutes grandeurs, pour le négoce de la Martinique, et des autres Îles Françaises, parce que les navires vont d’Île en Île faire leur chargement, y demeurant ordinairement jusqu'à la fin du mois d’Août, qu’on celle de faire des sucres  ; les cannes, comme on dit aux Îles, montant alors en flèche, c’est-à-dire, n’étant plus en état de donner du sucre.
Le temps le plus convenable pour partir de Bordeaux, pour les Îles, est le mois de Novembre et de Décembre, afin d’y arriver au mois de Février, que l’on commence à faire le sucre. Il part néanmoins des vaisseaux jusqu'à la fin de Mai, et même quelquefois le voyage peut être bon au mois d’Aout, surtout si les vaisseaux sont chargés de bons vins d’arrière-saison, et que les chaleurs ayant été grandes aux Îles, parce que les vins des premiers vaisseaux s’étant tournés, ceux qu’on y porte ensuite ne manquent pas de prendre faveur, et de se vendre tout ce qu’on veut, argent comptant.

Une cargaison pour l’Amérique, d’un navire de six-vingt tonneaux, est ordinairement composée de quarante tonneaux de vin, de cinquante barils de farine, Au poids de deux cents cinquante livres chacun ; de vingt barils d’eau-de-vie, de vingt barils de lard de pays, de trente barils de bœuf d’Irlande, de trois mille aunes de grosse toile de onze à douze sols l’aune, qui vient de Saintonge, ou de Saint-Macaire ; de quinze tours, ou rouleaux de fer, pour les moulins à sucre ; de toutes sortes d’ustensiles de cuivre et  de fer, pour le ménage et le service des moulins, à peu près pour cinq cent livres ; de plusieurs formes, ou pots de terre, pour terrer les sucres ; six fusils de Boucaniers, à vingt livres pièce : cette partie de la cargaison est d’obligation ; de souliers et chapeaux de toutes sortes, environ pour trois cent livres ; d’étoffes, toiles, nippes, etc. pour l’habillement des habitants, pour mille livres ; quatre cent barriques en bottes, avec les cercles et osier pour les relier, pour mettre le sucre ; enfin d’une grande barrique en botte, contenant dix à douze tonneaux, pour servir à la charge et décharge des marchandises. Ce dernier article n’est pas absolument nécessaire, parce qu’on en trouve de louage aux Îles.
Toute cette cargaison, suivant le prix ordinaire des marchandises, peut monter à quatorze mille livres.
Les principales marchandises que l’on rapporte des Îles, sont les sucres blancs et bruts, le coton, le gingembre, le canesice, l’indigo, le caret, le rocou, et le cacao. On n’entrera pas dans un plus grand détail du Commerce qui se fait aux Îles Françaises.
On remarquera seulement, que dans les passe-ports qu’on accorde aux vaisseaux de Bordeaux, pour le voyage des Îles Antilles, de Cayenne, et de Saint-Domingue, il est expressément porté, qu’ils ne pourront faire leur retour à aucun des ports de Nantes, Dunkerque, ni Marseille, parce que ce sont des Ports francs.

Les cargaisons que l’on fait à Bordeaux, pour la pêche de la morue, consistent en sel, plus ou moins, suivant que le navire peut contenir de milliers de poisson vert, ou de quintaux de poisson sec : en lignes pour la pêche, en couteaux pour habiller le poisson, en ais et planches de quoi faire les échafaudages ; en tabliers, en clous, et en victuailles, comme vins, légumes, etc. pour huit à neuf mois.
Les navires qui vont au Banc, partent de Bordeaux en Janvier, et peuvent aussi partir dans tous les autres mois de l’année, à la réserve de ceux d'Octobre, Novembre, et Décembre.
Ceux qui vont en Terre-neuve, partent en Février ou Mars, pour y arriver en Avril ou au commencement de Mai, n’y ayant rien, ou peu à faire pour ceux qui arrivent à la fin de ce dernier mois.
Les retours des vaisseaux de Terre-neuve, se font ordinairement à Bordeaux, Nantes, la Rochelle, Bayonne, Marseille, et Bilbao en Espagne. Il y en a quelquefois qui vont à Lisbonne, et à Cadix. Ceux du grand Banc rapportent leur pêche à Bordeaux, au Havre-de-grâce, à Nantes, et  à la Rochelle.
On ne paye point de droits de sortie pour le sel qu'on employe à cette pêche, mais au retour du voyage, on paye trois et demi pour cent de la valeur du poisson.

Les vaisseaux de Bordeaux, qui vont à la pêche de la baleine, partent en Avril et Mai : les retours dépendent du succès de la pêche, revenant plutôt quand le poisson s’est présenté de bonne heure, et  plus tard si c’est le contraire.
Il est rare néanmoins que les Marchands de Bordeaux aient des vaisseaux en propre pour la pêche de la baleine ; mais il y en a beaucoup qui s'intéressent  dans les armements qui se font pour cela à Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, et  Saint-Malo.

Le Commerce que l’on fait de Bordeaux en Espagne, et  d’Espagne à Bordeaux, est peu considérable. On y envoye des pots de fer, et du papier de Périgord ; du blé et  autres grains, quand le transport en est permis, surtout du froment et  des fèves.
Les marchandises qui en viennent par les retours, sont du fer plat et du fer carré, des ancres à navires, des avirons ; des pierres à aiguiser, des huiles de baleine, et fanons ; des clous de poids, et menus ; des laines, et des sardines, quand on en pêche à la côte d’Espagne.

Enfin, les marchandises qui viennent à Bordeaux, du Commerce que ses Négociants entretiennent avec quelques Provinces, particulièrement du Périgord, du Quercy, du Limousin, de l’Auvergne, et du Lyonnais, sont des froments et autres grains ; diverses sortes de légumes ; des vins de Bommes, et autres ; du papier, des châtaignes, des noix, des huiles de noix, du mairain, des tables de noyer, du fer ouvré et non ouvré, comme pots de fer, canons, et autres petites armes à feu, et épées ; de la quincaillerie, de la mercerie, de la soierie ; des toiles de Lyon ; des fromages d’Auvergne, et des tapisseries de cette même Province. Toutes ces marchandises  descendent par la Dordogne, et viennent à Bordeaux, après avoir passé devant Libourne.

Il ne faut pas oublier de remarquer, qu’il y a deux foires franches à Bordeaux ; l’une le premier Mars, et l’autre le 15 Octobre.

Mémoire sur la Régie du Grand Bureau de Bordeaux, et sur les différents droits qui s'y perçoivent.
Régie du Bureau de Bordeaux.
Ce Bureau est servi par cent douze Employés, dont les appointements au total, vont à près de soixante  et trois mille livres. Ces Employés sont :
Le Directeur général et le Caissier général, qui travaillent également aux trois grands Bureaux ; savoir, à celui du Convoi, à celui de la Comptablie, et à celui du Courtage, qui, outre ces deux principaux Commis, en ont encore de particuliers.
Au Convoi, il y a un Receveur, un Contrôleur, et deux Scribes.
A la Comptablie, un Receveur et deux Contrôleurs ; dont l’un s’appelle Contrôleur de la Comptablie, et l’autre, Contrôleur du menu. Trois Scribes, deux Appréciateurs, un Garde-magasin, et un Sous-garde-magasin.
Au Courtage, un Receveur, un Contrôleur, deux T ailleurs de sel, deux Contrôleurs des Billetiers.
Vingt-quatre Billetiers distribués aux portes de terre et de mer de Bordeaux.
Un Contrôleur au Bureau des Chartrons, et quatre Visiteurs.
Trois Commis, au Bureau des Congés.
Un Visiteur d’Entrée, et son Sous-visiteur.
Deux Visiteurs d’Issue.
Un Garde-magasin, et un Sous-garde-magasin à la nouvelle Halle sur le port.
Pour la Garde de nuit, qu’on nomme aussi Garde-noire, un Capitaine, un Lieutenant, et neuf soldats.
A la Patache, nommée de Sainte-Croix, un Capitaine, cinq soldats, et quatorze matelots.
A la Patache de Bacalan, un Capitaine, quatre soldats, et douze matelots.
Un Receveur et un Contrôleur pour le tabac.
Enfin le Notaire de la Ferme, et le Portier du Bureau.
Il faut remarquer qu’outre les recettes du Convoi, de la Comptablie et du Courtage, qui se font au Bureau général, desquelles les Commis sont indépendant les uns des autres, quoique l’on puisse dire qu’ils se servent mutuellement de Contrôleurs ; il s’y fait encore la recette de la Patente de Languedoc ; mais celle-ci n’a point de Receveur ni de Contrôleur particuliers, ceux du Courtage en étant chargés.
Le Receveur du Convoi tient onze Registres, et son Contrôleur, huit ; les Scribes de ce Bureau n’en tiennent point. Ils sont seulement tenus de remplir dans les acquits le payement des droits, qui sont dus au Convoi, pour les marchandises que les Marchands y acquittent. Voyez ci-après la Régie de ce Bureau.

Comptablie.
La Comptablie de Bordeaux, qui fait présentement  une des plus considérables parties des Fermes du Roi, n’a été dans son origine qu’un droit local comme tous les autres de cette nature.
Les droits qui s’y levaient, s'appelaient la grande et petite Coutume, nom qu’ils conservent encore ; et le produit de ces droits s’employait tout entier aux besoins de la Ville, sans que les Rois y eussent aucune part.
L’union de ces droits au Domaine a été faite fous le règne d’Henry II. en l’année 1550, .et ils ont été levés depuis en conséquence des Lettres Patentes du 5 Juin 1565, et conformément au tarif représenté par le Comptable et son Contrôleur. Cet ancien tarif ne subsiste plus, et il en a fallu faire de nouveaux à mesure que les marchandises sont augmentées de prix, le droit se payant par estimation Le dernier de ces tarifs est celui dressé en 1688.
Ce tarif fut convenu le 11 Septembre par ordre du Conseil, en présence de M. de Besons alors Intendant de Guyenne, entre Pierre Domergue, Adjudicataire général des Gabelles et cinq grosses Fermes de France, et du Convoi et Comptablie de Bordeaux, et les Députés du Corps et Communauté des Marchands de ladite Ville, pour être exécuté sous le bon plaisir du Conseil, jusqu'à ce qu’il en ait été autrement par lui ordonné, sans préjudice néanmoins de l’exécution des Arrêts dudit Conseil, qui ont fixé et réglé les droits sur quelques marchandises particulières.
Les droits de grande et petite Coutume, qui se payent à la Comptablie de Bordeaux, montent ensemble  à quatorze deniers maille pour livre, de l’estimation et appréciation des marchandises, avec les deux sols pour livre de contrôle, appelés les Droits des Lieutenants et Contrôleurs, lesquels appartiennent au Roi, au moyen de l’indemnité qu'il leur en a donné.

Des quatorze deniers maille à quoi montent les deux Coutumes, il y en a douze deniers pour la grande, qui font cinq pour cent de l’appréciation des marchandises. À l’égard des deux deniers maille, qui composent la petite Coutume, ils reviennent à un sol pour cent de l’appréciation desdites marchandises  ; les deux droits faisant ensemble six pour cent.
Ces six pour cent se perçoivent, savoir, trois et demi pour cent d’entrée de l’appréciation des marchandises apportées à Bordeaux, pour le compte des Français et Régnicoles, avec les deux sols pour livre de contrôle ; et deux et demi pour cent de ladite estimation, quand elles sortent pour le compte d’un Français, avec les deux sols pour livre du même contrôle.
Pour ce qui est des marchandises qui arrivent a Bordeaux pour le compte des Étrangers ; elles payent à la Comptablie à l’entrée, le droit de grande et petite Coutume à la fois, qui comme on l’a dit, sont six pour cent de leur estimation, avec les deux sols pour livre de contrôle ; et à l’issue ou sortie, elles payent encore cinq pour cent de ladite appréciation, avec les deux lois pour livre du contrôle.

Avant l’Arrêt du Conseil du 4 Juillet 1682, les marchandises qui entraient au nom, soit des Français, soit des Étrangers, et qui avaient acquitté les droits d’entrée à la Comptablie, n’étaient point sujette aux droits d’issue, lorsque les Marchands les voulaient faire ressortir, pourvu qu’ils ne les eussent point vendues, ou qu’ils ne sussent pas en parole de les vendre, et en outre justifiant que c’était les mêmes marchandises qui étaient entrées en leur nom. Mais cette liberté indéterminée pour la sortie de ces marchandises, étant sujette à de grands inconvénients au préjudice de la Ferme, il fut réglé par ledit Arrêt, également pour le Français et pour l’Étranger, qu’a l’avenir ce privilège ne s’étendrait qu’à deux mois pour les marchandises qu’ils enverraient dans les Provinces de France, et à trois pour celles qui iraient à l’étranger ; après lequel temps passé, ils seraient tenus d’en payer les droits d’issue.

Quoiqu’en générai les droits de la Comptablie se prennent à l’estimation des marchandises, cependant il y en a dont les droits sont fixés par un grand usage, et d’autres qui sont réglés ou augmentés par des Arrêts du Conseil.
Les marchandises dont les droits sont fixés par l’usage, sont les vins de ville, ceux du haut pays, ceux appelés demie-marque, ceux de Castillon, ceux du crû de Frontignan et de Béziers, ceux de Gaillac, et les vins communs de haut pays ; les eaux-de-vie, les prunes ; les grains, comme froment, blé méteil, seigle, et avoine ; les fèves, l’orge, les noix, les châtaignes, le miel, le sel ; enfin les drogueries et épiceries, et peu d’autres.
Les marchandises dont les droits sont réglés par des Arrêts du Conseil, ou par les Tarifs qui ont suivi celui de 1664, sont l’étain, le fer blanc, le papier, les bas de soie ou de laine venant d’Angleterre, le charbon de terre du même pays et d’Ecosse, la baleine coupée et apprêtée, les fanons de baleine, les huiles de poisson venant de l’étranger ; les toiles de coton, les couvertures et autres ouvrages de coton, les étoffes des Indes, les vieux linges, drapeaux, drilles, et pâtes à faire papier ; les cuirs, l’acier, fer, plomb, et beurre venant des pays étrangers ; les morues verte et sèche, autres que celles de la pêche française ; enfin les verres, les cires, et les chairs salées qui se tirent du dehors du Royaume.
Les principaux Arrêts du Conseil qui ont fixé les droits de toutes ces marchandises, sont entr’autres celui du 15 Juin 1688 pour les bas étrangers, celui du 30 Avril 1686 pour les toiles de coton et autres ouvrages faits de coton venant des pays étrangers, celui du 15 Octobre de la même année pour les étoffes des Indes, celui du 18 Janvier 1687 concernant les vieux linges et drapeaux ; celui du 8 Novembre en suivant pour les cuirs étrangers ; celui du 25 des mêmes mois et an pour l’acier, le fer, le plomb, et le beurre ; celui pour la morue de la pêche étrangère du 20 Décembre 1687 ; celui pour les verres du 29 Mai 1688 ; enfin celui pour les chairs salées du 29 Juillet de la même année.

Le Bureau de la Comptablie se tient dans le Bureau général de Bordeaux, où sont aussi les Bureaux du Convoi et du Courtage ; ces trois Bureaux ont tous leurs Commis particuliers, à la réserve du Directeur et du Caissier général, qui, pour ainsi dire, appartiennent à tous les trois, aussi bien que les deux Appréciateurs, le Garde et Sous-garde magasin, les vingt-quatre Billetiers, et leur Contrôleur, qu’ils ont pareillement en commun.
Les Commis particuliers de la Comptablie sont un Receveur, un Contrôleur de la Comptablie, un Contrôleur du menu, et trois Scribes.
Le Receveur tient neuf Registres ; savoir :
Le premier, pour la recette des droits du vin de ville et haut pays, des eaux-de-vie, et des prunes, qui s’acquittent lorsqu'on les charge ; il contient aussi les droits d’acquit et de quittance.
Le deuxième, sert à la recette des droits d’entrée et d’issue du sel en gros, et des droits d’acquit.
Le troisième, est pour la recette des droits de trois et demi pour cent, qui se lèvent sur l’estimation des marchandises entrées par mer, lorsqu’elles sont déclarées pour un étranger.
Dans le quatrième, on enregistre les droits dus à la descente des vins de haut pays, qui n’ont pas privilège de descente à Bordeaux avant la Saint-Martin.
Dans le cinquième, se mettent les nouveaux droits sur les toiles de coton.
Le sixième, est pour les droits sur l’étain et le fer blanc.  
Le septième, sert pour la recette des droits de l’ancienne marque du papier, à raison de deux sols par rame sur les papiers de Périgord, Limousin, Castel-Jaloux, et Bergerac ; et quatre sols par rame sur celui d’Angoumois et d’Auvergne.
Le huitième Registre est destiné pour la recette des droits des marchandises étrangères sujettes au Tarif de 1667.
Enfin le neuvième et dernier, est pour l’enregistrement des saisies.
Le Contrôleur de la Comptablie est chargé de tenir pareil nombre de Registres.
Tous les Registres dont on a parlé jusqu’ici, se tiennent par les Commis qui travaillent au grand Bureau ; les autres sont tenus par les Commis des Bureaux qui sont au dehors.
À l'égard du Contrôleur du menu, il tient un registre sur lequel il enregistre pour le Receveur les droits de toutes les marchandises qui sortent de la Sénéchaussée de Bordeaux ; ceux de l’entrée de la prune, et des excès de l’eau-de-vie à la cargaison, qui sont reçus par le Receveur. On y met aussi les droits d’acquit.
On ajoutera seulement, que comme les Commis s’étaient relâchés dans leurs fondions, et que souvent ils faisaient leurs appréciations sans entrer dans la connaissance des espèces de marchandises, soit par leur peu d'expérience, soit par connivence avec les Marchands, on dressa en 1684, par l’ordre de M. de Ris, alors Intendant de Bordeaux, un projet de Tarif, qui depuis a servi de modèle pour celui du 22 Septembre 1688 dont on a parlé ci-dessus, de qui s'observe encore dans la Comptablie.


 

Bordeaux depuis les Chartrons, zoomable

 

 

 

 

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